28 octobre 2007
Idées reçues sur la capacité exportatrice de la France
Le déficit commercial de la France est généralement présenté comme l'un des points noirs de l'économie française, le président Sarkozy prenant notamment appui sur lui pour réclamer une politique monétaire plus souple à la Banque centrale européenne, et souhaiter un gouvernement économique de l'Union européenne.
La situation est pourtant à nuancer très sérieusement.
1. Les performances de l'économie française sont loin d'être ridicules puisqu'elles la placent au rang de second pays exportateur au monde par tête d'habitant !
Un Français exporte 60 % de plus qu'un Américain, 40 % de plus qu'un Japonais, et 30 % de plus qu'un Espagnol. Seuls les Allemands font mieux.
2. De grandes économies solides et dynamiques accusent des déficits commerciaux bien supérieurs à celui de la France (28,4 milliards d'euros). C'est ainsi que l'Espagne et le Royaume-Uni ont un déficit extérieur supérieur à 90 milliards d'euros, pour un montant de commerce extérieur à celui de la France. Sans parler des Etats-Unis et de leurs 763 milliards de $ de déficit (587 milliards d'euros)...
En revanche des pays du tiers monde ou en voie de développement connaissent une situation nettement exportatrice : il en va ainsi des pays pétroliers (Algérie, Russie) ou encore de la Chine (177 milliards de $ en 2006).
Ainsi, s'il va de soit qu'il vaudrait mieux être parmi les pays exportateurs, le fait d'avoir une balance commerciale déficitaire n'est pas nécessairement catastrophique.
3. Le déficit commercial de la France est chose récente.
La balance commerciale était encore bénéficiaire en 2003 (2,6 milliards d'euros). Elle est passée dans le rouge en 2004 (5,1 Mds), 2005 (21,2 Mds), 2006 (28,4 Mds), et le sera encore, selon toute probabilité, 2007 (sources : INSEE).
Dès lors, il n'est sans doute pas impossible de redevenir bénéficiaire à brève échéance.
4. Trois éléments permettent d'alimenter les espoirs d'un rétablissement de la situation.
Les exportations française sont dynamiques et ne cessent de progresser : de 323 Mds d'euros en 2003 à 389 Mds d'euros en 2006. Ces performances sont remarquables dans un contexte de concurrence mondialisée.
De nombreux pays en voie de développement connaissent une croissance rapide qui les transforme tout aussi rapidement en consommateurs de produits finis commercialisés par les pays occidentaux.
La France est le troisième investisseur mondial à l'étranger. Pourquoi ? Parce que les entreprises françaises sont très présentes hors de France, mais aussi parce que les conditions de production se sont tellement dégradées en France (environnement social - les 35 h ! -, réglementaire et fiscal) que les entreprises françaises elles-mêmes préfèrent produire à l'étranger pour vendre à l'étranger.
Réformons, déréglementons, défiscalisons, et la balance commerciale de la France redeviendra positive. Il n'y a pas de raison de croire cela impossible.
Commentaires
Money, Money, Money...
Cher Marquette,
Votre appréciation doit,à mon sens, être elle-même nuancée : si les exportations françaises croissent effectivement, elle progressent néanmoins moins vite que l'ensemble de l'économie mondiale, c'est à dire que nos importations provenant de l'atelier chinois.
Et vous savez comme moi que dans l'Histoire, quand on n'avance pas aussez vite, on recule.
On peut donc bel et bien parler d'un manque de compétitivité tricolore. CQFD...
Démultiplier la présence française hors de l'hexagone est, en effet, une nécessité et un défi à relever.
Nos capacités, comme vous le faites remarquer, cher Marquette, sont grandes, même si nous manquons encore de réactivité pour faire de notre commerce extérieur une véritable "force de frappe" internationale.
Les pouvoirs publics français semblent s'être atelés à la tache.
Des actions seront conduites pour développer les capacités d’exportation des entreprises françaises.
Au premier semestre 2007, les exportations françaises ont atteint un "niveau record" : 199 milliards d’euros. Ces chiffres sont, cependant, insuffisants pour permettre la réduction du déficit commercial, a estimé le secrétaire d’Etat. Celui-ci est passé de 14 milliards d’euros au second semestre 2006 à 15 milliards d’euros au premier semestre 2007. En excluant la facture énergétique, quintuplée depuis 2000, il s’élève à 2,6 milliards d’euros.
Quatrième exportateur mondial de services, deuxième investisseur à l’étranger pour les pays membres de l’OCDE et troisième pays d’accueil des investissements étrangers, la France réussit l’internationalisation de ses entreprises. Le programme " Cap Export" a permis de développer ses exportations vers les pays de l’Union européenne et les pays émergents à forte croissance.
Le pacte Force 5 : améliorer la compétitivité des entreprises
La France et ses grands partenaires subissent actuellement une érosion de leurs parts de marché. En cause : la forte progression de la Chine sur la scène mondiale. Seule l’Allemagne échappe à cette tendance. Des indicateurs de performance comparée entre la France et son voisin européen seront instaurés.
Développement des PME, recherche et développement, exportations vers les nouveaux Etat membres de l’Union européenne et les pays émergents : autant de domaines sur lesquels la France doit concentrer ses efforts.
Le "pacte Force 5", initié par Hervé Novelli, le minsitre en charge du commerce extérieur, doit y contribuer par :
- la simplification de l’environnement des entreprises (la dématérialisation des procédures à l’exportation) ;
- le soutien à l’innovation (développement à l’international des pôles de compétitivité) ;
- la baisse de la fiscalité ;
- l’accroissement du financement des PME ;
- la relance des exportations.
Nous jugerons le maçon au pied du mur; mais, en tout cas, il ne manque ni de mortier, ni de truelle. espérons qu'il aura de l'ardeur à la tâche!
Monsieur,
J'ai lu avec intérêt le texte que vous avez mis en ligne sur votre blog.
A mon tour, je souhaite profiter de cet espace pour m'exprimer sur ce sujet.
Le budget du commerce extérieur a été examiné par le Parlement en même temps que se tennait la conférence sur les salaires et le pouvoir d’achat.
Simultanément, la commission, conduite par Jacques Attali, est sur le point de conclure ses travaux de réflexion sur les moyens de retrouver une croissance durable.
Cette coïncidence de calendriers est heureuse. Elle doit permettre de faire souffler un vent nouveau, dans la suite logique de l’impulsion générale donnée par l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République.
« Aucune nation n'a jamais été ruinée par le commerce », remarquait fort justement Benjamin Franklin. Sans doute est-il temps de s’en souvenir pour dépasser le douloureux témoignage que donnent résultats de notre balance commerciale. De 26,5 milliards d’euros en 2005, le déficit est passé à 27,7 milliards d’euros en 2006, pour atteindre, d’août 2006 à juillet 2007 la barre des 30 milliards d’euros. En comparaison, avec des contraintes similaires, notamment en matière d’importations énergétiques, notre voisin l’Allemagne affiche un excédent commercial de 83 milliards d’euros.
Pour fixer les idées, il est nécessaire de rappeler de manière simple que si le commerce extérieur de la France est soutenu par la bonne tenue de nos exportations de produits agro-alimentaires, le déficit est principalement dû à la dégradation de notre solde sur les produits industriels. Quand à la répartition géographique de nos exportations, elle est peu porteuse. En effet, si nos entreprises sont solidement présentes dans l’Union européenne et en Afrique, elles sont, hélas, globalement peu actives sur les grandes zones de croissance que sont l’Asie du Sud et du Sud-Est, la Chine, le Moyen-Orient.
Pourtant, en dépit de ces lacunes certaines, nous avons à nouveau l'occasion de redonner dynamisme et efficacité à notre commerce et à nos exportations.
De très nombreuses entreprises françaises, de toutes tailles, et pour certaines familiales ou patrimoniales, portent haut les couleurs du savoir-faire de notre pays. Artisans d'exceptions, PME ou PMI innovantes, sociétés de services, grands groupes industriels ou bien encore de luxe, nos produits conservent leur éclat. Pourtant, la relative faiblesse de notre offre, mariée à la force de notre monnaie, l'euro, obèrent encore nos capacités à élargir nos débouchés, notamment pour des produits de large distribution, et à accroitre nos parts de marché mondiales.
Les atouts de notre territoire, tant au plan économique que pour nos infrastructures publiques et pour la qualité de nos politiques d'aménagement, permettent d'attirer à nouveau les talents et les investissements étrangers. Grâce a un dynamisme sans précédent, liée à la détermination de ses dirigeants, et à des méthodes modernes, comme, par exemple la campagne de communication mondiale sur l’image de la France, l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), dont c’est la mission, a pu attirer ou maintenir en France près de quarante mille emplois en 2006.
Ce constat de succès n’est pas un simple satisfecit, mais bien un encouragement à poursuivre et à redoubler d’efforts. La problématique de l'attractivité française doit demeurer une préoccupation constante. Elle doit être transversale à toutes les administrations publiques. Elle doit concerner toutes les actions, directes et indirectes de l'Etat. Plus que jamais, elle doit être sans cesse adaptée dans ses moyens afin de remplir efficacement ses objectifs, grâce à un pilotage affiné. L'enjeu est double: d'une part attirer en France énergies, savoir-faire, emplois et investissements. D'autre part savoir retenir nos talents pour ne pas constater amèrement en fin de compte que ce ne sont plus seulement celles et ceux qui ont réussi, mais celles et ceux qui veulent réussir qui quittent la France.
Notre attractivité est également une des sources de notre compétitivité et du retour durable et significatif de la croissance. Il n’est que temps de se défaire de la gangue des idées keynésiennes. La croissance ne peut raisonnablement être espérée par le seul soutien à la consommation ; elle repose en grande partie dans le renouveau d'une politique de l'offre.
A plus de trente ans de distance, les mots prononcés par le président Georges Pompidou a ce sujet raisonnent encore. " Chère vieille France ! La bonne cuisine ! Les Folies-Bergères ! Le Gai-Paris ! La Haute-Couture ( ....) ! C'est terminé. La France a commencé et largement entamé une révolution industrielle " déclarait-il lors d'une conférence de presse donnée le 15 novembre 1972. Visionnaire, Georges Pompidou évoquait surtout la nécessité d'étendre nos actions de soutien à nos productions et à nos entreprises. Il demandait à nos ambassadeurs de remplir pleinement un nouveau rôle, tourné vers ces objectifs, en plus de leurs missions politiques traditionnelles. Il souhaitait aussi que nos conseillers commerciaux démultiplient leur efficacité, non seulement pour aider nos exportateurs sur place, mais aussi pour tisser la toile d'un réseau de vigilance et d'information. Tout ceci ne portait pas encore le nom d'intelligence économique. Pourtant, les fondements de notre action commerciale extérieure étaient ainsi définis.
Ces préconisations sont plus actuelles que jamais. Une nouvelle implication, plus large, plus dynamique et plus efficace, de nos chefs de missions diplomatiques est souhaitable. Le choix des désignations des ambassadeurs et consuls de France dans des régions commerciales stratégiques ou sensibles doit aussi tenir largement compte de la connaissance des questions économiques de la part des personnes pressenties pour ces postes; voir même de leurs capacités à appuyer et à démultiplier les initiatives de nos missions économiques, des services du ministère et des agences. Nos ambassadeurs, et, plus largement, nos diplomates, doivent devenir notre force pré-positionnée de réaction rapide commerciale.
Il est indéniable que le nombre de nos entreprises exportatrices, en particulier de nos PME, reste insuffisant. Exporter demeure une activité de grands groupes. Certes les PME rassemblent 75% des entreprises exportatrices, mais elles ne représentent que 16% des exportations, et ce taux est largement inférieur à celui constaté chez nos concurrents, comme l’Allemagne, les Etats-Unis, l’Italie. Le nombre de PME exportatrices diminue, malgré les mesures de soutien public, comme Cap Export, et désormais l’ambitieux plan Force 5, lancé dès sa prise de fonctions par Hervé Novelli, ministre en charge des Entreprises et du Commerce extérieur.
Pourtant la faiblesse de notre offre est une source majeure et supplémentaire de fragilité.
Nous ne pouvons plus nous contenter d'une petite vitesse de croisière. Des efforts significatifs en matière d'aide et de soutien à la recherche et au développement ou à l'innovation sont nécessaires afin d’enrichir la gamme des produits français et un contenu novateur propre à ouvrir de nouveaux marchés, y compris pour des produits de grande consommation. L'effort en matière de recherche et développement est aussi une des réponses à la problématique de la lutte contre la contrefaçon; cancer aux multiples métastases de notre tissus industriel et économique.
Accompagner les entreprises françaises dans la conquête de marchés étrangers et promouvoir le territoire français auprès des sociétés étrangères susceptibles de s’y implanter: telles sont les deux missions assignées aux crédits dédiés au soutien au commerce extérieur. Ces deux priorités sont lisiblement retranscrites dans la loi de finances pour 2008, puisque les quelques 48 millions d’euros que nous consacrerons cette année au soutien à nos exportateurs sont essentiellement ventilés entre les crédits d’Ubifrance, agence française pour le développement des entreprises, dont le rôle est de coordonner les actions de promotion, de coopération, et de volontariat international, et ceux de l’AFII, sans oublier la subvention accordée à l’association Partenariat France, composée de bénévoles et qui assure depuis près de vingt ans un efficace et original partenariat public-privé au travers des projets de portage d’entreprises réalisés grâce au soutien de grands groupes français.
Exportations et attractivité doivent donc bien être considérées comme deux activités complémentaires, car notre capacité dans ces deux domaines participent du développement de l’activité économique et de l’emploi dans notre pays. Ce sont deux éléments essentiels de la création de richesse et de valeur ajoutée.
Une telle dynamique est plus que jamais essentielle pour combler nos retards, égaler nos partenaires - notamment l'Allemagne - et agir efficacement sur l'environnement de nos entreprises dans une compétition mondiale accrue. Le renforcement des performances et de la compétitivité de nos entreprises passera par des efforts de simplification, de pédagogie, d'innovation, tout autant que par le renforcement des dispositifs d'appui à l'exportation ou encore par des mesures fiscales ou de financement, sans oublier le renouveau de notre politique de l’offre.
« Le commerce est une guerre d'argent » selon Jean-Baptiste Colbert. Soyons désormais colbertistes dans la détermination, et mettons nous en ordre de bataille pour rassembler nos forces et pour agir.
Olivier DASSAULT
Député de l’Oise
Rapporteur spécial de la commission des finances
de l’Assemblée nationale pour le budget du Commerce extérieur.
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=36968&pid=6698240
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :









