J’avais commencé à rédiger une réponse à Kill Bill 2 (excellent film au demeurant...) qui a pris la peine de commenter l’article consacré au discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès des Etats-Unis du 10 novembre dernier.

Puis, devant la taille que prenait ma réponse (on se laisse emporter, parfois !), je me suis aperçu que les objections de Kill Bill 2 reflétaient assez fidèlement des critiques qui ont largement cours.

Il fallait saisir cette opportunité de leur régler leur compte.

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1) Le voyage de Nicolas Sarkozy aurait été programmé au mauvais moment car la politique de l'actuel président américain est contestée

L'amitié entre les Etats-Unis et la France n'est pas une question de régime politique ou de président en place : elle n'est pas conjoncturelle.

Les Etats-Unis et la France partagent un même fonds de valeurs, une riche histoire commune, et des intérêts convergents. Cela me paraît suffisant pour surmonter les désagréments liés aux différences de personnalité.

2) Le voyage serait programmé au mauvais moment car Bush serait en fin de mandat et il aurait mieux vallu attendre le prochain président

3) Nicolas Sarkozy se serait rapproché de George Bush

Sarkozy n'est pas venu faire ami ami avec George Bush, mais s'est adressé au peuple américain par l'intermédiaire de ses représentants. J'observe d'ailleurs qu'il s'est adressé à un Congrès à majorité démocrate, qui l'a d'ailleurs chaleureusement ovationné. Sans doute parce que les Démocrates ont trouvé dans le discours du président français un écho aux propres critiques qu'eux mêmes formulent à l'encontre de l'administration actuelle.

4) Le Président incarne à lui seul la politique étrangère des Etats-Unis

Sur le plan constitutionnel, il faut prendre garde à ne pas pécher par gallo-centrisme : les institutions américaines sont très différentes des institutions politiques françaises et le pouvoir politique est véritablement partagé entre le Congrès et le Président, même en politique étrangère. L'Amérique, ce n'est pas seulement son Président, mais le Président + le Congrès.

5) George Bush serait affaibli et impopulaire aux Etats-Unis même

Les peuples sont versatiles : Bush a été elu (mal) et réélu (très bien). Sa politique irakienne a été soutenue par une très large majorité d'Américains et par une grande partie du parti démocrate. Encore maintenant, malgré les difficultés, une forte proportion d'Américains soutiennent la politique américaine en Irak. Les Etats-Unis sont une grande démocratie et il est bien naturel que des interrogations surgissent face aux nombreuses erreurs commises et aux difficultés qui se font jour. Mais dans l'ensemble, le pays fait face aux événements d'une maniere plutôt courageuse.

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6) L'anti américanisme français serait lié en grande partie à la personnalité de son président actuel

La détestation de l'Amérique en France ne vient pas de George Bush. Je veux bien admettre qu'il n'est pas populaire en Europe et qu'il n'a pas contribué à faire aimer l'Amérique de ce côté-ci de l'Océan atlantique.

Il demeure : l'anti américanisme français a des racines bien plus profondes, qui préexistaient à l'élection de George Bush. Il rassemble l'extrême gauche anti mondialisation qui voit en l'Amérique le champion du capitalisme et du libre échange, l'extrême droite qui ne digère pas le statut de puissance de second rang de la France, les Antisionistes (et antisémites) de tous poils qui reprochent à Washington son soutien à Israël, les Européens sécularisés et déchristianisés qui ont oubliés les racines religieuses de l'Occident et observent avec curiosité ces Occidentaux d'un autre genre qui n'ont pas rompu avec la Bible.

7) La visite de Nicolas Sarkozy à George Bush exposerait la France à des représailles d'Al Qaida

Renoncer à soutenir une politique que l'on croit juste parce que l'on craint des représailles ennemies, c'est se préparer à la capitulation face à ceux qui utilisent des moyens abjects pour faire avancer leur cause, et leur donner du même coup raison lorsqu'ils voient en l'Europe un continent veule et aboulique, jouisseur et raisonneur.

La politique de la France n'a pas vocation à plaire à Al Qaida, et il me contrarierait plutôt qu'elle le satisfasse.

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Le calendrier diplomatique de la France ne se calque pas sur les élections américaines. C'était le bon moment car Nicolas Sarkozy est au début de son mandat, et que c'est le bon moment pour lui pour réorienter la politique étrangère de la France. S'il ne donne pas maintenant l'impulsion en matière de rééquilibrage de l'Alliance atlantique, de défense européenne, de diplomatie morale, rien ne se passera dans les cinq années qui viennent. La rupture, c'est aussi en diplomatie qu'il faut l'engager, il n'y a pas de raison d'attendre.

Sinon, quoi ? Il faudra attendre le dénouement de la crise politique allemande, les élections en Russie, les JO de Pékin ou encore l'éclatement de la Belgique ? Rappelons-nous que Bonaparte a mis en place les institutions de l'Empire en moins de cinq ans : on peut beaucoup faire en un quinquennat. Encore faut-il éviter d'attendre les six derniers mois pour agir.

Nicolas Sarkozy agit, et c'est pour cela que les Français l'ont choisi.