Les pennys (piècettes de 1, 2, et 5 cents) déforment les poches, allourdissent les porte-monnaie, trainent sur les comptoirs. Plus personne n'y prête attention, et de plus en plus rares sont ceux à se donner la peine de se pencher pour ramasser un penny gisant sur le sol.

USA Today s'intéressait, le week-end dernier, à l'avenir de ce penny que certains proposent de retirer de la circulation. Ce ne serait pas une première : la pièce d'un demi cent a déjà fait l'objet d'une telle mesure au XIXème siècle, tandis qu'en Europe, la Finlande a décidé de ne plus produire de pièces de 1 ou 2 centimes d'euro.

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Les arguments des "ennemis du penny" sont solides : pour la première fois dans l'histoire, le coût de production d'une pièce d'un penny est supérieur à un penny ! La pièce, composée de zinc et recouverte de cuivre, est devenue plus cher à fabriquer en raison de l'envol récent du prix des matières premières. On considère qu'il en coûte 1,23 cents pour produire une pièce d'un cent. La valeur du métal contenu dans la pièce s'établit à environ à 1 cent (raison pour laquelle il ne serait pas rentable de ramasser toutes les pièces, de les fondre, puis de les revendre au cours du zinc et du cuivre), soit la valeur de la pièce, mais il faut ajouter au coût de la matière première le coût du transport, de la production (salaires, usines, etc), ce qui explique que le coût total s'établisse à 1,23 cents.

Pour nombre d'économistes et pour les dirigeants de la manufacture chargée de la production des pièces, le retrait des pennys est nécessaire. La manufacture, en effet, fabrique les pièces puis les vend à leur valeur faciale à la Banque centrale des Etats-Unis (la Federal reserve), qui se charge ensuite de distribuer les pièces dans les banques de détail. C'est donc la manufacture qui supporte la perte due à la fabrication des pennys.

Une autre raison milite pour le retrait des pennys de la circulation : ces pièces ont de moins en moins de valeur. En raison de l'inflation, un penny de 1956, par exemple, vaudrait sept pennys actuels ! De même, on estime qu'il fallait travailler 13 secondes pour gagner un penny en 1966, contre seulement 2 secondes à l'heure actuelle !

Tout cela est très bien, mais ignore l'attachement populaire aux instruments monétaires. Nous qui sommes passés il y a quelques années des francs aux euros sommes bien placés pour le savoir. Les consommateurs sont attachés à leurs pièces, à leurs billets, et certains vont jusqu'à considérer qu'il en va de l'identité de la nation au même titre que l'hymne, ou le drapeau. Ainsi, il apparaît que les Américains restent majoritairement attachés à leurs pennys. De même un lobby s'est constitué pour défendre les pièces cuivrées (lobby soutenu notamment de producteurs de zinc, de cuivre et soutenu par des législateurs représentants d'Etats producteurs de zinc ou de cuivre...). Enfin, bien évidemment, des économistes soutiennent que le retrait de ces petites pièces serait néfaste pour l'économie et frapperait avant tout les plus modestes, pour lesquels un penny conserve une valeur, et qui, surtout, souffriraient inévitablement de l'inflation qu'induiraient selon eux des arrondis au montant supérieur.

Nous voilà bien avancé, n'est-ce pas ? On pourrait penser que ce n'est pas demain la veille que le penny disparaîtra. Il faudrait pour cela un courage dont le législateur fédéral n'est pas coûtumié... Et ce d'autant plus que l'année 2009 sera le 200ème anniversaire de la naissance d'Abraham Lincoln, ce qui donnera lieu à d'innombrables manifestations. Or la face des pièces de 1 et 2 cents montre justement le profil de Lincoln : pas vraiment le moment de passer ces piécettes à la trappe !

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Une solution de compromis pourrait être avancée, cependant. L'idée m'en est venu à propos du débat concernant la pièce de 5 cents, dont le coût de production est lui aussi légèrement supérieur à sa valeur. A la différence des pièces de 1 ou 2 cents, nul ne propose de retirer la pièce de 5 cents de la circulation : le risque inflationniste serait trop grand en ne conservant plus que les pièces de 10 cents ("nickel"). Pour remédier au problème du coût des matières premières, il est proposé de changer la composition en métal des pièces de 5 cents, et de substituer au zinc un métal moins onéreux. Il est probable qu'une proposition de la même eau pourrait être envisagée pour les pièces de 1 et 2 cents.

L'article de USA Today est ici : Penny