31 mai 2005
Puisque telle est la volonté des Français...
Les Français ont rejeté, clairement, le projet de traité soumis à leur approbation. On ne peut évidemment que s'incliner devant leur volonté. On doit aussi sans doute rendre hommage à l'importante participation électorale, preuve s'il en est que les Français ne se désintéressent pas totalement de leur devenir commun. On pourra aussi éprouver quelque fierté quant à la tenue d'un tel débat, et à la puissance des controverses qui ont passionné la France ces derniers mois.
Je crains malheureusement que ces quelques motifs de satisfaction ne soient les seuls. L'ampleur du rejet laisse l'observateur comme sonné devant un tel gâchis.
Que l'on ne se méprenne pas : le "non" de dimanche ne conduit à rien, ne construit rien. Il ne porte aucun projet alternatif crédible. C'est un geste rageur et brouillon, jeté à la face d'on ne sait qui, on ne sait trop pourquoi.
Le "non" de gauche enferme la France dans un cercueil plombé et la jette au fond de la rivière. Il est isolé en Europe et ne permettra aucune renégociation faute de partenaire avec qui discuter. Il n'a pas d'alliés au-delà de nos frontières. L'alternative qui se présente à lui est la suivante : soit le maintien dans l'Europe actuelle et le renoncement corrélatif à son essence-même ; soit le choix de la cohérence, c'est-à-dire la sortie de l'Europe et l'expérience du socialisme intégral.
Le "non" de droite n'est pas davantage porteur d'avenir. Deux versions peuvent être distinguées.
Le "non" libéral" tout d'abord, assez sympathique il faut bien l'avouer. Il signifie le refus de l'uniformisation, de la centralisation bruxelloise, d'une diplomatie ennemie des Etats-Unis, d'une Europe des services publics "à la française" telle que présentée par J. Chirac. Ce "non" est complètement inaudible, tant il est vrai que le "non" est interprété massivement comme le rejet d'une construction européenne prétendument libérale. Refuser le traité parce qu'il n'est pas assez libéral et se retrouver dans le même camp que les thuriféraires du socialisme continental, voilà qui est assez paradoxal. Ce "non" libéral n'a aucune chance d'être pris en compte.
L'autre "non" est souverainiste et nationaliste. Il n'est pas dépourvu d'arguments, parfois sérieux. Le meilleur d'entre eux étant que la nation est une réalité incontournable et que l'on ne fera jamais accepter l'Europe si le projet final consiste à fondre nos vieilles nations dans un magma déraciné. Il demeure que ce "non" n'a pas davantage d'alliés que son pendant de gauche, avec lequel il n'est d'ailleurs pas en mesure de s'allier, et que la seule possibilité qui s'offre à lui est la sortie pure et simple de l'Union européenne.
La conclusion de ces développements est évidente : quand bien même l'on souhaiterait tenir compte du vote de dimache pour réorienter la construction européenne, on ne saurait dans quelle direction avancer. Et ce d'autant plus que les tenants du "non" se prétendent pro-européens... Douce rigolade.
Il est à craindre que nous entrions maintenant dans une pérode de grande confusion. Cependant, la dramatisation extrême des tenants du "oui" quant aux conséquences d'un rejet du Traité sont sans doute excessives : la nuit ne va pas s'abattre du jour au lendemain sur la France. Elle en a connu d'autres !
Nous allons seulement avoir à composer avec des institutions inadaptées, où la France sera plus faible qu'elle ne l'aurait été si la Constitution avait été adoptée ; l'action communautaire sera sans doute paralysée pour de longs mois ; J. Chirac va continuer à naviguer à vue, en traînant péniblement son second mandat jusqu'en 2007. Tout cela est pathétique et assez désespérant, mais se situe dans le penchant pour la facilité qu'affectionnent les Français depuis, au moins, 1981. Dans la continuité du lent glissement de la France vers les marges de l'Histoire.
Ce ne sera pas la première fois que la France s'abandonne et se complaît dans une certaine médiocrité. Jusqu'à présent, les périodes de renoncement ont toujours été suivies d'un sursaut salvateur. Horizon 2007 ?
17 mai 2005
A la découverte de l'Amérique française
Mes Biens Chers Lecteurs,
Comme annoncé, je vais devoir renoncer à rédiger quoi que ce soit sur ce blog d'ici au 1er juin prochain. En effet, je pars à la découverte de Chicago, des chutes du Niagara (Niagara on the Lake côté canadien), de de Toronto, desThousand Islands à l'embouchure du Saint-Laurent (séjour à Kingston), et enfin de Montréal. On ne s'appelle pas Marquette pour rien !
Je promets de vous rapporter un beau reportage photographique de ces contrées un temps françaises. J'ai d'ailleurs commencé à prendre quelques bons clichés ces jours derniers de la petite localité de Zionsville, de l'Ohio River à la frontière avec le Kentucky, et de Madison.
Enfin, je me permettrais de formuler trois voeux pour la quinzaine à venir :
- Le premier, c'est de vous retrouver aussi nombreux à mon retour ;
-Le deuxième, c'est de voter "oui" au référendum du 29 mai prochain ;
- Le troisième, c'est de rester vigilant face au sirènes séduisantes mais ô combien trompeuses du chiraco-marxisme.
A très bientôt !
12 mai 2005
Hanoï Jane
Jusqu'à tout récemment, Jane Fonda ne signifiait pas grand-chose pour moi. Je savais qu'elle était la fille du grand Henry Fonda, qu'elle avait vécu récemment avec Ted Turner (fondateur de CNN), qu'elle avait tourné des films de seconde zone mettant principalement en avant sa plastique, et qu'elle vendait des bouquins de stretching du genre Raquel Welch "Comment rester belle à 50 ans".
Bref, c'était une image de cette terrible période : fin des années 60, années 70.
Ah Barbarella ! Par Roger Vadim, avec Ugo Tognazzi : cela doit valoir son pesant de cacahuètes !
Bon, ce que j'ignorais, c'était que Jane Fonda était une icône libertaire et pacifiste de cette époque là. Vous me direz, c'était pas la seule, et des millions de personnes (vos parents peut-être, ou vous-même ?), profitant pourtant à fond de la société de consommation et des garanties de la démocratie bourgeoise, aimaient à se rouler nus dans la boue en écoutant de la musique psychédélique, fumaient de l'herbe (où ce qu'ils trouvaient à portée de main), se prêtaient leurs copines, jetaient des pavés sur les CRS, faisaient l'apologie du maoïsme, et traitaient les Gaullistes de SS. Certains n'adhérait qu'à une partie de cet alléchant programme. Ceux qui l'acceptaient en bloc sont maintenant Inspecteurs de l'Education nationale, notaires ou éleveurs de chèvres syndicalistes antimondialistes (ce qui a le mérite de la cohérence, concédons le). Jane Fonda, quant à elle, a vécu avec un millardaire empereur des médias. C'est pas mal aussi sur le plan révolutionnaire.
Jane Fonda était donc militante et engagée à une époque où tout le monde l'était. C'était bien son droit.
Mais Jane Fonda a parfois un peu perdu les pédales, et franchi la limite qui sépare le sympathique monôme révolutionnaire, du vrai mauvais goût dont on peut vous parler 30 ans plus tard (dont acte...).
Elle a commencé par faire l'apologie du communisme. C'est ainsi que le 21 novembre 1970 elle déclarait devant 2000 étudiants de l'Université du Michigan : "If you understood what communism was, you would hope, you would pray on your knees that we could some day become communist". A Duke University, en Caroline du Nord, elle rajoutait : "I, a socialist, think that we should strive toward a socialist society, all the way to communism".
Dans le contexte de la guerre du Vietnam, elle n'est pas restée inactive. Elle a ainsi créé une organisation appellée F.T.A. (soit "Fuck The Army") qui soutenait notamment l'organisation des anciens combattants du Vietnam contre la guerre. Evidemment, toutes ces activités n'étaient pas de tout repos et Jane Fonda a même été arrêtée (pour consommation de drogue, les charges ont ensuite été abandonnées).
Jusque là, pas de problème, il faut bien que jeunesse passe. Jacques Chirac a vendu l'Humanité, Bernard Pons était trostkyste, on fait tous des erreurs, n'est-ce pas ?
Là où cela devient plus corsé tout de même, c'est lorsque Jane Fonda, en 1972, a entrepris un voyage au Nord Vietnam pour soutenir les révolutionnaires communistes contre les soldats de son propre pays !
Voici le discours qu'elle a prononcé sur les ondes du Nord Vietnam :
"This is Jane Fonda. During my two week visit in the Democratic Republic of Vietnam, I've had the opportunity to visit a great many places and speak to a large number of people from all walks of life- workers, peasants, students, artists and dancers, historians, journalists, film actresses, soldiers, militia girls, members of the women's union, writers.
I visited the (Dam Xuac) agricultural coop, where the silk worms are also raised and thread is made. I visited a textile factory, a kindergarten in Hanoi. The beautiful Temple of Literature was where I saw traditional dances and heard songs of resistance. I also saw unforgettable ballet about the guerrillas training bees in the south to attack enemy soldiers. The bees were danced by women, and they did their job well.
In the shadow of the Temple of Literature I saw Vietnamese actors and actresses perform the second act of Arthur Miller's play All My Sons, and this was very moving to me- the fact that artists here are translating and performing American plays while US imperialists are bombing their country.
I cherish the memory of the blushing militia girls on the roof of their factory, encouraging one of their sisters as she sang a song praising the blue sky of Vietnam- these women, who are so gentle and poetic, whose voices are so beautiful, but who, when American planes are bombing their city, become such good fighters.
I cherish the way a farmer evacuated from Hanoi, without hesitation, offered me, an American, their best individual bomb shelter while US bombs fell near by. The daughter and I, in fact, shared the shelter wrapped in each others arms, cheek against cheek. It was on the road back from Nam Dinh, where I had witnessed the systematic destruction of civilian targets- schools, hospitals, pagodas, the factories, houses, and the dike system.
As I left the United States two weeks ago, Nixon was again telling the American people that he was winding down the war, but in the rubble- strewn streets of Nam Dinh, his words echoed with sinister (words indistinct) of a true killer. And like the young Vietnamese woman I held in my arms clinging to me tightly- and I pressed my cheek against hers- I thought, this is a war against Vietnam perhaps, but the tragedy is America's.
One thing that I have learned beyond a shadow of a doubt since I've been in this country is that Nixon will never be able to break the spirit of these people; he'll never be able to turn Vietnam, north and south, into a neo- colony of the United States by bombing, by invading, by attacking in any way. One has only to go into the countryside and listen to the peasants describe the lives they led before the revolution to understand why every bomb that is dropped only strengthens their determination to resist. I've spoken to many peasants who talked about the days when their parents had to sell themselves to landlords as virtually slaves, when there were very few schools and much illiteracy, inadequate medical care, when they were not masters of their own lives.
But now, despite the bombs, despite the crimes being created- being committed against them by Richard Nixon, these people own their own land, build their own schools- the children learning, literacy- illiteracy is being wiped out, there is no more prostitution as there was during the time when this was a French colony. In other words, the people have taken power into their own hands, and they are controlling their own lives.
And after 4,000 years of struggling against nature and foreign invaders- and the last 25 years, prior to the revolution, of struggling against French colonialism- I don't think that the people of Vietnam are about to compromise in any way, shape or form about the freedom and independence of their country, and I think Richard Nixon would do well to read Vietnamese history, particularly their poetry, and particularly the poetry written by Ho Chi Minh".
Edifiant, n'est-ce pas ? Et ce n'est pas tout : rentrée aux Etats-Unis, Jane Fonda a fait la tournée des médias, et dit que les prisonniers de guerre américains qu'elle avait rencontrés étaient bien traités et qu'aucun n'avait été torturé... Evidemment, c'était faux. Les prisonniers américains qu'elle a rencontrés avaient été préalablement torturés car ils refusaient cette entrevue médiatisée (ainsi que l'a raconté, notamment, le sénateur McCain, alors en détention). Jane Fonda n'a alors rien trouvé de mieux que de traiter ces prisonniers de guerre d'hypocrites et de menteurs ! Quand on sait à quel régime disciplinaire, constitué de lavage de cerveau et de torture systématiques, ont été soumis les prisonniers français de la guerre d'Indochine et américains de la guerre du Vietnam, on peut déceler une inconscience criminelle dans les propos de Jane Fonda.
Alors évidemment, les anciens combattants du Vietnam vouent une rancune tenace à Jane Fonda :
Pour vous donner une idée des réactions passionnées que l'attitude de Jane Fonda a entrainée : http://www.snopes.com/military/fonda.asp
Finissons ce message par un peu de clémence : dans ses mémoires, publiées récemment, Jane Fonda, formule ses excuses pour son attitude passée. Dans l'émission "60 minutes", elle a concédé que sa visite du Nord Vietnam était une trahison des forces américaines et l'une des plus formidables erreurs de jugement que l'on puisse concevoir.
Faute avouée à demi pardonnée ?
Oui, bien sûr, 30 ans après. Et il serait bon que nos révolutionnaires de la rive gauche de la Seine suivent l'exemple de Jane Fonda.
Pour mémoire, le Vietnam Memorial Wall contient les noms de 25,493 soldats américains morts au Vietnam et âgés de moins de 21 ans (quasiment des mineurs aux Etats-Unis).
08 mai 2005
Trahison des libéraux
Trahison des libéraux
J'avoue avoir mal compris si l'Europe était déjà anglaise ou s'il fallait empêcher qu'elle le soit, mais dans les deux hypothèses ce n'était pas une chose à faire. D'admirer les performances de la Grande-Bretagne, veux-je dire. Le libéralisme aura été le grand perdant de ce référendum. Lui barrer la route, le principal argument des deux camps. La droite n'a pas été en reste. On peut même dire qu'elle en a rajouté sur la gauche. Et dans l'ensemble les journaux, les radios et les télévisions lui ont été défavorables. Quant aux libéraux, ils se sont tus. Comme ils se taisent quand ils occupent des postes au gouvernement ou dans l'opposition.
Ainsi la gauche et la droite se sont-elles unies, depuis le début de la campagne du référendum, contre le libéralisme présenté comme une idéologie inhumaine. Au même moment les Anglais votaient à leurs propres élections législatives et la situation globale de leur pays apparaissait objectivement plus satisfaisante que celle de la France. Quand j'écris objectivement, j'ai bien conscience de passer aussitôt à la trappe où m'attendent ceux qui ont fait les remarques suivantes : le chômage est bien moindre en Angleterre qu'en France, l'activité y est plus forte, les réformes plus décidées. Pour nier ces réalités, il suffit de les déclarer suspectes, ou leur observateur acquis à une sorte de gouvernement mondial du profit. Dans le cas de l'Angleterre, cela revient à mettre par exemple en doute la qualité du travail qui est proposé aux chômeurs, ou bien à mettre en avant le caractère inégal de la société ; ou bien encore à expliquer que le prix à payer pour les performances anglaises serait inacceptable pour les Français (et cette fois l'exemple le plus couramment employé est celui des services publics dont la détérioration est présentée comme le corollaire des méthodes libérales). Enfin, et si les interrogations demeurent devant le succès britannique et l'insuccès français, on mettra en cause les dirigeants, leur personnalité et leurs convictions réelles ou supposées. Il suffit de lire, en France, ce qu'on écrit de Tony Blair, après l'avoir lu de Margaret Thatcher.
Là aussi la droite n'est pas en retard sur la gauche. Au-delà du libéralisme ou plutôt en deçà, comme si l'une était l'incarnation de l'autre, l'Angleterre est considérée par les deux camps comme une ennemie et comme une menace qui pourrait la rendre plus redoutable encore. De la part de la gauche, c'est compréhensible. Bien que Tony Blair soit travailliste, il n'a rien à voir avec les gouvernements travaillistes qui ont conduit l'Angleterre à la faillite à la fin des années 70. Les socialistes français qui ne se sont toujours pas résolus à appeler un chat un chat lui pardonnent difficilement, d'abord ses succès électoraux (il a été élu deux fois), ensuite ses succès économiques (n'y revenons pas), enfin ses réformes sociales (l'éducation, la pauvreté). Ils font valoir avec justesse que la vie n'est pas drôle pour tout le monde en Grande-Bretagne, mais ne proposent rien pour l'améliorer. Faisant la part du mal, ils rejettent le bon et considèrent Tony Blair comme une exception un peu louche dont il ne faut pas s'approcher.
La position de la droite officielle, celle qui gouverne, est plus mystérieuse. En fait, elle tient à son histoire depuis quinze ans. Elle a d'abord tourné le dos au libéralisme après l'échec à la présidentielle de 1988. Ensuite, elle a pataugé après sa victoire de 1995. Devenue aussi indéterminée que ses rivaux socialistes, elle s'est, en outre, opposée aux Anglais sur l'Irak, puis a dû admettre que la France a perdu en influence à Bruxelles au profit des Britanniques. Un nouveau succès électoral de Tony Blair jeudi, s'il se produisait, n'améliorerait pas son ressentiment. Si le oui l'emporte, on verra qu'il s'agira surtout de prouver que ce oui est un oui français, un oui social, et qu'il entraînera le reste de l'Europe. Si le non gagne, ce sera la faute du libéralisme et la Constitution, aujourd'hui considérée par les dirigeants français comme un rempart contre le libéralisme, deviendra automatiquement la responsable de son propre insuccès : les libéraux (anglo-saxons, cela va sans dire) l'auront pourrie jusqu'à la moelle. Quel que soit le résultat, les Français ne se rapprocheront pas du libéralisme et, si leurs partenaires européens leur imposent de suivre le mouvement, ce sera en silence. On ne voit pas qui s'identifiera à cette politique, à ces réformes, et donnera au public les explications nécessaires. Ainsi, et quoi qu'il arrive, le scrutin du 29 mai contribuera-t-il à accentuer, en France, les divisions qui se sont manifestées à l'occasion du référendum.
Cependant, la majorité de nos voisins applique, avec plus ou moins de succès, des politiques libérales. Les majorités politiques proprement dites sont, au plan économique, libérales. S'il est illusoire de penser que le libéralisme anglo-saxon est une panacée universelle, que la société qu'il crée n'est pas injuste et qu'elle ne doit pas, en conséquence, s'autocorriger en permanence, il l'est tout autant de croire que l'Union s'alignera sur les positions françaises en matière de fiscalité, de droit du travail ou coût de la bureaucratie.
Tout récemment un éditorialiste français se félicitait que le débat du référendum ait au moins permis d'arriver à ce résultat : plus personne ne proposera de réformer l'ISF. Il a certainement raison et c'est extrêmement regrettable. Partout en Europe on préférera encourager la création et la consommation de richesses que de réduire la possibilité de se créer un patrimoine ou, simplement pour les plus veinards, de profiter au maximum de leur argent. Même chose pour le nombre des fonctionnaires ou le gaspillage des fonds publics. Nous nous préparons donc de nouvelles désillusions (cela pour la majeure partie de la population) et des hypocrisies supplémentaires (ceci pour nos dirigeants).
Ainsi se trouve posé le problème de la responsabilité de ceux-là mêmes qui ont provoqué ce référendum ou y ont acquiescé ; c'est-à-dire l'ensemble des élites françaises. S'ils sont authentiquement antilibéraux, ils se retrouveront, qu'ils aient voté oui ou non, au sein d'une organisation contre laquelle ils devront lutter. S'ils sont libéraux sans le dire, ils n'auront comme choix que de mentir à leurs électeurs ou de laisser aux autres pays membres la direction des opérations. Les uns sont condamnés à l'exaspération, les autres à l'impuissance. Ceux-là seront les plus coupables : à leur attitude honteuse répondra une politique honteuse, comme s'ils marchaient en baissant les yeux.
07 mai 2005
Caucasian
L'omniprésence de la question raciale est l'un des aspects de la société américaine qui généralement étonne, voire choque, l'observateur hexagonal.
Alors qu'en France l'universalisme républicain interdit toute allusion aux races et traite chacun comme un individu indifférencié, ici la moindre démarché administrative à la banque, à l'université, ou au supermarché conduit à remplir un formulaire dans lequel il est demandé d'indiquer la catégorie raciale à laquelle on appartient : Caucasian, African-American, Asian, Hispanics, Native American (qui intègre les Indiens d'Amérique, mais aussi les Alléoutes d'Alaska et les Polynésiens de Hawaï), Other Races (?). Je ne m'étais jamais senti aussi "blanc" qu'aux Etats-Unis, et "Caucasian", cela ne m'avait encore jamais traversé l'esprit.
L'explication avancée pour justifier cette catégorisation : la lutte contre la discrimination raciale !
En France, on lutte contre la discrimination raciale (ou à l'égard des étrangers, ou des musulmans, ou des allogènes visibles) en choisissant d'ignorer les caractéristiques propres, ce qui d'ailleurs est parfois hypocrite. La neutralité du comportement affiché cache bien des discriminations détournées.
Ici, les Américains considèrent que pour lutter contre la discrimination raciale, il faut bien admettre que les races existent. Sans doute pas sur les plans anthropologique ou scientifique, mais sur le plan social, dans le regard des autres. Les préjugés raciaux sont solidement ancrés. Lutte-t-on plus efficacament contre eux en les prenant comme une donnée à prendre en considération, ou en en fermant ostensiblement les yeux sur ce fait désagréable ?
Le revers de la médaille de l'attitude américaine, c'est la balkanisation de la société, la revendication permanente et, finalement, une certaine perpétuation de la ségrégation raciale. Lorsque chacun se définit avant tout par son appartenance à sa communauté raciale d'origine, parler de projet commun à l'échelle de la nation devient difficile.
L'Indiana est sans doute plutôt préservé des excès de la question raciale par rapport à d'autres Etats. C'était un Etat du nord pendant la Guerre de Sécession et l'esclavage n'y a jamais existé. De plus, une très large majorité de la population est caucasienne (terme politiquement correct signifiant "blanc", tout comme l'on ne parle plus de "Noirs" mais d' "Africains Américains", et plus d'Indiens mais d' "Américains d'origine"... Les Asiatiques s'appellent encore Asiatiques : pour combien de temps ?).
Répartition de la population à Indianapolis - dans l'Indiana - aux Etats Unis
Caucasian : 70,5 % - 87,5 % - 75,1 %
African-American : 24,2 % - 8,4 % - 12,3 %
Asian : 1,4 % - 1 % - 3,6 %
Hispanics : 3,9 % - 3,5 % - 12,5 %
Other races : 2 % - 1,6 % - 5,5 %
Native American : 0,3 % - 0,3 % - 1 %
La diversification raciale de l'Indiana est plutôt récente. Jusqu'à il y a peu, il n'y avait ni Hispaniques ni Asiatiques. Quant aux Noirs, ils sont concentrés à Indianapolis et dans le nord est de l'Etat, dans la banlieue de Chicago (à Gary notamment, berceau de la famille de Michaël Jackson). Enfin, l'Etat de l'Indiana porte le nom de gens qui ne sont plus là... Les Indiens d'Amérique qui vivaient dans la région ont soit été déportés soit été exterminés. Le nom de cet Etat est une farce macabre. J'y reviendrai un jour.
Choqué par la permanence de la question raciale, j'ai mieux compris la situation des Etats-Unis en cours de droit constitutionnel. J'y ai pris conscience du fait que ce pays vient de loin... L'apartheid américain a perduré jusqu'à il y a peu. Et il a fallu attendre une affaire au nom prédestinée (Loving contre l'Etat de Virginie) pour que la Cour suprême des Etats-Unis juge en 1967 juge anticonstitutionnelle la loi locale qui interdisait les mariages inter-raciaux ! Dans cette affaire, l'Etat de Virginie défendait crânement sa loi sur le fondement de la nécessaire préservation de la pureté raciale, arguant que le métissage n'était bon pour personne... 23 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, c'était plutôt culotté ! Oui, décidément, les Etats-Unis viennent de loin !
04 mai 2005
Grattons un peu...
Sous les beaux discours et les positions avantageuses, les arrières-pensées :
http://www.lesamisduoui.com/oui/Fabcand.swf
03 mai 2005
Shériff, fais-moi Perle !
Richard Perle, l'un des chefs de file des fameux Néo-Conservateurs américains, était invité par Le Figaro, le 17 avril dernier, à livrer son sentiment sur notre Cher et Vieux pays. L'occasion de décocher quelques vérités bien senties :
Sur la relation transatlantique :
" Jacques Chirac tente, à mon sens, de développer une identité française, tant au niveau européen qu'au niveau mondial, qui se construirait en négatif par opposition aux Etats-Unis. Il oeuvre également pour une conception de l'Europe qui se développerait comme un contrepoids face aux Etats-Unis, et au sein de laquelle la France incarnerait l'avant-garde d'une vision européenne d'avenir. Pourtant, cette vision du monde me semble totalement stérile. L'Europe n'a rien à gagner d'une confrontation devenue systématique avec les Etats-Unis. Un tel mécanisme d'opposition est d'ailleurs d'autant plus insensé qu'il aboutit finalement à une opposition de principe nocif tant à nos buts communs qu'à nos finalités respectives. C'est d'autant plus ridicule que, si l'on regarde plus globalement, nos visées sont malgré nos divisions si communes et nos différends si mineurs que les tensions transatlantiques font l'effet d'un grand gâchis. Et ce notamment dans un nouvel ordre mondial nécessitant un resserrement des démocraties. Je tiens à préciser que je n'ai rien contre l'élargissement de l'Europe et son unification, mais à condition que cette dernière agisse en alliée et en partenaire et non comme une ennemie. Je suis d'ailleurs surpris que ce point ne crée pas davantage de débats en France."
Sur George Bush :
"L'intelligentsia européenne, en particulier française, a très mal reçu les élections successives de George W. Bush, le caricaturant à l'envi comme un cow-boy décérébré, inculte et finalement très éloigné de vos critères culturels. Elle avait agit de manière analogue avec Ronald Reagan qu'on a beaucoup méprisé pour ne pas être un intellectuel, et pourtant l'histoire leur a prouvé le contraire. De même, l'avenir donnera raison à Bush."
Sur la Turquie :
" Le débat sur la Turquie qui enflamme l'Europe et en particulier la France révèle à mon sens une de vos faiblesses, à savoir que l'Europe a un problème pour intégrer harmonieusement ses musulmans au sein de sa société."
Sur l'intégration des immigrés :
"Le mode d'intégration à l'européenne soulève des questions intéressantes. La réponse est, à mon sens, d'ordre sociologique, renforcée par des considération économiques. Peut-être une certaine fierté patriotique vous fait-elle défaut ? Chez nous, quand un immigré parvient à acquérir la citoyenneté américaine, c'est une vraie joie pour lui. Il veut que ses enfants soient totalement américains et la deuxième génération abandonne volontiers les coutumes ancestrales pour s'intégrer efficacement. Le désir d'intégration est chez nous d'autant plus puissant qu'il autorise tous les espoirs, notre modèle politique et social reposant sur la méritocratie. Peu importe d'où vous venez et qui vous êtes : seuls votre travail et vos succès seront pris en considération. Je me souviens, à ce propos, avoir lu un article qui avait retenu toute mon attention dans le New York Times, voilà trois ou quatre ans, au sujet d'hommes d'affaires français venus travailler aux Etats-Unis. L'une des personnes interrogées y expliquait que son recruteur désirait savoir quelle place il occupait actuellement mais ne lui avait rien demandé de son cursus universitaire comme c'est le cas chez vous où l'on demande à des hommes déjà accomplis dans quel établissement ils ont passé leur baccalauréat ! C'est chez nous impossible. Et c'est là toute la différence. Le rêve américain n'est pas un mythe mais un phénomène encore bien réel. L'Europe doit encore travailler à créer un même désir d'intégration reposant sur la fierté."
PS : Le titre de ce message, fondé sur un calembour miteux, n'avait d'autre finalité que d'attirer le chaland. Si vous lisez ce post scriptum, c'était réussi...
02 mai 2005
971
971, c'est le nombre de connexions aux "Chroniques indianapoliennes" durant le mois d'avril. Soit environ 32 connexions par jour, avec un pic à 82 et un minimum à 16.
L'origine des connexions ? Pas toujours facile à savoir, surtout avec les adresses en .com. Mais je sais déjà que, sans surprise, la majorité est française, puis américaine, et ensuite que des connexions ont été effectuées de Suisse, d'Angleterre, de Belgique, du Canada et du Maroc. Trois continents quand même !
Je sais bien que je devrais rester indifférent à ces statistiques, mais je ne peux m'empêcher d'y jeter un coup d'oeil tous les jours ! C'est d'ailleurs très amusant de voir à quelle heure ont lieu la plupart des visites. Quelques pics (tout est relatif) dans la journée : vers neuf heures du matin (arrivée au bureau ?), entre midi et deux et en début d'après-midi (sandwich devant l'écran d'ordinateur ?), et entre 20h et 21h (retour à la maison ?). Bref, j'en déduis que le lectorat respecte plutôt des horaires de bureau, et que la consultation de ces chroniques n'est pas frénétique dans les maisons de retraite.
Alors 971, c'est beaucoup ou c'est peu ?
Je n'en ai aucune idée, car généralement les blogs ne publient pas leurs statistiques. A mon avis, ce n'est pas faramineux, mais on dira que c'est le premier mois, n'est-ce pas ?
Et puis les thèmes ne sont pas toujours de nature à intéresser le plus grand nombre : ceux qui sont intéressés par les blogs d'expatriés se moquent de mes engouements politiques, et, par contre, ceux qui s'y intéressent ne se passionnent sans doute pas pour l'architecture de la Faculté de droit d'Indianapolis ou pour les problèmes de décallage horaire dans les comtés du Sud ouest de l'Indiana... Alors j'ai bien pensé à ouvrir deux blogs, l'un politique, et l'autre consacré à la vie d'expatrié aux Etats-Unis. Mais bon, je ne compte pas non plus y passer ma journée !
Bon maintenant, il faudrait que je me donne des objectifs chiffrés de progression pour le mois prochain (un peu comme les programmes quinquennaux soviétiques), même si ce ne sera pas facile vu que je vais passer quinze jours au Canada. Mais bon, disons 1200 connections ? Une progression de 20 % d'un mois sur l'autre, cela paraît raisonnable, je pense.
Maintenant, comment y arriver ?
Vu que Marquette n'est pas ma véritable identité (ah !ah!), et que mon visage est inconnu, j'ai pensé à l'excellent méthode de teasing expérimentée par Minos dans "Peur sur la ville", de Verneuil (ci-dessous Minos, l'ignoble assassin qui veut purifier Paris de la décadence).
Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais Minos jouait au chat et à la souris avec le Commissaire Le Tellier (Jean-Paul Belmondo de le belle époque, avant les yorkshires). Il avait découpé une photo de lui en petits fragments et à chaque nouveau meurtre, il adressait à Le Tellier une partie de la photo. En commençant par les hideuses petites botines années 70...
Bon, c'est pas mal pour faire monter le suspens, mais surtout quand on est un meurtrier en série. En ce qui me concerne, je ne suis pas convaincu que mettre une fois par mois la photo d'une partie de ma personne sur le blog ferait exploser les statistiques.
Bon, la violence étant écartée, on peut penser au charme, et tout en restant dans le teasing, je pourrais vous promettre (les promesses n'engageant que ceux qui veulent bien les écouter) que dans le courant du mois prochain, Mélissa Theuriau ou Anne-Sophie Lapix enlèveront le haut... (ci-dessous Mélissa Theuriau, puis Anne-Sophie Lapix, puis, tiens, Mélissa Theuriau).
Non, vraiment, ce n'est pas possible !! On ne peut pas faire n'importe quoi pour avoir des lecteurs ! Et pourquoi pas jouer de l'accordéon, ou pousser la chansonnette, ou encore dévoiler un goût pour les carottes râpées!!
Non, Chers Lecteurs, je suis désolé. Je ne vais rien changer. Je vais continuer à vous parler des débats politiques dans l'Indiana, vous promets prochainement des photos d'une vraie remise des prix dans une université américaine, et puis des témoignages sur Chicago et Montréal. Je ne renoncerai pas à diffuser des photos de Jean-Louis Debré s'il devait à nouveau dire quelque chose d'intelligent.
Et je poursuivrai dans la défense du oui au référendum, même si la loutre (c'est ma femme) conduit une infâme guérilla pour me faire changer d'avis, et si les chances de succès sont fort incertaines.
Je maintiendrai.



























