Jeudi dernier, c’était Thanksgiving, l’une des fêtes les plus typiquement américaine qui soit. Une fois n’est pas coutume, la journée est chômée, ainsi que le vendredi qui suit (pour nombre de salariés), l’une des meilleures de l’année pour les grands magasins. Quatre jours chômés successifs, c’est tellement inhabituel dans ce pays où nombre de salariés n’ont droit qu’à deux semaines de vacances par an qu’une grande excitation prévaut dans la préparation de la fête, la question sempiternelle étant : « Que fais-tu pendant les vacances ? ». Quatre jours, c’est déjà des vacances, et l’occasion pour des millions d’Américains de prendre leur voiture, un avion, et de traverser si besoin le pays entier pour se retrouver en famille autour de la traditionnelle dinde.

Que fête-t-on à l’occasion de Thanksgiving ?

Cette fête constitue l’occasion de remercier Dieu de la qualité providentielle du Nouveau Monde et d’une bonne entente avec les populations indigènes.

L’origine historique de Thanksgiving remonte aux premiers temps de la colonisation par les pèlerins britanniques du Mayflower, en 1620-1621.

mayflower

Cependant, les mythes et la réalité historique s’enchevêtrent en la matière. Ainsi, Thanksgiving était originellement une fête religieuse pour les premiers colons arrivés en Nouvelle-Angleterre, mais a aussi un fondement païen qui est à rechercher dans les traditionnelles fêtes célébrées à l’occasion des moissons en Europe. Par ailleurs, si le premier Thanksgiving a été fêté en 1621, les années suivantes ont vu la célébration renouvelée de façon extrêmement irrégulière, sans connaître la dimension qu’elle a eu par la suite. Thanksgiving a été ressuscitée dans les années suivants la Guerre de Sécession, semble-t-il afin de renforcer l’unité nationale durement mise à l’épreuve par la guerre et afin de constituer un creuset commun aux vagues de millions d’immigrants arrivants à la fin du XIXème siècle. De nombreux mythes sont alors apparus, un peu comme ceux créés par la France républicaine de la même époque (Vercingétorix, Jeanne d’Arc, Clovis, …).

Pour en rester à ce qui s’est réellement passé, la réalité est moins belle que les mythes.

Les pèlerins qui sont arrivés à Plymouth, dans le nord est des Etats-Unis actuels, en 1620 appartenaient à une église séparatiste, la secte des Puritains. Soumis à des persécutions à raison de leur confession, ils s’enfuirent d’abord aux Pays-Bas, puis armèrent un navire, le Mayflower, pour rallier le continent américain, où ils espéraient pouvoir vivre leur foi librement.

Leur implantation fut difficile : ils ne connaissaient pas ce nouveau continent, n’étaient pas forcément des agriculteurs, et sont arrivés en plein hiver, au mois de décembre 1620. Au printemps 1621, 46 des 102 pèlerins étaient morts. Heureusement, la récolte de 1621 fut excellente, raison pour laquelle les pèlerins voulurent célébrer cette réussite par une fête à laquelle furent conviés 91 Amérindiens. Bref moment d’harmonie.

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En fait, les pèlerins n’auraient rien pu faire, et seraient sans doute tous morts si les Amérindiens ne les avaient pas aidés. La Providence prit le nom de Squanto, un Amérindien qui, à la surprise des pèlerins, parlait anglais pour avoir été capturé par des marins anglais en 1614. Ils l’avaient ramené en Angleterre où il avait vécu durant neuf ans.

squanto

Pas rancunier, Squanto a aidé les pèlerins à vivre sur leur nouvelle terre, à traverser leur premier hiver, et ensuite leur apprit comment planter le maïs, comment chasser, comment pêcher.

Sans lui, et sans la tribu des Wampanoag à laquelle il appartenait, les pèlerins auraient sans doute tous péris, comme ce fut le cas de bien d’autres tentatives d’implantation de l’époque.

Il aurait peut-être mieux valu qu’il en soit ainsi.

En effet, tant que Massasoit, chef des Wampanoag, fut vivant, les relations entre les colons et les Amérindiens furent harmonieuses, ces derniers partageant avec les nouveaux arrivants leurs connaissances ancestrales.

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Cependant, à la mort de Massasoit, la situation se dégrada. En 1676, les pèlerins voulurent désarmer les Wampanoags. Ces derniers ne se laissant pas faire, les colons les poursuivirent et leur firent la guerre de façon atroce et barbare. Le roi Metacomet, successeur de Massasoit fut massacré (noyé puis écartelé), sa femme et ses enfants furent réduits en esclavage aux Antilles. Pendant 25 années, le crâne de Metacomet fut exposé sur une pique à l’entrée du village des pèlerins. Ce n’était que le début de l’un des plus grands génocides de l’humanité.

Voilà sans doute la raison pour laquelle les Native Americans ne sont pas vraiment à la fête, à l’occasion de Thanksgiving.