29 juin 2006
"L'égoïste romantique", de Frédéric Beigbeder
Qui est Oscar Dufresne ? Un double transparent de Frédéric Beigbeder, ou un personnage issu de l'imagination du même Beigbeder ?
On ne peut pas dire que la lecture de "L'égoïste romantique", journal de bord d'Oscar Dufresne permette de répondre à cette question. Oscar Dufresne est un écrivain à succès collaborant à des journaux pipole, il a été publicitaire, il est mondain, snob, bourgeois, scatologique, égoïste, lâche, obsédé sexuel, cynique, ... Rien de tout cela ne nous éloigne vraiment de Frédéric Beigbeder, en fait.
Beigbeder est-il un bon écrivain ? S'il s'agit de savoir s'il aura sa place dans le "Lagarde et Michard" du XXIème siècle, on peut en douter, quoiqu'aucun de ses contemporains n'ait vraiment d'assurance à cet égard. Si, en revanche, vous me demandez si vous allez dévorer cet ouvrage en un rien de temps, rire, sourire, être choqué, et même parfois réfléchir (pas souvent, mais si, parfois), alors la réponse est bien positive. C'est déjà pas mal, n'est-ce pas ?
Il y a un ton Beigbeder, un style même peut-être. De l'excellent "Nouvelles sous ecstazy" à "Dernier inventaire avant liquidation" en passant par "99 francs" et "Windows on the World", l'esprit Beigbeder est là. Alors, certes, Beigbeder semble avoir été atteint de "flemmingite aigüe" lorsqu'il a entrepris la rédaction de "L'égoïste romantique", ouvrage léger et parfois un peu facile qui n'est pas le meilleur de ces dernières années. C'est un peu comme le Woody Allen annuel : parfois sublime, juste bon, sinon. "L'égoïste romantique" est un bon roman de plage : les chapitres font rarement plus d'une page. Entre baignade, pan bagna, ambre solaire sur les épaules et regard circulaire sur les beautés locales, on n'en demande pas davantage.
L'égoïste romantique, Frédéric Beigbeder, Grasset, 2005, 398 p.
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L'éreintement de mon dernier livre,
par Frédéric Beigbeder, Lire, avril 2005
Frédéric Beigbeder est gâteux. Il me fait penser à une chanson entendue sur le dernier album de Julien Baer: «Je tourne en boucle et à chaque fois/ Je reprends l'histoire au même endroit.» Beigbeder raconte toujours la même aventure écervelée, celle d'un sale gosse de riches qui drague des pouffiasses au lieu d'aimer sa femme. On voit l'ambition du projet: rivaliser avec Alexandre Jardin. L'immaturité de sa prose n'a d'égale que celle de son narrateur, Oscar Dufresne, un séducteur de discothèques qui ferait passer Bernard Menez pour un dandy intellectuel.
On avait abandonné Beigbeder au sommet du World Trade Center, prix Interallié en main. Avec Windows on the World, il montrait une autre ambition et des capacités de romancier. Le voici revenu à ses premières boums: alcool, drogue, vomi, blagues de potache. A bientôt 40 ans, il est inquiétant de voir un auteur encombrer autant l'espace médiatique avec ses petits problèmes conjugaux d'ex-président du Caca's Club. Baron ou Mathis Bar? Dior ou Saint Laurent? Telles sont les vastes questions existentielles abordées dans ce carnet de notes de frais. L'égoïste romantique n'a d'intéressant que son titre, et il est de Fitzgerald. Un titre plus approprié aurait été: Journal d'un pauvre con. Comment la France peut-elle tolérer qu'un dadais aussi prétentieux et irresponsable dirige une maison d'édition de l'importance de Flammarion? Pourquoi le prestigieux magazine Lire lui accorde-t-il une chronique mensuelle au lieu de faire appel à des critiques compétents et dévots? Que s'est-il passé pour qu'un éditeur avisé comme Grasset en soit réduit à miser sur un pantin aussi désarticulé pour renflouer ses caisses? Beigbeder est pire qu'un imposteur: il est un symptôme. Celui d'une époque déboussolée, où n'importe quel histrion qui montre sa tronche de cake à la télévision peut se retrouver mandarin du monde littéraire. On croit rêver. On se pince. Mais non, on ne dormait pas: Frédéric Beigbeder plastronne, et éclipse de son rire gras et sonore les véritables talents méconnus de son temps (François Tinchard, Jean-Yves Magnon, Eric Bousselier, notamment). Il se pavane dans les cocktails au lieu de remettre cent fois l'ouvrage sur l'établi. Il soigne davantage son style vestimentaire que celui de sa littérature. Sa facilité est écœurante. Il gagne des millions alors qu'il n'en a même pas besoin! Il est l'incarnation du dilettantisme vain: tour à tour animateur de talk-shows pathétiques, publicitaire communiste pour faire marrer le Tout-Neuilly, éditeur de romans racistes, disc-jockey médiocre, chroniqueur de torchons «people».
Ce n'est pas un écrivain mais un Fregoli, un caméléon, une girouette. L'art doit être solide, l'écriture doit reposer sur du travail, des larmes, de la solitude, un univers, une colonne vertébrale, une Weltan-schauung! Elle est où, Beigbeder, votre Weltan-schauung? Chez Castel ou au Flore? Frédéric Beigbeder doit mourir, vite, pour laisser la place à des auteurs plus intéressants (François Tinchard, Jean-Yves Magnon, Eric Bousselier, notamment, mais aussi Olivier Rolin, Bernard Comment, Marianne Denicourt). Le seul débat recevable: comment doit-il trépasser? D'une chute de vélo, comme Jean-Edern Hallier, d'un accident de baignoire comme Claude François ou étouffé par son vomi comme Jimi Hendrix? Même pas. Il crèvera à l'hôtel Byblos de Saint-Tropez en éructant un dernier calembour pitoyable, qui fera ricaner tous ses faux amis - ploucs enrichis, écrivains de gare ou starlettes du show-biz. Salaud! Macaque! Mondain! Hétérosexuel!
28 juin 2006
Le nombre de fonctionnaires continuera d'augmenter l'an prochain
Franchement, on aurait tort de gâcher son plaisir : l'annonce de la réduction du nombre de fonctionnaires de 15 000 l'an prochain est indubitablement une bonne nouvelle. Dans un contexte d'explosion de la dette, de maîtrise budgétaire, et de volonté affichée de réduction des prélèvements obligatoires (qui sont à un maximum historique, à plus de 53 % du PIB), la réduction des effectifs de fonctionnaires d'Etat constitue un signe positif.
Rappelons les évolutions de ces dernières années :
1998 : + 5 553
1999 : + 4973
2000 : + 5378
2001 : +13 675 (!)
2002 : + 17 214 (!!)
2003 : - 993 (retour de la droite au pouvoir)
2004 : - 4 537
2005 : -7 392
2006 : - 5 318
Même si l'économie en année budgétaire pleine est assez modique (500 à 600 millions d'euros), il faut envisager l'ensemble de la carrière d'un fonctionnaire qui bénéficie de la sécurité de l'emploi pour apprécier l'économie réalisée. De plus, le Gouvernement a pris le soin de réduire les effectifs en fonction des efforts de modernisation entrepris dans les différents ministères, et a évité la technique du rabot qui aurait consisté à réduire aveuglément les effectifs dans tous les secteurs. Or si des ministères sont en sur-effectifs, d'autres ont besoin d'être étoffés (justice, recherche, police).
Les réactions syndicales à cette annonce sont évidemment hostiles : "massacre à la tronçonneuse" pour l'UNSA (enseignement), "dogmatisme" pour la CGT (qui s'y connaît en dogmatisme), "vision purement comptable" selon FO... Voilà pour la galerie.
La réalité est cependant toute autre, car les effectifs de fonctionnaires vont au contraire augmenter l'an prochain !
En effet, les réductions d'effectifs annoncées ne concernent que la fonction publique d'Etat. Or plus de 20 000 emplois devraient être créés l'an prochain dans la fonction publique locale et dans la fonction publique hospitalière. Le solde est donc, au minimum, de 5 000 emplois de fonctionnaires créés !
Ensuite, si l'on se concentre sur les détails de la réduction annoncé s'agissant de la fonction publique d'Etat, un certain nombre de surprises apparaissent :
Le ministère de l'Education nationale est le plus gros contributeur à la réduction des effectifs, puisque 7 000 postes seront supprimés (sur 1 243 355 postes d'enseignants au total, faut-il le rappeler, tout de même). 8550 emplois sont supprimés dans l'enseignement scolaire, tandis que l'enseignement supérieur et la recherche gagnent 1500 postes. Le taux d'encadrement pédagogique des élèves restera le même, avec un enseignant pour 24 élèves dans le second degré, et un pour 19 dans le primaire. D'ou viennent ces 8550 emplois ? Pour 3000 d'entre eux, il s'agit de la conséquence mécanique de la réforme Fillon qui a retardé nombre de départs à la retraite. Pour 1800 d'entre eux, il s'agit de postes supprimés en raison de l'évolution démographique : 30 000 enfants en moins dans le secondaire. Le reste viendrait d'une meilleure organisation : 3 000 des enseignants qui n'exercent pas d'activité pédagogique seront renvoyés devant les élèves. Ce n'est pas une punition, c'est leur métier. Il en reste 25 000 (!) dans la même situation : permanents syndicaux, missions ponctuelles, surnombre dans certaines disciplines,...
Au Ministère de la Défense, seuls 1 000 emplois seront supprimés sur les 4300 annoncés. La différence correspond à des emplois vacants non pourvus et ne donnant lieu à aucune dépense budgétaire. Certes, ces postes constituent des sources potentielles de dépenses si jamais ces emplois avaient du un jour être pourvus.
Enfin, il existe l'artifice supplémentaire des effectifs en équivalent temps plein travaillé (ETPT) : ce mode de calcul en ETPT introduit un décallage significatif entre le nombre effectif de suppressions de postes affiché et la décision qui a été prise. Si j'ai bien compris, avec ce système, les agents sont comptabilisés en fonction de leur période de présence et de leur quotité de travail (temps plein, temps partiel). Ainsi, si l'on supprime le poste d'un agent fin juin par exemple, on aura supprimé un poste, mais seulement 0,5 ETPT. De même, si l'on supprime un emploi à mi-temps, on aura aussi supprimé un poste, mais seulement 0,5 EPTP... C'est avec cette méthode que le ministère des Transports et de l'Equipement a annoncé la suppression de 1 267 emplois, alors que cela ne correspond qu'à 483 EPTP. Décallage identique au ministère de l'Agriculture, avec 936 emplois supprimés correspondant à 400 ETPT.
Quelle conclusion à ces développements un peu techniques ? La direction prise par le Gouvernement est la bonne, mais l'effort réalisé est tellement faible que nous ne parvenons toujours pas à renverser la vapeur s'agissant de la création de nouveaux postes de fonctionnaires. Malgré cela, l'opposition continuera de crier au démantèlement des services publics et à dénoncer la prétendue dérive ultralibérale de nos dirigeants. Ce serait bien, un jour, que l'on puisse leur donner l'occasion de constater concrètement ce qu'est le véritable libéralisme.
27 juin 2006
Redneck Games
Vous avez prévu quelque chose, le 8 juillet prochain ? Si ce n'est pas le cas, je vous conseille de vous rendre à Dublin, en Géorgie, où se tiendra la onzième édition des Summer Redneck Games.
Mais tout d'abord, qu'est-ce qu'un "redneck" ? Si Wikipédia présente des développements très savants sur le sujet (ici), ce terme désigne tout simplement les bouseux du sud des Etats-Unis, ceux qui ont le cou rougi à force de travailler au grand air, exposés au soleil. Ce terme est employé de façon extrêmement péjorative par les personnes qui ne sont pas des rednecks, mais a été détourné puis réapproprié par les rednecks eux-mêmes. Il faut dire que les pauvres fermiers du sud ont depuis longtemps le sentiment d'être les laissés-pour-compte de l'Amérique, la culture sudiste s'alimentant des rancoeurs liées à la victoire du nord pendant la guerre de Sécession, à la crise ayant frappé les grandes cultures traditionnelles, notamment de coton, à la crise de 1929...
Ainsi, les rednecks, que l'on trouve en gros au sud des Appalaches, de Upstate New York à la Géorgie en passant par toute la Cotton Belt (et l'Indiana !), issus de milieux ruraux peu éduqués ont créé une sous culture qu'ils ont fini par affirmer à la face du pays : "oui, on est des bouseux et on est fier de l'être !".
Selon le stéréotype, le redneck vit dans un mobile home ou dans une vieille ferme isolée, il conduit un pick up énorme et délabré, il continue d'afficher fièrement le drapeau confédéré, et est un adepte des armes à feu. Il porte, pour les plus anciens, cette sorte de combinaison de coton sous ses vêtements, mais sinon, c'est plutôt un adepte du t-shirt porté sous la chemise de bûcheron à carreaux, des jeans, de la casquette de base-ball. Le redneck chique le tabac, et porte soit le cheveu raz comme un GI, soit l'abominable coiffure appelée "mullet", constituée de cheveux un peu longs rebiquant sur la nuque. Le redneck est évidemment un gros consommateur de bière bon marché et de Bourbon. Ses hobbies sont la pêche, la chasse, le concours de bagnoles customisées, la course de dragsters, de motoneiges, le catch, le stock car, les concours de tracteurs ou de pick-ups géants. Le redneck aime bien la mécanique et entreprose des épaves de voiture dans la cour de sa ferme. Il écoute de la country, ou du hard rock, du metal. S'agissant des femmes, le cliché est plutôt le fantasme de la fille du sud délurée à gros seins parfaitement représentée par Daisy Duke de "Shériff, fais-moi peur" ("The Dukes of Hazzard"). Le redneck est inculte, et souvent un peu limité intellectuellement. Il n'est pas démocrate.
Les Redneck Games ont été lancés par une station de radio locale (WQZY), à titre promotionnel, afin de réaliser un bon coup médiatique un an avant les Jeux Olympiques d'Atlanta. Mais l'événement a remporté un tel succès qu'il a été perpétué les années suivantes. Comme vous vous en doutez, les Redneck Games constituent un grand moment d'intelligence, au cours duquel plus les activités sont stupides et crados, plus leur popularité est assurée :
plongée dans une bassine pour s'emparer avec les dents de pieds de cochons
lancer de fer à cheval
concours de crachat de noyau, lancer d'enjoliveur automobile
plongeon dans la mare aux cochons
lancer de moyeu, concours de cheveux longs, concours de grimaces, concours de pets sous les aisselles ("armpit serenade", comme c'est joliment dit)
concours de pets "classiques"...
Le grand prix est une sculpture constituée de cannettes de Bud Light remis alors que le maître de cérémonie déclame ainsi : "they're "just plain good ol' boys and gals who'd give you the shirt off their back, although it's doubtful you'd want it" ("il y a plein de personnes ici qui vous offriraient volontiers leur chemise, mais il n'est pas certain que vous en vouliez"). Et là, c'est le moment de reprendre un peu d'alligator frit avec une large rasade de Bud !
Pour prolonger ces réjouissances, je ne saurais trop vous conseiller, pour vous aussi devenir de parfaits rednecks, de visiter le site de la chaîne de télévision Comedy Central, qui propose trois jeux : la pêche à la dynamite, la chasse au cerf au volant de son véhicule, le lancer d'opossum.
26 juin 2006
La Poste vs. United States Postal Service
Le prix du timbre pour un pli de moins de 50 grammes va prochainement augmenter en France, passant de 53 à 54 centimes d'euros. La hausse décidée devrait d'ailleurs se poursuivre, puisque le prix du timbre va encore augmenter de 1 centime par an jusqu'en 2008. Telle est la décision de l'Autorité de régulation des communications électroniques et de La Poste (ARCEP), autorité administrative indépendante chargée de déterminer les conditions d'ouverture à la concurrence du marché du courrier ainsi que l'évolution du prix du timbre.
Ce prix est exhorbitant, et s'apparente à une rente de monopole intolérable dont profite une Poste impossible à réformer, comme la plupart des entreprises du secteur public. La moindre des choses, s'agissant d'une entreprise bénéficiant d'un monopole sur les lettres de moins de 50 grammes serait que l'augmentation des prix des produits sous monopole ne soit décidée qu'après que l'entreprise a entrepris tous les efforts de productivité nécessaires. Nous sommes loin du compte s'agissant d'une entreprise publique dont les agents (puisque l'on ne saurait parler de salariés) se caractérisent principalement par leur capacité de sabotage de toute réforme permettant un meilleur service du public à un coût moindre.
Aux Etats-Unis, le prix du timbre pour une lettre est de 39 cents (31 centimes d'euro), et pour une carte postale de 24 cents (19 centimes d'euro). 31 centimes d'euros contre 54 centimes d'euros : comment expliquer une telle différence, le prix du timbre en France, avec ce cher (très cher !) service-public-à-la-française-que-le-monde-entier-nous-envie étant 57 % plus élevé qu'aux Etats-Unis ? Et ce alors que le territoire américain est autrement plus vaste que le territoire français et moins densément peuplé (Anchorage-Miami : 31 centimes, Dunkerque-Marseille : 54 centimes) ?
Comment expliquer cette situation alors que si le US Postal Service (USPS) reste tenu de porter les plis en tout endroit pour le même prix aux Etats-Unis six jours par semaine (ce que l'on appelle le service public, n'est-ce pas ?), il ne dispose de monopole sur aucun produit et se trouve confronté à des concurrents extrêmements agressifs et efficaces (Fed Ex, United Parcel Service) qui, eux, ne sont pas tenus aux mêmes obligations de service public ? Faut-il ajouter que USPS est profitable (1,3 milliards de dollar de profits l'an passé) et que l'entreprise est dépourvue de la moindre dette ? Que 2 millions de nouvelles adresses doivent être ajoutées tous les ans ? Que 90 % des plis atteignent leur destination en moins de trois jours et que 95 % des plis sont livrés dès le lendemain lorsque la lettre est adressée dans la même agglomération ? Que 212 milliards de plis transitent tous les ans entre les mains de USPS ?
Bref, USPS, tout en étant tenu de respecter des obligations de service public, est moins cher, plus rentable, et plus efficace que son concurrent français. La vérité toute nette est que le service public est mieux défendu dans un système concurrentiel, ouvert, dans lequel toutes les entreprises sont amenées à concourir dans des conditions identiques. L'équation "entreprise publique à monopole = meilleur service public pour tous" est tout bonnement un mensonge destiné à masquer la rente de situation d'agents surprotégés défendant leurs intérêts financiers sous l'apparence de la défense de l'intérêt public.
23 juin 2006
L'eugénisme aux Etats-Unis
Lors de ma visite du Musée de l'Holocauste de Washington en mars dernier, j'avais eu l'occasion d'arpenter une exposition temporaire consacrée à la politique nazie de "purification" de la race allemande au moyen de la stérilisation, de l'euthanasie, de l'interdiction des mariages interraciaux, et même de l'exécution pure et simple des races réputées inférieures et des êtres "dégénérés".
Dans ce panorama horrible, mon attention avait été attirée par la mention d'un arrêt rendu par la Cour suprême des Etats-Unis en 1927, soit peu avant l'arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne : en effet, lors des procès de Nuremberg, l'un des avocats des dignitaires nazis alors jugés invoqua la décision Buck v. Bell comme précédent à la stérilisation de deux millions de personnes dans le cadre de la politique d'hygiène raciale du régime. Stupeur. J'ai voulu en savoir davantage.
Dans cette décision, la Cour suprême des Etats-Unis a considéré comme constitutionnelle une loi adoptée par l'Etat de Virginie en 1924 permettant la stérilisation forcée des jeunes femmes considérées comme "inaptes à se reproduire" ("unfit to continue their kind"), "faibles d'esprit", ou "inadaptées à la vie en société" ("socially inadequate persons"). L'inspiration de cette loi doit être trouvée dans les travaux du médecin hygiéniste américain Harry H. Laughlin, qui considérait la stérilisation obligatoire comme étant "l'application pratique des principes biologiques et sociaux fondamentaux qui déterminent l'amélioration raciale ainsi que la santé raciale - physique, mentale, et spirituelle - des futures générations".
Les faits
Emma Buck, veuve ayant à sa charge trois enfants en bas âge, survit en se prostituant et en bénéficiant de la charité publique. En 1910, ses enfants lui sont retirés et sont placés dans des familles d'accueil. Emma est transférée dans un établissement psychiatrique réservé aux épileptiques et aux faibles d'esprit. Sa fille de trois ans, Carrie, est recueillie par la famille Dobbs, qui lui fait quitter l'école à son dixième anniversaire pour la faire participer aux tâches ménagères. Jusque là, son cursus scolaire ne distingue pas Carrie des autres enfants de son âge (ci-dessous, Carrie Buck).
A l'âge de 17 ans, Carrie est violée par l'un des fils de la famille Dobbs et se retrouve enceinte. Les Dobbs demandent alors l'internement de Carrie en institution psychiatrique, la prétendant débile, comme sa mère. Dès la naissance de l'enfant porté par Carrie, celle-ci est internée tandis que les Dobbs recueillent sa fille et l'élèvent comme leur enfant.
Lorsque Carrie arrive au sein de la colonie psychiatrique de Lynchburg (Virginie), le médecin principal de l'établissement, le Dr. Priddy, entend procéder à la stérilisation de Carrie afin d'améliorer l'espèce humaine. Au cours des sept années précédentes, il a déjà stérilisé une centaine de jeunes femmes, sans leur consentement. Mais comme on est aux Etats-Unis, on commet des horreurs, mais en suivant des procédures très strictes. La décision de stériliser Carrie Buck est donc prise par une cour de l'Etat de Virginie, après une procédure contradictoire.
En première instance
Les témoignages "à charge" (ceux favorables à la stérilisation) sont édifiants.
Ainsi Anne Harris, infirmière de Charlottesville, ville de résidence passée d'Emma et Carrie Buck, indique : "Emma Buck, la mère de Carrie, vivait dans l'un des pires quartiers, et n'était pas capable, ou du moins ne voulait pas, travailler et soutenir l'éducation de ses enfants. Ils vivaient plus ou moins dans la rue". Questionnée sur les enfants d'Emma : "Je ne sais pas grand-chose des enfants, mais ils ne me semblent pas capable de faire mieux que leur mère". Elle avoua ensuite n'avoir plus vu Carrie passé l'âge de trois ans...
Vient ensuite Caroline Wilhelm, bénévole de la Croix Rouge contactée par les Dobbs lors de la grossesse de Carrie : "Si Carrie était autorisée à avoir des enfants, il est probable que ces derniers seraient également déficients mentalement. Je pense qu'une fille avec sa mentalité est plus ou moins à la merci des autres personnes...Sa mère avait trois enfants illégitimes et il est très probable aussi que Carrie aurait également des enfants illégitimes [=conçus hors mariage]". Et le représentant de la colonie psychiatrique de conclure : "Donc la seule façon d'éviter qu'elle ne se reproduise est soit de la séparer du reste de la société soit de faire quelque chose qui lui interdirait d'infanter".
Enfin, un "expert" est convoqué, Arthur Estabrook, de l'Institut Carnegie de Washington, qui a consacré 14 années à des recherches génétiques consacrées aux débiles mentaux. Pour lui, cela ne fait pas de doute, la conclusion de ces années d'études est que la "faiblesse d'esprit est héréditaire et constitue le fondement des conduites antisociales, se traduisant notamment par la criminalité et la pauvreté" (ci-dessous, le Dr. Bell, Directeur de la colonie pénitentiaire de Viriginie).
Après de tels témoignages, et comme vous vous en doutez, décision est prise de stériliser Carrie Buck. Celle-ci fait appel, mais la Cour d'appel de Virginie confirme la décision rendue en première instance. L'affaire est alors portée devant la Cour suprême des Etats-Unis.
La décision de la Cour suprême
L'avocat de Carrie Buck fonde son action sur le 14ème amendement de la Constitution américaine qui reconnaît la protection des individus à l'encontre des atteintes à leur intégrité corporelle. Il prédit l'émergence de la "pire des tyrannies" s'il ne devait exister "aucune limite au pouvoir de l'Etat de se débarasser des citoyens considérés comme indésirables". Prédiction effrayante et vérifiée, malheureusement.
A l'opposé, l'avocat de la colonie psychiatrique minore l'impact de la stérilisation et la rapproche de la vaccination obligatoire, considérée par la Cour suprême comme une atteinte acceptable à l'intégrité corporelle.
Le Juge Holmes rend la décision qui a recueilli les suffrages de huit juges sur neuf :
"We have seen more than once that the public welfare may call upon the best citizens for their lives. It would be strange if it could not call upon those who already sap the strength of the State for these lesser sacrifices, often not felt to be such by those concerned, in order to prevent our being swamped with incompetence. It is better for all the world, if instead of waiting to execute degenerate offspring for crime, or to let them starve for their imbecility, society can prevent those who are manifestly unfit from continuing their kind. The principle that sustains compulsory vaccination is broad enough to cover cutting the Fallopian tubes. Jacobson v. Massachusetts, 197 U.S. 11. Three generations of imbeciles are enough."
" Nous avons constaté plus d'une fois que le bien être public appelait parfois les meilleurs citoyens à faire don de leur vie. Il serait étrange que nous ne puissions pas demander à ceux qui d'ores et déjà sapent la force de l'Etat de consentir à des sacrifices moindres, souvent non ressentis par ceux qui sont concernés, de manière à nous éviter d'être submergés par l'incompétence. Il vaut mieux pour tout le monde que, au lieu d'attendre d'exécuter les enfants dégénérés pour avoir commis des crimes, ou de les laisser mourir de faim en raison de leur imbécilité, la société puisse empêcher de se reproduire ceux qui sont manifestement inadaptés. Le principe qui soutient la vaccination obligatoire est assez large pour couvrir la section des trompes de Fallope. Trois générations d'imbéciles sont suffisantes".
Des lois identiques à celle adoptée en Virginie seront reprises dans 30 autres Etats américains, conduisant à la stérilisation forcée de plus de 50 000 personnes. Harry L. Laughlin, auteur du modèle de stérilisation utilisé en Virginie, mis ses travaux à disposition des gouvernements étrangers et son modèle fut pris comme base de la loi allemande sur la Santé Héréditaire adoptée en 1933, dès l'arrivée des Nazis au pouvoir. Laughlin sera d'ailleurs récompensé d'un prix décerné par l'Université de Heidelberg en 1936.
Décision de la Cour suprême : Buck_v_Bell.doc
22 juin 2006
L'esprit de Vincennes
Si nous étions à Vincennes, ce n'était pas seulement pour nous recueillir sur les tombes des combattants français de l'indépendance américaine, mais plutôt pour assister à l'une de ces reconstitutions historiques qu'affectionnent les Américains.
"Spirit of Vincennes" commémore tous les ans la bataille de 1779 ayant opposé les troupes britanniques aux soldats franco-américains favorables à l'indépendance de la colonie : le temps d'un week end, près de 500 particuliers vivent comme au XVIIIème siècle, sous les yeux de près de 35.000 spectateurs.
Chacun campe sous des tentes.
On se restaure.
On joue de la musique.
On organise des compétitions un peu désuètes, comme le lancer de poële à frire dans un champ... Pas très compliqué, il suffit de bien prendre son élan pour envoyer ladite poële le plus loin possible (très beau mouvement de Madame Marquette Mère, comme vous pouvez le voir).
On conte des histoires.
Et on vend toutes sortes de breloques qui permettront de faire du commerce équitable avec les tribus indiennes des environs (à moins qu'elles ne soient davantage intéressées par votre scalp).
Mais le clou du week end reste la reconstitution de la bataille : du sang, de la sueur, de la poudre, voilà un spectacle !
Cesar, Morituri te salutant !
C'est triste à dire, mais ces bloody Britons sont de vraies têtes de mules, et pour leur faire entendre raison, il n'y a bien souvent qu'à faire parler la poudre.
Ils ne manquent pas de courage, d'ailleurs, les rosbeefs. Personne ne peut leur enlever ça.
Mais que peut-on faire contre des gens déterminés à défendre leur terre et prétendant se battre pour la Liberté ?
La bataille fait rage.
Et c'est la retraite !
Voilà qui leur apprendra à nous avoir subtilisé la Nouvelle-France !
21 juin 2006
Gérontocratie américaine
A voir George Bush, qui va fêter ses 60 ans le 6 juillet prochain, on pourrait croire que les Etats-Unis sont gouvernés par des hommes relativement jeunes. W, en effet, a été élu à seulement 54 ans et sera retraité de la Maison Blanche à 62 ans. Pas si vieux en ces temps où l'on repousse l'âge de la retraite) à 65 ans, voire 68 ans (Royaume-Uni).
La réalité est pourtant assez différente. En fait, le pouvoir fédéral appartient à des hommes de plus en plus âgés. Ainsi, la moyenne d'âge des Sénateurs et des membres de la Chambre des Représentants ne cesse de croître depuis 1978 : 60,4 ans pour les Sénateurs, et 55 ans pour les Représentants. Pour les deux chambres, il s'agit d'un maximum historique. Les juges de la Cour Suprême, désignés à vie, affichent une moyenne de 66,1 ans, et encore, cette moyenne vient d'être abaissée par les dernières nominations des Juges Roberts et Alito.
Le plus ancien sénateur est le sénateur Robert Byrd (démocrate, Virginie Occidentale), élu pour la première fois en 1946, alors que le président actuel n'avait que quelques mois ! Agé de 88 ans, Byrd reste très actif et se représentera à l'occasion des élections organisées l'automne prochain. Sa carrière politique a encore un bel avenir s'il envisage de marcher sur les traces de Strom Thurmond, qui a pris sa retraite sénatoriale en 2003 à l'âge de 100 ans. Il résidait de façon permanente à l'hôpital militaire de Washington !
Des 29 sénateurs soumis à renouvellement cette année (un tiers renouvelable tous les deux ans, pour un mandat de 6 ans), deux sont octogénaires, sept septuagénaires, sept sexagénaires, 10 quinquagénaires, et trois quadragénaires.
Comment expliquer ce phénomène de vieillissement ?
Il tient en partie au Sénat, me semble-t-il : seulement deux sénateurs représentent chaque Etat, de sorte que, compte tenu de la sociologie électorale, la plupart, une fois élus, sont réélus sans difficulté. Pour prendre l'exemple de l'Indiana, nous avons ici un sénateur républicain (Richard Lugar) et un sénateur démocrate (Evan Bayh). Lugar est sénateur depuis 1976 et sa réélection cette année ne devrait poser aucun problème. Bayh, quant à lui, a repris en 1998 le siège détenu par son père pendant des décennies, et a été réélu triomphalement en 2004. Le plus probable est que l'Indiana conserve encore longtemps un sénateur démocrate et un sénateur républicain, car cet équilibre reflète la sociologie profonde de l'Etat, démocrate à Indianapolis et dans le nord industriel, républicain dans les banlieues et dans les campagnes. Et il en va de même dans presque tous les Etats, où la sociologie électorale prend des années à se modifier. En somme, lorsque l'on est élu sénateur, on a toutes les chances d'être réélu, et comme il est humain, et caractéristique des hommes politiques de ne jamais vouloir quitter le pouvoir, la tentation est de continuer tant que la santé suit.
Ce phénomène de vieillissement ne fait aussi que traduire dans le champ politique une réalité sociale américaine : la retraite est prise plus tardivement qu'en Europe, les seniors sont nombreux à travailler, la valeur "travail" signifie encore quelque chose, et la société vieillissant a tendance à élire des représentants lui ressemblant.
Pour ce qui est de la France, être gouverné par des vieillards est plus courant : De Gaulle avait 80 ans à la fin de son mandat, Mitterrand 79 ans, et Jacques Chirac est âgé de 74 ans...
Source : USA Today, 9 juin 2006 : Congress_is_getting_grayer_but_not_ready_to_retire.doc.
20 juin 2006
Français de la Révolution américaine
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Vincennes, Indiana, bien entendu ! Située au sud ouest de l'Indiana, à la frontière avec l'Illinois, Vincennes est la plus ancienne ville de l'Etat de l'Indiana : elle a été fondée en 1732 par les Français. Du reste, Vincennes revendique aussi la plus ancienne église catholique de l'Indiana, le premier Comté, le premier quotidien, la première église presbytérienne, la première loge maçonnique, la première banque... Poste avancé utilisé pour le commerce des fourrures, Vincennes doit son nom à François-Marie Bissot, Sieur de Vincennes, explorateur français né à Montréal en 1700 qui établit nombres de forts militaires dans le Middle West, français, alors partie intégrante de la Louisiane. En 1763, toute une partie de la Louisiane devient britannique lorsque la France perd le Canada français. Tel est le cas des Etats actuels de l'Illinois, du Michigan, et de l'Indiana. La ville est bien renommée Fort Sackville par ces bloody Britons, mais la population ne se plie pas de bonne grâce au nouveau maître des lieux. Il faut dire que si, d'un trait de plume, la France a perdu des centaines de milliers de kilomètres carrés au profit des Britanniques en 1763, seuls les soldats et les (rares) administrateurs (des officiers en général) sont soit rentrés en France, soit se sont rapatriés dans la partie de la Louisiane restant sous domination française. Mais tel ne fut pas le cas des Français qui s'étaient établis sur ces terres alors vierges : trappeurs, cultivateurs, tisserands, prêtres. Comme à chaque fois que la France a ramené le drapeau d'une terre qu'elle avait conquise, bien des individus sont restés alors que la France les abandonnait. Des épisodes identiques se répéteront à l'identique au cours des siècles suivants, sur tous les continents... Ces Français devenus sujets britanniques se révoltent en 1778, mais la rébellion est matée par des troupes britanniques envoyées de Détroit. L'instigateur de ce soulèvement est le Père Gibault, Vicaire Général de l'Illinois, qui rallie à la cause de l'indépendance les Français de l'Indiana. En février 1779, cependant, la garnison britannique est encerclée par les troupes des insurgés américains, auxquels se sont associés les Français de Vincennes et de l'Indiana (d'autres implantations existaient, notamment à Terre-Haute, et dans la ville qui s'appelle désormais Lafayette. Ci-dessous : le colonel Clark, l'officier américain vainqueur des soldats britanniques). Les Britanniques se rendent ! Pour les troupes franco-américaines (à ne pas confondre avec le corps expéditionnaire de Lafayette, lui constitué de Français de France), ce n'est que le début de plusieurs années de campagnes militaires qui les verront guerroyer jusqu'à l'indépendance de leur pays : les Etats-Unis ! Les hommages à l'apport français sont légion à Vincennes, que l'apport soit financier et politique comme celui apporté par Francis Vigo, riche négociant, ici statufié sur les bords de la rivière Wabash : Ou qu'il consiste en l'ultime sacrifice : le cimetière entourant la vieille église catholique est touchant à cet égard, ne comportant que des tombes de soldats tués pour la cause de l'indépendance américaine (ou de la guerre de 1812). Des noms bien de chez nous... Hommage leur est rendu jusque dans l'imposant monument célébrant la victoire. Avec une sacrée erreur, les peintres de la fresque montrant les Français brandissant un drapeau tricolore, ce qui est évidemment anachronique en 1779 ! Et au milieu coule la Wabash river... | |
18 juin 2006
"Mao Tsé Toung et le culte du moi", par Max Gallo
Article paru dans Le Figaro Littéraire du 8 juin dernier :
Une biographie met définitivement en lumière le dictateur chinois qui fascina tant l’Occident : plus qu’un idéologue, un égocentrique cruel.
ON CROYAIT ne plus rien ignorer de Mao. Fini de croire aux fariboles des maoïstes parisiens feuilletant le « Petit Livre rouge » au bar du Pont-Royal. Oubliés, les propos de Mitterrand, voyageur complaisant et distrait qui déclarait : « Mao n’est pas un dictateur mais un humaniste » ! On approuverait Simon Leys de qualifier Mao de « suprême despote totalitaire ». On avait lu la biographie de Philip Short (1). On savait que Mao était le plus grand tueur du XX e siècle : 70 millions de victimes.
Qu’avait-on encore à apprendre ? Et voici que deux auteurs - Jung Chang, née en Chine en 1952, et John Halliday, historien anglais - nous dévoilent L’histoire inconnue de Mao. Et nous découvrons que nous étions toujours dupes de l’imagerie maoïste représentant Mao arrachant au forceps, mais avec le concours du peuple, la Chine au Moyen Age. Jung Chang - ancienne garde rouge - et Halliday font table rase des dernières illusions et des mensonges. Ils brossent le portrait de ce « garçon de pierre qui brille sur l’Est » (traduction de Mao Zedong), né en 1893, qui n’est qu’un ambitieux, un cynique, un homme aux convictions superficielles, à la « foi tiède ». Ni marxiste-léniniste, ni idéologue, ni patriote, mais égocentrique méprisant le peuple chinois qu’il juge « satisfait d’être esclave, étroit d’esprit ». « Les gens comme nous, dit Mao, n’ont de devoir qu’envers eux-mêmes, nous n’avons aucun devoir envers les autres... Les gens comme moi n’ont que faire des réalisations qu’ils pourront léguer aux générations futures. »
Archives et entretiens inédits
Ce sont ces certitudes, ces ressorts psychologiques qui justifient l’usage de tous les moyens. On empoisonne les rivaux, on manipule, on sacrifie. On monte, dès les années trente, dans les « zones rouges » des procès et des exécutions publiques. La peur qu’on inspire, la terreur qu’on met en scène sont les moyens de gouverner. La Chine conquise, l’étau ne se desserre pas. Trente mille procès de masse à Pékin, devant plus de trois millions de spectateurs qui doivent voir les corps des fusillés jetés en vrac dans les camions d’où le sang coule. Alors l’histoire de Mao n’est plus que celle d’un tyran. On lit sa biographie comme si elle avait été écrite par Suétone ou Tacite. Le marxisme n’est que la langue du moment. Le vocabulaire a changé depuis Néron, mais la folie du pouvoir, la cruauté, la paranoïa de « l’empereur » demeurent.
Mais si cette biographie a une telle force, c’est que, nourrie d’archives et d’entretiens inédits, elle éclaire toute l’histoire de la Chine au XX e siècle. Et les faux-semblants tombent par pan entier. A propos de la longue marche, des rapports avec les nationalistes de Tchang Kaï-chek. Elle révèle d’abord le rôle déterminant de la Russie soviétique, puis le choix de Mao de privilégier la guerre civile et non la résistance aux Japonais. Mao souhaite même une solution à la «polonaise », le partage de la Chine entre le Japon et l’URSS, comme Staline et Hitler se sont, en 1939, entendus pour dépecer la Pologne. Il y voit le moyen d’accéder plus rapidement au pouvoir. Et si, dans les années 50-60, la rivalité entre l’URSS et la Chine s’exacerbe jusqu’à frôler la guerre, c’est que Mao rêve de dominer le monde, de faire de la Chine une superpuissance - elle a acquis, grâce aux Russes, l’arme nucléaire en 1964.
La terreur comme rouage de la domination
Dans cette histoire sanglante, pleine de duplicité, les Américains sont bernés. Dans les années 40, c’est le général Marshall qui est dupe : dans les années 70, c’est Nixon et Kissinger qui le sont. Mais pouvaient-ils imaginer un Mao confiant à son entourage qu’il est prêt à sacrifier 300 millions de Chinois - la moitié de la population - à la réalisation de ses projets ? « Si ce n’est pas la moitié, ce sera peut-être le tiers ou un dixième », dit-il ! Cette désinvolture criminelle structure la « pensée Mao Tsé-toung » pour qui la vie des autres - épouses, fils, proches et des dizaines de millions de chinois - ne compte pas. La famine tue près de quarante millions de personnes parce qu’on exporte le riz et le blé afin de payer aux Russes les armes qu’on leur achète. Mais, précise Mao, « le pouvoir politique, c’est le pouvoir d’opprimer les autres ». Comment ne pas s’interroger, au terme de cette biographie, sur la permanence, tout au long de l’histoire, de la terreur comme rouage essentiel de la domination, et aussi sur la fascination qu’exercent les tyrans et la capacité qu’ils ont à nous leurrer, à moins que notre aveuglement ne soit qu’une cécité volontaire née de la peur, de l’attraction aussi qu’exerce la force nue.
Alors que Mao déclarait « Plus vous lisez de livres plus vous devenez idiot... La politique qu’il nous faut c’est que le peuple reste ignorant », on se pâmait ici sur la Révolution culturelle. On n’était pas choqué par les félicitations adressées par Mao à Pol Pot : « Vous avez remporté une superbe victoire. Un seul coup de maître et les classes sociales ont disparu. » C’était le peuple khmer qui avait été massacré. Au-delà de la justification théologique du génocide, c’est l’antique machine à broyer les hommes qui tournait. Mais le maoïsme est notre histoire contemporaine. Le « Petit Livre rouge » a été brandi ici. La tyrannie n’a pas disparu. Elle a changé de masque et de langage. On rêve encore de « rayer » un pays de la carte.
17 juin 2006
Brèves de week end
Guy Drut - L'amnistie accordée par Jacques Chirac à Guy Drut a choqué tous les Français, l'UMP elle-même et jusqu'à Jean-Louis Debré (c'est dire !) jugeant désastreuse la décision prise par un Jacques Chirac qui, visiblement, cherche encore à nous étonner...
Pourtant, l'UMP pourrait facilement prendre ses distances avec cette décision incroyable : en n'accordant pas d'investiture à Guy Drut à l'occasion des prochaines élections législatives.
Certes, Guy Drut (condamné à quinze mois de prison avec sursis et à 50 000 euros d'amende pour avoir occupé un emploi fictif) n'a pas été relevé de ses droits civiques et reste député et éligible. Mais ne serait-ce pas la moindre des choses que de priver d'investiture ce triste sir ?
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Le plateau télé de Patrick Besson - La chronique s'était interrompue, elle est revenue depuis quelques temps maintenant, et elle reste le meilleur moment du Figaro Magazine. Petit extrait savoureux du numéro du 2 juin :
"Que se passe-t-il au Maroc ? On recolonise ou quoi ? Les grands bourgeois s'achètent des riads, les moyens des villas, les petits des appartements et les retraités des studios. Quant aux stars du show-biz et de la téloche, elles vont soigner leurs chagrins d'amour ou de contrat à la Mamounia. Où le couple Strauss-Kahn-Sinclair - nos Kahnnedy ? - passent de nombreux week-ends. Les magazines sont pleins de reportages enchanteurs sur Casablanca, Essaouira, Fez, l'Atlas. Même Antoine de Clermont-Tonnerre a, le week-end dernier, marié sa fille Julie au Maroc. Une fête de quatre jours telle qu'on en faisait sous Lyautey. Il y a eu une soirée blanche, comme celles d'Eddy Barclay à Saint-Tropez. D'une certaine façon, toutes les soirées étaient blanches, sauf en cuisine".
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Revel - Le décès, le 29 avril dernier, de Jean-François Revel, constitue une perte douloureuse pour les amis de la liberté. Elle provoque une réelle tristesse pour tous ceux qui ont été influencés par la clairvoyance de sa pensée, tant dans ses chroniques hebdomadaires données au Point, que dans ses ouvrages. Des ouvrages qui deviennent rapidement de vrais compagnons, et apportent joie, satisfaction, et progrès.
Un site exceptionnel est consacré à ce penseur rare : http://chezrevel.net/
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Pays visités - Sur la carte suivante, vous visualisez en rouge tous les pays dans lesquels je me suis rendu : 41 Etats, soit 18 % de la surface terrestre.
Merci à la visite de St Petersbourg qui pourrait faire croire que je suis comme chez moi à Vladivostok, et qui me crédite du plus vaste pays de la planète ! L'Europe a déjà été pas mal balisée, mais l'Afrique reste largement inexplorée, tandis que l'Amérique du Sud, l'Asie et l'Océanie sont inconnus (de moi : je sais que des gens y habitent, je les ai vus à la TV). Pas très brillant tout cela, mais je n'ai que 30 ans : ma Loutre, achète toi un coupe-coupe, on va se lancer à l'assaut de contrées sauvages dans les 60 prochaines années !
S'agissant des Etats-Unis, voilà ce que donne la carte : 22 Etats, soit 43 % de la surface des Etats-Unis.
Hormis les Etats du nord est, on dirait une carte des Etats-Unis de 1815 : il me reste à faire la conquête de l'Ouest, car à part une semaine à Los Angeles et dans ses environs, les contrées situées à l'ouest de la Lousiane restent terra incognita.
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Il faudrait savoir !



































