06 novembre 2007
"Le Royaume" ("The Kingdom") de Peter Berg
Les relations entre les Etats-Unis (et plus largement l'Occident) et l'Arabie Saoudite sont marquées du sceau de l'ambiguïté depuis la création du royaume saoudien en 1932.
Cette ambiguïté est habilement rappelée dans l'avant propos du film, lequel rappelle de façon brève et néanmoins complète l'histoire du pays de sa création au 11 septembre 2001, qui vit 15 Saoudiens (sur 19 pirates de l'air) se sacrifier pour frapper l'Amérique au coeur.
Premier allié des Etats-Unis dans la région, l'Arabie Saoudite est aussi l'un des principaux pourvoyeurs d'argent, de troupes, et d'idées de l'extrémisme islamique ! Alors qu'une partie de sa population voue l'Occident aux gémonies, le Royaume lui doit sa prospérité : merveille du commerce qui voit l'interdépendance économique pacifier les rapports internationaux.
Mais il arrive que le voile se déchire, et là se trouve le point de départ du film : Riyad, par une belle journée ensolleillée, dans une de ces résidences pour Occidentaux travaillant dans l'industrie pétrolière. Là seul, cloîtrés sous la protection de l'armée, ils peuvent vivre librement, en échappant aux foudres de la police religieuse. Images de bonheur, de match de base ball familial, de pelouses bien tondues, de bbq dominical, d'enfants blonds jouant... Et puis le drame surgit, sous la forme d'une attaque suicide d'une violence inouïe, filmée de loin par les terroristes et laissant plus de cent victimes déchiquetées, carbonisées, volatilisées...
Le film s'inspire directement d'un fait réel : l'attaque du 25 juin 1996 en Arabie Saoudite, au cours de laquelle le Hezbollah fit exploser un camion rempli de fioul et tua 19 Américains (plus 312 blessés).
Le FBI envoie alors une équipe d'enquêteurs spécialisés afin d'aider les autorités saoudiennes à faire toute la lumière sur les auteurs et les instigateurs de l'attentat. Ils sont au nombre de quatre : Jamie Foxx (superbe) incarne le chef de mission, auxquels s'ajoutent un agent, un artificier, et une médecin légiste (Jennifer Garner, de la série Alias).
Ils devront faire face aux réalités du pays, négocier, avec les autorités locales, et noueront des relations d'amitié avec des militaires saoudiens qui, pour être de bons musulmans, considèrent le terrorisme islamique comme un dévoiement de leur foi.
"The Kingdom" est donc à la fois un film politique et un film d'action.
Film d'action, parce que nos enquêteurs ont mis les pieds dans un pays où les Américains ne sont pas les bienvenus. Les scènes d'action sont tournées caméra à l'épaule, dans un style réaliste qui n'est pas sans rappeler les images des grands reporters en Irak.
Politique, car "The Kingdom" aborde avec justesse et subtilité les rapports monde occidental/monde arabo-musulman.
La conclusion n'est cependant guère optimiste et penche clairement pour le choc des civilisations cher à Samuel Huntington : le sang appelle le sang, et chaque camp promet pour demain (c'est la dernière phrase du film, prononcée par le petit fils du vieux terroriste, un garçonnet de dix ans) "we will kill them all" ("nous les tuerons tous")...
Il faut parfois explorer les contours des prophéties afin de conjurer leur avénement.
Les bandes annonces du film : c'est ici !
Commentaires
Toussaint rouge
Mon cher Marquette,
Brvo pour cette fine analyse geopolitique sur les relations Islam-Occident !
Petit anachronisme seulement: c'est le 1er novembre 1954 qu'a éclaté cette guerre, quelque part dans les Aurès, et non dans les sables arabiques... Avec un certain ennemi intime.
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