"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

30 septembre 2007

Le socialisme à visage humain

L’un des intérêts de découvrir Hong Kong est d’aborder la Chine.

Hong Kong et Macao sont certes bien trop particuliers pour extrapoler ce que l’on y voit et tenter d’imaginer ce que peut être la Chine. Plusieurs siècles d’influence européenne, suivis d’une dizaine d’années de rétrocession à la Chine populaire sous la forme de régions administratives spéciales au statut largement dérogatoire, en font des Chine alternatives originales.

Il demeure, il suffit d’allumer sa télévision à Hong Kong pour avoir accès aux nombreuses chaînes de télévision de la Chine continentale, et avoir une petite idée de ce qui est présenté aux centaines de millions de téléspectateurs de l’Empire du Milieu.

Les images sont stupéfiantes, quand bien même l’on ne parle ni cantonais ni mandarin. La télévision étant un média destiné aux masses, visuel de surcroît, bien des informations passent sans que l’on ne comprenne les dialogues échangés ni les commentaires.

Ce qui frappe de prime abord, c’est la modernité des moyens de la télévision publique chinoise (de la télévision chinoise devrait-on écrire, toutes les chaînes étant bien évidemment publiques, et soumises à l’autorité et au contrôle du Parti communiste) : bande son,  présentations, fondu des images, enchaînements, tout est à l’identique des meilleurs standards occidentaux.

Les programmes sont aussi divers que les nôtres : journaux d’information, actualités sportives, téléfilms, jeux, et même publicités commerciales et télé achat !

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Et néanmoins, l’ensemble reste éminemment communiste. L’efficacité des moyens est mise au service d’un discours idéologique présenté sous la forme d’une modernité attractive, ce qui en accroît la séduction et endort la vigilance populaire. Rien à voir avec la situation du Vietnam où le réalisme socialiste reste bien vivant et où le bourrage de crâne et la langue de bois sont évidents même pour les esprits les moins éveillés.

Les Communistes chinois ont réussi le tour de force de « sauver le système » et, principalement, leur emprise sur la société, par la croissance économique, la modernisation, et l’appel au nationalisme chinois, bien vivace. Leur télévision en est une illustration claire.

Les Jeux Olympiques de 2008 constituent le point d’orgue de cette « renaissance ». Pas une publicité qui n’y fasse référence, pas un journal qui n’indique l’état d’avancement des travaux ou n’évoque l’entraînement des athlètes chinois, le décompte du nombre de jours séparant du grand événement est inscrit en haut à droite de l’écran. La mobilisation est totale dans ce qui est vu comme un symbole de l’installation de la Chine comme acteur politique et économique mondial de premier plan.

Dans les publicités, le grand truc consiste à montrer des armées d’ouvriers,  ou d’employés de bureaux, ou encore d’écoliers, vêtus d’uniformes, non identifiables (et interchangeables), et agissant comme un seul organisme,  réalisant un grand œuvre collectif. Les individus (terme bien mal approprié en l’espèce) scandent des slogans et s’épanouissent dans la réalisation d’un objectif qui les dépasse. Avec un tel scénario, on peut vendre des autos, du service bancaire, ou de l’hôtellerie. Peu importe, ce qui compte, c’est l’effacement de l’individu derrière la communauté, et la solidarité de chacun envers tous. Là se rencontrent d’ailleurs l’âme profonde de la Chine et les idéaux du communisme. Si le communisme y reste si vivace, c’est sans doute qu’il correspond aussi à une identité culturelle pré existante.

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Les fictions locales ne sont pas non plus dénuées d’intérêt. Au programme : pure propagande et ré écriture de l’histoire.

Ainsi de ce feuilleton fascinant, dont les héroïnes sont deux jeunes et jolies gardes rouges, amies inséparables aux péripéties incessantes. La Chine est pauvre et le peuple misérable : la tâche est rude pour nos gardes rouges. Elles rient de façon candide (elles sont belles et craquantes, pour tout dire), et sont armées d’un enthousiasme bien utile face aux menées de marchands cupides et de vils ennemis du peuple. Elles sont même amoureuses, et là on passe carrément à la telenovela de type vénézuelien, avec regard embué de larmes et déclarations au coin du feu. L’une à une relation avec un officier qui a au moins trente ans de plus qu’elle et qui incarne l’homme mûr et protecteur, tandis que l’autre s’est elle aussi entichée d’un officier plus âgé, qui n’est pas insensible à ses appâts mais se donne entièrement à sa mission révolutionnaire… Le tout est plutôt réussi, sur fond de paysages de l’ouest chinois, régions désertiques balayées par les vents des contreforts de l’Himalaya.

Un autre feuilleton se déroule dans la Chine pré communiste des années 1930, et a pour principaux protagonistes un jeune couple dont l’amour est rendu impossible par leur dfférence de milieu social. Le jeune homme est beau, sain, mais désargenté, tandis que la jeune fille doit composer avec un père autoritaire, violent, et très fortuné. Vivement le communisme ! Ils pourront s’aimer en camps de travail.

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23 septembre 2007

Promesses de campagne

"Les promesses n'engagent que ceux qui veulent bien y croire", selon le mot désormais célèbre de Charles Pasqua.

Cette vision cynique (et réaliste) de la politique, qui a connu son apogée sous la présidence de Jacques Chirac, a été à l'origine d'une crise de confiance des Français à l'égard de la politique et des institutions qui a vu l'extrême droite s'installer comme un acteur majeur, les vote protestataire prospérer, et l'abstention augmenter.

L'une des clefs du succès de Nicolas Sarkozy est qu'il a pris la mesure de ce désenchantement démocratique et en a même fait le fil rouge de sa campagne au travers du discours sur la "rupture". Nicolas Sarkozy a martelé - et continue à l'heure actuelle - qu'il allait dire ce qu'il allait faire et faire ce qu'il avait dit, bousculer les conservatismes, tenir un discours de vérité, et engager des réformes profondes, dans tous les domaines.

Nicolas Sarkozy a aussi beaucoup promis, s'est engagé sur des réformes précises, a fixé des objectifs ambitieux.

Ce discours, associé à une force de conviction exceptionnelle, a séduit les Français, et a ramené à lui nombre de nos concitoyens qui avaient cessé de voter pour des formations politiques démocrates, ou avaient tout simplement renoncé à s'exprimer.

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Mais que se passerait-il si les promesses qui ont motivé les Français à le choisir comme président ne devaient pas être tenues ? Il y a fort à parier que la lune de miel démocratique à laquelle nous avons assisté au printemps 2007 ne serait qu'une étape vers une aggravation, voire une dramatisation, de la déliquescence politique de la France.

Il est donc impératif que Nicolas Sarkozy et le gouvernement de François Fillon réussisse et remplisse scrupuleusement les promesses énoncées au cours de la campagne électorale.

Un outil fort judicieux a été créé à cet effet : il s'agit du site Internet "clameo.fr" qui confronte les réalisations du président Sarkozy aux engagements du candidat.

92 engagements ont été listés, à partir du programme officiel, de 46 discours de campagne tenus entre le congrès du 14 janvier 2007 et l'élection, et des entretiens du candidat dans les médias.

Les promesses sont ensuite divisées en grandes catégories et énoncées, citation sourcée à l'appui. Imparable. Lorsque le candidat a indiqué un délai concernant la mise en oeuvre d'une promesse, le temps restant pour l'accomplir figure sous la forme d'un compte à rebours...

Au 23 septembre 2007, 9 promesses ont été tenues, 3 tenues partiellement, 3 non tenues, et 77 restent à tenir.

Parmi les trois non tenues, il y a ainsi :

  • l'interdiction des parachutes dorés dès l'été 2007, or la loi n°2007-1223 du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat n’interdit pas les « goldens parachutes », mais fixe de nouvelles règles à respecter sur certains aspect de la rémunération des PDG et des DG.

  • la déduction des intérêts d'emprunts des crédits immobiliers n'était accompagnée d'aucune restriction dans la promesse, or cette faculté est très encadrée dans le texte finalement adopté.

  • la présentation de 30 % de candidates aux élections législatives : leur proportion s'est en réalité établie à 26,5 %. Le site clameo est un peu sévère à cet égard, car la différence est ténue, mais il faut bien admettre que, formellement, la promesse n'est pas tenue.

Il faut maintenant espérer que ce site poursuivra ses efforts pendant toute la durée du mandat de Nicolas Sarkozy : il n'y a pas de pouvoir sans contre-pouvoir, et il faut constamment rappeler le président à ses promesses de campagne.

Il en va du respect des électeurs, du redressement de la France, et, surtout, de la confiance des Français dans le système politique.

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20 septembre 2007

Sur les marchés de Kowloon

Hong Kong, c'est un carrefour entre l'Orient et l'Occident, un excellent point de transition entre l'Europe et l'Asie.

D'une part, on a  Hong Kong Island, ses gratte-ciel, ses pubs offrant des "happy hours" à des nuées d'expat' blancs comme des cachets d'aspirine, tous les plus grands noms de la mode mondiale, ses galeries marchandes luxueuses climatisées à 17 ° C, ses trottoirs dégagés, son atmosphère internationale. Ne serait-ce la température tropicale et l'humidité parfois suffocante, on pourrait se croire aux Etats-Unis.

De l'autre, on a Kowloon, la ville chinoise. Certes la modernité est bien présente et le prospérité est réelle. Mais la Chine est là, dans l'animation frénétique des rues, l'activité commerciale permanente, les inscriptions, les modes de consommation, et les marchés.

On y trouve des denrées bien mystérieuses, notamment dans ces commerces qui vendent des aliments secs qui sont ensuite réhydratés en les plongeant dans de l'eau chaude, de façon à les consommer en soupe.

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Les images sont belles, mais je vous passe l'odeur, qui prend littéralement à la gorge ! Essayez juste d'imaginer des kilos de moules, de noix de St Jacques, d'huitres, de poissons divers, de pois, d'oignons séchés, et multipliez par dix, je crois que vous y serez.

Ces boutiques commercialisent aussi des plantes médicinales, des racines mystérieuses, et des cornes d'animaux en voie de disparition réduits en poudre. Ces produits ont souvent des vertus aphrodisiaques, dit-on... Plus c'est ignoble, plus c'est aphrodisiaque, on dirait. Il faut souffrir pour être vigoureux !

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Toujours amusant ces panneaux indiquant des gloires britanniques sous-titrés en idéogrammes chinois... En tout cas, dix ans après la rétrocession, tous les noms de rues sont restés inchangés.

Ces rues sont souvent spécialisées par types de produits : viande, poisson, fruits de mer, fleurs, légumes, ...

Nelson Street, c'est la rue de la viande, ce qui est bien mérité pour cette vieille carne.

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Je ne suis pas certain que l'exposition de la viande pendant des heures à l'extérieur (la pollution...) et à la chaleur (33 °C...) recuillerait l'assentiment de la DGCCRF ou de la Commission européenne.

Au moins, on peut choisir son morceau !

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Les produits sont souvent vendus vivants (surtout les poissons et fruits de mer), ce qui est une garantie de fraîcheur.

Vous me prendrez bien un sac de grenouilles vivantes ? C'est plutôt pratique pour les écoles de sorcières, question approvisionnement. En revanche problème technique : comment fait-on pour tuer une grenouille ? J'ai peur que cela soit un peu croquignol de faire cela dans sa cuisine. Surtout si les bêtes commencent à sa faire la malle dans l'appartement.

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Le poisson mort pose moins de difficultés, lui. Il était fort beau, d'ailleurs.

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Des anguilles, je pense.

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Des tortues terrestres, vivantes là encore. Elles se consomment sous forme de soupe, les Chinois en raffolent. En revanche, là encore, comment les tuer pour les préparer ? Faut-il les ébouillanter ? Les décapiter puis les sortir de la coquille au pied de biche ?

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Des poissons vivants, ainsi que des écrevisses et des fruits de mer.

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Et là, spectacle splendide, ce sont à nouveau des poissons, mais non en vue de leur consommation. Ils sont commercialisés dans une multitude de petits sachets transparents, et vendus aux propriétaires d'aquariums.

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Un marché du soir à Hong Kong Island. Tout est très propre et bien présenté.

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18 septembre 2007

"East India and Company", de Paul Morand

Tout voyage commence avant même le départ en avion, par la lecture d'ouvrages historiques, de romans, de guides... Ils sont les compagnons indispensables du touriste qui veut essayer de comprendre ce qu'il voit, ou qui entend tout bonnement prolonger ses congés en amont et en aval en alimentant son imaginaire.

"East India and Company" a été pour ainsi dire glissé dans ma valise par Bacchus, peu avant d'embarquer pour Hong Kong, et je dois dire qu'il a été avisé d'agir ainsi.

Ce n'était pas ma première découverte de Morand, auteur dont le parcours politique suscite un certain mépris, mais dont les qualités de style font sans doute l'un des meilleurs écrivains français du XXème siècle. Il excelle dans la nouvelle, comme dans ce recueil qui en rassemble huit, toutes rédigées en anglais et publiées aux Etats-Unis en 1928. Leur première traduction/publication en langue française remonte seulement à 1987... L'ouvrage dont je dispose, publié chez Arlea, est d'ailleurs de cette date, divisé en deux parties, le texte en français, puis le texte original en anglais, ce qui est pour le moins original s'agissant de nouvelles rédigées par un auteur français.

L'inspiration est venue à Morand d'un tour du monde accompli à son retour de fonctions assumées à la légation française de Bangkok, en 1925, et qui l'a fait passé par les Etats-Unis, le Japon, la Chine, Manille, le Cambodge, Saïgon, Aden, Djibouti...

Il en résulte huit joyaux, drôles et surprenants, mettant en scène marchands d'animaux sauvages américains, espions de la Chine communiste, guerriers chinois du Moyen-Age, héritières américaines, intrigantes chinoises, diplomates français, et ...le cheval de Gengis Khan !

Morand propose une vision datée (les années 20-30), romantique, et mystérieuse de l'Asie. L'humour, la malice plus précisément, est omniprésent, ainsi qu'en témoignent les titres des nouvelles : "Deux anecdotes passionnantes et spectrales racontées à une jeune personne durant un trajet en automobile", "Comment Tahiti enchanta deux générations d'Ecossais rigoristes et bien-pensants", "Le sort d'un voyageur anglais en Orient qui enlève une danseuse sacrée".

Et puis le style de Morand, son don pour trouver l'adjectif étonnant, le rythme de ses phrases, courtes, syncopées, "jazzées" ont écrit certains (Jean-Claude Guillebaud) : tout est là !

Archie Spencer est un Américain rencontré par le narrateur sur le paquebot, et qui fait négoce d'animaux sauvages qu'il vend aux grands zoos d'Amérique : "Durant les douze journées de brouillard, Archie Spencer me conta tout cela, entre deux parties de poker. C'était un grand gaillard, né dans le Colorado, dont le visage aux traits allongés avait quelque chose d'indien malgré une mâchoire de champion de boxe. Pourtant, on lisait dans ses yeux gris acier bien des choses profondes et subtiles, des choses qui sans conteste ne viennent pas de l'Occident. Il y avait chez lui je ne sais quoi de félin et de dur à la fois. De même qu'Orphée charmait les bêtes féroces, il me charma par ses recits qui m'ouvraient, avant même que je les eusse atteintes, les vaste forêts tropicales. Je dus faire appel à toute ma volonté pour le laisser débarquer à Yokohama sans planter là tous mes projets, pour me joindre à lui et partager ses exploits aventureux".

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East India and Company, de Paul Morand, Arlea, 1987, 307 p.

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17 septembre 2007

Cyclo-pousse dans les rues de Hanoï


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Vidéo envoyée par Marquette83
Comme si vous y étiez... L'image est un peu trépidante, mais que voulez-vous : la chaussée n'est pas des plus régulières...

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15 septembre 2007

Good Bye Vietnam !

Honk Kong, Macao, Hanoï, Lao Cai, Sapa, Nam Dinh, Tam Kok, Hoa Lu, Huong Hai, Bac Ninh, Halong : telles furent les étapes du périple qui nous a occupé ces trois dernières semaines.

Cette plongée en Asie du Sud Est ne peut laisser indifférent, et vous trouverez ici au cours des prochaines semaines, entrelardées des habituels commentaires sur l'actualité nationale et internationale, les impressions générées par la découverte où tout nous est exotique : paysage, climat, histoire, mentalités et croyances, gastronomie, architecture, tout diffère, et n'en est pas moins inscrit dans un univers cohérent et complet.

Le temps de classer les près de 1500 clichés pris, de rassembler notes et pensées, et vous serez invités au cours des prochaines semaines à partager ces carnets de voyage.

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En route !

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13 septembre 2007

Série de vacances : Comment remplir son église

Post publié le 4 avril 2006 :

"Vu, sur à Indianapolis, sur la 116ème rue Est :

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Bon, c'est bien, le café, mais ils devraient aussi penser aux doughnuts, aux céréales, et à du bon jus d'orange de Floride : s'ils veulent vraiment remplir leur église, il ne faut pas hésiter à mettre le paquet ! D'ailleurs, j'ai toujours pensé que nos églises devraient "servir" au cours de la messe du vin de bien meilleure qualité : une solution à la baisse de fréquentation de l'office dominical ?"

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11 septembre 2007

Série de vacances : Le barreau de New York

Post publié le 28 février 2006 :

""Le barreau de New York, comment ça marche ?", dirait Michel Chevalet, le journaliste scientifique de TF1.

Précisions préalables : chaque Etat dispose de ses propres procédures d'accès à la profession d'avocat. Les matières testées, les épreuves, la durée, le niveau exigé diffèrent d'un Etat à l'autre. Et même si la majorité des Etats suit un modèle d'examen assez similaire, aucun n'est parfaitement identique à un autre. Ce sont donc plus de 50 examens différents qui existent dans l'ensemble du pays (50 Etats, plus Porto Rico, les Iles Vierges américaines, Guam).

D'autre part, les procédures de reconnaissance mutuelle des diplômes n'ont rien d'automatique.  Certains Etats accordent la réciprocité aux avocats autorisés à exercer la profession dans un autre Etat, mais généralement c'est seulement après plusieurs années d'exercice (5 ou 7 en général). Tout dépend des accords noués d'Etat à Etat. L'Indiana peut parfaitement accorder la réciprocité aux avocats venus du Minnesota, mais ne pas l'accorder à ceux du New Jersey, ou l'accorder dans des conditions différentes aux avocats du Connecticut et du Nouveau Mexique. Il n'y pas de règle.

Enfin, bien entendu, compte tenu de la nature fédérale des Etats Unis, le droit testé dans ces épreuves est lui aussi différent. Il y a bien des épreuves dans des matières fédérales, ou encore des matières dont seuls les principes communs à l'ensemble des 50 Etats sont testés, mais la majorité de l'examen porte sur des matières dont le contenu diffère d'Etat à Etat (droit pénal, procédure pénale, droit de la famille, droit des contrats, droit de la responsabilité, droit bancaire, droit des successions...). Aussi ce que j'avais appris l'an passé à la Faculté de droit d'Indianapolis devait-il être "désappris" dans la perspective du barreau de New York.

Pour être complet, ajoutons que lorsque l'on est autorisé à exercer la profession d'avocat dans un Etat, cela ne signifie pas que l'on est autorisé à représenter des clients devant toutes les juridictions ayant leur siège dans ledit Etat. Si cela est vrai des juridictions de l'Etat, il est en général nécessaire d'obtenir une autorisation spéciale, voire de passer des examens supplémentaires pour exercer devant les juridictions fédérales ou devant les juridictions spécialisées (en matière de taxes, de douane, juridictions militaires...).

Pour commencer, il faut avoir le droit de se présenter aux épreuves. Pour ce faire, deux voies principales sont ensageables. La première consiste à obtenir un Juris Doctorate (J.D.) dans une faculté de droit américaine reconnue par l'American Bar Association. C'est la solution choisie par la très grande majorité des candidats originaires des Etats-Unis. La seconde solution concerne plus spécifiquement les  candidats étrangers: elle permet à ces derniers de passer l'examen du barreau lorsqu'ils ont obtenu un master en droit (qui est suivi après un J.D. dans le cursus classique), résumé sous les initiales LL.M., lorsque le candidat a déjà dans son pays d'origine toutes les qualifications nécessaires pour passer le diplôme ouvrant l'accès à la profession d'avocat. Lorsque le candidat est déjà avocat dans son pays d'origine, comme c'était mon cas, le dossier doit encore être traduit en langue anglaise, et le cursus remplir des caractéristiques spécifiques s'agissant du nombre d'heures d'enseignements et de matières suivies.

Si le dossier est en ordre, une convocation à Albany vous est adressée.

Une fois arrivé au centre d'examen, on vous bague comme un pigeon voyageur, avec interdiction formelle d'enlever le bracelet pendant les deux jours que dure l'épreuve. Je n'ai évidemment pas suivi cette recommandation : je suis Francais, donc indiscipliné.

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Ensuite vous êtes orientés dans l'une des salles d'un immense complexe. Des hauts parleurs débitent en continu les instructions de l'examen (durant lequel tout est interdit sous peine de disqualification à vie des épreuves...Curieusement, la peine de mort a été écartée), de longues files d'attente se créent aux endroits stratégiques (vestiaire, salles d'examen, toilettes), le tout donnant un peu l'impression de se trouver dans le film "The Island". Quelques cinglés continuent de réviser dans les couloirs, n'abandonnant leurs volumineux ouvrages qu'à l'entrée des salles d'examen. A mon avis, il n'y a pas mieux pour créer une belle marmelade dans leur tête ! Je préfère essayer de plaisanter un peu avec des camarades éthiopien, grec, argentin, taïwanais.

L'une des caractéristiques du barreau de New York est son caractère international. Deux raisons à cela : la première, c'est que New York attire des gens du monde entier et concentre sans doute les plus gros et les plus beaux cabinets d'avocat au monde; la deuxième est que le barreau de New York est l'un de ceux à être ouvert aux juristes étrangers titulaires d'un Master (1 an d'études supérieures) et n'exigeant pas qu'ils recommencent tout leur cursus juridique aux Etats-Unis (comme c'est le cas dans l'Indiana ou dans l'Illinois). Seuls une dizaine d'Etats partagent cette caractéristique avec New York (dont la Californie, la Floride, la Louisane, le Michigan) et New York est sans doute l'Etat à attirer le plus les étudiants étrangers.

La première journée est consacrée spécifiquement au droit de l'Etat de New york et compte pour 60 % de l'examen. La matinée commence avec un questionnaire à choix multiple de 50 questions portant sur le droit de l'Etat de New York, en une heure. Chaque question présente une situation pratique en quelques lignes, puis propose quatre solutions possibles. Toutes les matières (26 au programme) sont mélangées. C'est infaisable dans le temps imparti. En tout cas, je n'y suis jamais arrivé, dépassant toujours de dix minutes. Ce n'est pas très grave car dans une demie journée, on peut s'organiser comme on l'entend. Mais passer davantage de temps sur une épreuve, cela signifie amputer d'autant le temps disponible pour les épreuves suivantes. Or le temps est extrêmement précieux. La capacité à bien le gérer constitue même sans doute la principale difficulté de cet examen. Bien des épreuves seraient parfaitement faisables si on disposait de deux fois plus de temps disponible. Mais il faut bien s'adapter aux règles.

La première matinée comporte ensuite trois essais, chacun de ces essais devant être rédigé normalement en 40-45 minutes. Ils présentent une situation factuelle sur une page présentant plusieurs problèmes juridiques (le plus souvent 4 ou 5 problèmes différents). Ensuite, il est le plus souvent demandé de se prononcer sur les décisions adoptées par le Tribunal. Il convient alors de répondre suivant les règles du bon vieux syllogisme juridique résumé ici sous l'acronyme IRAC : Issue (quel est le problème ?) - Rule (quel est le droit applicable ?) - Analysis (Application de la règle de droit aux faits) - Conclusion. Rien de bien révolutionnaire s'agissant de la méthode. La difficulté vient plutôt du temps imparti (on pourrait facilement consacrer deux heures à chaque essai, mais il fait se limiter à 45 minutes. Attention à ne pas se faire déborder en prenant trop de temps !) et de la détection du problème juridique. Une fois que l'on a un problème juridique et que l'on connaît la règle de droit applicable, tout va bien !

Après 3h15 d'épreuves dans la matinée, une sonnerie stridente retentit, signifiant qu'il faut absolument lâcher son stylo, se lever, et rester debout devant sa table d'examen en observant le silence. Les contrevenants font l'objet d'une exécution sommaire (non, ce n'est pas vrai, mais l'on était pas loin). Les pions (de gentils papy et mamy qui doivent faire cela pour compléter leur maigre retraite) récupèrent alors les copies, sur lesquelles ne figure que le numéro de matricule du candidat, donnent un récépissé, puis  laissent les candidats s'acheminer vers la sortie de la salle d'examen où un cerbère les attend pour récupérer le récépissé. Je n'ai pas compris le but de la manoeuvre : pourquoi nous donner un papier avec notre numéro de matricule pour nous le réclamer deux minutes après ? Bon, comme j'avais d'autres chats à fouetter, je n'ai pas vraiment approfondi le problème, mais cela me tracasse, maintenant que j'y pense.

Une heure de pause déjeuner. Je mange un sandwich trop sec acheté la veille dans un supermarché, boit un peu d'eau, tente de discuter avec mes camarades taïwanaises : l'humeur n'est pas à la fête, mais je ne vais pas me laisser contaminer par leur morosité, il reste encore un jour et demi d'épreuves.

Reprise des hostilités dans l'après-midi avec deux nouveaux essais, puis une note de synthèse en 90 minutes. On vous donne un ensemble de documents contenant des pièces comme dans un vrai dossiers d'avocat (contrats, accords, courriers échangés avec le client, notes prises lors de rendez-vous, ...), ainsi que quelques arrêts  et articles de loi. Le dossier comporte au tout début les recommandations d'un avocat associé à l'avocat en charge (le candidat). Reste alors à trouver une façon ordonnée de présenter le tout en suivant les consignes de l'avocat associé. Il faut compter une quarantaine de minutes pour lire les trente pages du petit dossier, les résumer, les annoter, trouver un plan, puis compter une quarantaine de minutes pour rédiger. Tout va très vite.

A la fin de la première journée, le sentiment que le plus dur a été fait prédomine. En effet, c'est le droit spécifique à l'Etat de New York qui est le plus craint : nombreuses matières, spécificités du droit new yorkais nombreuses et originales, large possibilité pour les organisateurs de "tirer dans les coins" en allant sur des terrains qu'ils savent méconnus des candidats, et questions sur des matières qui provoquent toujours des hécatombes (droit de la propriété immobilière, des successions, des instruments de paiement, procédure civile new yorkaise...).

La deuxième journée est consacrée à un grand questionnaire à choix multiple de 200 questions (100 le matin, 100 l'après-midi) en six heures. Six matières sont testées, à parité : droit constitutionnel, droit des contrats/droit de la vente, droit pénal/procédure pénale, droit de la preuve, droit de la propriété immobilière, droit de la responsabilité. La spécificité de ces matières, sur lesquelles les candidats sont déjà testés au cours de la première journée consacrée spécifiquement au droit de l'Etat de New York, c'est que leur contenu diffère ! En effet, il ne s'agit plus de droit de New York, mais soit de droit fédéral (droit constitutionnel), soit de solutions communes à l'ensemble des Etats. Il faut donc retenir deux corps de droit différents s'agissant de la même matière... Par exemple en droit des contrats, il faut connaître les solutions de common law et de l'Uniform Commercial Code testées le deuxième jours, mais aussi les distinctions et ajouts propres à New York, à utiliser cependant uniquement au cours de la première journée d'examen !

Au cours du QCM du deuxième jours, là encore, il faut aller très vite : 33-34 questions par heure, soit 1,8 minute par question. Vue la longueur des questions (une demie page à une page), il ne faut pas revenir au début de la question lorsque l'on arrive au point d'interrogation, car sinon on a tôt fait de mettre 3 minutes à trouver la réponse. Les questions sont rarement évidentes et font tout pour perdre le candidat. Le plus "vicieux" est qu'il faut choisir non pas "la" bonne réponse, mais la meilleure réponse. Il est très fréquent d'avoir deux réponses correctes, avec l'une d'entre elles supposément meilleure que l'autre. On peut aussi avoir à choisir le meilleur argument dans une liste de bons arguments, voire même une liste de mauvaises réponses avec pour mission de choisir la "moins pire"...Ce sont ces questions qui font perdre du temps, car l'on connaît la réponse (légal-illégal, constitutionnel-anticontitutionnel, contrat-pas contrat, ...) mais il est souvent nécessaire de passer un peu de temps pour trouver le meilleur fondement juridique disponible.

A la fin des opérations, je ne me livrerai à aucun pronostic. Je n'ai pas connu de "blanc", j'ai beaucoup écrit, j'ai fait des erreurs, mais j'ai aussi eu plus de facilité qu'aux examens blancs. Cet examen est trop aléatoire pour se livrer à des estimations, d'autant plus qu'une bonne partie de l'examen (toute la deuxième journée) fait l'objet d'une pondération au plan national, et que les résultats de chacun dépendent aussi de ce qu'ont pu faire les autres candidats. Il ne reste plu qu'à attendre le mois de mai !

En guise de consolation en cas d'échec : John John Kennedy avait échoué à trois reprises au barreau de New York, tandis que Kathleen Sullivan, doyen de Stanford Law School, vient d'échouer à l'examen du barreau de Californie, de difficulté comparable à celui de New York."

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09 septembre 2007

Série de vacances : Les jeux du cirque

Post publié le 11 novembre 2005 :

"Il fallait le prévoir, et d'ailleurs je m'en doutais bien un peu : la soirée de mardi fut réellement pathétique ! Mais partant du principe que lorsque l'on est dans un pays étranger, il ne faut pas hésiter à tenter de nouvelles expériences, et à découvrir les spécialités du lieu, je ne pouvais pas manquer d'assister au spectacle de catch qui était proposé hier soir au Conseco Field House, à Indianapolis.

Le Conseco Field House est un lieu mythique, car c'est le siège des Indiana Pacers, l'équipe de basket-ball locale.

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Le salle de sport, dont la réalisation est récente, est splendide.

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Régulièrement, le Conseco Field House, sorte de grande salle modulable type Bercy, accueille des manifestations n'ayant rien à voir avec le basket : championnats de natation, concert d'Elton John, Holiday On Ice. Mercredi soir, c'était au tour du catch.

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D'ailleurs, comment appeler cette discipline ? Pour les Américains, il s'agissait de World Wrestling Entertainment, de la lutte de divertissement en somme. Il me semble qu'en France, on appelle cela du catch. C'est d'ailleurs ainsi qu'est dénommé ce show sur le site extrêmement complet d'un grand passionné français : http://www.wwe-france.com/ Vous y apprendrez tout sur l'histoire de la discipline et notamment sur ce que l'on peut se hasarder à appeler Les "règles" et le vocabulaire du catch.

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En fait, ce n'est pas du tout du sport, pas même un sport de combat. Il ne s'agit que d'un spectacle à l'américaine : musique hard-rock, pétards et feux d'artifices, jeux de lumière, écrans géants, pépées siliconées court vêtues, ... Ami du bon goût, passe ton chemin !

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Les entrées des stars sont un moment fort : guitares saturées, tenues extravagantes (manteau de fourrure, tenue léopard, déguisement de travailleur, stetson et gros biscottos), arrivée en limousine, en cabriolet. Le nom des "stars" (ils sont tous stars, même les pires tocards, d'ailleurs, ce sont tous des tocards) est hurlé dans le micro tandis que leurs exploits passés défilent sur les écrans géants. Certains sont déjà connus du public et donc applaudis ou hués dès leur entrée sur scène puis sur le ring.

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Arrive l'heure des combats, lesquels s'enchaînent les uns à la suite des autres, assez rapidement. Je n'ai pas chronométré, mais j'ai l'impression que la durée moyenne devait tourner autour du quart d'heure.

Au début, nous avons eu droit à des combattants extrêmement moyens (tous les catcheurs de mardi soir sont ici).

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Les organisateurs s'amusent à provoquer des affrontements entre des lutteurs de gabarit différent. Le scénario récurrent est le suivant : un géant baraqué de plus de cent kgs affronte un petit musclé qui commence par se prendre la raclée de sa vie. Puis, par un retournement prétendûment imprévu mais en fait tellement prévisible, le "petit" arrive à prendre le dessus et par terrasser le gros balourd. Heureux les petits, heureux les sans-grades ! Le catch est pour vous ! C'est un spectacle socialiste où le gentil petit David triomphe malicieusement du méchant Goliath ! Vous aussi, un jour, vous aurez la peau de votre patron acariâtre...

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Si vous n'êtes pas tatoué sur tout le corps, vous ne serez jamais un joueur de catch, je suis désolé de vous le dire, mais je préfère être clair. Il vous faudra aussi faire des heures de gonflette, ingurgiter toutes sortes de pilules multicolores qui réduiront considérablement votre espérance de vie, et accepter de porter des tenues grotesques, et notamment ces espèces de slips géants très rembourrés pour éviter les mauvaises surprises.

Indispensable : il faudra aussi que vous appreniez à jouer la comédie. Eh oui, c'est un spectacle, le catch, ce n'est pas un sport. Cela signifie que tous les combats sont scénarisés, que tout est prévu, écrit d'avance, et que les cascades auxquelles vous assistez ont sans doute été répétées des dizaines de fois pour vous faire croire que vous assistez à un vrai combat. Pour ce qui est de la comédie, ne vous en faites pas, ce n'est pas la Comédie française, on atteint rarement le niveau d'une télénovela vénézuelienne. Tout se passe dans le regard : de poisson mort pour les uns, de bovidé en bordure de voie ferrée pour les autres.

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Et voilà, ils se roulent par terre comme des nénettes... On dirait des footballeurs italiens !

Je vous épargne le côté répétitif du spectacle : et je t'empoigne, et je grimace, et je te serre la tête entre les jambes, et je t'écrase la tête sur les piliers du ring, et je te saute à pieds joints sur le visage, et je t'écrase une chaise métallique sur le dos... Au bout de deux heures, je crois bien que La Loutre en avait assez. Je n'étais pas nécessairement exalté par le spectacle, mais je me disais toujours : "Le combat suivant sera peut-être meilleur, qui sait ?"

Nous sommes donc partis avant la fin. Et nous avons raté le champion du monde, qui se produisait à la toute fin du spectacle : l'ignoble Batista !

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Quel dommage ! Peut-être que le combat se serait terminé comme cela ?

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PS 1 : Pour les âmes sensibles, ce n'est que du faux. Les catcheurs se font de petites entailles au cutter pour se faire saigner, puis se barbouillent ensuite le corps pour faire "vrai".

PS 2 : Certaines de mes photos sont loin d'être aussi bonne que je l'aurais souhaité. J'ai encore du mal à faire de bonnes photos de nuit avec mon appareil numérique. Mille excuses, donc.

PS 3 : Le site de WWE Smackdown: http://www.wwe.com/

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07 septembre 2007

Série de vacances : Cela se passe près de chez nous

Post publié le 2 octobre 2005 :

"Les partisans de la décentralisation avancent généralement l’idée qu’une gestion au plus près des administrés est mieux à même de répondre à leurs attentes. Ce qu’ils omettent de signaler en général, c’est que plus le pouvoir est « proche » du citoyen, plus il a de chances d’être présent dans la vie quotidienne de chacun. En revanche, plus le pouvoir est « éloigné » du citoyen, plus il laisse celui-ci tranquille. Pour de multiples raisons : ignorant des aspirations locales, le pouvoir central n’imagine même pas devoir y répondre ; ayant trop de questions à régler, il n’est pas en mesure d’entrer dans le détail de la vie de chacun ; faisant en général appel à des agents nommés et non élus, on peut compter sur ces derniers pour en faire le moins possible et pour, finalement, laisser les citoyens tranquilles.

En résumé, on a le choix entre un pouvoir local très présent, mais aux tendances parfois exagérément interventionnistes, voire liberticides, et un pouvoir central moins interventionniste, mais intervenant souvent mal à propos.

La vie dans notre petite communauté (ensemble de ce que l’on appellerait des lotissements en France : vaste enchevêtrement de rues parsemées de maisons, le tout étant strictement privé, voies comprises), appelée « Spring Creek » (« le ruisseau du printemps », comme c’est joli…), illustrera mon propos.

Spring Creek est intégralement privée et est gérée pour tout ce qui concerne les parties communes (voies, lacs, parcs, jardin d’enfant, services d’eau, d’électricité, des eaux usées, …) par un Comité dont les membres sont élus par les propriétaires des différentes habitations se trouvant dans la Communauté. On a un Président, un 1er Vice Président, un 2ème Vice Président, un Trésorier, un Secrétaire. Ces gens-là se réunissent régulièrement et publient « Spring Creek News ». Le problème c’est qu’ils semblent prendre leurs fonctions très à cœur, et qu’ils sont américains, ce qui veut dire que : « la loi, c’est la loi ! »

Donc, que font-ils lorsqu’ils se réunissent ?

Ils pondent des réglementations, pardi ! C’est structurel, ils ne peuvent pas s’en empêcher, ils sont là pour cela. Vous les imaginez, vous, se réunir et dire : « non, vraiment, Spring Creek est une jolie communauté peuplée de gens formidables, et nous n’avons pas grand-chose à décider parce que la situation est excellente ». Impossible. Ce serait nier l’importance des belles fonctions pour lesquelles ils se sont fait élire ! Cela conduirait sans doute à des révisions existentielles majeures chez certains des membres du Comité qui trouvent en lui un sens à leur existence. Il leur faut donc débusquer des problèmes, et ensuite proposer des solutions pour résoudre ces problèmes. Eventuellement proposer des sanctions pour faire entrer les récalcitrants dans le rang, tant il est vrai que sommeille un petit chef fasciste en chaque membre du Comité (vous avez dû observer cela chez nos contractuelles, les « pervenches »).

La Loutre et moins avons été appréhendés dès les premières semaines suivant notre arrivée. Le délit : ne pas laisser la lumière éclairée à l’extérieur de la maison. Il n’y a pas d’éclairage public, de sorte que si les résidents n’éclairent pas à l’extérieur de leur maison, Spring Creek reste dans l’obscurité. Nous n’allumions que lorsque nous recevions des amis, ou lorsque l’un ou l’autre devait rentrer de nuit. En revanche, nous ne laissions pas l’éclairage durant toute la nuit, par souci d’économie d’énergie, et puis, par habitude en fait. Nous avons donc eu la visite d’un membre du Comité qui effectuait une ronde de nuit afin de vérifier si toutes les maisons étaient bien éclairées à l’extérieur. Il sonne à notre porte, se poste à trois mètre de la porte (au cas où je sortirais avec un fusil à pompe, sans doute), et m’éblouit le visage avec sa Maglite géante lorsque j’ouvre la porte. Il me fait savoir sur un ton n’appelant pas la contradiction que nous sommes en contravention avec le règlement intérieur de  Spring Creek, règlement dont je n’avais même pas eu copie. Raison de cet éclairage obligatoire ? Lutte contre la délinquance (les voleurs n’aiment pas la lumière), sécurité (les ambulances et pompiers ont plus de facilité pour se repérer ainsi), confort (c’est vrai, c’est plus joli quand c’est éclairé). Bon, j’admets que ces raisons sont valables. C’est seulement la façon dont le rappel à l’ordre a été effectué que j’ai moyennement apprécié.

Un deuxième point du règlement intérieur m’a un peu surpris, c’est celui consistant à interdire le stationnement des véhicules dans la rue. Ils doivent être garés dans les garages ou sur les rampes conduisant aux garages, mais pas dans la rue. Raison invoquée ? Sécurité (des enfants pourraient se blesser en égarant un ballon ou des jouets sous les véhicules stationnés et en voulant les récupérer…Ils se font un peu des films, quand même),  et … sécurité (les véhicules de police ou de pompiers qui viendraient ne doivent pas voir leur progression entravée par un quelconque obstacle. Vue la largeur de la rue, il n’y a pas trop de danger. A la limite, la police peut toujours faire appel à un hélicoptère Blackhawk tueur de char pour dégager le terrain, ils savent faire, je crois).

La Loutre et moi nous sommes signalés à l’attention du Soviet Suprême de Spring Creek à une autre occasion, dont je ne suis pas fier : il nous est arrivé, une fois au mois d’avril, de ne pas tondre la pelouse durant deux semaines consécutives. Je sais, vous hochez la tête, vous demandant ce qui a bien pu nous passer par la tête (je suis seul responsable, la tondeuse, c’est mon job). Il se trouve seulement que j’avais mes examens de fin d’année et que, dans la hiérarchie des priorités, tondre la pelouse ne se trouvait pas vraiment en pole position. Nous avons donc reçu un courrier de la part de la Kommandantur de Spring Creek nous avisant que si nous ne tondions pas notre gazon régulièrement, la Communauté ferait appel à une entreprise privée dont elle nous facturerait ensuite les services. Le gazon était tondu le jour suivant l’arrivée du courrier.

La dernière livraison de « Spring Creek News » prouve que les Big Brothers locaux ne se reposent jamais. Deux nouvelles décisions viennent d’être adoptées.

La première consiste à demander à la police municipale de se livrer désormais à des contrôles de la vitesse des automobiles dans les rues  de Spring Creek. Il leur est demandé de verbaliser les contrevenants. La vitesse est limitée à 25 miles/heure, et franchement, je n’ai jamais vu de Fangio rouler à tombeaux ouverts et mettre en péril la vie de quiconque.

La seconde interdit désormais de nourrir les oies et canards vivant aux abords de l’étang ailleurs qu’aux abords dudit étang. Les animaux se déplacent pourtant fréquemment dans les propriétés, marchent sur les pelouses, ce qui est plutôt sympathique. La Loutre se fait fort d’ailleurs de leur apporter du grain non pas au bord de l’étang, mais dans notre jardin même. C’est désormais interdit. Raison ? Les oies et canards sont bruyants, répandent leurs déjections partout (la nature est mal faite : « Geese poop up to eight pounds a day. Imagine having that in your yard and driveway if you didn’t choose to have it there »), et surtout, sont dangereux. « Spring Creek News » nous les décrit comme des animaux « agressifs » qui n’hésitent pas à s’attaquer aux être humains, et plus particulièrement aux enfants. On se demande ce qu’attend Spielberg pour tourner « Les becs de l’étang », juste pendant aux « Dents de la mer »…

Vous l’aurez compris, La Loutre et moi organisons la Résistance aux menées totalitaires du Comité de Spring Creek. Nous avons commencé dès le début de notre présence ici en mettant un drapeau français dans notre jardin. Nous allons donc mettre en place un programme de menées subversives visant à la désorganisation de l’adversaire (vos idées sont les bienvenues). Mais, chut ! Restez discrets sur nos intentions, car nous entrons dans la clandestinité. Nous ferons tout pour nous conformer en apparence aux réglementations iniques, afin de mieux couvrir notre combat libérateur. Mais, méfiez-vous de l’eau qui dort…

Posté par Marquette à 16:33 - Société - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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