Interview de Ward Connerly, dans "Le Monde" du 9 janvier 2007 : "un Noir contre la "discrimination positive".

ous êtes l'auteur de la première mesure qui, en 1995, a mis fin à l'affirmative action ("discrimination positive") pour l'inscription des étudiants à l'Université de Californie, puis avez été le porte-parole de la Proposition 209, votée en 1996. La sous-représentation des minorités au cours de cette année universitaire vous donne-t-elle des regrets ?

Non, absolument pas. C'est un chiffre qu'on peut considérer sous un angle positif. Ma réaction, c'est que la communauté noire a encore beaucoup à faire pour être dans la compétition des admissions à une institution comme l'UCLA. Pour les Noirs, c'est un appel à se réveiller. Les portes sont ouvertes, mais vous devez être prêts et étudier au lieu de faire du sport, de vous amuser ou de faire du rap. 40 % des Noirs abandonnent leur scolarité au niveau de la classe de troisième ! Et puis, méfions-nous des chiffres : si vous aviez 140 étudiants au lieu de 96, auriez-vous pour autant résolu le déficit d'éducation dans la population noire ?

Le système universitaire ne doit-il pas corriger les inégalités inhérentes à la société ?

Le critère d'admission dans une université, c'est le résultat scolaire et non pas les désavantages que vous avez connus dans la vie. C'est valable en Californie, comme partout en Amérique. Pour faire partie de l'équipe de basket, vous devez savoir jouer au basket. L'appartenance raciale ne peut pas servir de justification. Selon la Cour suprême, la fonction d'un collège ne consiste par à "remédier aux maux de la société". La seule solution, c'est d'améliorer les résultats scolaires des Noirs. Les élèves n'ont pas le niveau parce que les familles n'assument pas leurs responsabilités et n'incitent pas leurs enfants, dès le plus jeune âge, à poursuivre leurs études. Et puis, il y a la criminalité, la drogue et le fait que, pour beaucoup de jeunes Noirs, étudier, ce n'est pas "cool".

Vous-même, comment avez-vous fait ?

Je suis né dans le Sud profond, dans une famille pauvre ; mes parents ont divorcé quand j'avais 2 ans, ma mère est morte quand j'en avais 4. Ma grand-mère m'a poussé à travailler, à faire mes devoirs avant d'aller jouer au base-ball. A l'époque, je lui en voulais. Maintenant, je lui en suis reconnaissant.

Que diriez-vous aux hommes politiques français qui envisagent la "discrimination positive" ?

Ne modifiez pas les règles du jeu, ne prenez pas de raccourcis. Appliquez les mêmes critères à tout le monde.

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Propos recueillis par Claudine Mulard