"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

23 janvier 2008

La panoplie du transformiste

Le 29 janvier aura lieu une vente aux enchères d’un style un petit particulier, les effets personnels de François Mitterrand, à l’hôtel Drouot.

12 ans après sa disparition, ses derniers thuriféraires vont pouvoir se disputer un ensemble hétéroclite de bibelots, souvenirs, accessoires, fétiches et autres instruments du culte dont le célèbre couvre-chef de feutre noir. Plus triste, hélas, la mise aux enchères des insignes de grand-croix de la Légion d’honneur figurant au revers de divers manteaux.

Une telle iconographie pourrait prêter à sourire lorsqu’on se rappelle le véritable culte de la personnalité qui entoura l’homme au faite de son pouvoir.

Homme de droite travesti en homme de gauche, à l’inverse de son successeur direct, pétainiste sous Pétain, gaulliste sous de Gaulle, radical sous la IVème République, adversaire acharné de la Constitution de 1958 avant de se l’approprier, François Mitterrand fût un illusionniste de haut vol, un transformiste de la politique contemporaine.

S’il a, qu’on le veuille ou non, fait le vide au Parti socialiste au point que son successeur se fait toujours attendre, il est également, ne l’oublions pas le responsable de beaucoup de nos difficultés actuelles. La dérive monarchique du régime, c’est lui, la situation explosive des banlieues, c’est encore lui, les affaires politico-financières qui ont fait prospérer le Front national, c’est encore lui…

Personnage florentin par excellence, hanté par le souci de la trace historique qu’il devait laisser, aussi ténébreux que mystique, François Mitterrand croyait bel et bien aux forces de l’esprit. Bourgeois rural de naissance, catholique d’éducation, façonné par ses jeunes années dans le terroir charentais, « Mitt’rand » en a gardé toute sa vie durant une idée certaine de la France, finalement bien éloignée des canons de ses futurs apôtres.

mitterrand_grand

Auteur lui aussi d’un coup d’État permanent, il a réussi son O.P.A sur la gauche française dans les années 70, profitant de la glaciation communiste généralisée et de la faible envergure de son dirigeant d’alors, Georges Marchais. Réussissant à se faire passer pour un socialiste, notre homme s’est vite rendu le leader naturel de divers courants marxisants fondus en un Parti socialiste guesdiste, transformé en tremplin pour l’Élysée.

Fin lettré, redoutable analyste comme tous les avocats, rompu à la dialectique, Mitterrand a vite compris qu’un discours basé sur des promesses simples et exploitant les items traditionnels de la gauche suffiraient à la propulser au pouvoir (emploi, pouvoir d’achat, justice sociale, références nombreuses aux luttes sociales passées…).

Une fois au pouvoir, notre Jaurès de Solutré oublia en quelques mois sa rhétorique subversive pour se forger une mythologie, faite de secrets d’alcôve, d’intrigues de palais, de silences assourdissants et de mimiques inimitables.

« François Mitterrand a passé son temps à mentir à tout le monde » nous confie Simone Veil dans sa récente autobiographie. Il fut le roi de l’illusion aurait-elle pu ajouter en guise de conclusion. Désormais âgé, malade, se sachant condamné, Mitterrand accentua le caractère cabalistique de sa fin de règne par des décisions qui surprirent comme ses confessions intimes sur son rôle pendant la guerre, son amitié indéfectible avec René Bousquet ou sa fille cachée, Mazarine.

Pratiquant mais non croyant (!), l’homme nourrit un déisme dans la plus pure tradition des Lumières qui guida les notables de sa génération. Hanté par le spectre de la mort, c’est parmi les jeunes de la communauté de Taizé et de frère Roger qu’il trouva, les derniers temps la paix de l’esprit et la quiétude de l’âme.

C’est à son feutre noir et à son écharpe rouge qu’on pouvait reconnaître sa silhouette au fond de la basilique.

Portalinus

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