"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

26 novembre 2005

Aux origines de Thanksgiving

Jeudi dernier, c’était Thanksgiving, l’une des fêtes les plus typiquement américaine qui soit. Une fois n’est pas coutume, la journée est chômée, ainsi que le vendredi qui suit (pour nombre de salariés), l’une des meilleures de l’année pour les grands magasins. Quatre jours chômés successifs, c’est tellement inhabituel dans ce pays où nombre de salariés n’ont droit qu’à deux semaines de vacances par an qu’une grande excitation prévaut dans la préparation de la fête, la question sempiternelle étant : « Que fais-tu pendant les vacances ? ». Quatre jours, c’est déjà des vacances, et l’occasion pour des millions d’Américains de prendre leur voiture, un avion, et de traverser si besoin le pays entier pour se retrouver en famille autour de la traditionnelle dinde.

Que fête-t-on à l’occasion de Thanksgiving ?

Cette fête constitue l’occasion de remercier Dieu de la qualité providentielle du Nouveau Monde et d’une bonne entente avec les populations indigènes.

L’origine historique de Thanksgiving remonte aux premiers temps de la colonisation par les pèlerins britanniques du Mayflower, en 1620-1621.

mayflower

Cependant, les mythes et la réalité historique s’enchevêtrent en la matière. Ainsi, Thanksgiving était originellement une fête religieuse pour les premiers colons arrivés en Nouvelle-Angleterre, mais a aussi un fondement païen qui est à rechercher dans les traditionnelles fêtes célébrées à l’occasion des moissons en Europe. Par ailleurs, si le premier Thanksgiving a été fêté en 1621, les années suivantes ont vu la célébration renouvelée de façon extrêmement irrégulière, sans connaître la dimension qu’elle a eu par la suite. Thanksgiving a été ressuscitée dans les années suivants la Guerre de Sécession, semble-t-il afin de renforcer l’unité nationale durement mise à l’épreuve par la guerre et afin de constituer un creuset commun aux vagues de millions d’immigrants arrivants à la fin du XIXème siècle. De nombreux mythes sont alors apparus, un peu comme ceux créés par la France républicaine de la même époque (Vercingétorix, Jeanne d’Arc, Clovis, …).

Pour en rester à ce qui s’est réellement passé, la réalité est moins belle que les mythes.

Les pèlerins qui sont arrivés à Plymouth, dans le nord est des Etats-Unis actuels, en 1620 appartenaient à une église séparatiste, la secte des Puritains. Soumis à des persécutions à raison de leur confession, ils s’enfuirent d’abord aux Pays-Bas, puis armèrent un navire, le Mayflower, pour rallier le continent américain, où ils espéraient pouvoir vivre leur foi librement.

Leur implantation fut difficile : ils ne connaissaient pas ce nouveau continent, n’étaient pas forcément des agriculteurs, et sont arrivés en plein hiver, au mois de décembre 1620. Au printemps 1621, 46 des 102 pèlerins étaient morts. Heureusement, la récolte de 1621 fut excellente, raison pour laquelle les pèlerins voulurent célébrer cette réussite par une fête à laquelle furent conviés 91 Amérindiens. Bref moment d’harmonie.

thanksgiving_home2

En fait, les pèlerins n’auraient rien pu faire, et seraient sans doute tous morts si les Amérindiens ne les avaient pas aidés. La Providence prit le nom de Squanto, un Amérindien qui, à la surprise des pèlerins, parlait anglais pour avoir été capturé par des marins anglais en 1614. Ils l’avaient ramené en Angleterre où il avait vécu durant neuf ans.

squanto

Pas rancunier, Squanto a aidé les pèlerins à vivre sur leur nouvelle terre, à traverser leur premier hiver, et ensuite leur apprit comment planter le maïs, comment chasser, comment pêcher.

Sans lui, et sans la tribu des Wampanoag à laquelle il appartenait, les pèlerins auraient sans doute tous péris, comme ce fut le cas de bien d’autres tentatives d’implantation de l’époque.

Il aurait peut-être mieux valu qu’il en soit ainsi.

En effet, tant que Massasoit, chef des Wampanoag, fut vivant, les relations entre les colons et les Amérindiens furent harmonieuses, ces derniers partageant avec les nouveaux arrivants leurs connaissances ancestrales.

massasoit

Cependant, à la mort de Massasoit, la situation se dégrada. En 1676, les pèlerins voulurent désarmer les Wampanoags. Ces derniers ne se laissant pas faire, les colons les poursuivirent et leur firent la guerre de façon atroce et barbare. Le roi Metacomet, successeur de Massasoit fut massacré (noyé puis écartelé), sa femme et ses enfants furent réduits en esclavage aux Antilles. Pendant 25 années, le crâne de Metacomet fut exposé sur une pique à l’entrée du village des pèlerins. Ce n’était que le début de l’un des plus grands génocides de l’humanité.

Voilà sans doute la raison pour laquelle les Native Americans ne sont pas vraiment à la fête, à l’occasion de Thanksgiving.

Posté par Marquette à 18:06 - Histoire - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Georges Bush et la Dinde: de grâce!

Comme c'est la tradition aux Etats-Unis depuis ces 15 dernières années, le président Bush a solennellement gracié 2 dindes, mardi dernier, normalement destinées à finir rôties au repas de Thanksgiving. Flanqué de D.Cheney, son vice président, il a déclaré sans sourciller, lors de la très officielle cérémonie, "gracier des dindes n'est pas une mission que je prends à la légère !"


Au cours des six années où il a agi à titre de gouverneur du Texas, Georges W. Bush a présidé à plus de 152 éxécutions de prisonniers attendant dans les sinistres couloirs de la mort, soit davantage que n'importe quel gouverneur dans l'histoire récente des Etats-Unis. Il a même affirmé ceci :" J'étudie chaque cas de peine de mort sérieusement et les revois tous avec soin ! Chaque cas est important puisque chacun tient à la vie ! "


On retiendra que G.W est un homme de parole, en tout cas lorsqu'il parle de volatiles !

Posté par Foxtrot Bravo, 28 novembre 2005 à 12:01

Lu dans 'Le Temps'

Cher Marquette,

Cet article, lu dans le quotidien helvète "Le Temps" vous amusera peut-être ainsi que vos fidèles lecteurs.

Bien amicalement

FoxtrotBravo
Paris, lundi 28.11.05 - 12h17 - temps gris et froid



Le sens de la dinde


Candide.


Anna Lietti
Lundi 28 novembre 2005

Mardi dernier, le président des Etats-Unis a procédé à la cérémonie du «pardon de la dinde»: il a officiellement gracié deux volatiles parmi les 46 millions qui passent, à l'approche de Thanksgiving, de vie à trépas pour finir rôtis sur les tables du repas de fête. Après la célébration dans les jardins de la Maison-Blanche, Mashmallow et Yam - c'est le nom des survivants de cette année - ont été escortés jusqu'à l'aéroport et ont voyagé en première classe jusqu'au ranch de Disneyland, où ils finiront leurs jours.

Même si elle ne nous est pas familière, la tradition de Thanksgiving me paraît lisible et pleine de sens: elle remonte aux premiers colons remerciant le ciel d'avoir survécu et elle s'est transformée peu à peu en une fête de la «grâce rendue» pour tout ce que la vie nous donne. Le rituel du gallinacé qui l'a échappé belle, en revanche, me pose quelques problèmes d'interprétation. Il a une connotation «happy überfew» que je ne sais trop à quelle sauce accommoder.

Pour comprendre, je me suis intéressée aux modalités du choix de la dinde graciée. Une dépêche d'agence parlait de vote du peuple par Internet. La campagne électorale ne pouvant être, dans ce cas, que télévisée, le message aurait été simple: seuls les plus télégéniques survivent. Mais l'information était erronée: c'est uniquement le nom des graciés qui fait l'objet d'un vote. Les volatiles, eux, sont amenés là par la Fédération nationale de la dinde. Cette dernière choisit d'abord, selon des critères connus d'elle seule, un élevage, où elle isole quelques dizaines de bêtes. C'est de cette élite aléatoire que les rescapés sont issus: le groupe est spécialement entraîné à l'interaction avec les humains et le gagnant (les élus sont majoritairement mâles) est celui qui semble devoir le mieux se comporter en présence d'un président des Etats-Unis et de centaines de journalistes. Le second gallinacé tient le rôle de doublure du premier, au cas où le dindon national accuserait une défaillance de dernière minute.

Tout cela est intéressant, mais n'apporte aucune réponse satisfaisante à ma quête de sens. «Si vous avez du bol et que vous êtes sage, vous avez deux chances sur 46 millions de vous en sortir» n'est pas un message stimulant, même pour un esprit libéral.

J'ai donc cherché ailleurs, du côté de l'origine de la tradition. Elle est controversée. Les uns disent que c'est le président Truman qui, en 1947, a eu l'idée de gracier le volatile traditionnellement présenté vivant à la veille de Thanksgiving au premier homme du pays. Mais la Truman Library dément: il n'y a pas trace de l'épisode dans ses archives. Le premier gracieur de dindes fut plutôt, semble-t-il, Abraham Lincoln, le père de la nation américaine en personne.

Nous y voilà. Et quelle symbolique intention a guidé son geste? Hem, aucune. Il a seulement craqué devant les yeux suppliants de son fils Tad, qui avait fait ami-ami avec la dinde condamnée. Ce qui nous donne deux morales à la carte. Soit «Le président des Etats-Unis a aussi un cœur.» Soit «Le favoritisme est la base de la survie dans ce monde pourri.»

Mais après tout, les rituels multi-usages, on connaît. Voyez les hymnes nationaux sur les stades de foot.

Posté par Foxtrot Bravo, 28 novembre 2005 à 12:15

thanks giving

cette fete est geniale malgre kon la fete pa en france
kan on va en amerique on a la chance de la fere cete fete mdr !!
me pa en france

Posté par humberset laura, 09 octobre 2007 à 17:31

merci pour toutes ces informations

Merci à tout ceux qui ont écrit (en français) et posté sur ce sujet, oui en effet la fête de "Thanks giving" et quelque chose de très fort dans le coeur des américain.
et pour certain qui pense que cette fête à sa place en France je les laisserais juste relire les autres articles.

Posté par kiki72, 30 avril 2009 à 05:13

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