27 février 2008
Mississipi en conserve
Tel est le nom d'un blog francophone constitué presqu'exclusivement de photographies du Mississipi, et plus largement du Sud des Etats-Unis (Mississipi en conserve ).
Un goût certain pour l'Amérique profonde du Sud profond, pour la pauvreté, pour les déclassés et les paumés. L'auteur a un véritable talent pour mettre en valeur la laideur américaine. C'est moche, souvent, l'Amérique : tous ces parkings, ces zones mal urbanisées, ces aires commerciales criardes, ces quartiers miséreux, cette vulgarité écoeurante.
La société de consommation apparaît alors dans toute son horreur : il ne m'est jamais apparu avec autant d'évidence que nous étions tous, autant que nous sommes, et à des degrés divers, réduits à l'état de consommateurs.
En France, on peut encore croire que ce sont les valeurs qui l'emportent : les Français ont tellement mal au capitalisme que le Big Business doit faire passer la pilule en parlant de commerce équitable, d'écologie, de respect de normes sociales. Et puis la beauté est encore omniprésente dans notre quotidien. Comme en Italie, nous vivons souvent au contact des chefs d'oeuvre des générations qui nous ont précédé. Nous faisons en sorte de préserver, de protéger, de respecter.
Aux Etats-Unis, point de tout cela : la consommation apparaît pour ce qu'elle est : une fin, un aboutissement. Point d'hypocrisie à la française, on se gave, on s'empiffre, on s'engraisse avec une parfaite bonne conscience. C'est "La Grande Bouffe" à l'échelle continentale !
De toute manière, demain, nous serons tous morts, alors, qui a raison ?
Le post intitulé "La mort d'une ville" est à lire absolument : de l'arrivée d'un casino à Natchez, Mississipi, dans un style "fleuri" et puissant.
26 février 2008
Devoir de mémoire
22 février 2008
"Notre Univers Impitoyable" - Bande annonce
Notre Univers Impitoyable
Vidéo envoyée par hautetcourt
"Notre univers impitoyable", de Léa Fazer
Victor (Jocelyn Quivrin) et Margot (Alice Taglioni) sont collaborateurs dans un cabinet d'avocats parisien, et travaillent dans la même équipe.
Ils ont fait les mêmes études, ont passé les mêmes examens, exercent le même métiers. Ils sont amoureux, vivent ensemble et se soutiennent dans les épreuves quotidiennes de leur vie professionnelle. Un couple de trentenaires modernes, en somme.
Puis un avocat associé meurt d'une crise cardiaque et il faut pourvoir à son remplacement, et là, c'est le drame : eux qui vivaient jusqu'alors dans une certaine insouciance se retrouvent, malgre eux, en compétition l'un avec l'autre pour occuper ce poste tant convoité.
Tel est le point de départ de "Notre univers impitoyable".
Nous allons alors suivre les deux protagonistes dans deux hypothèses entrecroisées tout au long du film : celle dans laquelle Victor devient associé, et celle dans laquelle c'est Margot qui décrocle la timbale.
Malgré l'amour, le couple ne résiste pas à l'épreuve. Evidemment.
Le cas de Victor est classique, si l'on veut : il s'épanouit dans une réussite qui lui paraît naturelle (c'est un homme), souhaite que Margot cesse de travailler (c'est une femme), est absorbé par son travail, et finit par coucher avec sa secrétaire.
Celui de Margot est plus original, mais non moins caricatural : elle se reproche d'avoir été choisie plutôt que Victor, tente de se rattraper en simulant la maîtresse de maison exemplaire qu'elle n'est pas, joue de l'avantage de sa féminité pour séduire professionnellement, et finit par coucher avec le patron du cabinet d'avocat.
Dans un cas comme dans l'autre, la promotion n'apporte qu'hypocrisie, faux-semblant, humiliation du conjoint, et pouvoir égoïste.
En toile de fond, le monde forcément impitoyable d'un cabinet d'avocats, dans le quartier on ne peut plus clinique de la Très Grande Bibliothèque (c'est grotesque, toutes ces majuscules, mais moins tout de même que de l'appeler "François Mitterrand"...), et dans des appartements froids et désincarnés.
Vous l'aurez compris, ce film est une critique sociale un peu lourdasse et caricaturale sur" notre univers".
Si Alice Taglioni et Jocelyn Quivrin sont des comédiens attachants et crédibles, et si la façon d'aborder les ambiguïtés des rapports hommes/femmes dans le monde contemporain touche souvent juste, le discours diffusé sur la réussite sociale ennemie du bonheur conjugal et la déshumanisation des villes est administré de façon trop sentencieuse pour que ces questions néanmoins intéssantes ne soient vraiment abordées.
La dernière image du film le résume bien : dans une dernière hypothèse, Victor et Margot, le matin où ils doivent passer l'entretien qui déterminera lequel des deux deviendra associé, arrivent sur leur lieu de travail, montent les escaliers quatre à quatre parce qu'ils sont en retard, puis, dans un éclair de "lucidité", renoncent finalement, l'un et l'autre, à se rendre à l'entretien. Ils quittent alors l'immeuble de verre abritant leur cabinet, main dans la main, sous un soleil radieux.
On a le droit de ne pas aimer.
20 février 2008
La démesure et la raison, par Nicolas Baverez
Convergence de vue totale (déjà exprimée dans des posts publiés précédemment) avec Nicolas Baverez dans ce point de vue publié dans Le Monde du 20 février :
(...)
"Pour inachevé qu'il demeure, le bilan des réformes engagées au cours des neuf derniers mois est positif.
La principale réussite concerne le traité de Lisbonne, désormais ratifié par la France, qui clôt le psychodrame constitutionnel et ouvre la voie à une relance de l'intégration européenne. Le modèle économique et social a commencé à évoluer avec la libéralisation des heures et du contrat de travail, la normalisation de la fiscalité française au sein de l'Union, l'alignement progressif des régimes spéciaux de retraite sur le droit commun, l'autonomie des Universités, la réduction des effectifs de la fonction publique.
En regard figurent quatre lacunes : le retard dans la révision des institutions, qui fait persister l'absence de contre-pouvoirs ; le sinistre d'une justice en situation de vendetta avec l'exécutif ; les limites de la réforme de l'Etat, enfermée dans l'exercice technocratique de la revue générale des politiques publiques ; le déséquilibre entre l'activisme en matière de contrôle de l'immigration et le déficit dans le domaine de l'intégration, qui constitue le défi prioritaire d'une nation où plus de 2 millions de personnes sont plongées dans l'anomie.
Les Français, à l'occasion du cycle électoral de 2007, ont acté le principe de réformes profondes. Ces changements sont enclenchés mais ne peuvent produire des résultats qu'à moyen terme. Ils sont pris à revers par la crise économique qui va entraîner une dégradation significative des performances de l'économie française en 2008 (croissance de 1,5 %, inflation supérieure à 2,5 %, chômage de 8 %, déficit commercial de l'ordre de 50 milliards d'euros, déficit public remontant vers les 3 % du PIB). Et le président de la République, auquel il revient de définir la stratégie et d'effectuer la pédagogie du changement, voit sa légitimité affaiblie par l'impopularité et la perspective d'une défaite sévère de la majorité lors des municipales.
Ainsi se profile une heure de vérité pour le cours du quinquennat et pour le pays. Les Français s'apprêtent à sanctionner la personne du président, non le principe des réformes. Ils ont élu M. Sarkozy non pour ce qu'il est, mais pour ce qu'ils l'ont jugé seul à pouvoir faire, à savoir moderniser la France. Une voie de sortie de crise existe, dès lors que ce qu'il est sert ce qu'il doit faire au lieu de le mettre en risque. Ce qui doit être impérativement modifié, ce ne sont pas le principe et le rythme des réformes, ce ne sont pas tant les ministres que l'esprit et le style du gouvernement.
Et ce à partir de quelques principes simples.
1/Recentrer l'action sur le remède du coeur du mal français, à savoir le blocage du modèle économique et social, en évitant de traiter des problèmes qui ne se posent pas, telle la laïcité, ou la dispersion dans une politique étrangère qui doit pour l'heure se concentrer sur l'Europe et la présidence française.
2/Clarifier définitivement la stratégie macroéconomique, en hiérarchisant les priorités, en supprimant les relents protectionnistes et étatistes, en intégrant la nouvelle donne issue de la crise financière.
3/Exposer sans fard aux Français la réalité de l'affaiblissement économique du pays et les bouleversements provoqués par la crise financière.
4/Changer de méthode - tant il est vrai que trop de leadership tue le leadership et qu'un homme seul ne peut moderniser par le haut une démocratie développée -, et pour cela passer d'une posture de campagne à une position d'exercice du pouvoir, redonner une existence collective au gouvernement, rétablir la responsabilité politique des ministres et du Parlement.
La France se trouve dans un moment de transition qui marque la plus grande vulnérabilité du processus de réforme. La France post-gaulliste est morte, mais la France du XXIe siècle demeure dans les limbes. Dans cet espace fondent la crise économique et les passions violentes qui se cristallisent autour d'un président naguère idolâtré et aujourd'hui voué aux gémonies. Il est temps d'arrêter l'incendie. Ceci s'applique aux gouvernants, mais aussi à une opposition dont la victoire aux municipales devra tout aux erreurs de ses adversaires et qui reste incapable de représenter une alternative crédible au plan national, faute de leader, de stratégie et de projet, comme aux médias. Ceci s'applique aux citoyens qui, dans une démocratie, décident ultimement du basculement dans la démesure ou du choix de la raison : aux Français donc de tenir, par-delà les chocs économiques et les aléas politiques, la ligne et le parti des réformes".
18 février 2008
Sarkozy en France équinoxiale
Les images du voyage de Nicolas Sarkozy en Guyane (dont le premier nom, au début du XVIIème siècle était "la France équinoxiale"...) offrent un contraste saisissant entre cette terre tropicale et le protocole d'une vieille nation européenne. Quelques photos étonnantes :
Une bonne partie du gouvernement était du voyage, jusqu'à Saint-Georges-de-l'Oyapock, à la frontière avec le Brésil, pour rencontrer le Président Lula Da Silva.
Les nouvelles n'étant pas bonne en métropole, et notamment à Neuilly, Sarkozy était de mauvais poil. En fait, on ne sait pas trop, il aime bien pointer du doigt d'un air excédé.
Jean, veste de costume, toujours la classe ! Il ne devait plus avoir d'affaires propres, tout devait être au pressing, alors il a mélangé sa valise de retour de vacances (le jean) avec sa tenue de ville. Il porte bien un costume quand il est en visite en province en métropole, non ? Alors pourquoi réserver un traitement différent aux Amérindiens ?
Bain de "foule" en compagnie du maire.
Etait-il bien nécessaire de demander à la Garde républicaine de venir faire la haie d'honneur sur un ponton des bords de l'Oyapock ?
Sont-ils venus avec leurs chevaux ?
15 février 2008
La séquence du téléspectateur
Souvent décriée comme machine à laver les cerveaux, la télévision peut encore nous offrir quelque programme de qualité, intelligent, sensé et parfois même objectif.
Témoin ce mercredi 13 février d’un excellent documentaire sur le thème de « L’enfance d’un chef : Margaret THATCHER », diffusé à 21h00 (donc en prime time) sur ARTE et ironie du sort, jour de grève de l’audiovisuel public. ..
Le concept même du sujet repose sur l’étude des mécanismes, des ressorts et des événements qui ont conduit une personne souvent d’origine banale à exercer les plus hautes responsabilités, et dans le cas présent à changer l’Histoire. Après le cas (pathologique) de Fidel CASTRO la semaine dernière, il s’agissait hier de notre sujet de sa Gracieuse Majesté préféré.
Née et élevée dans l’épicerie familiale de la campagne anglaise, bercée des odeurs des produits venus de tout l’Empire britannique, éduquée dans une foi méthodiste rigoureuse, la petite Margaret ROBERTS a surtout été le témoin du sursaut d’orgueil de la Grande-Bretagne des années de guerre.
Il est bien connu que c’est entre 10 et 20 ans que se forgent les convictions définitives des individus. L’adolescence de Maggie a été contemporaine de la crise des années 30, c'est-à-dire de l’irruption du socialisme politique dans le parlementarisme. Elle s’est achevée par le pari insensé de CHURCHILL, dès 1940, que l’Allemagne perdrait finalement la guerre et que l’Angleterre serait le dernier retranchement de la démocratie en Europe.
C’est ainsi que dès ses 20 ans, en 1945, la future Dame de fer est sur les rails, certaine de la supériorité du système britannique fondé sur la démocratie parlementaire et l’économie de marché. Elle sera post-victorienne comme De Gaulle fut maurassien pour la vie.
Député dès 1959, elle siège à Westminster parmi les 10% de femmes que compte la vénérable Chambre. Elle doit, comme d’autre pionnières de son temps, vaincre les archaïsmes, les idées reçues et les barrières liés à sa condition. Bon nombre d’établissements étaient encore à l’époque interdits d’accès aux femmes !
Au prix d’un travail acharné, elle devient la première femme à prendre la tête d’un grand parti politique européen dès 1975 et donc en piste pour le pouvoir.
Curieusement, c’est en surtout dans son propre camp que Maggie dut s’imposer et imposer ses idées, à l’époque de la social-démocratie triomphante. A des conservateurs jugeant impossible de revenir sur les acquis de l’Etat-Providence, elle oppose le courage, la détermination et la foi inébranlable dans la supériorité du système libéral, 15 ans avant sa consécration par la chute du Mur.
Convaincue qu’il y un sens dans l’Histoire (sa seule concession au marxisme !), elle pressent le triomphe inéluctable des valeurs qui ont fait le succès et la richesse de la Grande-Bretagne : la liberté d’entreprise, la concurrence, le libre-échange, l’Etat minimal, la nécessité de produire des richesses avant de les redistribuer.
« There Is No Alternative » martèle-t-elle. Et effectivement, l’évolution ultérieure du monde, de la Russie à la Chine en passant par l’Amérique Latine montre que seul le modèle libéral apporte aux individus le bien-être matériel, la liberté de leurs choix et de leurs orientations, une démocratie plus vive et surtout un paix globale qui découle de l’interdépendance des économies.
Force est de constater qu’aucune alternative sérieuse ne vient à ce jour concurrencer le marché sur plan des idées. Il n’y pas de troisième voie, cela est une utopie qui nous vient du siècle des Lumières. Le marasme économique que connaît la France depuis 30 ans l’illustre chaque jour l’inanité de cette vieille lune.
Nous qui croyons en l’immortalité du génie français attendons l’avènement d’un dirigeant politique de la trempe de Maggie. Elle a prouvé qu’il est possible de redresser la barre à condition d’en avoir le courage politique et une détermination sans faille.
Notre pays a été et demeure un phare, un repère pour de nombreux amoureux de la Liberté et de la culture dans le monde. Souvenez vous de l’écrivain Stéphan ZWEIG et des larmes qu’il a versées en apprenant la défaite de la France en 1940.
C’est bien d’une nouvelle Renaissance qui naîtrait sur les bords de la Loire, comme la souligné le Président SARKOZY, dont notre pays a besoin. Il ne reste plus qu’à lui trouver sa muse.
N’oubliez pas non plus la première citation de Maggie à son entrée à Downing Street :
« Là où se trouve la discorde, nous apporterons l’harmonie, là où se trouve le doute, nous apporterons l’espoir, là où se trouve la détresse, nous apporterons le réconfort. »
St François d’Assise
PORTALINUS
13 février 2008
Fillon, enfin !
Si Nicolas Sarkozy a été le sauveur de la droite française en 2007 (première reconduction d'une majorité parlementaire depuis...1978 !), la désillusion à son endroit semble assez forte ces derniers temps.
Un sondage Opinion Way pour Metro publié ce matin indique ainsi une chute de satisfaction de 7 points, à 41 %, après une précédente baisse de 10 % dans les semaines précédentes. La désaffection est brutale. On peut essayer de l'expliquer comme on veut : réaction aux révélations concernant sa vie privée ? Mécontentements dus aux réformes ? Au manque de réforme ? Problèmes de communication ? Style de présidence ? Déception des attentes fortes qui ont été entretenues pendant la campagne ? Un peu de tout cela, sans doute, selon la sensibilité de chacun.
Il demeure, cette chute donne à réfléchir, et l'on peut se demander si Nicolas Sarkozy n'est pas devenu un handicap pour son propre camp. Personnellement, je ne le pense pas, et les ressources de l'homme, son sens politique, son énergie, son inventivité lui permettront, j'espère, de rectifier le tir.
Dans cette situation tourmentée, un homme émerge lentement de l'anonymat relatif auquel l'avait relégué l'hyper activité présidentielle : François Fillon.
En parallèle à la désaffection à l'égard du Président, le premier ministre atteint un niveau de popularité élevé, puisque dans le même sondage publié dans Metro ce matin, la satisfaction à son égard atteint 53 %, soit douze points de plus que le Président !
Le "style" Fillon est de ceux qui s'imposent dans la durée : sérieux, courage, sens du compromis, patriotisme, attachement aux réformes de structure, modestie de l'approche, désintéressement. Il incarne une approche de la politique plus conforme à l'idée que les Français se font de leurs dirigeants. Ils préféreront toujours Charles de Gaulle à Bernard Tapie.
François Fillon apparaît à Matignon comme un homme d'Etat sur lequel il faudra compter à l'avenir, notamment si Nicolas Sarkozy devait exploser en plein vol, ce qui apparaît malheureusement comme une possibilité.
Preuve d'ailleurs que la petite crise actuelle ne concerne que Nicolas Sarkozy, quinze ministres ont un taux de satisfaction supérieur au sien : Kouchner, Alliot-Marie, Borloo, Bertand, Darcos, Dati, notamment, sont populaires.
Ce n'est donc pas la politique gouvernementale qui est impopulaire, mais la personne même du Président. Rien n'est joué, rien n'est perdu, et nous ne sommes qu'au début du quinquennat. Mais si le Président est défaillant, il est rassurant que François Fillon soit, au coeur de l'action gouvernementale, la garantie d'une politique de réforme conforme aux intérêts de la France.
11 février 2008
Traite de Lisbonne : deux pour le prix d'un
Aujourd'hui, c'est solde sur les "Chroniques" ! Deux points de vue sur le Traité de Lisbonne et sa ratification, celui de Portalinus, qui écrit depuis quelques temps sur ce blog, et le mien.
Sans nous être concertés, nous avons tous deux souhaités aborder ce même sujet, sans doute le plus significatif engagé depuis le début de la présidence Sarkozy.
En tout premier lieu, vous trouverez ci-dessous le post de Portalinus.
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L’enlèvement d’Europe
C’est fait, la France vient de ratifier le traité de Lisbonne. 3 ans après l’échec du référendum sur le nouveau traité de Rome, notre pays vient de confirmer son ancrage à l’ouest par la voie de sa représentation nationale réunie en Congrès.
Le citoyen avisé aura noté l’extrême discrétion dans laquelle est survenue l’adoption de ce texte, nous sommes loin du débat passionné qui a partagé les Français en 2005.
Voilà également un rare succès à mettre à l’actif du chef de l’Etat, preuve s’il en est besoin, qu’il est plus facile de prospérer en politique étrangère qu’en affaires domestiques.
Les Libéraux que nous sommes, tout en étant d’ardents patriotes ne peuvent que se réjouir à la fois de l’adoption de ce texte qui va permettre de faciliter la prise de décision en Europe, mais aussi de la sagesse d’en avoir confié le soin à nos parlementaires.
Personne, à la ville comme au travail, au café comme au déjeuner dominical n’a commenté ce sujet d’extrême importance, tout absorbés que nous sommes à disserter sur les causes et les effets du pouvoir d’achat ou la dernière contorsion de Mme BRUNI. Seule une poignée de marginaux, extrémistes de droite ou de gauche, opposés à tout par principe ont tenté de faire du bruit avec des casseroles, ce qui ajoute le ridicule de leur attitude au ridicule de leurs idées.
Si l’on peut de prime abord regretter ce qui peut ressembler à un déni de démocratie, il faut aussi reconnaître qu’il en a été mieux ainsi. Souvenez-vous en 2005 le torrent d’élucubrations, le flot de bêtise et de fariboles qui a pu le nourrir le débat sur ladite Constitution (qui n’en était d’ailleurs pas une).
Du maire de village qui boycotta l’organisation du vote pour attirer l’attention sur le sort douloureux des chiens écrasés de sa commune aux chasseurs condamnant la restriction des dates d’ouverture de la gallinette cendrée, notre pays a perdu 3 précieuses années. Vous me direz que 3 ans de perdus rapportés aux 12 ans de perdus avec Jacques CHIRAC, c’est finalement assez peu, et vous aurez raison.
N’empêche, notre pays vieillit, s’appauvrit et recule sur tous les fronts. L’Europe est sa seule planche de salut, et c’est d’elle que vient les trop rares initiatives libérales dont nous avons besoin, comme l’ouverture des marchés ou la libre circulation des biens et des personnes. Il était donc indispensable de revoir les règles de fonctionnement dans cet ensemble à 27. Cette dynamique est nécessaire pour lancer les grands projets dont notre sphère de co-prospérité a besoin, à commencer par une politique industrielle et un effort sans précédent dans le domaine universitaire et de la recherche scientifique.
Déjà à Lisbonne, en 2000, les 15 étaient convenus de faire notre continent la zone économique la plus compétitive du monde à l’horizon 2010… Nous sommes loin du but. Mes modestes attributions professionnelles qui me conduisent souvent à Bruxelles pour y discuter de l’avenir de la filière automobile européenne ne m’incitent pas à l’optimisme. Seule l’ouverture à l’est permet de gagner du temps face aux asiatiques et à leur appétit commercial, mais pour combien de temps encore.
Une fois encore, l’Histoire est source de jouvence pour nous. N’oublions pas que c’est Zeus en personne, métamorphosé en taureau blanc qui s’est donné la peine d’enlever Europe sur une plage de Crête (déjà préoccupée par l’emploi de ses RTT notre divine mère !). On peut donc en déduire qu’elle le valait bien.
Portalinus
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L'Europe de la raison
Le traité de Lisbonne maintenant ratifié, la France retrouve toute sa place au coeur de l'Union européenne.
Le "non" français à la Constitution européenne a été à l'origine d'un profond traumatisme.
Le refus par l’un des pays fondateurs de la Communauté européenne d'un Traité constitutionnel, que la France avait elle-même initié, a immobilisé la construction européenne depuis trois ans.
La vie quotidienne de l’Union a continué, des directives techniques ont été adoptées, la Commission a continué de remplir son office et d’appliquer la législation communautaire, de nouveaux pays sont devenus membres, mais l’Europe a perdu tout souffle, toute ambition, et il est clair, malheureusement, que les Européens ne comptent pas sur elle pour régler les problèmes auxquels ils font face.
Aucun des mirifiques lendemains qui chantent prévus par les tenants du « non » ne s’est concrétisé : le « non » francais n’a pas conduit à la moindre renégociation, les dispositions du libre marché que les nonistes de gauche récusaient sont toujours en place, et personne o non personne en Europe n’a suivi la gauche française dans ses lubies antimondialisation.
Le seul résultat de ce référendum surréaliste a donc été la marginalisation de la France et l’aboulie de l’Europe : un beau gachis en somme.
Nicolas Sarkozy a pris la dimension de la crise profonde que traversait l'Union européenne
Durant la campagne électorale, il fut le seul à aborder les questions européennes avec réalisme, alors que François Bayrou cédait - comme souvent les Centristes - à une utopie fédéraliste fort éloignée des réalités politiques européennes, et que les Socialistes ne parlaient de rien en raison de leurs divisions profondes sur ces questions.
Ainsi, le projet présidentiel de Nicolas Sarkozy indiquait-il expressément : "J'ai proposé à nos partenaires un traité simplifié, limité aux questions institutionnelles que nul n'a contestées pendant la campagne référendaire, afin que l'Europe se dote rapidement des moyens de fonctionner efficacement à 27 Etats membres".
De même, lors de son discours d'investiture de l'UMP, prononcé le 14 janvier 2007, Nicolas Sarkozy indiquait on ne peut plus clairement ses intentions : "L'urgence, c'est de faire en sorte que l'Europe puisse foncionner de nouveau en adoptant par la voie parlementaire un traité simplifié".
Ensuite, Nicolas Sarkozy a été élu sans ambigüité, puis une majorité parlementaire nette a été envoyée à l'Assemblée nationale avec pour projet de mettre en oeuvre le programme présidentiel.
Il n'y a donc aucune raison d'être surpris que le Parlement ait adopté le Traité de Lisbonne, les Français étaient prévenus à l'avance.
La sagesse de la voie parlementaire
Le début de polémique relatif au mode de ratification est d'autant plus étonnant que la Constitution prévoit deux modes de ratification des traités, la voie parlementaire et la voie référendaire, et qu'aucune des deux n'est plus légitime que l'autre. La norme, même en matière communautaire, est d'ailleurs que les traités sont adoptés par le Parlement. Il en allait d'ailleurs ainsi des Traités de Rome (sous la IVème République, certes), mais aussi de l'Acte unique, ou du funeste Traité de Nice.
Nous avons assisté ces derniers temps à une remise en cause de la démocratie représentative qui a quelque chose d'étonnant, alors que tout le monde prétend vouloir revaloriser la fonction parlementaire.
La réalité, nous l'avons constaté en 2005, c'est que la consultation du peuple n'est pas le meilleur moyen d'adopter un texte aussi complexe qu'un traité européen : le projet est nécessairement long, rédigé dans un langage juridique obscur pour la plupart, fait appel à des concepts et des notions que 95 % des citoyens ne maîtrisent pas, ce qui a pour conséquence de voir un autre débat se tenir, fondé sur les phantasmes, manipulé par les marchands de peur et les démagogues de tous poils.
Le référendum de 2005 a prouvé les limites de l'exercice référendaire, non parce que le résultat était négatif parce que je l'espérais positif, mais parce que le débat qui s'est tenu était fort éloigné du texte proposé.
Un Traité modeste, mais utile
S'agissant du texte lui-même, je serai bref pour ne pas allonger exégérément mon propos : le rééquilibrage institutionnel donne davantage de poids à la France, le Parlement européen pèse davantage (il investit le président de la Commission), le présidence du Conseil européen aura davantage de stabilité avec un mandat de deux ans et demi pour son président, des mécanismes de coordination de la politique étrangère sont mis en place, le vote à la majorité qualifiée (indispensable au fonctionnement d'une Europe à 27) est étendu à de nouveaux domaines, le rôle des Parlements nationaux dans le processus politique est renforcé, ... Tout cela va dans le bon sens.
Il demeure, l'ambition européenne, cette foi idéaliste en la possibilité d'une union plus forte entre les peuples du continent, et en leur renaissance politique face au monde, doit encore être rallumée, et le Traité de Lisbonne n'apporte pas de remède à ce passage à vide.
Il faudra d'autres actes concrets, d'autres traités, d'autres politiques ambitieuses, pour que les Européens reprennent le goût et la joie de construire ensemble.
Marquette
07 février 2008
Discours de réception à l'Académie française de Max Gallo, le 31 janvier 2008
Le 31 janvier dernier, Max Gallo a été reçu à l'Académie française où, comme la coûtume l'exige, il a prononcé l'éloge de son prédécesseur au siège qu'il occupe, Jean-François Revel.
Le discours est disponible dans son intégralité sur l'excellent site dédié à Jean-François Revel, Chez Revel. Extraits :
"...Mesdames et Messieurs de l’Académie, si, me présentant devant vous, mon trouble est profond, c’est parce que je succède à Jean-François Revel.
En effet, comme vous, je porte le deuil de cet homme que j’aimais".
"...au-delà de son attention amicale, ses livres, ses articles, et surtout son indépendance d’esprit, son courage, sa clairvoyance m’ont guidé.
J’ai eu la sensation, en le côtoyant, d’être à la fois devant un homme bon et rigoureux, ouvert à mes analyses, mais intransigeant dès lors qu’il s’agissait de la vérité.
Il frappait alors à coups redoublés.
Il m’a évité la cécité et la bonne conscience que suscitent les origines modestes lorsqu’on se vit comme un humilié et un offensé".
"“Le grand malheur du xxe siècle, écrit Jean-François Revel, ce sera d’avoir été celui où l’idéal de la liberté aura été mis au service de la tyrannie, l’idéal de l’égalité au service des privilèges, toutes les forces sociales comprises à l’origine sous le vocable de gauche embrigadées au service de l’appauvrissement et de l’asservissement.
“Cette immense imposture a falsifié tout le siècle en partie par la faute de quelques-uns de ses plus grands intellectuels.”'
"Revel place donc l’homme au centre du jeu, c’est-à-dire face à ses responsabilités individuelles.
C’est pour les fuir qu’on prétend que des mécanismes incontrôlables, économiques, sociaux ou politiques, ont le pouvoir de déterminer notre destin.
Nous sommes libres. Nous sommes comptables de notre vie. Notre volonté est le ressort du monde."
"“Quand, dit-il, dans un pays, une civilisation, un individu, un groupe social, une école littéraire ou artistique, un journal, un parti, une religion s’adonnent à des pratiques intellectuelles ou morales en opposition complète ou partielle avec leurs principes ou avec leur réputation, alors la concession dont je suis incapable, c’est de m’abstenir de le constater et c’est d’édulcorer les termes dans lesquels s’exprime mon constat.
Les mots, les phrases, les images, les épigrammes surgissent et s’organisent alors dans ma tête quasiment malgré moi…”
Ce “malgré moi” de Revel est l’aveu de la force irrépressible de la vérité, de la nécessité de la dire, de la crier et d’agir, parfois au péril de sa vie — tel aura été son engagement dans la Résistance.
Cela aura supposé aussi la capacité d’affronter, pour chacun de ses livres, chacun de ses textes, l’incompréhension et souvent la bassesse et la calomnie.
Mais Revel ne peut se taire. C’est ce qu’on appelle le courage, spontané et instinctif."
"“En écrivant, je me borne à rapprocher la réalité effective de la réalité fictive, et leur contact provoque en général une explosion.”
Cette exigence intellectuelle est d’abord une morale ; Revel ne transige pas avec le mensonge. Il le traque. Il le montre. Il l’attaque. Et s’il parle fort, c’est parce que, dit-il, “devant certaines surdités volontaires, il faut travailler à l’explosif”."
"Je dois confesser, Mesdames et Messieurs de l’Académie, que j’ai été malmené, choqué, renversé par certaines de ces déflagrations.
Jean-François Revel avait pris pour cibles de Gaulle, Malraux, Claudel, Péguy, Aragon, d’autres moins illustres mais qui étaient — et sont encore — de mes amis.
Il opérait sans anesthésie, avec l’assurance, la main ferme de celui qui ne se soucie ni des puissants, ni des modes, ni des conventions ou du conformisme.
Ses interventions contre des hommes que je révérais, qui m’avaient enthousiasmé, me laissaient pantelant.
Mais, après le choc opératoire, j’étais contraint de reconnaître qu’il avait porté le fer là où il fallait, et crevé des abcès que la complaisance, la prudence, l’aveuglement rassurant, l’admiration béate dissimulaient.
Revel obligeait à regarder, à mettre en cause ses certitudes, à rompre avec les idées reçues.
Si l’on voulait contester son diagnostic, il fallait trouver des arguments qui ne pouvaient plus être d’autorité, mais fondés sur une analyse et des raisonnements aussi pertinents que les siens."
"Ce n’est pas la grandeur que récuse et rejette Revel, c’est sa caricature.Il aime le marbre, pas le stuc."
"Mais, dans ses diatribes, Jean-François Revel n’exprime pas seulement le besoin de crier ce qu’il ressent, de manière d’autant plus déterminée qu’il choisit de heurter pour se faire entendre, parce qu’il est seul contre l’opinion commune. Il renoue en fait avec une tradition française, celle de la vigueur voltairienne, indignée, accusatrice, n’épargnant pas les moeurs nationales.
J’ai relu Le Discours aux Welches, puisque c’est par ce sobriquet que Voltaire désigne ces Français, ces Gaulois narcissiques et prétentieux. Et il m’a semblé entendre Jean-François Revel se moquant de notre vanité.
“Depuis le temps que la culture française rayonne, je me demande comment l’humanité entière n’est pas morte d’insolation”, s’étonne-t-il."
"Ce que Jean-François démasque chez les faux grands poètes, les historiens de l’art qui cachent leur ignorance sous les déclamations, les politiciens emphatiques, c’est le trucage, le mensonge dont la forme achevée est l’idéologie, cette imposture érigée en système.
Voilà son adversaire principal !
“Qu’est-ce que l’idéologie ?” s’interroge-t-il ici même, lors de sa réception, Mesdames et Messieurs, dans votre Académie.
“C’est une construction a priori, élaborée en amont et au mépris des faits et des droits, c’est le contraire à la fois de la science et de la philosophie, de la religion et de la morale.
“L’idéologie n’est pas la science pour laquelle elle a voulu se faire passer ; ni la morale dont elle a cru détenir les clés et pouvoir s’arroger le monopole tout en s’acharnant à en détruire la source et la condition : le libre-arbitre individuel ; l’idéologie n’est pas la religion à laquelle on l’a souvent comparée.”
Et lui qui ne cède jamais à l’apitoiement ajoute : “Nous autres, pauvres hommes du xxe siècle, avons subi l’âge de fer des idéologies.”"
"La période Gurdjieff lui a fait mesurer sur son “propre cas, dit-il, l’aptitude des hommes à se persuader de la vérité de n’importe quelle théorie, de bâtir dans leur tête un attirail justificatif de n’importe quel système, fût-ce le plus extravagant, sans que l’intelligence et la culture puissent entraver cette intoxication idéologique”.
Le voici armé pour combattre “l’envoûtement totalitaire qui peut plonger dans la nuit temporaire ou définitive des esprits supérieurs aussi bien que des abrutis, et des consciences honnêtes autant que des scélérats”.
Revel, qui a rejeté le nazisme, refusé la servitude volontaire, ne succombera pas à la fascination du communisme.
Il est immunisé contre La Tentation totalitaire. L’essai qu’il publiera sous ce titre en 1976 et qui fera de lui, avec Raymond Aron, l’un des quelques intellectuels échappant au marxisme, prend sa source dans ses expériences personnelles des années quarante-cinquante."
"La publication et le succès de Ni Marx ni Jésus marquent sa rupture avec l’antiaméricanisme.
Les États-Unis sont à ses yeux le pôle démocratique et l’acteur majeur de la transformation mondiale.
Il s’écarte ainsi de l’idéologie de la gauche et donc de la bien-pensance intellectuelle.
Sans regret, puisque Revel constate que ces donneurs de leçons n’ont “rien compris à l’enjeu du siècle, à savoir la lutte à mort entre les totalitarismes et la démocratie”.
Le voici, aux côtés de Raymond Aron, d’Orwell, de David Rousset, de Koestler, de Simon Leys, de Boris Souvarine, à nouveau en résistance.
Ses livres, ses éditoriaux sont les armes de ce combat.
Ils mettent en garde contre La Tentation totalitaire, rappellent Comment les démocraties finissent (1983), condamnent le programme commun aux socialistes et aux communistes."
"“Si le fascisme et le communisme, écrit-il, n’avaient séduit que des imbéciles et des canailles, il eut été plus simple de s’en débarrasser.”
La connaissance n’est-elle pas inutile, se demande-t-il dans un essai de 1988, puisque la réalité du totalitarisme soviétique est connue depuis les années trente, qu’on a décrit la Grande Terreur, et que, cependant, le communisme continue d’attirer, de fasciner ceux dont la fonction est de connaître, d’analyser, de dire ?
Or le Grand Mensonge, malgré Soljenitsyne et les dissidents, est toujours efficace et menaçant.
“Les pacifistes sont à l’Ouest et les missiles à l’Est.” Cette phrase qui fait mouche a-t-elle été glissée par Revel à François Mitterrand ? Certains l’affirment.
Jean-François Revel occupe ainsi, alors qu’il est directeur de L’Express de 1977 à 1981, puis éditorialiste au Point, un poste de combat en première ligne, constamment exposé.
Il ose se proclamer anticommuniste alors qu’il s’agit là de l’un de ces “gros mots” que la pudeur, la prudence, les complaisances et la complicité interdisent de prononcer.
Revel va plus loin encore. Il dénonce avec éclat “l’identité d’essence des trois totalitarismes du xxe siècle : fascisme, nazisme, communisme”, auxquels il ajoutera bientôt le maoïsme, ce nouvel opium des intellectuels.
Ni Raymond Aron, ni François Furet, ni Simon Leys, engagés dans la même bataille, n’ont été attaqués avec autant de violence qu’il le fut.
“Et d’abord vous, Revel, vous êtes une canaille”, lui lancera un secrétaire général du Parti communiste, ne suscitant qu’une réprobation timide des journalistes présents.
C’est que Revel brise les tabous, aucune prudence ne retient sa plume. Il est de ces hommes qui s’engagent. Il l’a montré sous l’Occupation, puis il a combattu le colonialisme, a critiqué le gaullisme triomphant.
Comment pourrait-il épargner le communisme, le maoïsme, ces utopies meurtrières ?
Il intervient toujours en intellectuel qui accumule les données de fait, mais aussi en polémiste impitoyable qui refuse toutes les connivences, et en politique déterminé qui ose dire que le secrétaire général du parti communiste français a travaillé en Allemagne nazie ou que son parti est financé par l’Unio.n soviétique.
Cela est contraire aux usages ! Pourtant il le fait. Il choque la gauche, qui n’a pas rompu avec le communisme pour des raisons idéologiques et électorales. Il est le mal-pensant. Il trouble le jeu.
Il conçoit même, en 1979, le “devoir d’ingérence” des démocraties dans les régimes dictatoriaux qui, en Afrique, se proclament socialistes."
"Mais qui est-il donc, ce Jean-François Revel ?
Un écrivain égal aux plus grands.
Un écrivain français nourri par la sève rabelaisienne et voltairienne. Un lecteur de Saint-Simon et de Montesquieu, de Chateaubriand et de Tocqueville, de Taine, de Montaigne et de Proust.
Un humaniste engagé dans les combats contre les totalitarismes, qui a toujours défendu la liberté d’expression et affirmé que “le seul barrage au fanatisme meurtrier est de vivre dans une société pluraliste où le contrepoids institutionnel d’autres doctrines et d’autres pouvoirs nous empêche toujours d’aller jusqu’au bout des nôtres”.
Car, au centre de la pensée de Revel, il y a l’idée qu’il faut défendre l’homme de son pire ennemi : l’homme.
Ce qui signifie : reconnaître que l’homme peut errer, mentir, se mentir et préférer le mensonge et l’illusion à la vérité, la cruauté à la bonté.
Mais faire cet implacable constat ne conduit pas Revel au fatalisme.
Il fait le pari que l’homme est libre et que, dès lors, chacun de nous peut choisir entre la face noire et la face claire de son esprit.
Et cela engage notre responsabilité.
Lucidité, liberté, responsabilité, courage, refus du cynisme et de la passivité, bonté, tels sont les piliers de la pensée et du comportement de Revel.
Jamais il ne se dérobe à leurs exigences."

























