07 mars 2008
Quand j'entends le mot "culture"...
Les dimanches pluvieux sont propices à la culture. Surtout lorsqu’il s’agit du premier dimanche du mois, jour de gratuité des musées nationaux. C’est le jour que j’ai choisi pour visiter en voisin l’établissement voulu par le sieur Jacques CHIRAC dans le souci de laisser tout de même une empreinte de son soporifique passage à l’Elysée. Je veux parler ici du Musée des Arts Premiers du quai Branly, sorte de grand Louvre des civilisations non occidentales.
Mon goût pour les a priori négatifs m’avait suggéré d’attendre un jour de ce genre pour arpenter cet ensemble, et j’ai été bien inspiré. Il ma paru en effet sage d’économiser 8,5 euros pour me frayer un chemin au travers d’une collection hétéroclite de bibelots, colifichets et autres totems grimaçants.
Notre ancien Président, que l’on savait convaincu de la supériorité des sociétés exotiques sur la nôtre, tente ici de nous convaincre à notre tour de l’infinie profondeur des us et coûtumes de ces peuples lointains.
Si le bâtiment conçu par Jean NOUVEL présente une indéniable élégance et un agréable agencement de ces collections, son contenu peut laisser perplexe le quidam. Il faut d’abord savoir que le rôle principal de ce musée est de rassembler des collections déjà existantes mais alors dispersées. Par ailleurs, seule une petite partie des biens est exposée, le reste étant confiné dans une sorte de silo de verre transparent et obscur afin d’en pérenniser le contenu.
Après un long chemin sinusoïdal, le visiteur approche le fameux silo et entreprend de parcourir une sorte de tranchée bordée de carton-pâte qui rappelle furieusement un parc d’attraction américain de l’est parisien.
Dans une semi pénombre se succèdent les témoignages plus ou moins aboutis de sociétés aujourd’hui disparues, d’Océanie, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique.
La méconnaissance de l’écriture par ces peuples oblige les spécialistes du genre à se contenter de suppositions sur l’usage réel ou supposé de différents morceaux de bois plus ou moins anthropomorphes.
Cela sert de prétexte à devoir nous rendre béat de respect pour des représentations du monde qui étaient déjà celle de nos ancêtres celtes il y plus de 3 000 ans, mais qui étaient toujours en usage dans ces pays il y a encore un siècle (rôle des éléments naturels, cycles de l’eau, place des défunts…).
Si toute culture est bien sûr respectable, il est juste dommage que l’on ne profite pas de l’occasion pour se demander pourquoi ces peuples ont disparus, le plus souvent d’ailleurs sans intervention de l’homme occidental, alors que la nôtre s’est imposée partout.
Dommage également que cette intention qui est bonne au second degré, celle de préserver des savoirs et la diversité face à la standardisation actuelle, se transforme en simple bocal de formol, sans prolonger le débat.
Il est d’ailleurs stupéfiant de constater que c’est une capitale occidentale qui a choisi de devenir le conservatoire des civilisations lointaines, alors même que les pays concernés ne jurent désormais que par les USA ou l’Europe. La preuve peut-être que notre passage sur ces terres n’a pas été si cataclysmique que notre figure mythique du bon sauvage semble nous le dire.
N’oublions pas enfin que ce sont des explorateurs et des scientifiques occidentaux, qui sur les traces de La Pérouse, ont été les premiers et irremplaçables sauveteurs de ces témoignages du passé.
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