"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

31 août 2007

Série de vacances : Caucasian

Post publié le 7 mai 2005 :

"L'omniprésence de la question raciale est l'un des aspects de la société américaine qui généralement  étonne, voire choque, l'observateur hexagonal.

Alors qu'en France l'universalisme républicain interdit toute allusion aux races et traite chacun comme un individu indifférencié, ici la moindre démarché administrative à la banque, à l'université, ou au supermarché conduit à remplir un formulaire dans lequel il est demandé d'indiquer la catégorie raciale à laquelle on appartient : Caucasian, African-American, Asian, Hispanics, Native American (qui intègre les Indiens d'Amérique, mais aussi les Alléoutes d'Alaska et les Polynésiens de Hawaï), Other Races (?). Je ne m'étais jamais senti aussi "blanc" qu'aux Etats-Unis, et "Caucasian", cela ne m'avait encore jamais traversé l'esprit.

L'explication avancée pour justifier cette catégorisation : la lutte contre la discrimination raciale !

En France, on lutte contre la discrimination raciale (ou à l'égard des étrangers, ou des musulmans, ou des allogènes visibles) en choisissant d'ignorer les caractéristiques propres, ce qui d'ailleurs est parfois hypocrite. La neutralité du comportement affiché cache bien des discriminations détournées.

Ici, les Américains considèrent que pour lutter contre la discrimination raciale, il faut bien admettre que les races existent. Sans doute pas sur les plans anthropologique ou scientifique, mais sur le plan social, dans le regard des autres. Les préjugés raciaux sont solidement ancrés. Lutte-t-on plus efficacament contre eux en les prenant comme une donnée à prendre en considération, ou en en fermant ostensiblement les yeux sur ce fait désagréable ?

Le revers de la médaille de l'attitude américaine, c'est la balkanisation de la société, la revendication permanente et, finalement, une certaine perpétuation de la ségrégation raciale. Lorsque chacun se définit avant tout par son appartenance à sa communauté raciale d'origine, parler de projet commun à l'échelle de la nation devient difficile.

L'Indiana est sans doute plutôt préservé des excès de la question raciale par rapport à d'autres Etats. C'était un Etat du nord pendant la Guerre de Sécession et l'esclavage n'y a jamais existé. De plus, une très large majorité de la population est caucasienne (terme politiquement correct signifiant "blanc", tout comme l'on ne parle plus de "Noirs" mais d' "Africains Américains", et plus d'Indiens mais d' "Américains d'origine"... Les Asiatiques s'appellent encore Asiatiques : pour combien de temps ?).

Répartition de la population à Indianapolis - dans l'Indiana - aux Etats Unis

Caucasian : 70,5 % - 87,5 % - 75,1 %

African-American : 24,2 % - 8,4 % - 12,3 %

Asian : 1,4 % - 1 % - 3,6 %

Hispanics : 3,9 % - 3,5 % - 12,5 %

Other races : 2 % - 1,6 % - 5,5 %

Native American : 0,3 % - 0,3 % - 1 %

La diversification raciale de l'Indiana est plutôt récente. Jusqu'à il y a peu, il n'y avait ni Hispaniques ni Asiatiques. Quant aux Noirs, ils sont concentrés à Indianapolis et dans le nord est de l'Etat, dans la banlieue de Chicago (à Gary notamment, berceau de la famille de Michaël Jackson). Enfin, l'Etat de l'Indiana porte le nom de gens qui ne sont plus là... Les Indiens d'Amérique qui vivaient dans la région ont soit été déportés soit été exterminés. Le nom de cet Etat est une farce macabre. J'y reviendrai un jour.

Choqué par la permanence de la question raciale, j'ai mieux compris la situation des Etats-Unis en cours de droit constitutionnel. J'y ai pris conscience du fait que ce pays vient de loin... L'apartheid américain a perduré jusqu'à il y a peu. Et il a fallu attendre une affaire au nom prédestinée (Loving contre l'Etat de Virginie) pour que la Cour suprême des Etats-Unis juge en 1967 juge anticonstitutionnelle la loi locale qui interdisait les mariages inter-raciaux ! Dans cette affaire, l'Etat de Virginie défendait crânement sa loi sur le fondement de la nécessaire préservation de la pureté raciale, arguant que le métissage n'était bon pour personne... 23 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, c'était plutôt culotté ! Oui, décidément, les Etats-Unis viennent de loin !"

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29 août 2007

Série de vacances : Délicieuse décadence

Post publié le 7 avril 2005 :

"Je suis prêt à tout pour délivrer aux lecteurs de ce blog des informations essentielles sur la réalité de la vie dans l’Indiana…même à me livrer aux expériences les plus périlleuses pour ma santé !

Ainsi, hier, j’ai décidé d’aller déjeuner chez Hardee’s, afin de tester pour vous une nouveauté qui fait fureur : le « Monster Thickburger ». Déjà, le nom fait rêver !

Le lieu de la dégustation : le restaurant Hardee’s le plus près de chez moi, sur la 116ème rue Nord, côté Est, à Carmel.

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Le cadre ne se démarque pas vraiment des autres fast-foods : construction en éléments pré-fabriqués, vaste parking entourant ladite construction, voie en escargot autour du bâtiment réservée à ceux qui souhaitent passer commande de leur automobile et déjeuner dans leur voiture (délicieuse odeur de hamburger et de frites dans l’habitacle…). Je dirais même que les restaurants Hardee’s se démarquent par un certain ascétisme dans la présentation. Ici, pas de fantaisie comme chez Arby’s, Wendy’s, McDonald’s ou Burger King, mais de simples tables en formica blanc faisant office de mobilier et de décoration intérieure. On est là pour manger des hamburgers chez Hardee’s, et rien que pour cela. Parfait, c’est le but de ma visite.

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Passant commande, je demande un combo # 8 (« Monster Thickburger » + frites + un bon demi litre de soda) et inconscient que j’étais, ajoute un cheeseburger, comme j’en ai pris l’habitude : mine effarée de la vendeuse qui dépasse son quintal et me suggère de commencer par le combo, puis d’envisager la commande de mon cheeseburger ultérieurement.

Conseil avisé, que j’ai d’ailleurs suivi.

A l’arrivée du sandwich (que l’on m’apporte dans un hideux petit panier en plastique), je suis cependant un peu déçu par sa taille : ce serait donc ça, le fameux « Monster Thickburger » ?!

Ne pas se fier aux apparences…

Le « Monster Thickburger » est vraiment un hamburger trois étoiles. Si vous en êtes restés au BigMac, Hardee’s est là pour vous rappeler ce que peut être un vrai hamburger, façonné avec amour, dans les règles de l’art : pas d’infecte cornichon géant, pas d’incongrues feuilles de salade ou autres tranches de tomate, mais deux steacks américain de 200 g, trois tranches de fromage fondu, quatre tranches de bacon, de la mayonnaise (mais point trop abondamment comme souvent chez la concurrence), le tout entre deux morceaux de pain au sésame  préalablement beurrés ( !) : 1400 calories, 107 g de graisse, pour $ 5.49  (4,26 euros).

Un petit chef d’œuvre !

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Un hamburger sans concessions, pas comme les McDonald’s (BigMac : seulement 600 calories) ou autres Burger King qui tremblent devant les procès que les obèses pourraient leur intenter pour les avoir mal alimentés pendant des années. "This is a burger for young hungry guys who want a really big, delicious, juicy, decadent burger," a déclaré le patron de Hardee’s.

Pourtant, je n’étais peut-être pas assez « young hungry guy » ce jour-là car, arrivé aux deux tiers du sandwich, je commençais à me dire qu’un cheeseburger ne serait sans doute pas nécessaire. Arrivé à la fin, sa seule évocation me soulevait le cœur.

Pas de doute, le « Monster Thickburger » tient ses promesses !

Alors, bien sûr, m’objecterez-vous, tout cela n’est pas très raisonnable. Certes, mais nul n’est tenu de déjeuner chez Hardee’s tous les jours ! Et puis ce serait vraiment faire preuve d’un refus patent d’intégration que de ne pas céder, de temps à autre, aux tentations de la junk food !

Bon, hier soir, je suis quand même allé à la salle de sport…

Adresse Internet de Hardee’s : http://www.hardees.com. Il est possible de se concocter un menu en ligne et d’en connaître la valeur calorique. Effroi !"

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27 août 2007

Série de vacances : Stars and Stripes

Post publié le 31 mars 2005 :

"Franchement, il ne m'était jamais apparu que le patriotisme pouvait être en danger dans le Middle West ! Au contraire, la bannière étoilée est présente dans bon nombre de jardins, devant tous les bâtiments publics, dans les enceintes sportives, sous forme d'autocollants sur les automobiles (ainsi que les petits noeuds "Support our troops"). La moindre rencontre sportive, entre équipes locales ou même entre équipes d'enfants est précédée de l'hymne national... Voilà qui étonne en général l'observateur hexagonal.

Pourtant, le nouveau Gouverneur de l'Indiana (un républicain du nom de Mitch Daniel. Son slogan : "My man Mitch". C'est puissant, n'est-ce-pas ?) a trouvé que ce n'était pas suffisant.

C'est ainsi qu'une nouvelle loi rend obligatoire le serment d'allégeance aux Etats-Unis ainsi qu'une minute de silence dans toutes les écoles de l'Indiana. Tous les jours ! Et si les écoles n'ont pas encore un drapeau dans chaque classe, elles devront y pourvoir d'ici l'automne !

Cette nouvelle législation a été adoptée à une majorité écrasante de 86 contre 6 par la chambre basse de l'Etat.

La loi autorise les élèves qui le souhaiteraient à choisir de ne pas prêter le serment d'allégeance (on imagine que ce sera facile pour eux d'agir ainsi !). Pendant la minute de silence les élèves devront se taire (c'est le principe, je crois),  pourront prier s'ils le souhaitent, ou méditer, ou encore entreprendre n'importe quelle activité silencieuse de leur choix("engage in any other silent activity").

Un élu républicain croit bon de préciser qu'il ne sera pas demandé aux enfants de prier, et ajoute même "s'ils ne veulent pas prier, ils n'y seront pas obligés ("We're not asking to pray".  "If they don't want to pray, they don't have to."). On respire...

Pour un autre élu (toujours républicain, je le regrette), la raison d'approuver la nouvelle loi est simple : "quel mal peut-elle bien faire ?" En effet.

En réalité, cette nouvelle loi n'est pas une spécialité locale, et l'Indiana ne fera que rejoindre les 35 états américains ayant rendu obligatoire le serment d'allégeance quotidien, et les 30 états exigeant la présence d'un drapeau dans chaque salle de classe. Douze états ont instauré une minute de silence quotidienne.

Cette dernière disposition est la plus controversée, l'Indiana Civil Liberties Union (ICLU) craignant que la minute de silence ne soit qu'un moyen détourné de réinstaurer la prière obligatoire à l'école, pourtant considérée comme illégale par la Cour Suprême des Etats-Unis. Mais attention, l'ICLU ne lutte pas contre le principe-même de ces diverses dispositions, mais considère qu'il devrait plutôt revenir à chaque conseil d'administration (élu localement par les électeurs) de décider de l'attitude à adopter...

Tout cela laisse rêveur.

En France, on passerait facilement pour fasciste en arborant un drapeau à la boutonnière ou en dressant un mat de cocagne dans son jardin. De même, nombreux sont ceux qui considèrent comme réactionnaire l'enseignement de la Marseillaise à l'école (récemment réintroduit), tandis que l'hymne national est conspué dans les stades... D'où vient ce dégoût de nous même ? Qu'avons-nous à expier ? Les lamentations ne semblent pas devoir prendre fin. Nous sommes devenus une nation gémissante et honteuse, incertaine dans ses valeurs au point que les attributs nationaux ont été accaparés par ceux qui exaltent une caricature de France.

Ne serait-il pas possible de trouver un juste milieu entre les attitudes excessives qui se développent de par et d'autre de l'Atlantique ?"

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23 août 2007

Le restaurant aux serpents


Le restaurant aux serpents
Vidéo envoyée par yann_labussiere

Petite mise en bouche... La Loutre n'a pas l'air partante. Nous verrons bien !

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22 août 2007

Back in Vietnam

La plupart d'entre vous rentrent de vacances, mais moi, je pars !

Trois semaines, à Hong Kong d'abord, puis au Nord Vietnam (au Tonkin, comme on disait dans le temps...).

Tonkin

J'ai ainsi créé une nouvelle catégorie intitulée "Vietnam", car à mon retour je retracerai sur ce blog les principales étapes de notre périple.

Il s'avère d'ailleurs que plusieurs posts ont déjà eu trait, de près ou de loin, avec le Vietnam, pour mémoire :

Hanoï Jane, le 12 mai 2005 ;

William C. Wesmoreland, le 20 juillet 2005 ;

Flag Quizz, le 17 janvier 2006 ;

Le Sud Vietnam vit encore !, le 19 janvier 2006 ;

"L'eau rouge", de Pascale Roze, le 7 juillet 2006.

Cela fait déjà un bout de temps que le Vietnam et son histoire tourmentée figure parmi mes centres d'intérêt, pour des raisons familiales sans doute.

Pendant les trois semaines à venir, ce blog restera actualisé. En effet, à la manière des stations radios ou des chaînes de télévision qui diffusent durant l'été un "best of" des émissions passées, j'ai effectué une sélection de posts écrits alors que je vivais aux Etats-Unis et consacrés à ce pays. Peut-être les avez-vous déjà lus, peut-être n'avez-vous pas eu le courage de remonter dans les archives de ces "chroniques transatlantiques" qui furent d'abord des "chroniques indianapoliennes", ils restent en tout cas d'actualité.

Reprise des programmes habituels mi septembre !

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19 août 2007

Des harkis irakiens ?

Lorsque, dernièrement, le contingent danois en Irak a plié bagage, le Danemark a automatiquement accordé l'asile aux 60 irakiens qu'il employait sur place (200 personnes avec les familles).

A l'inverse, les Britanniques, dont le retrait d'Irak est quasi certain au cours de l'année à venir, se refusent pour l'heure à suivre l'exemple danois, et ont d'ores et deja refusé d'accorder le statut de demandeur d'asile aux traducteurs les assistant dans leur mission.

L'attitude à observer à l'égard des auxiliaires des troupes de la Coalition en Irak n'est pas simple, et se posera avec une acuité toute particulière lorsque les Américains eux-mêmes quitteront le pays.

Lorsque j'étais en Virginie, dans la banlieue de Washington, dans ces zones peuplées presque exclusivement de familles de soldats (principalement d'officiers) de l'armée du Sud Vietnam, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'un jour peut-être, à Arlington ou Alexandria, il y aurait une banlieue irakienne, constituée de tous ceux qui ont cru aux promesses, finalement non tenues, des Etats-Unis.

Les Etats-Unis sont le havre des combattants de la liberté de par le monde. "France, patrie des droits de l'homme", certes, mais il en va de même, à une toute autre échelle, des Etats-Unis. Lors de mon séjour américain, j'ai rencontre des Hmongs travaillant pour Radio Free Asia (et financés par le Département d'Etat), des Tibétains, des Chinois démocrates, des Taïwanais en grand nombre, des Musulmans chinois du Xin Jiang, des Iraniens anti mollah, des Libanais, des Coptes persécutés, des Cambodgiens rescapés du génocide, des Vénézueliens anti Chavez, des Cubains anti castristes, des Marocains occidendalisés, et combien de Juifs ayant fui l'Europe...

Quelle ligne suivront les Américains, et quelle position doivent adopter les Britanniques ?

Certes, l'Irak connait une situation instable, de grande violence, et ceux qui ont aidé la Coalition sont perçus, par certains, comme des traitres. Les auxiliaires et leurs familles vivront sous une menace de mort permanente.

Mais il n'est pas certain que la solution réside dans l'exode de tous les alliés de la Coalition.

Si les effectifs étaient réduits s'agissant du Danemark, on parle de 20 000 personnes pour le Royaume Uni, et de plus de 60 000 avec les familles. Les proportions sont sans doute de l'ordre du décuple pour les Etats-Unis.

Au total, près d'un million de personnes. Un million de personnes qui pourraient contribuer à l'émergence du nouvel Irak qui a motivé l'intervention de la Coalition. Un million de personnes qui peuvent se battre, travailler, influer, voter, ont des relations, des réseaux d'amis, de fidélites, qui peuvent contribuer à faire de l'Irak un pays plus stable et plus démocratique.

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La Coalition n'a pas perdu la guerre en Irak. Il est à peu près certain qu'elle ne la gagnera jamais. La situation la plus positive envisageable actuellement est celle d'un retrait progressif de la Coalition avec, en parallèle, le renforcement progressif des institutions irakiennes, et singulièrement de l'armée irakienne.

Le niveau de violence atteint un niveau élevé, mais il est exclu que la Résistance irakienne remporte la mise : elle est bien trop divisée. Et s'agissant d'Al Qaida, sa force de nuisance est considérable, mais l'organisation terroriste ne peut pas envisager autre chose que des attentats aveugles et extrêmement brutaux (qui lui aliènent d'ailleurs de larges portions de la population et de la Résistance irakienne). En bref, les Khmers Rouges ne sont pas aux portes de Phnom Penh, et le Vietminh n'est pas sur le point de prendre Saïgon.

Dans ces conditions, le devoir des Auxiliaires irakiens est de rester dans leur pays et de se battre contre ceux qui le vouent à sa perte. Cependant, à la différence des Partisans indigènes de l'armée française en Indochine ou des Harkis en Algérie, les armées de la Coalition ne doivent pas les désarmer avant de quitter le pays. Ce serait alors, pour sûr, les vouer à une mort certaine. Non, il faut les armer, les former, et les soutenir.

Ce n'est que si la situation devait être irrémédiablement compromise que l'exigence humanitaire imposerait de rapatrier les Auxiliaires de la Coalition. Partir maintenant, ce serait admettre que tous les efforts déployés depuis cinq ans, tous les moyens engagés, l'ont été en vain. Que les morts ont été sacrifiés pour rien. Mais la guerre n'est pas perdue, et il n'est point encore temps pour les Auxiliares de partir à la cueillette aux champignons dans le Surrey.

Nul n'a jamais prétendu que le chemin de la Liberté était le plus facile à emprunter.

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17 août 2007

Indianapolis-sur-Durance

Réminiscences...

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Caumont-sur-Durance, c'est (presque) l'Amérique !

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15 août 2007

Le problème Cécilia

Je m'en veux d'apporter de l'eau au moulin d'un parti socialiste convalescent, mais le fait s'impose : Cécilia Sarkozy pose problème.

Les faits s'accumulent, à un rythme de plus en plus rapide : abstention au second tour de l'élection présidentielle, rôle politique non défini aux côtés de son époux (au ministère de l'Intérieur, puis à l'Elysée, libération des infirmières bulgares), utilisation de la carte bleue de l'Elysée à titre personnel, faux bond au déjeuner des épouses à l'occasion du G8, "je suis fière de n'avoir pas une goutte de sang français dans les veines" (Libération, le 8 juillet 2007), absence de dernière minute à l'invitation des Bush dans leur résidence familiale de Kennebunkport, sans oublier les rumeurs continuelles sur sa vie privée (qu'elle a malheureusement contribué à alimenter).

Certaines des critiques formulées à l'encontre des faits ci-dessus exposés sont sans nul doute exagérées, et sont exploitées sans vergogne par la gauche et par la presse.

Mais le résultat est là : Cécilia Sarkozy est le talon d'Achille du président.

Celui-ci a d'ailleurs sa part dans cette situation, qui résulte pour partie d'une communication axée sur la prétendue modernité du couple présidentiel.

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Ainsi, son épouse ne jouerait pas le rôle politique que l'on a pu observer ces derniers temps s'il n'y avait pas consenti, ainsi nul ne l'a contraint à effectuer des déclarations d'amour complètement déplacées dans un cadre politique (lors de la garden party du 14 juillet, "Cécilia est la part non négociable de moi-même"), etc.

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La mise en scène du couple présidentiel aboutit au résultat escompté : la presse féminine et les publications "people" se sont emparées de cette nouvelle saga, qui a toutes les chances d'assurer des rebondissements ininterrompus pendant toute la durée du quinquennat. Les couvertures de magazine s'accumulent ("L'énigme Cécilia", "Le mystère Cécilia", "Cécilia la rebelle" a-t-on pu lire récemment...), les comparaisons les plus grotesques sont effectuées, avec les Kennedy, la princesse Diana, ou encore la famille princière monégasque (que du beau monde !).

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Là encore, Nicolas Sarkozy a directement contribué à cette situation : rappelez-vous cette photo publiée dans Paris Match, sur laquelle on voyait Nicolas Sarkozy travaillant à sa table de travail, son fils Louis jouant sous le bureau, réplique à l'identique d'un fameux cliché de JFK avec son fils John-John.

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On pourrait, certes, hausser les épaules devant le phénomène et se dire que ce sont les aléas de la société contemporaine.

Mais il me semble pourtant que la situation est plus délicate :

  1. Cette focalisation sur le couple présidentiel constitue une dérive populiste pouvant éventuellement confiner au culte de la personnalité. On a pu observer cette situation dans l'Italie berlusconienne ou dans certains pays d'Amérique latine, comme l'Argentine. Ce qui compte, pour les partisans de la droite modérée, c'est que les réformes dont la France a besoin soient engagées avec vigueur. Nicolas Sarkozy ne faiblit pas sur ce terrain-là, et l'action des 100 premiers jours est admirable. Il demeure que ce qui est premier, ce sont les réformes et l'intérêt de la France, pas la personne de Nicolas Sarkozy. Il est inévitable que les réformes s'incarnent, mais s'il vient un jour à manquer au devoir de réforme, il faudra que la droite française, et singulièrement l'UMP, soient là pour le rappeler à ses devoirs.

  2. Nous sommes encore dans l'état de grâce, mais qui ne voit que Cécilia Sarkozy constitue la cible privilégiée de ceux qui sentent que, pour l'heure, son mari est trop populaire pour être utilement contesté ?

  3. Cette surexposition médiatique est à double tranchant : on y voit certains avantages immédiats, mais les mauvais temps vont bientôt commencer. C'est ainsi que le parti socialiste demande, avec raison, que Cécilia Sarkozy soit auditionnée à l'occasion des travaux de la commission d'enquête sur la libération des infirmières bulgares. Nul doute qu'aucun cadeau ne lui sera fait. Pas certain d'ailleurs qu'elle soit de taille à faire face à ce type de situation.

  4. Cécilia Sarkozy n'a strictement aucune légitimité pour jouer un rôle politique : les Français ont élu Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, mais Cécilia n'entrait pas dans le contrat. Elle n'existe pas, constitutionnellement parlant.

En bref, l'on ne peut que souhaiter que Cécilia Sarkozy revienne à une conception plus traditionnelle du rôle de la première dame de France. On ne lui demande pas d'être une nouvelle Yvonne de Gaulle (quoique, si elle insiste...), mais simplement de ne pas gêner l'action gouvernementale et réformatrice,  de soutenir son époux en toutes situations, de ne pas se singulariser par son comportement dans les réunions internationales, de ne pas jouer de rôle politique direct, d'essayer d'avoir la vie intime la mieux rangée possible, d'être belle, de sourire, et, surtout, de ... continuer à se taire !

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11 août 2007

Strange maps

Insidetheusa vient de me faire découvrir un site consacré à des cartes géographiques, imaginaires ou réelles, en tout état de cause surprenantes : strange maps.

Trois cartes des Etats-Unis m'ont particulièrement plu (toutes les cartes ne sont pas des cartes américaines, loin s'en faut).

1. La répartition par genre aux Etats-Unis, parmi les célibataires

Les points bleu indiquent qu'il y a davantage d'hommes célibataires que de femmes, un gros point indiquant un déséquilibre plus prononcé.

A l'inverse, les points orange désignent les villes où les femmes sont plus nombreuses que les hommes.

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On remarque ainsi que l'est du pays est plus "riche" en femmes célibataires, avec notamment de belles concentrations à Miami, la Nouvelle-Orléans, Memphis, Chicago, Détroit, Washington DC, Boston, New York, et... Indianapolis. Si j'étais célibataire, je saurais où aller... Pour être sensible aux vertus de la concurrence en matière économique, en matière de rencontres, je pencherais cependant plus clairement pour la politique du renard libre dans le poulailler (pas certain que l'image soit heureuse, mais nous nous comprenons, je présume).

2. Les aires d'influence régionales des équipes de baseball

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Cette carte est aussi importante que les aires de répartition raciale ou la division entre red et blue states. Le baseball, c'est aussi une identité qui ignore les frontières des Etats, mais aussi les distinctions culturelles, sociales ou raciales.

Un espoir et la confirmation d'une crainte :

  • L'espoir, ce sont les "unicorporated territories" de l'ouest, libres de suivre qui ils veulent. Cela fait un peu penser à ces cartes anciennes qui restaient muettes devant les territoires encore inexplorés.

  • La confirmation de la crainte concerne mon cher Indiana, apparemment au bord de la guerre civile, ou de la partition (à la tchécoslovaque plutôt qu'à la kosovare, faut-il espérer !) entre zones sous influence des Cubs et des White Sox de Chicago, des Tigers de Détroit, des Saint-Louis Cardinals et des Reds de Cincinatti. A ce niveau de complexité, la politique libanaise est un jeu d'enfant...

3. Le poids économique des Etats américains comparés à celui de nations étrangères

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Sur cette carte, chaque Etat américain porte le nom d'un pays dont le produit national brut est d'une valeur équivalente.

Ainsi, l'Indiana a un PNB identique à celui du Danemark, New York que le Brésil, la Floride que la Corée du Sud, le Texas que le Canada, l'Illinois que le Mexique, et la Californie...que la France.

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09 août 2007

En réponse à Koz sur "Continuer l'histoire", d'Hubert Védrine,

Koz vient de poster un long post consacré à l'ouvrage de politique étrangère publié récemment par Hubert Védrine, "Continuer l'histoire".

Vous trouverez cet article ici : http://www.koztoujours.fr/?p=416

Et ci-dessous le commentaire que j'ai déposé.

*

Merci Koz de cette fiche de lecture qui donne envie de lire l'ouvrage.

Le point de vue d'Hubert Védrine alimente la réflexion, c'est vrai, quand bien même l'on ne partage pas ses points de vue.

Sur la construction européenne et la haine de soi, tout cela me semble marqué au coin du bon sens.
Sur la référence à l'Etat, déjà, on peut être plus réservé : l'Etat n'existe pas en tant que tel. C'est une technostructure utile, mais qui ne saurait se substituer aux réalités bien tangibles que sont l'individu et la nation. Il s'agit d'un instrument, pas d'une fin.

En revanche, sur le néoconservatisme, je crains que l'on observe une description un brin caricaturale. Il n'y a pas d'un côté des néoconservateurs boursouflés, grandiloquents et irréalistes, et de l'autre des realpoliticiens froidement concentrés sur les intérêts nationaux et sur le jeu des puissances. Ce serait un peu manicchéen.

Pour ma part, je regrette l'assimilation au néoconservatisme de la politique conduite par George Bush actuellement en Irak. Cette guerre aura beaucoup fait pour discréditer un courant de pensée de politique étrangère qui ne se réduit pas aux caricatures que l'on en fait trop souvent en France.
Pour reprendre l'extrait que vous avez choisi de placer en exergue de ce post, on ne peut que relever plusieurs erreurs en un seul paragraphe :

«L’essayiste américain Francis Fukuyama, alors néoconservateur, annonçait la « fin de l’Histoire » simplement parce que l’Occident ayant vaincu par K-O, aucune puissance ni aucune idéologie n’allait plus pouvoir s’opposer à lui. Ses valeurs - économie de marché, démocratie - allaient irrésistiblement s’étendre au reste du monde» (p. 8).

Première rectification : Fukuyama est toujours néoconservateur. Il le revendique même dans un excellent petit ouvrage dont je vous conseille la lecture, si ce n'est pas déjà fait : "D'où viennent les néo-conservateurs ?", chez Grasset (présentation ici).

Seconde rectification : Fukuyama n'a jamais prétendu que l'Occident avait vaincu par KO et qu'aucune puissance ni idéolologie ne s'opposerait à lui. Ce serait absurde, complètement idiot.

La thèse de Fukuyama est la suivante : il existe un désir universel de vivre dans "une société moderne incluant la technologie, un niveau de vie élevé, les soins de santé et l'accès à un monde élargi...La démocratie libérale est un produit dérivé de ce processus de modernisation, quelque chose qui ne devient une aspiration historique que dans le cours des temps historiques" ("D'où viennent les néoconservateurs", p. 75). Et il conclut : "la démocratie est appelée à s'étendre universellement  sur le long terme".

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C'est, concédons le, affaire de croyance, à ce niveau-là.

Mais c'est une croyance qui aide à vivre.

Je n'arrive pas à admettre que tous les hommes n'aspirent pas à vivre dans une société dans laquelle les libertés fondamentales sont respectées, où ils ont la possibilité de choisir leurs gouvernants, et où la dignité de chaque être humain est reconnue.

Que proposaient les realpoliticiens lorsque Sarajevo était bombardé et que les puissances européennes ne bougeaient pas le petit doigt ? Que proposent-ils pour le Darfour ? Il y a tout de même quelque chose d'un peu munichois dans cette focalisation sur le jeu des puissances et sur une conception étroite de l'intérêt national.

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