Mon post précédent a suscité une remarque intéressante de la part d'un lecteur, Almendralejo, sur un point particulier. Il me donne ainsi l'occasion de revenir sur la place de la religion si ce n'est dans la société américaine, du moins dans le Middle West.

Le sujet ayant donné lieu à controverse est le sermon prononcé par un pasteur juste avant la course de Formule 1 du Grand Prix des Etats-Unis. Voici le commentaire d'Almendralejo, reprenant au début l'un de mes commentaires :

"je me disais que nos amis américains n'étaient pas si éloignés, parfois, de certains régimes islamistes...", cette phrase tranche un peu avec les photos des pom-pom girls un peu au-dessus, hmm...?
Peut-être que le long dimanche au circuit ne permettait pas de se rendre à l'eglise et que les organisateurs ont prévu une compensation, largement suivie, à en croire la photo.(?)

Comme mon observation était plutôt laconique, elle mérite sans doute une petite explication de ma perception de cette question.

Je suis d'accord avec le sens général du propos d'Almendrajelo : les Etats-Unis sont un pays de libertés !

De ce point de vue-là, pas un seul pays musulman n'est plus respectueux de l'état de droit, de la démocratie, des droits de l'homme, des diverses religions ou opinions ou orientations. Cela me paraît être une évidence : les Etats-Unis sont un des pays les plus avancés dans le monde s'agissant du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La situation n'est pas parfaite, mais il existe peu d'endroit sur terre où elle soit meilleure.

Cela étant précisé, les Etats-Unis ne cessent d'étonner, et parfois d'agacer l'hôte français que je suis s'agissant de la place de la religion dans la société américaine.

Etonnement lorsque des adolescentes peuvent défiler dans des tenues un peu osées en se déhanchant convulsivement comme des danseuses de samba brésilienne, ou arborer mini shorts et micro jupes et, dans le même temps, porter un t shirt au-dessus du nombril indiquant que pour elles, ce sera "no sex" jusqu'au mariage. Etonnement encore s'agissant des programmes de radio et de télévision : On peut aussi voir des centaines de meurtre, de la cruauté, toutes sortes d'horreurs sur les chaînes de télévision, mais les ligues de vertu chrétiennes s'alarmeront de la prononciation du F*** word, ou se scandaliseront de l'exhibition fugitive d'un bout de téton pendant un intermède musical (calculée ou accidentelle, peu importe).

Franc agacement lorsque, comme dimanche dernier, on assiste à un mélange des genres à mon sens inapproprié entre sphère privée et sphère publique. Ma remarque sur le pasteur qui prononce son sermon juste avant la course de Formule 1 était sans doute excessive dans sa comparaison avec certains régimes islamistes, mais je ne la retire pas totalement, car je trouve qu'Américains et Islamistes partagent cette caractéristique de confondre sphère privée et sphère publique en matière de religion. C'est ainsi que nombre de lois de l'Etat de l'Indiana, dans leur exposé des motifs, se fondent explicitement sur les enseignements de la Bible, que l'Etat de l'Indiana a décidé de rendre obligatoire un moment de prière quotidienne dans les écoles, que des prières sont prononcées au début de chaque session parlementaire, que la seule façon de bénéficier de services de garde d'enfants en bas âge est d'être affilié à une église, les services publics étant tout bonnement inexistants en la matière, que l'invocation de Dieu et de "Our Lord Jesus Christ" est lancée à tout bout de champs...

Je suis catholique - pas très pratiquant, mais catholique - et aussi très attaché à la laïcité à la française qui laisse la religion dans la sphère intime et ne lui accorde pas de place dans la sphère publique. Pour revenir à dimanche, les pilotes et leurs équipes peuvent prier, les spectateurs peuvent prier pour eux, chacun peut faire ce qu'il souhaite. Et ceux qui souhaitaient vraiment ne pas rater l'office dominical, ils le pouvaient aisément : la course avait lieu à 13h et toutes les églises proposent ici plusieurs messes à divers horaires le dimanche matin. Mais le moment de prière collective dans une enceinte sportive me choque, je l'avoue. Comme catholique (comme 30 % des habitants de l'Indiana), je n'ai pas envie de voir un pasteur protestant me livrer sa bonne parole. Juifs, Bouddhistes, Agnostiques, et Athées partagent sans doute mon sentiment. Le respect de toutes les religions passe aussi par le respect de ceux qui sont en recherche et de ceux qui ne croient en rien. Imagine-t-on en France un prêtre catholique inviter à la prière avant une finale de la coupe de France de football ? Avant le Grand Prix de France à Magny-Cours ? Que n'entendrait-on pas ? Et sans doute à juste titre, d'ailleurs.

Ce qui permet de faire société, c'est ce qui est commun à tous : l'adhésion à une même religion n'est pas commune à tous et en ce sens, il me semble préférable d'éviter les manifestations publiques qui pourraient laisser croire que certains, à raison de leur religion, ne sont pas des membres à part entière de la communauté. Le chant de l'hymne national, pour cette raison, est approprié, car il est inclusif. Il concerne tous les Américains et ne laisse personne de côté. La religion, en revanche, est facteur d'exclusion, de segmentation, de division, et même d'affrontement, souvent : c'est pourquoi son expression publique convient, me semble-t-il, d'être évitée.