04 août 2007
Honneur et Patrie
Le musée national de la Légion d'honneur et des ordres de chevalerie a fait l'objet d'une longue rénovation puis d'une réouverture à l'automne dernier.
Il peut sembler curieux de visiter un musée consacré aux décorations. On peut croire que l'on va se contenter de passer en revue, dans des vitrines poussiéreuses, des colifichets multicolores et des déclarations d'états de services un peu surannées. Pas certain que le grand public y trouve grand intérêt.
Et bien le grand public a tort !
Le musée de la Légion d'honneur mérite une visite pour plusieurs raisons :
L'hôtel de Salm, tout d'abord, le Palais qui est depuis 1804 le siège de l'institution (il fait face au musée d'Orsay). Superbe édifice néoclassique bâti à la fin du XVIIIème siècle pour un prince allemand, il fut ensuite la propriété du prince de Conti et d'Alexandre de Beauharnais. Magnifiquement préservé, il constitue un écrin magnifique pour abriter les collections du musée.
Découvrir les décorations françaises, c'est parcourir l'histoire de France
Les décorations d'Ancien Régime sont présentées (Ordre de Saint Michel, Ordre de Saint Louis), ainsi que celles, toujours valables et attribuées (et même reconnues par la République laïque) que sont l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte (plus communément appelé l'Ordre de Malte) ou encore l'Ordre du Saint-Sépulcre.
Puis l'histoire des premiers temps de la Légion d'honneur constitue l'occasion de s'attarder sur l'époque napoléonienne.
Tout au long de l'histoire de France, la Légion d'honneur va connaître des vicissitudes (la Restauration la maintient étonamment, par exemple), et honorer les Français les plus méritants de l'époque. Le musée suit une approche chronologique et illustre son propos à partir de quelques situations particulières avec images et audiophone, ce qui est une façon habile de faire comprendre au visiteur la raison de l'attribution de la médaille, et de légitimer l'institution (ci-dessous, Guynemer).
De nombreux tableaux prennent pour sujet des remises de décoration, notamment pendant la Première guerre mondiale.
Enfin, il est trois curiosités qui valent le détour.
La première est une succession de tableaux représentants des dignitaires étrangers portant la Légion d'honneur, mais souvent pas seulement elle ! Le plus incroyable est celui campant Wladimir Guedroïtz (1873-1941), Conseiller d'Etat, chambellan de l'Empereur Nicolas II de Russie : la passion des Russes pour les décorations ne date pas d'hier, et les Soviétiques s'appuyaient, semble-t-il, sur un terreau bien fertile (chacun se rappelle de ses maréchaux soviétiques transformés en véritables arbres de Noël) !!
La deuxième, est le tableau du général-président Eisenhower, qui portait à la boutonnière à la fois la Légion d'honneur et la Croix de l'Ordre de la Libération.
La troisième curiosité, de loin la plus émouvante, est le manuscrit original du Chant des Partisans, offerte au musée par Maurice Druon, co-auteur avec son oncle, Joseph Kessel de ce qui est devenu depuis le deuxième hymne national français (ici le Chant en MP3).
Joseph Kessel et Maurice Druon, tous deux Français libres (dont la devise était "Honneur et Patrie"), tous deux décorés de la Légion d'honneur (dont la devise est "Honneur et Patrie")...
Institution souvent décriée, et parfois à juste titre lorsque le ruban rouge est accordé de façon quasi automatique à certains fonctionnaires ou encore à des stars du show businness bien peu méritantes, la Légion d'honneur, permet aussi à la Nation de récompenser ses héros, mais aussi de montrer en exemple ceux qui, dans des conditions difficiles, ont, par leur courage, permis à la France de rester un pays libre.
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