Presque un mois depuis le dernier message sur ce blog : certains se seront peut-être dit que j'exagérais un peu dans ma coupure estivale, que j'avais grand tort de délaisser ainsi mes fidèles lecteurs. Certains ont même sans doute renoncé à venir voir s'il se passait quelque chose dans l'Indiana. D'autres enfin, plus perspicaces, se seront peut-être doutés que ce long silence cachait un événement d'importance. Ces derniers ont eu le nez creux.

En effet, bien des choses sont survenues depuis le 17 juillet dernier.

Un espoir déçu

Comme vous le savez, j'ai réussi les épreuves du Barreau de New York en février dernier. Après que les résultats m'ont été communiqués, en mai dernier, j'ai commencé à chercher une collaboration dans un cabinet d'avocat soit à New York soit à Washington. Cette recherche s'est malheureusement révélée infructueuse, malgré plus de 240 curriculum vitae personnalisés envoyés. La conclusion s'est donc clairement imposée : je rencontrerai de vraies difficultés à trouver ma place sur le marché du travail américain en tant qu'avocat. Je me suis pas mal tracassé pour comprendre les raisons pour lesquelles ma candidature n'a pas suscité l'intérêt que j'espérais. J'y vois la conjonction de plusieurs facteurs :

  1. Le fait que je n'ai pas de Juris Doctorate (diplôme de droit concluant un cycle d'études juridiques d'une durée de trois années), mais dispose seulement d'un LL.M. (soit l'équivalent d'un troisième cycle). Je pensais que le fait d'avoir passé le barreau de New York me permettrait de combler ce handicap, mais tel n'a pas été le cas.

  2. Le fait que je sois étranger : pourquoi prendre un risque en embauchant un étranger alors que les candidats américains de qualité sont légion ?

  3. Le fait que je sois français : point de francophobie là dedans, mais je pense que si j'avais été japonais ou chinois ma recherche de collaboration aurait été facilitée car il existe un vrai besoin d'avocats formés aux Etats-Unis capables de travailler avec une clientèle japonaise ou chinoise, en japonais ou en chinois.

  4. L'expansion internationale des cabinets d'avocats américains. L'internationalisation des cabinets américains est allée s'accélérant ces dernières années, on peut vraiment dire qu'ils sont partis à la conquête du monde. Seuls les cabinets anglais opposent une vraie résistance à ce mouvement. Le résultat, c'est que la plupart des grands cabinets new yorkais disposent désormais d'un bureau à Paris. Dès lors, ils ont beaucoup moins besoin d'avocats français à leurs bureaux new yorkais puisque lorsqu'ils sont confrontés à une question impliquant la France, il leur suffit d'appeler leurs collègues parisiens.

  5. Je n'ai ciblé que les cabinets internationaux dans des spécialités qui me permettaient d'utiliser mes compétences de retour en France. Il est certain que ce "ciblage" m'a fermé certaines possibilités. Mais faire du droit pénal ou du droit immobilier new yorkais, par exemple, m'interdisait toute perspective de retour en France, ce que je ne souhaitais pas.

  6. Le cycle de recrutement des cabinets américains est très particulier. Alors que les cabinets français ont tendance à étendre la période de recrutement tout au long de l'année, les procédures  sont beaucoup plus rigides aux Etats-Unis. Ainsi, il est coûtumier de chercher une collaboration entre août et novembre pour un emploi commençant en juillet de l'année suivante. Dans ces conditions, il est patent que je ne cherchais pas une collaboration au bon moment de l'année puisque les cabinets avaient déjà, alors, pourvus la plupart de leurs recrutements.

Toujours est-il, que cette recherche de collaboration a été suffisamment infructueuse pour me faire comprendre le message : si j'avais une possibilité de valoriser mon parcours, c'était bien en me retournant vers la France, et, plus précisément, vers mon barreau d'origine : Paris.

La patrie reconnaissante

Si bien que j'ai commencé, au début du mois de juillet, à envoyer des curriculum vitae à divers cabinets d'avocat américains à Paris, ceux là même qui m'avaient poliment écarté à New York. Dix cabinets contactés, trois invitations à commencer un cycle d'entretiens à Paris ! Sans tarder, je pris alors mon billet pour la Ville Lumière, non sans effectuer une petite étape à Albany, capitale de l'Etat de New York, le 18 juillet dernier, pour y prêter serment sur la Constitution des Etats-Unis et sur celle de l'Etat de New York ("so help me God" !).

Arrivé à Paris, j'ai enchaîné les entretiens, rencontrant quatorze personnes en dix jours. C'était un véritable marathon ! Rapidement, l'un de ces cabinets m'est apparu comme le bon choix, alors que dans le même temps, il semble que je leur apparaissais être le bon choix. De cette rencontre est né un contrat qui me fait commencer une nouvelle collaboration au début du mois de septembre. Finalement, la collaboration de mes rêves, je l'ai trouvée chez moi.

Voilà qui clarifie la situation : je prépare donc actuellement mon retour en France, met en place les déménagements aérien et maritime, résilie les abonnements, met le SUV en vente, organise les derniers repas d'adieu... La Loutre me rejoindra en décembre, elle reste encore pour un temps dans l'Indiana, mais moi, je suis déjà projeté dans cette nouvelle vie qui m'attend sur les rives de la Seine.

Quel avenir pour les "Chroniques indianapoliennes" ?

Dès lors, la question de la pérennité de ce blog se pose.

  • D'une part, par son titre et par la grande majorité de ses articles, ce blog est consacré à l'expérience d'un expatrié faisant part de sa découverte de la fascinante Amérique. Quel sens cela aurait-il de continuer cette tâche de retour à Paris ?

  • D'autre part, je crains de disposer de beaucoup moins de temps pour bloguer à l'avenir. Le rythme de travail d'un avocat d'affaires est intense et rend difficile la tenue quasi-quotidienne d'un blog.

  • Enfin, la raison principale pour laquelle je me suis résolu à fermer ce blog est la préservation de mon anonymat. Certes, celui-ci est préservé, pour l'heure. Mais qu'en sera-t-il une fois de retour à Paris ? Imaginez  : un avocat aux barreaux de Paris et de New York trentenaire ayant passé deux années dans l'Indiana et travaillant dans un cabinet américain... Le sceau "Indiana" me singularise suffisamment pour que je sois sans doute le seul avocat parisien dans ce cas-là. Mon milieu professionnel est étroit, et il y aurait forcément quelqu'un, un jour, pour découvrir ce blog et pour en parler à d'autres personnnes. Or je veux pouvoir m'exprimer sans réserve, sans que la perspective qu'un jour un client, un associé, une connaissance professionnelle en ait connaissance plane sur moi et me conduise à m'autocensurer.

Ce message est donc le dernier posté sur ce blog, qui continuera à exister pendant quelques mois, puis disparaîtra définitivement.

Je continuerai à bloguer sans doute, mais sur un autre blog, sur lequel je n'indiquerai aucun, strictement aucun élément se rattachant à ma vie privée, et sur lequel j'adopterai un nouveau pseudonyme. Nous nous retrouverons donc sans aucun doute, mais vous ne saurez pas que vous vous adressez en fait à Marquette l'Indianapolien !

Amérique adorée

Je vais donc remiser les quelques articles que j'avais en préparation. Dommage, j'aurais aimé vous dire un mot des Dixie Chicks, de la carte verte, du Ku Klux Klan et de ses amis de l'American Nazi Parti, ou encore, dans la même veine, de cet extraordinaire camps de vacance où l'on peut s'initier au maniement de toutes les armes de guerre... Plus pacifiquement, j'aurais aussi souhaité vous faire partager mes visites de Ste Augustine, de Miami, et du Costa Rica. Sans oublier, évidemment, l'Indiana State Fair, et l'Indianapolis Air Show. Qui va couvrir l'actualité de l'Indiana en langue française à l'avenir ? Avec la fermeture  prochaine de ce blog et le déménagement de Miss Lulu au Canada, c'en sera fini de la blogosphère francophone dans l'Indiana ! Il faudra que quelqu'un prenne la suite !

Car il y a à dire sur l'Amérique. Combien de sujets d'étonnement, d'émerveillement, et d'agacement aussi parfois ! Ce séjour de deux années nous aura marqué pour toujours, je crois, et nous laissera un petit peu américains. Si ce blog a servi à quelque chose, à part divertir ses lecteurs (ce qui était sa finalité première, tout de même), j'espère que cela aura été de contribuer à une meilleure connaissance des Etats-Unis et des Américains, de mieux comprendre ce géant fascinant à l'influence incontournable, et peut-être même de vous faire aimer l'Amérique telle qu'elle est, avec ses qualités et ses défauts. Modestement, je ne forme qu'un seul voeu qui est que, de part et d'autre, les sentiments de défiance et d'animosité systématique existants chez certains Américains à l'égard de la France, et chez de trop nombreux Français à l'égard des Américains, disparaissent. La France et les Etats-Unis sont différentes à bien des égards, mais si elles partagent quelque chose, c'est bien d'être des nations à vocation universelle, porteuses d'un idéal qui est celui de la liberté, de la démocratie, de la tolérance, et des droits de l'homme. Par-delà une histoire qui a toujours vu en elles des alliées, la France et l'Amérique ont vocation à cheminer côte à côte, en amies fidèles.

Et comme, pour la dernière fois, je vais signer ce billet du nom de Marquette, il est peut-être temps que je me dévoile enfin à vous...

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Merci à tous.

FIN