"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

30 octobre 2007

Sarkozy dans "60 minutes" sur CBS


Sarkozy dans "60 minutes" sur CBS
Vidéo envoyée par jujutla

Il s'agit d'un extrait de l'émission "60 minutes" diffusée le 28 octobre 2007 sur CBS.

Un peu surexcité, tout de même, Nicolas Sarkozy... Au cours du reportage, il quitte le studio visiblement excédé. Il insulte notamment son attaché de presse, David Martinon. Pas très présidentiel comme attitude.

La forme, c'est ce qui plaît chez Sarkozy, mais c'est là aussi où les risques maximaux sont pris : une grande partie de son succès s'explique par sa capacité à se faire comprendre du plus grand nombre et à exprimer clairement ses idées, avec un certain courage lorsque celles-ci vont à rebours de celles généralement acceptées.

Mais sa volonté de rupture avec la pratique présidentielle en cours jusqu'à présent le conduit à aller trop loin dans la proximité, voire même dans la familiarité, comme lorsqu'il interpelle virilement ses contradicteurs ou perd ses nerfs.

Le style Sarkozy se cherche encore.

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28 octobre 2007

Idées reçues sur la capacité exportatrice de la France

Le déficit commercial de la France est généralement présenté comme l'un des points noirs de l'économie française, le président Sarkozy prenant notamment appui sur lui pour réclamer une politique monétaire plus souple à la Banque centrale européenne, et souhaiter un gouvernement économique de l'Union européenne.

La situation est pourtant à nuancer très sérieusement.

1. Les performances de l'économie française sont loin d'être ridicules puisqu'elles la placent au rang de second pays exportateur au monde par tête d'habitant !

Un Français exporte 60 % de plus qu'un Américain, 40 % de plus qu'un Japonais, et 30 % de plus qu'un Espagnol. Seuls les Allemands font mieux.

2. De grandes économies solides et dynamiques accusent des déficits commerciaux bien supérieurs à celui de la France (28,4 milliards d'euros). C'est ainsi que l'Espagne et le Royaume-Uni ont un déficit extérieur supérieur à 90 milliards d'euros, pour un montant de commerce extérieur à celui de la France. Sans parler des Etats-Unis et de leurs 763 milliards de $ de déficit (587 milliards d'euros)...

En revanche des pays du tiers monde ou en voie de développement connaissent une situation nettement exportatrice : il en va ainsi des pays pétroliers (Algérie, Russie) ou encore de la Chine (177 milliards de $ en 2006).

Ainsi, s'il va de soit qu'il vaudrait mieux être parmi les pays exportateurs, le fait d'avoir une balance commerciale déficitaire n'est pas nécessairement catastrophique.

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3. Le déficit commercial de la France est chose récente.

La balance commerciale était encore bénéficiaire en 2003 (2,6 milliards d'euros). Elle est passée dans le rouge en 2004 (5,1 Mds), 2005 (21,2 Mds), 2006 (28,4 Mds), et le sera encore, selon toute probabilité, 2007 (sources : INSEE).

Dès lors, il n'est sans doute pas impossible de redevenir bénéficiaire à brève échéance.

4. Trois éléments permettent d'alimenter les espoirs d'un rétablissement de la situation.

  1. Les exportations française sont dynamiques et ne cessent de progresser : de 323 Mds d'euros en 2003 à 389 Mds d'euros en 2006. Ces performances sont remarquables dans un contexte de concurrence mondialisée.

  2. De nombreux pays en voie de développement connaissent une croissance rapide qui les transforme tout aussi rapidement en consommateurs de produits finis commercialisés par les pays occidentaux.

  3. La France est le troisième investisseur mondial à l'étranger. Pourquoi ? Parce que les entreprises françaises sont très présentes  hors de France, mais aussi parce que les conditions de production se sont tellement dégradées en France (environnement social - les 35 h ! -, réglementaire et fiscal) que les entreprises françaises elles-mêmes préfèrent produire à l'étranger pour vendre à l'étranger.

Réformons, déréglementons, défiscalisons, et la balance commerciale de la France redeviendra positive. Il n'y a pas de raison de croire cela impossible.

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24 octobre 2007

Le monastere de Po Lin

Situé sur l'île de Lantau, à Hong Kong, le monastère de Po Lin est situé à plus de 500 mètres d'altitude, dans un paysage naturel que l'on ne s'attend pas nécessairement à rencontrer à Hong Kong, plus célèbre pour sa vie urbaine.

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Le monastère, qui date de 1924, est principalement de construction récente, la plupart des bâtiments datant des années 1990.

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Le site est construit autour d'une statue géante de Bouddha haute de plus de 34 mètres et située au sommet d'une colline qui domine le site.

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Il est prétendu sur place qu'il s'agit de la plus grande statue de Bouddha au monde, mais les locaux jouent un peu sur les mots : il existe de plus grandes statues de Bouddha ailleurs dans le monde (notamment une de 71 mètres en Chine), mais celle-ci est la plus haute représentant le Bouddha...assis !

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202 tonnes de bronze, tout de même.

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Attention à ne pas se formaliser à la vue des nombreuses swastikas, il s'agit avant tout d'un symbole bouddhiste.

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21 octobre 2007

Les vérités de Monsieur Pitte

Jean-Robert Pitte est président de Paris-Sorbonne. Agrégé de géographie, âgé de 57 ans, on pourrait croire qu'il s'agit de l'un de ces mandarins lettrés affichant, traditionnellement en France, une sympathie de principe pour la gauche dite "intellectuelle".

Que ce soit par conviction, fidélité aux idéaux de jeunesse, corporatisme étroit, ou tout simplement par lâcheté. Il est des milieux professionnels dans lesquels s'afficher de droite peut condamner à la marginalité, l'appartenance à la droite en l'une de ses multiples variantes, étant considéré comme incompatible avec le coeur et l'intelligence. Les facultés de lettres, il faut bien l'avouer, constituent une place forte pour ces milieux sectaires.

Il est donc parfaitement exceptionnel qu'un homme tel que Jean-Robert Pitte ait pu accéder aux responsabilités qui sont les siennes, et qu'il - quelle audace ! - s'exprime avec une franchise sans doute un peu provocante pour ses collègues. Certains le décrivent en homme "réactionnaire", voire "ultra-réactionnaire". Il me semble plutôt que son approche est réaliste et ambitieuse pour l'université française. Mais sans doute cette décription amène vient-elle du fait que vous vous trouvez sur un blog lui-même "réactionnaire"...

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Le Spectacle du Monde du mois d'octobre 2007 publie un entretien avec Jean-Robert Pitte. Extraits :

  • 73 % des étudiants n'ont pas leur place à l'université :

"A l'université Paris Sorbonne, en 2005-2006, 4424 étudiants ont pris une inscription administrative et 3874 une inscription pédagogiquen c'est-à-dire qu'ils se sont inscrits aux cours ; 3192 se sont présentés aux examens du premier semestre (fin janvier) et 1512 ont été reçus ; après les examens du second semestre, ils n'étaient plus que 1192. Cela donne 550 étudiants "fantômes"  - soit 12,5 % des effectifs - qui, au passage, pratiquent une escroquerie à la Sécurité sociale ; 682 étudiants - soit 15,5 % qui abandonnent de leur propre chef ; et 2000 - soit 45 % - qui sont sanctionnés par les notes. Taux d'échec global : 73 %".

  • Pénurie de moyens pour l'université :

"Avec 6500 euros par étudiant et par an, nous souffrons d'une pénurie de moyens. Et chez nous, à Paris Sorbonne, ce chiffre tombe à 3500 ! Certaines universités américaines consacrent dix fois ces sommes à l'enseignement supérieur. D'ailleurs, les Américains ne viennent jamais étudier en France, c'est toujours l'inverse qui se produit (...) 90 % des professeurs n'ont pas de bureau : s'ils veulent rencontrer leurs étudiants, cela se passe au bistro. C'est impensable ! Et je ne vous parle pas des salaires : un maître de conférences qui arrive chez nous à trente ans, ayant fait une thèse, parlant plusieurs langues, étant agrégé, parfois normalien, se voit offrir une rémunération dérisoire de 1700 euros par mois !"

  • Un choix de société :

"[Notre société] n'est pas prête à participer à la formation de sa jeunesse et de ses enfants. Dans de nombreux pays, on considère comme normal d'économiser, voire de se priver, lorsqu'on a des enfants en âge de faire des études. Au Japon, aux Etats-Unis, les études supérieures coûtent cher. On le sait. On s'y prépare, par des économies ou des emprunts. Il y a toujours des solutions. Mais en France, il existe une peur de l'argent, pas une haine, une peur ! Les Français n'aiment pas s'entendre dire que les choses ont un coût. Ils veulent du gratuit : musée, santé, journaux, éducation, et j'en passe, personne ne veut plus payer. C'est un choix qui, à l'arrivée, coûte cher. Car chacun sait que la gratuité, ça n'existe pas. On peut masquer ou occulter les coûts, pas les supprimer."

  • L'investissement des étudiants :

"Les étudiants doivent s'investir davantage. Je remarque chez eux de grandes exigences morales, en matière d'égalité notamment, mais pas assez d'exigences vis-à-vis d'eux-mêmes. C'est la génération de l'enfant-roi à qui on donne tout et de qui on n'exige rien. Dans le système éducatif, cela laisse des traces."

  • Sélection :

"La sélection à laquelle l'Université se refuse, c'est l'entreprise qui la pratique à l'embauche, avec les conséquences sociales dramatiques que l'on sait."

  • Méritocratie républicaine :

"Dans notre pays, sous couvert d'égalité, on fait de l'égalitarisme. On confond "égalité" et "égalité des chances". C'est catastrophique. Les syndicats crient haut et fort qu'il faut donner une chance à tout le monde. Mais l'égalité des chances, ça n'existe pas en France. Les tentatives pour l'établir ont engendré un nivellement par le bas qui renforce au contraire les inégalités : ceux qui réussissent sont ceux qui sont issues des milieux favorisés, soit par l'argent soit par la culture. On a formé la nation en apprenant à lire et à écrire aux gens. C'est le grand mérité de la IIIème République que d'avoir réalisé cet objectif et, ce faisant, d'avoir approché d'une véritable "égalité des chances". Tout le monde étant mis à la même enseigne, on pouvait repérer les esprits affûtés, même s'ils provenaient des milieux populaires."

Décidément, il est bien réactionnaire ce Monsieur Pitte.

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18 octobre 2007

"Entre autres", de et avec Jean Rochefort

Jean Rochefort et un accordéoniste, Lionel Suarez, un point c'est tout.

On ne saurait faire plus simple, dans un spectacle à l'image du célèbre comédien, sobre, élégant, gentiment absurde et drôle.

Il ne faut pas chercher de mise en scène pétaradante, non.

Rochefort nous invite plutôt à partager son univers, entre anecdotes vécues, grands auteurs, et facéties drolatiques.

Le jeune homme de 77 ans (il en paraît bien vingt de moins) arpente la scène, parfois un texte en main, et vagabonde de Jean Yanne à Primo Levi, de Molière à Boby Lapointe, le tout entrecoupé de menus morceaux d'accordéons dans le genre d'Astor Piazzola.

On rit, on sourit, on s'attendrit, courez-y !

Théâtre de la Madeleine, Paris. Depuis le 17 octobre.

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15 octobre 2007

Centre pénitentiaire de Lantau (Honk Kong)

L'un des trois centres pénitentiaires de l'île de Lantau, à Hong Kong. Avec vue sur mer...

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14 octobre 2007

Le pont de Tsing Ma

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Le pont de Tsing Ma relie les Nouveaux Territoires de Honh Kong à l'île de Lantau, sur laquelle se trouvent le nouvel aéroport de Hong Kong, le parc d'attraction Disney, le point culminant du territoire, des monastères bouddhistes, des villages de pêcheurs, et trois prisons.

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Il s'agit de l'un des plus longs ponts à suspension au monde (1377 mètres, soit davantage que le Golden Gate à San Francisco), inauguré en 1997 par Margaret Thatcher, peu avant la rétrocession du territoire à la Chine populaire.

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11 octobre 2007

Che Guevara, le Cruel

Quarante ans après la mort du révolutionnaire argentin, les célébrations du Che Guevara frappent par leur caractère irrationnel. Il semble incarner la partie pure de l'idéal communiste, une sorte de dédouanement par rapport aux réalisations concrètes du communisme : la souffrance, la violence, la misère.

Transformé en icône christique, Che Guevara, et l'image que l'on retient généralement de lui symbolise l'intransigeance de la jeunesse, la pureté désinteressée de celui qui combat pour l'avénement d'un monde meilleur. C'est un saint vénéré par les dictateurs caribéens et latino américains, les postiers trotskystes, et les permanents de la place du colonel Fabien.

Sans oublier, bien entendu, les révolutionnaires petits bourgeois qui trouvent malin de se baguenauder avec des tee shirts à son effigie, alors qu'ils exhibent leur portable dernier cri et prennent un soin particulier à arborer les marques du moment. La transgression est devenue le meilleur des arguments marketing, elle est devenue mainstream, elle s'est faite dévorer par le système. Frédéric Beigbeder a écrit des choses très justes sur le sujet.

Et d'ailleurs, qui veulent choquer nos révolutionnaires en peau de lapin ? Leurs parents ? Laissez moi rire, ces derniers se réclamaient de Mao ou du Che, faisaient l'amour dans la boue et cédaient aux paradis artificiels ! Ils étaient bien plus révolutionnaires, même s'il se sont rangés en vieillissant. Les profs ? Lobotomisés par le discours syndical et par la défense acharnée de leurs intérêts corporatistes, ces derniers ne risquent pas de s'attaquer aux figures révolutionnaires, qu'ils vénèrent le plus souvent.

Non, nos jeunes amis font seulement insulte aux victimes du communisme sud américain et caribéen.

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François Hauter, dans Le Figaro du 9 octobre, rappelle des vérités que l'on ne lit pas si fréquemment :

"Voici pourtant l'heure de vérité pour le Che. Non, l'homme n'était pas un idéaliste mort assassiné. Il avait été à Cuba le chien de garde de Fidel Castro. L'exécuteur de ses basses oeuvres. Il avait des centaines de morts sur la conscience. Il avait été "le boucher de Cabana", la prison de La Havana, avant d'être métamorphosé en martyr désarmé.L'homme fumait ses havanes en assistant aux exécutions de ses victimes, en compagnie de ses invités.

"N'utilisez pas les méthodes bourgeoises légales. Les preuves sont secondaires", ordonne-t-il.

Plusieurs ouvrages sont publiés en cet anniversaire. Le plus accablant est celui de Jacobo Machover. L'auteur, qui a lu "l'oeuvre" du Che, constate : "Rien de plus dogmatique que ces textes où la plus grande orthodoxie politique le dispute à une pulsion effrenée de la mort."

Au-delà du personnage de poudre et de sang, c'est peut-être cette mystique de la mort, ce goût morbide pour un retour au chaos originel qui facsine tant de jeunes dans le personnage du Che. L'ange était un démon, et sa pulsion la destruction".

* * *

Le journal gratuit 20 minutes a publié le 20 septembre dernier un entretien intéressant avec Jacobo Machover :

"Dans votre livre, vous détruisez le mythe de Che Guevera, décrit comme un «bourreau implacable», qui fume le cigare en regardant les exécutions. D'où vient son statut d'icône?
C'est une construction post-mortem. Deux types de personnes y ont contribué. Castro lui-même, qui en a fait un héros presque surhumain, un grand penseur et un humaniste, et les intellectuels du monde entier, en particulier français, qui le considèrent, comme l'a affirmé Sartre, comme «l'homme le plus complet de notre temps».

Il a été assassiné jeune. Cela y a-t-il aussi contribué?
Oui. Et c'était le moyen, pour Castro, de donner une image éternellement jeune à la révolution cubaine, alors que Castro vieillissait, et que la révolution elle-même devenait obsolète.

Comment expliquer l'engouement des intellectuels français pour le Che à l'époque?
C'était comme un souvenir des premières années de l'internationale communiste. Le Che incarnait l'internationaliste mort au combat, avec des réminiscences de la guerre d'Espagne. Les intellectuels français avaient besoin de croire à un demi-dieu, et le Che convenait tout à fait pour trois raisons. Parce qu'il a fait des études de médecine -sans être médecin -, parce qu'il avait une certaine culture, et parce qu'il parlait un peu français - très mal, mais cela donnait d'illusion qu'il était polyglotte. Le tout donnait l'image d'un humaniste prenant les armes malgré lui, ce qui est faux. Sa légende est une entreprise de mystification collective.

Cette image a-t-elle évolué aujourd'hui dans ces milieux?

Quand j'ai parlé du projet de mon livre, certains intellectuels m'ont dit «il ne fait pas casser tous nos rêves». Regis Debray, qui a frayé avec lui, est revenu sur ses positions et a décrit le Che comme un fanatique extrémiste. Mais Régine Deforges, par exemple, vient d'écrire un article dans l'Humanité où elle parle du «poète de la Cabana», la prison où il participait aux exécutions des anti-révolutionnaires... Dans le registre politique, Olivier Besancenot se réclame de lui.


Comment l'expliquez-vous?
J'hésite entre l'ignorance et la complicité. On a du mal à comprendre, surtout pour les familles des victimes. Mais je penche plutôt pour la complicité.

Que vous inspire le marketing autour de la figure du Che?

J'espère faire faire faillite à toutes les boîtes qui la reproduisent à la chaîne sur des posters, drapeaux, sacs, ou sur des maillot de bains, comme j'ai pu le voir dans un article du Sunday Times ce week-end.

Vous dites au début du livre que vous étiez vous-même un «admirateur de Che Guevara». Quand et comment en êtes-vous revenu?
Mon père travaillait avec lui comme interprète. Puis on a dû s'exiler en 1963, et nous n’avons pas pu revenir. De mon côté, je me suis documenté, puis j'ai profité d'une période d'ouverture de Cuba pour m'y rendre, à la fin des années 1970, et là j'ai tout de suite compris. La surveillance constante, la délation... Sur place, j'ai vu la panique sur le visage d'une amie quand je lui ai dit que, comme tous les étrangers, j'étais surveillé. Parler à un étranger est un délit, même si bien sûr ce n'est écrit nulle part, mais on peut toujours vous accuser d'intelligence avec l'ennemi. Ce voyage coïncidait avec la fuite massive des Cubains. 125.000 d'entre eux ont fui en Floride à ce moment-là. On est bien obligé de se poser des questions: Pourquoi autant de monde fuit-il le «paradis socialiste»? A mon retour, j'ai commencé à écrire.

Comment les Cubains le perçoivent-ils aujourd'hui?
Ils ont toujours eu de lui une image imposée. Les enfants sont élevés dans le culte du Che, dont l'image trône toujours à La Havane. Mais en même temps, les gens se souviennent de ce que le Che a fait, il y a la mémoire des exécutions, qui faisaient la Une des journaux, et des prisonniers. Il n'y a personne sur l'île qui n'ait été victime ou ne connaisse une victime du Che. Ces aspects sont occultés. Mais aujourd'hui, les langues se délient.

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Vous dites que Castro a instrumentalisé Guevara, qui s'est révélé lui-même assez naïf...
Oui, il était naïf de croire qu'il pouvait travailler en dehors du contrôle absolu de Fidel et de son frère Raul. Le Che n'avait pas l'intelligence de Fidel, qui l'a utilisé comme instrument au service de sa politique extérieure, et s'en est débarrassé en temps voulu. Le Che se croyait plus utile vivant que mort, ce qui n'était pas l'avis de Castro. Che Guevara a fini par déranger tout le monde pour trois raisons. D'abord parce qu'il a revendiqué, en 1964, les exécutions à la tribune de l'ONU alors que Castro n’en parlait plus à ce moment-là. Ensuite parce qu'il a rencontré le chinois Mao sans l'accord de Fidel. Enfin parce qu'il a critiqué l'Union soviétique dans son discours d'Alger. C'était insupportable pour l'URSS et Castro, qui l'a alors envoyé au Congo pour se faire tuer. Finalement, il sera assassiné des années plus tard en Bolivie. Le régime cubain aurait pu le faire exfiltrer, mais Raul, qui ne l'aimait pas, a dit: «qu'il aille se faire foutre, l'Argentin». Personnellement, c'est dans sa mort, à Santa Clara, que je le trouve le plus humain, quand il cesse d'être un «héros», un fanatique imperméable à tout sentiment.

Qui seraient ses héritiers, aujourd'hui?
J'espère qu'il n'y en a pas! Sur le plan de «l'humanisme révolutionnaire» et des doctrines économiques, c'est le régime en place à Cuba. Si l'on prend en compte sa conception de la lutte armée, ce sont les mouvements fanatiques, comme les Farc en Colombie. Et si c'est sur le plan de la cruauté, ce sont les mouvements terroristes actuels.

Et sur l'image du «héros romantique»?
Je ne vois pas où est son romantisme. Il prononce le mot «amour» mais dit en même temps qu'il «doit prendre des décisions douloureuses». Drôle d'amour... Il revendique celui pour l'humanité, mais à ses yeux quiconque qui n'est pas capable de cet amour là doit être éliminé...

Ce type de déclarations ou d'écrits du Che sont-elles la source de l'immense «malentendu» que vous décrivez dans le livre?

La plupart des gens ne l'ont pas lu. Et puis il y a des phrases inventées, qu'il n'a jamais prononcées, mais qui donnent l'illusion d'un guérillero au grand coeur. Quand la démocratie sera rétablie à Cuba, je souhaite que le premier geste soit de décrocher son effigie et de débaptiser la «place de la révolution» pour redevenir la «place civique», son nom d’avant. Car pour nous, une bonne partie des Cubains, Che Guevara est le symbole et la réalité de l'oppression à Cuba. J'espère une démocratie qui ne soit ni romantique, ni héroïque. Juste une démocratie banale, mais qui permette de rétablir la vérité sur les victimes du régime castriste et sur le Che.

*ed. Buchet Chastel, 14 euros.

Recueilli par Faustine Vincent

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07 octobre 2007

La pratique gaullienne de la présidence de Nicolas Sarkozy

Certains parlent d’ « hyper-président », d’autres de « dérive présidentialiste », voire de bouleversement des pratiques institutionnelles à la suite de l’arrivée au palais de l’Elysée de Nicolas Sarkozy.

Et il est vrai que l’homme est pris d’une véritable boulimie réformatrice, que tout le pouvoir exécutif repose entre ses mains, qu’il est attendu des parlementaires une approbation totale de la politique gouvernementale, tandis que l’UMP devrait se muer en fan club présidentiel (cela ne sera sans doute pas si aisé qu’escompté, d’ailleurs).

Tout ceci tranche avec la pratique présidentielle des vingt dernières années, marquée, rappelons-le, par neuf ans de cohabitation (d’où un affaiblissement présidentiel direct), par un second septennat mitterrandien marqué par la maladie, et par un quinquennat chiraquien aboulique et pusillanime. Evidemment, en comparaison, Nicolas Sarkozy surprend : il coordonne la politique gouvernementale, tance les récalcitrants, prend l’opinion à rebrousse-poil, préside aux nominations, impulse des repositionnements stratégiques majeurs, donne du poids à ses conseillers : Oint du suffrage universel et d’une légitimité démocratique indéniable, il ne se contente pas de jouer le jeu de la collaboration entre les pouvoirs législatif et exécutif, mais se pose en figure centrale et dominante du jeu institutionnel.

Mais cela est-il si nouveau ?

La lecture d’un ouvrage paru en 1963 sous la plume de Pierre Viansson-Ponté, alors directeur du service politique du Monde, et intitulé « Les Gaullistes. Rituel et annuaire » rappelle ce qu’a pu être la pratique institutionnelle de la Vème République à ses débuts, et il n’apparaît pas que la pratique sarkozienne soit si différente de celle du général de Gaulle.

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« C’était sous le gouvernement Debré. Le général supportait impatiemment certaines initiatives de son premier ministre. Pour tout dire, il s’en méfiait dans divers domaines essentiels et d’abord dans les affaires algériennes. Pourtant les conseils des ministres ne pouvaient suffire à régler toutes les questions : il n’est pas souhaitable de prolonger outre mesure et de multiplier ce genre de réunions, qui servent à accomplir des formalités (décrets, nominations), à définir de grandes orientations, non à élaborer les mesures qui traduisent une politique et à en vérifier l’exécution.

Cela, c’est la tache du conseil interministériel réuni autour du chef du gouvernement, à la rigueur s’il s’agit d’un sujet d’ordre général, du conseil de cabinet. Le général ne pouvait quand même pas se substituer au premier ministre et présider des conférences interministérielles !

Il inventa alors les comités. Les premiers eurent une existence formelle, une composition et une compétence fixées par décret : comité des affaires algériennes, européennes, étrangères, économiques, etc. L’Elysée devenait un super-ministère, le premier ministre était court-circuité, le gouvernement réduit plus nettement que jamais aux affaires secondaires et aux taches d’exécution.

Le jeu s’est ensuite subtilement transformé. Le « domaine réservé » ne comprenait plus ou plus seulement les problèmes majeurs, mais en fait toute question dont le président de la République jugeait devoir, dans un moment donné, s’emparer. Il y eut des comités sur la retraite du combattant, d’autres sur le prix du lait ou la grève des mines » (Les Gaullistes. Rituel et annuaire, Le Seuil, 1963, pp. 43-44).

Moralité : l’exécutif est entre les mains du Président de la République, qui a la faculté d’étendre plus ou moins, selon ses centres d’intérêt ou les nécessités politiques du moment, son emprise sur le travail gouvernemental.

Il en a été ainsi pendant la majeure partie de la Vème République : Debré, Pompidou (au moins dans les premières années) et Couve de Murville se bornaient à mettre en œuvre la politique présidentielle. Il en fut d’ailleurs de même, avec des différences de style, de Messmer sous Pompidou ; de Barre sous Giscard ; de Mauroy, Fabius, Cresson, Bérégovoy sous Mitterrand ; de Juppé, Raffarin et Villepin sous Chirac. Et si Chaban Delmas, Chirac (sous VGE) et Rocard ont été contraints au départ de Matignon, c’est bien parce qu'un premier ministre émancipé de la tutelle présidentielle constitue un non sens sous la Vème République (sauf cas de cohabitation, bien sûr).

Dès lors, la pratique sarkozienne du pouvoir ne constitue donc qu’un simple retour aux sources de la Vème République, qu’une remise en ordre des institutions en conformité avec leur esprit premier.

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06 octobre 2007

Hong Kong en images

De nouvelles photos ont été ajoutées à l'album consacré à Hong Kong. Les ajouts continueront au cours des jours à venir.

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