23 septembre 2007
Promesses de campagne
"Les promesses n'engagent que ceux qui veulent bien y croire", selon le mot désormais célèbre de Charles Pasqua.
Cette vision cynique (et réaliste) de la politique, qui a connu son apogée sous la présidence de Jacques Chirac, a été à l'origine d'une crise de confiance des Français à l'égard de la politique et des institutions qui a vu l'extrême droite s'installer comme un acteur majeur, les vote protestataire prospérer, et l'abstention augmenter.
L'une des clefs du succès de Nicolas Sarkozy est qu'il a pris la mesure de ce désenchantement démocratique et en a même fait le fil rouge de sa campagne au travers du discours sur la "rupture". Nicolas Sarkozy a martelé - et continue à l'heure actuelle - qu'il allait dire ce qu'il allait faire et faire ce qu'il avait dit, bousculer les conservatismes, tenir un discours de vérité, et engager des réformes profondes, dans tous les domaines.
Nicolas Sarkozy a aussi beaucoup promis, s'est engagé sur des réformes précises, a fixé des objectifs ambitieux.
Ce discours, associé à une force de conviction exceptionnelle, a séduit les Français, et a ramené à lui nombre de nos concitoyens qui avaient cessé de voter pour des formations politiques démocrates, ou avaient tout simplement renoncé à s'exprimer.
Mais que se passerait-il si les promesses qui ont motivé les Français à le choisir comme président ne devaient pas être tenues ? Il y a fort à parier que la lune de miel démocratique à laquelle nous avons assisté au printemps 2007 ne serait qu'une étape vers une aggravation, voire une dramatisation, de la déliquescence politique de la France.
Il est donc impératif que Nicolas Sarkozy et le gouvernement de François Fillon réussisse et remplisse scrupuleusement les promesses énoncées au cours de la campagne électorale.
Un outil fort judicieux a été créé à cet effet : il s'agit du site Internet "clameo.fr" qui confronte les réalisations du président Sarkozy aux engagements du candidat.
92 engagements ont été listés, à partir du programme officiel, de 46 discours de campagne tenus entre le congrès du 14 janvier 2007 et l'élection, et des entretiens du candidat dans les médias.
Les promesses sont ensuite divisées en grandes catégories et énoncées, citation sourcée à l'appui. Imparable. Lorsque le candidat a indiqué un délai concernant la mise en oeuvre d'une promesse, le temps restant pour l'accomplir figure sous la forme d'un compte à rebours...
Au 23 septembre 2007, 9 promesses ont été tenues, 3 tenues partiellement, 3 non tenues, et 77 restent à tenir.
Parmi les trois non tenues, il y a ainsi :
l'interdiction des parachutes dorés dès l'été 2007, or la loi n°2007-1223 du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat n’interdit pas les « goldens parachutes », mais fixe de nouvelles règles à respecter sur certains aspect de la rémunération des PDG et des DG.
la déduction des intérêts d'emprunts des crédits immobiliers n'était accompagnée d'aucune restriction dans la promesse, or cette faculté est très encadrée dans le texte finalement adopté.
la présentation de 30 % de candidates aux élections législatives : leur proportion s'est en réalité établie à 26,5 %. Le site clameo est un peu sévère à cet égard, car la différence est ténue, mais il faut bien admettre que, formellement, la promesse n'est pas tenue.
Il faut maintenant espérer que ce site poursuivra ses efforts pendant toute la durée du mandat de Nicolas Sarkozy : il n'y a pas de pouvoir sans contre-pouvoir, et il faut constamment rappeler le président à ses promesses de campagne.
Il en va du respect des électeurs, du redressement de la France, et, surtout, de la confiance des Français dans le système politique.
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