"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

31 mai 2006

Blogs à part

Avez-vous écouté France Inter hier matin ?

Si oui, vous êtes de sacrés veinards car vous avez pu profiter de la chronique d'Antoine Boussageon appelée "Blogs à part", chronique dont le sujet n'était autre que le présent blog...

Si non, nous avons cette particularité en commun (avec une très grande partie de l'humanité) ! Pour ma part, j'ignorais la date de diffusion de l'émission consacrée aux "Chroniques indianapoliennes", et me trouvais à l'heure exacte de diffusion de la chronique en compagnie de Foxtrot Bravo, venu spécialement de France, dans l'un des meilleurs clubs de jazz de Chicago, "The Green Mill"...

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Au programme hier soir : un Bourbon Knob Creek et le Patricia Barber Quartet. Une pianiste/vocaliste, un guitariste, un bassiste/contrebassiste, et un batteur, tous remarquables de virtuosité pour une musique qui prend vraiment aux tripes : un excellent moment dans un club "authentique" ne cédant pas au jazz "ripoliné" des boîtes touristiques.

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Promis, je vous dirai bientôt un mot de la métropole du lac Michigan, l'une des plus stupéfiante qu'il m'ait été donné de voir !

Pour l'heure, pour ceux qui auraient raté l'émission, voici le texte d'Antoine Boussageon :

"La ville d’Indianapolis est réputée pour sa course automobile de 500 miles ; elle mériterait de l’être pour les chroniques de Marquette.

Marquette, c’est le pseudo d’un résident français, dont le blog, « Indianapolis » hébergé par canalblog nous éclaire jour après jour, sur la société américaine.

Et notre homme ne se contente pas d’écrire, il met aussi en ligne nombre de photos.

L’autre jour, c’était une publicité pour une paroisse adventiste qui offre le café aux fidèles assez matinaux pour se rendre à l’office le dimanche entre sept et neuf heures.

J’ai oublié de préciser que Marquette est avocat, et même un des rares avocats étrangers inscrits au barreau de New York. Ceci explique sans doute sa propension à commenter sur son blog des décisions de justice, dont quelques-unes concernent, précisément, les questions religieuses.

On découvre ainsi que la Cour Suprême a autorisé cette année les adhérents d’une petite secte d’origine brésilienne à consommer du thé hallucinogène à des fins rituelles.

Commentaire de Marquette : « Si vous voulez consommer des substances illicites, fondez un culte et prétendez que l’utilisation de ces substances est fondamentale pour vous et que la moindre altération de votre capacité à consommer des produits normalement interdits représenterait une insupportable atteinte à votre liberté religieuse ».

Et ce n’est pas tout. Car le blogueur nous enseigne, jurisprudence à l’appui, que le fait d’être seul à pratiquer une religion ne change rigoureusement rien à l’affaire.

A part ça, Marquette n’a pas les yeux dans sa poche. Tenez, il loue une voiture, et que remarque-t-il dans le coffre à bagages ? Une manette permettant de l’ouvrir de l’intérieur.
Ce qui tendrait à démontrer :

·  soit que les automobilistes américains sont assez distraits et maladroits pour s’enfermer tout seuls dans la malle arrière de leur véhicule ;

·  soit que les histoires de gangsters qui bouclent leurs ennemis dans des coffres de voiture n’existent pas que dans les films."

Bienvenue à ceux qui découvrent ce blog à la faveur de France Inter !

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Crédits photographiques : Foxtrot Bravo

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23 mai 2006

Key West Attitude

A Key West, on est au bout du bout de l'Amérique, entre Floride et Caraïbes, et forcément on se sent plus libre qu'ailleurs, on commence déjà à s'affranchir des règles de vie étatsuniennes. Pas trop tout de même, les églises gardent leur importance...

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Mais sinon, Key West, c'est plutôt l'occasion de révéler sa vraie nature.

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Il y en a vraiment pour tous les goûts, comme ces véhicules électriques de location munis d'un moteur de mobylette (appelées "moped" ici, et le seul endroit aux Etats-Unis où j'en ai vues, c'est dans les Keys) : je préfère ne pas imaginer une collision avec un SUV.

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Quant aux taxis, ils ont opté pour la couleur rose : faut-il y voir un lien avec la très importante communauté homosexuelle de l'île ?

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Les conventions restent néanmoins de rigueur pour le dernier voyage.

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22 mai 2006

Renverser la vapeur

Invité du Grand Jury-RTL-LCI-Le Figaro, dimanche 14 mai, Brice Hortefeux, ministre délégué aux Collectivités Territoriales, a relevé que parmi les défis que notre pays doit relever, figure celui de l’exode des personnes et des capitaux.

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Il a souligné qu'aujourd’hui, sur « 2,2 millions de nos compatriotes qui sont à l’étranger, 1 million sont des jeunes de moins de 35 ans ». Et selon « une enquête faite auprès d’eux », moins de la moitié déclare vouloir revenir avant l’âge de la retraite en France. Autre exemple, celui de « l’exode des capitaux » : « aujourd’hui, un assujetti à l’ISF chaque jour qui quitte notre pays ». « Sur les cinq dernières années, c’est 10 milliards d’euros d’évasion fiscale, de recette fiscale qui ne sont pas venus chez nous » ! Il a cité d’autres exemples comme celui de la recherche : « aujourd’hui, aux Etats-Unis, la communauté française, avec 3 000 chercheurs, est la deuxième communauté de chercheurs ». Il a aussi fait référence à autre exode, dont on ne parle pas, qui est celui « des personnes âgées » et de constater qu’aujourd’hui, les retraités aussi s’en vont comme en témoignent les écrans publicitaires toujours plus nombreux les invitant à s’installer à l’étranger.

En somme, c'est tout l'inverse qu'il faut faire : au lieu de faire fuir nos chercheurs et entrepreneurs, il faudrait les garder en France, et même (rêvons un peu, cela ne coûte rien) attirer dans l'hexagone les meilleurs des pays étrangers; au lieu d'accepter en France de nouveaux immigrés sans qualification, il faudrait d'abord arriver à réinsérer dans le marché du travail les millions de chômeurs et de RMIstes, pas davantage qualifiés le plus souvent, mais qui ont le mérite d'être déjà sur le territoire national; au lieu de voir partir sans espoir de retour les jeunes qui ont de l'ambition, il faut non pas les décourager à partir mais les encourager à partir, puis à rentrer pour faire céder les rigidités françaises; au lieu de faire partir nos grandes fortunes, il faut les inciter à dépenser leur argent en France, ce qui créera emploi et activité; au lieu de voir nos retraités se carapater sous le soleil de Marrakech, il faut les inciter à dépenser leur pension de retraite (tout de même prélevée sur des actifs qui, eux, ne partiront pas à la retraite dans des conditions aussi favorables) en France.

Bon, voilà pour le "y a qu'à, faut qu'on" : on le fait, maintenant ?

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20 mai 2006

Brèves de week-end

Le Professeur américain Bernard Lewis, spécialiste de l'Islam, dans Le Figaro du 4 mai 2006 :

"Dire que nous sommes en guerre contre le terrorisme, c'est comme dire que nous étions en guerre contre des avions et des sous-marins pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le terrorisme est une tactique. ce n'est pas une cause et ce n'est pas un ennemi."

Et une pierre dans le jardin de George Bush, une ! Pourquoi ne pas dire que nous sommes en guerre contre l'islamisme ? Par peur d'amalgame avec l'islam ? Mais il appartient aux Musulmans modérés de rendre cet amalgame impossible !

*

103 soldats américains sont passés en Cour martiale et 89 d'entre eux ont été condamnés pour avoir infligé des mauvais traitements à des prisonniers en Irak et en Afghanistan : cela fait beaucoup de monde, tout de même ! Alors, certes, on peut se féliciter que la justice soit passée, ce qui témoigne de la vigilance des autorités et de la réactivité des institutions démocratiques... Il demeure : 1) Que ce serait-il passé si des photos n'avaient pas été diffusées dans la presse ? 2) Faut-il que la chaîne de contrôle hiérarchique ait été déficiente pour en arriver à une telle situation ! Impossible de conduire une guerre de libération en vue de l'instauration de la démocratie et des droits de l'homme avec une armée de soudards.

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19 mai 2006

Hemingway à Key West

Key West, ce sont, bien entendu, les Caraïbes, la pêche au gros, la Key Lime Pie, de succulents restaurants de poisson, de jolies maisons colorées, un libéralisme en matière de moeurs assez rare en Amérique, la douceur de vivre des tropiques... Mais pour tous les amoureux d'Ernest Hemingway, c'est surtout le lieu de sa résidence de 1931 à 1940.

La visite de cette maison constitue une sorte de pélerinage, tant l'âme de l'écrivain continue d'imprégner les lieux.

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Le charme de cette maison est extraordinaire. Protégée par des murs de briques et construite dans les années 1850, elle dispose d'un vrai jardin, ce qui n'est pas si fréquent à Key West. A la visiter, on comprend qu'Hemingway s'y soit senti si bien.

Les livres ayant appartenus à l'écrivain sont bien présents. Beaucoup d'écrivains américains inconnus de moi, des romans d'aventures et récits de voyages (faut-il s'en étonner ?), des classiques (Dostoïevski, Tolstoï...).

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Les hommes célèbres sont comme vous et moi : ils se brossent les dents, prennent des douches, et se coupent les ongles des pieds, voire taillent leur barbe quand ils ont en une. Oui, je sais, cela fait un choc !  Voici donc la salle de bain. Le carrelage Art Déco vient de Paris.

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De style colonial espagnol, la maison est emplie de souvenirs rapportés par Hemingway lors de ses voyages. La piscine est taillée dans le corail, et fut la première piscine résidentielle de Key West. Elle est remplie d'eau de mer. J'aurais volontiers piqué une petite tête !

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La maison est ceinturée, au premier étage, d'une vaste terrasse ombragée, lieu de fraîcheur fort appréciable à cette latitude. Dans le calme tranquille de ce lieu, on se poserait volontiers dans un fauteuil en osier pour lire un peu.

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Les véritables propriétaires de la place sont les chats - une soixantaine - qui seraient tous des descendants des félins de l'écrivain. Ils se comportent en maîtres, et nul ne songerait à les déloger...

  • Grosse sieste sur une vitrine d'exposition

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  • Grosse sieste à l'extérieur

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  • Tout est mis en oeuvre pour respecter la tranquillité des petits félins : logements collectifs, obligation impérieuse de respecter le silence des lieux, seul propice à une intense réflexion les yeux clos

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  • Etirement molasson sur la tombe d'un ancien camarade tombé au champ d'honneur de la sieste

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  • Et oui, ici, les matous ont leur cimetière

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  • La plupart des chats partagent une même particularité physique, qui signe leur appartenance à la descendance des chats d'Hemingway : ils sont polydactiles, c'est-à-dire qu'ils ont six griffes à chaque patte. Il paraît que certains êtres humains sont affectés d'une particularité identique, et ont six doigts à chaque main : pratique pour être un virtuose du piano.

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Revenons à notre écrivain : un petit peu à l'écart de la maison principale se trouve le refuge d'Hemingway, son bureau, au premier étage de ce qui fut autrefois une grange à carrosses.

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C'est ici que furent écrits "L'Adieu aux armes", "Le soleil se lève aussi", "Les vertes collines d'Afrique", "Mort dans l'après-midi", et "En avoir ou pas" ("To have en have not", seul roman se déroulant dans les Keys)... En somme, les principales oeuvres d'Hemingway si l'on excepte "Le Vieil Homme et la mer" et "Paris est une fête". On croirait qu'Hemingway vient juste de s'absenter.

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Hemingway s'attablait là tous les jours de 6h à midi; l'après midi, il allait à la pêche, et le soir il retrouvait ses amis pour boire une bière au Sloppy Joes Bar. Enviable, comme rythme de travail !

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Site Internet : http://www.hemingwayhome.com/HTML/main_menu.html

Et pour préparer sa visite : "Ernest Hemingway, la vie en face", de Denis Lépée, Timée-Editions, 2006.

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18 mai 2006

Couler le Clémenceau

Alors que la France se débat avec "l'affaire du Clémenceau", le sort réservé par les Etats-Unis à leurs anciens porte-avions ne manquera pas d'étonner. Je vous laisse visionner la vidéo : c'est ici.

Ils les envoient tout simplement par le fond !

L'USS Oriskani, porte-avion lancé dans les années 1940 et retiré du service depuis 1975, a été largement utilisé pendant la guerre du Vietnam. Depuis, il pourrissait à quai, les autorités peinant à lui trouver un usage (ci-dessous : l'USS Oriskani au temps de sa gloire).

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Le projet de le couler est alors apparu, défendu par des défenseurs de l'environnement ! Ces derniers ont un site internet exposant leur projet.

Pour eux, le fait de couler le porte-avion présente plusieurs intérêts : défense de l'héritage naval et maritime, éco-tourisme (plongée sous-marine, le navire n'étant pas coulé trop profond), protection des ressourses halieutiques en constituant un récif artificiel sur lequel tout un écosystème pourrait se constituer...

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Les promoteurs se hasardent même à chiffrer les retombées financières du projet : 320 millions de dollars par an, 4400 emplois créés ! Cela me paraît bien optimiste, même si ces données résultent d'études "scientifiques". Il demeure, quand bien même les retombées positives ne représenteraient que 10 % de ces estimations, ce serait déjà formidable.

Tout cela est bien intrigant, n'est-ce pas ? J'ai eu beau chercher sur Internet, je n'ai pas trouvé de réaction négative au projet. Le navire était-il désamianté ? Et d'ailleurs, quelle est la nocivité de l'amiante une fois plongé dans l'eau ? L'amiante est dangereux réduit à l'état de micro particules qui vont se loger dans les petites alvéoles des poumons, mais mouillé, je ne crois pas qu'il représente un danger quelconque.

Si un des lecteurs de ces chroniques avait ses entrées auprès de Michèle Alliot-Marie, il serait peut-être judicieux de lui faire part des réalisations américaines, au plus grand profit de l'environnement ! La France dispose de nombreux endroits, en métropole ou outre-mer, où le Clémenceau pourrait sombrer en créant un récif artificiel propice à la vie sous-marine. Le contribuable y trouverait son compte, à n'en pas douter.

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17 mai 2006

Ecoutez la différence

Amis lecteurs,

Comme de nombreux membres éminents de la blogosphère francophone avant moi, je viens d'être approché par Antoine Boussageon, qui présente une émission de radio appelée "Blogs à part" sur France Inter.

L'émission du jeudi 18 mai sera consacrée aux "Chroniques indianapoliennes" et sera diffusée à 6h24 heure française (0h24 heure de la côte Est des Etats-Unis).

L'émission passe entre les informations routières et la météo à 6h24, et dure quatre minutes : soyez à l'heure !

J'ai été ravi de répondre aux questions d'Antoine Boussageon car j'ai toujours baigné dans une atmosphère "France Inter". Mes parents ont toujours été fidèles à cette station, et j'ai naturellement continué à l'écouter, tous les jours. "Le Masque et la Plume", "Le téléphone sonne", le "13-14", la musique classique avec Frédéric Lodéon, "2000 ans d'histoire", "Rue des Entrepreneurs" le samedi matin, "Ca se bouffe pas ça se mange" avec Jean-Pierre Coffe, Jean-Luc Petitrenaud, Patricia Martin, "Le Jeu des Mille Euros", Alain Rey, et même Daniel Mermet (hautement toxique mais parfois bon) ont rythmé ma vie pendant des années. Nous avons même été jusqu'à vivre quelques années à 100 mètres de la Maison ronde, c'est dire... Et même si j'ai pu souvent râler contre l'orientation de tel ou tel journaliste ou animateur, existe-t-il station de meilleure qualité en France ?

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Même ici aux Etats-Unis, j'écoute souvent France Inter (ou FIP) sur Internet, notamment le soir. Cela fait une drôle d'impression d'écouter des programmes qui vous échappent, j'imagine, car vous dormez à cette heure là... Je vis en osmose avec les routiers, les médecins de garde des services d'urgence, les taxis, les grossistes de Rungis et tous ceux qui travaillent lorsque les autres sont assoupis. Et lorsque je vais me coucher, vers minuit-minuit et demi, les plus matinaux d'entre vous se réveillent et allument machinalement leur poste tandis que j'éteins le mien. Bizarre d'entendre qu'il pleut sur Paris, qu'il y a déjà deux kilomètres de bouchons porte d'Orléans, que les cortèges défileront de République à Bastille... Paris quoi ! Loin de la quiétude de nos champs de maïs...

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La radio publique américaine est d'excellente qualité aussi. C'est la seule que nous écoutons ici, et je crois que c'est la seule qui soit vraiment écoutable : toutes les autres stations ont de longs tunnels de publicité, et diffusent soit des programmes religieux, soit de la soupe Country. NPR (National Public Radio) perçoit quelques subventions publiques, mais fonctionne avant tout grâce aux contributions volontaires des auditeurs. La publicité en est bannie. NPR fonctionne sous la forme de décrochages locaux. Vous n'aurez pas deux NPR identiques aux Etats-Unis, chaque station locale achetant à NPR certaines émissions, qui sont ensuite introduites dans des programmes locaux par leur musique ou leurs centres d'intérêt. Les informations sont les plus objectives des Etats-Unis, et les journalistes sont d'une grande finesse d'esprit. Seul regret, c'est avant tout une "talk radio". Mise à part la musique classique la nuit ("The Classical Connection"), il n'y a pas vraiment de musique : quelques extraits musicaux, des jingles, mais sinon, que des débats et des discussions.

A Indianapolis et dans le centre de l'Indiana, la station locale qui héberge NPR est WFYI. Les moments forts de la journée sont le Diane Rehm Show le matin (émission dans laquelle Diane Rehm aborde des questions d'actualité sur un ton objectif et posé. Diane Rehm, je ne sais pas quel est son âge, mais j'ai l'impression qu'elle a 80 ans ! Elle parle à 2 à l'heure mais on reste pendu à ses lèvres car toutes ses interventions sont remarquablement intelligentes); Day to Day avec Alex Chadwick; Fresh Air avec Terry Gross qui interview les plus grandes personnalités des Etats-Unis et de la planète sur un ton confident, les laissant s'exprimer sans les interrompre à tout bout de champ avec des remarques prétendûment spirituelles; All Things Considered; et le meilleur sans doute, le BBC Newshour. Rien ne vaut la BBC, qui travaille ici en collaboration avec NPR pour un programme d'information internationale qui constitue à lui seul une leçon de journalisme.

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Le point commun de ces programmes (ceux de France Inter et de NPR) est que, tandis qu'ils vous accompagnent toute la journée, ils vous rendent vraiment plus intelligent et mieux informé. Ma préférence va quand même à France Inter car les programmes y sont plus divertissants que ceux de NPR (NPR, ce serait une synthèse de France Inter, de France Culture et de France Musique). Mais France Inter a tout de même quelque chose à apprendre de NPR : des émissions dans lesquelles l'invité a la possibilité de vraiment s'expliquer, de développer ses conceptions, chose impossible à la télévision, généralement condamnée à la superficialité dans le propos. Je considérerais volontiers que NPR est plus objectif que France Inter...même si certains de mes amis américains la considèrent comme une station de radio crypto-marxiste ! Cela me rassure, car l'UMP représente sans doute pour eux l'avant-garde du communisme...

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16 mai 2006

Du foie gras dans le caviar

The American Lawyer vient juste de publier son enquête annuelle sur les revenus des avocats américains : la disette n'est pas en vue !

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S'il faut relativiser les résultats de cette étude, qui ne concerne que les 100 plus grosses firmes, et donc, en fin de compte, qu'une minorité des praticiens du droit, il n'en reste pas moins que les plus gros cabinets ont fait d'excellentes affaires en 2005.

Qu'on en juge, le profit moyen par associé des 100 firmes les plus importantes a, pour la première fois, dépassé le million de dollars, les dix premiers du classement dépassant même deux millions de dollars par associé !

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Quant au chiffre d'affaires cumulé des 100 cabinets étudiés, il a dépassé la somme de 51 milliards de dollars, en croissance de 10 % sur l'année 2004. Sept cabinets affichent un chiffre d'affaires supérieur à un milliard de dollars.

En termes de taille, ces 100 firmes emploient 70.000 avocats aux Etats-Unis (soit, à elles seules, près du double que le nombre d'avocats français) et ont vu leur taille tripler en vingt ans.

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Le haut du classement est occupé par la firme Wachtell Lipton Rosen & Katz, de New York (3,8 millions de dollars de profits par associé; 2,4 millions de dollars de chiffre d'affaires par collaborateur : il faut absolument que je leur envoie mon CV...), suivi de quatre cabinets affichant des résultats à peu près similaires (environ 2,8 millions de dollars de profits par associé, entre 1 et 1,5 millions de dollars de chiffre d'affaires par collaborateur) : Cravath Swaine & Moore (New York), Cadwalader Wickersham & Taft (New York), Paul Weiss Rifkind Wharton & Garrison (New York), et Sullivan & Cromwell (New York).

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Comment expliquer le succès phénoménal de Watchell ? Tout d'abord, ce n'est pas un très grand cabinet, il ne compte "que" 76 associés, ce qui permet évidemment d'augmenter le profit par associé. Mais il apparaît aussi que Watchell a su se positionner sur les portions les plus lucratives du marché (fusions et acquisitions, droit financier, droit boursier) et qu'il privilégie un paiement au pourcentage des affaires traitées plutôt qu'au nombre d'heures travaillées (pratique qui, si elle n'est pas accompagnée d'une partie au forfait ou à l'heure, est illégale en France).

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Gardons la tête froide cependant. Comme je le soulignais au début, ces chiffres ne concernent que les 100 plus gros cabinets d'avocats. La grande cohorte des avocats américains gagne honnêtement sa vie, confortablement même, et davantage en moyenne que ses confrères français : le revenu moyen des avocats travaillant dans des petits cabinets (les plus nombreux) affichent des revenus s'étalant de 60.000 à 100.000 dollars par an, et même dans de grandes villes et des cabinets de plus grande taille, la moyenne s'établit entre 120.000 et 160.000 dollars. C'est très confortable, mais c'est loin de la fortune incroyable que peuvent amasser les associés des plus grands cabinets new-yorkais.

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15 mai 2006

La bataille de Savannah

J'aime bien relever les (rares) traces de présence française aux Amériques, comme on disait alors. A cet égard, je peux difficilement passer sous silence le rôle primordial qu'ont joué les troupes françaises au cours d'un moment fort de l'histoire de la ville de Savannah (Géorgie) et de l'histoire de la guerre d'indépendance américaine.

En effet, c'est à Savannah que la France a pour la première fois engagé ses troupes dans le combat aux côtés des indépendantistes américains.

Le 16 septembre 1779, le Comte Charles-Henri d'Estaing, tout juste arrivé des Antilles à la tête d'un corps expéditionnaire composé de près de 4000 hommes, vient soutenir les troupes continentales (c'est-à-dire américaines) qui souhaitent faire tomber la ville de Savannah, port stratégique et porte vers le Sud de la colonie britannique. D'estaing prend la tête de toutes les troupes, intégrant les 1500 soldats américains, conduits par le Major Général Benjamin Lincoln, sous son commandement (ci-dessous, soldat des troupes continentales).

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Sûr de son fait, et escomptant une faible résistance côté britannique, Estaing demande au Général Augustine Prevost, général suisse (!) dirigeant les forces britanniques, de se rendre. Mais les Anglais, c'est leur défaut mais aussi leur plus grande qualité, sont des teigneux : évidemment, les Britanniques refusent de se rendre (ci-dessous soldats britanniques).

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Ils n'ont pas tout à fait tort : ils sont en position défensive, et Savannah constitue une place forte idéale. La topographie rend impossible une attaque de trois des quatre côtés, de telle sorte qu'il suffit de concentrer toutes ses forces sur le flanc sud de la ville pour assurer une défense optimale. En 22 jours de siège, les Britanniques ont tout le loisir de consolider leurs lignes de défense. Certains experts considèrent d'ailleurs qu'Estaing aurait sans doute remporté la place s'il avait lancé un assaut dès son arrivée devant Savannah, alors que la ville était encore mal protégée. Au lieu de quoi il a préféré attendre les troupes continentales, venues du nord, puis lancer son imbécile ultimatum, pour enfin s'enferrer dans un siège. Evidemment, les Britanniques ont mis ce temps à profit pour se renforcer, mobiliser toutes les énergies, et s'oganiser.

Au bout de 22 jours de siège, les Britanniques n'ont toujours pas cédé. Des renforts britanniques risquant de prendre à revers les troupes franco-américaines, il devient urgent pour Estaing de tenter quelque chose.

Le 9 octobre 1779, les Franco-Américains lancent l'assaut contre les lignes britanniques. Trois charges successives sont menées, chacune d'entre elle se fracassant sur les défenses de Savannah. En une heure, près de 1000 Français et Américains (sur 5500) sont tués au combat. C'est une boucherie. Estaing est sérieusement blessé, Pierre L'Enfant, futur architecte de Washington D.C., est laissé pour mort, un général polonais des troupes continentales est tué... Les assaillants ont leur héros en la personne du Sergent William Jaspers qui, malgré ses blessures mortelles, a sauvé les couleurs de son régiment durant l'assaut... On a tous déjà lu cette histoire des dizaines de fois, ou comment masquer une défaite militaire en acte glorieux grâce à l'héroïsme (réel ou inventé, peu importe) de quelques uns.

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Face à ce désastre, Estaing renonce : les troupes franco-américaines repartent vers le nord (Charleston) et Savannah reste britannique jusqu'en 1782. Il est probable que si la ville était tombée, la Campagne du Sud, qui a duré deux années, aurait tourné court. Cette première passe d'armes, très coûteuse en hommes, a sans doute rallongé la guerre de deux années.

Notons une caractéristique des armées de l'époque : leur très grande diversité.

  • Ainsi, les Britanniques étaient dirigés par un général suisse, et leurs troupes étaient constituées d'Anglais, d'esclaves africains, de colons américains fidèles à la Couronne, d'Indiens Cherokee, d'Ecossais, et d'Allemands.

  • Les troupes continentales comportaient des colons américains de diverses origines, ainsi que des régiments allemand, autrichien, polonais, écossais, et suisse.

  • Enfin, les troupes françaises étaient sans doute les plus diversifiées, car si elles intégraient des Français, elles comportaient aussi un apport colonial significatif (Guadeloupe, Martinique, et surtout de très nombreux soldats venus de St Domingue, soit des Haïtiens et des Dominicains actuels), sans oublier des régiments suédois, irlandais et gallois.

S'agissant du Comte Charles-Henri d'Estaing, il est rentré en France après cette bataille perdue.  Il sera guillotiné en 1794. Savannah ne l'a pas oublié, et rend hommage en divers endroits de la ville à ces Français venus de si loin soutenir la jeune Amérique dans sa lutte pour l'indépendance, jusqu'à parfois sacrifier leur vie à cette cause (ci-dessous, Estaing au musée d'histoire de Savannah).

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"Si les Français n'étaient pas là, on vivrait tous en Terre d'Albion..." : peut-être faudra-il que quelqu'un l'écrive, cette chanson...

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13 mai 2006

Brèves de week-end

  • Bien vu, ce commentaire de Bernard-Henri Lévy, dans le Paris Match du 13 avril dernier :

"La démocratie, ce n'est pas seulement une institution, ce sont des manières de vivre. C'est un régime au sens ancien du terme. C'est la civilité autant que le gouvernement. C'est un rapport de la société civile à elle-même, autant que de l'Etat à la société. Telle est la leçon que je lis dans la société américaine et que je ne suis pas mécontent de rappeler à ce vieux pays jacobin et roberspierriste, qui a un peu tendance à croire que "démocratique" se dit des seules institutions, et que, quand on a fait de bonnes institutions, on est tranquille. Les Américains nous enseignent que quand on a fait de bonnes institutions, on n'a fait que la moitié du chemin."

  • E. vit à Plano, dans l'Etat du Texas, et a entrepris de décrypter pour ses lecteurs les différences entre les multiples Eglises protestantes du pays... Exercice pour le moins louable (et nécessaire !), d'autant plus qu'elle est allée elle-même dans chacune de ces églises pour demander aux pasteurs de lui expliquer ce qui différenciait leur communauté des autres : "J'ai été, à une exception près, très bien reçue. Tous ces pasteurs m'ont consacré du temps (entre une demi-heure et une heure et demie), ont bien voulu répondre à mes questions même les plus idiotes. Je me suis présentée comme une Française  catholique vivant au Texas et cherchant à comprendre un phénomène très important de la culture américaine : la religion. Ils ont dans l'ensemble été surpris par ma démarche mais enthousiastes. J'ai été claire sur le fait que je ne cherchais pas une nouvelle Eglise et que ça n'était pas la peine d'essayer de me convertir. Le message a, dans l'ensemble, été bien compris." Ainsi, E. a commencé avec les Chrétiens au sens générique (on n'est pas obligé de partager son avis sur l'Eglise catholique contemporaine...), puis a présenté les Baptistes, les Méthodistes, pour, enfin, distinguer entre "Christian Church" et "Church of Christ". Je me demande ce qu'elle a contre les Presbytériens et contre les Pentecôtistes : il n'y en a pas au Texas ? Et n'oublions pas sa passionnante visite du Musée du Créationnisme...

  • E. évoque aussi la United Church of Christ, qui vise explicitement tous ceux qui sont exclus par les autres Eglises protestants, notamment les homosexuels. Leur publicité vaut le détour : c'est ici.

  • En matière de publicité, le FBI a su aussi trouvé les arguments pour susciter les vocations...

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