"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

12 janvier 2008

Maître de Villepin...

Visiblement, le barreau de Paris constitue une valeur refuge : les déclassés de la politique trouvent maintenant un point de chute en jouant aux avocats.

Dominique de Villepin est le dernier en date (video ici), mais d'autres l'avaient précédé : Ségolène Royal, après avoir perdu sa circonscription en 1993, Hubert Védrine, Dominique Strauss Kahn, Pierre Moscovici, François Baroin, et même Jean-François Copé, qui vient d'intégrer le cabinet Gide alors qu'il est président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, fonction qui devrait l'occuper normalement à plein temps.

Ils ne constituent pas vraiment une menace pour le barreau, ces avocats d'un genre particulier. Il y a fort peu de risque de les voir arpenter les salles d'audience ou entreprendre de délicates négociations juridiques.

CPS

Le barreau est plutôt pour eux une façon d'attendre des jours meilleurs, de faire face à des revers de fortune politique, en ayant une activité professionnelle suffisamment souple (dans leur cas, en tout cas...) pour leur permettre de se consacrer à un retour sur le devant de la scène.

Ce qui est un peu plus étonnant, c'est que nombre d'entre eux sont des hauts fonctionnaires qui auraient tout à fait pu envisager un retour dans leur corps d'origine : il faut croire que même pour les plus étatistes d'entre eux, la fonction publique et le sens de l'intérêt général qui les animaient semble-t-il lorsque, étudiants, ils avaient choisi d'embrasser la carrière, ne font plus le poids face à la perspective de confortablement faire fructifier leur carnet d'adresse en le mettant au service de firmes juridiques et des clients de ces dernières.

Celles-ci trouvent naturellement leur compte dans l'affaire : les anciens responsables politiques ont souvent conservé d'étroites connections avec le pouvoir, ont su entretenir des réseaux d'obligés, ou méritent que l'on mise sur eux pour en tirer les bénéfices lors de leur retour aux responsabilités.

Deux observations finales :

1 - Si l'on ajoute les avocats de profession faisant de la politique (Sarkozy, Borloo, Christine Lagarde, Devedjian, Montebourg, Badinter, Dumas, pour n'en citer que quelques uns) aux politiques devenus avocats, l'on constate que l'avocature est peut être en passe de supplanter l'énarchie dans les couloirs du pouvoir. Si je disais que cela constitue une évolution positive, vous me taxeriez sans doute de partialité...

2 - Le reclassement des politiques dans les cabinets d'avocat n'est pas sans poser quelques questions de déontologie : il peut déboucher sur la volonté de rentabiliser rapidement une expérience acquise au sommet de l'Etat, dans l'intérêt général, ce qui peut être source de confusion entre intérêt public et intérêts privés, surtout lorsque, comme c'est fréquemment le cas, les individus effectuent un chassé croisé entre barreau et politique, voire même pratiquent les deux en meme temps. A n'en pas douter, nous sommes passés de Cincinnatus à "La bonne paye".

Enfin, un dernier mot sur Dominique de Villepin : il aurait pu penser à ne pas mettre de col roulé ce jour-là ! Le noeud papillon blanc sur le col roulé constitue un summum de la plouquerie. Pour quelqu'un qui prétend avoir realisé un "rêve d'enfant", c'est un peu décevant.

Posté par Marquette à 01:01 - En droit - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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