26 mars 2008
Bienvenu chez les Ch'tis
Toujours dans la série des longs dimanches pluvieux, c’est dans une salle obscure de la capitale que mes pas m’ont guidé cette fois ci.
Attiré tant par la curiosité que par le mimétisme qu’impose la vie en collectivité, je suis imposé le visionnage de ce qui part pour être LE film français de l’année, celui réalisé par M. BOON.
Dès les premières scènes, toute ressemblance avec le fabuleux destin d’Amélie POULLAIN est évidemment fortuite. Nous voici embarqués dans une gentille fable populaire destinée à redorer le blason de cette belle région que le Roi-Soleil a donné à la France à grands coups de canons.
Le propos y est imagé, la distribution sympathique et le spectateur peut s’en donner à coeur joie comme au temps des aventures de feu le facteur CHEVAL. Le fou rire est assuré.
Au-delà du gentil divertissement populaire, indéniablement réussi, que constitue cette mise en scène, on peut essayer maintenant d’élever d’un cran la réflexion sur le sujet.
Tout d’abord, si le Nord-Pas-de-Calais n’est plus la région sinistre des gueules noires et des grèves insurrectionnelles, il est un peu rapide de la présenter comme un nouveau village d’Astérix, peuplé de riantes jeunes filles aux joues rouges et de bons gros Gaulois moustachus.
Une nouvelle fois, on nous sert une France de carte postale, sans pauvres ni chômeurs, sans « minorités visibles », débarrassée de ses tensions sociales et où le progrès technique s’est arrêté en 1960, bien sûr à l’époque bénie des Trente Glorieuses.
Car c’est bien de cela dont il s’agit. Les Français s’accrochent tragiquement à leurs repères traditionnels, à leurs images d’Epinal, à leur histoire commune pour oublier qu’autour d’eux se construit le 3ème Millénaire et que la mondialisation a déjà changé leur vie.
Le parallèle avec le dernier scrutin municipal est à ce point troublant. Après avoir envoyé à Paris une majorité de droite, les Français se sont crus obligés, 9 mois plus tard de donner un contre-pouvoir à l’exécutif en élisant une majorité de maires de gauche, histoire de satisfaire un peu tout le monde et inaugurant ainsi une forme de cohabitation inédite entre le national et le local.
Si l’on prolonge encore un peu la critique politique du film, on en arrive un peu à se retrouver dans la situation de Tintin au pays des Soviets, présentant sous un jour bucolique une région jusqu’alors reconnue comme tristounette.
Non ami lecteur, le Nord-Pas-de-Calais n’est pas la Côte d'Azur, c'est une région grise et froide, marquée par le chômage, la misère sociale et dont la population diminue constamment depuis 50 ans.
Cela n’enlève rien aux qualités humaines de ses habitants mais il ne faut pas non plus travestir la réalité sociale comme on vantait jadis aux conscrits les charmes exotiques de nos lointaines colonies pour favoriser leur engagement.
PORTALINUS
09 mars 2008
Dieu dans la République laïque, par Joël-Benoît d'Onorio
Le Professeur Joël-Benoït d'Onorio, Professeur des Facultés de droit à Aix-en-Provence, Président de la Confédération des Juristes Catholiques de France, a bien voulu m'autoriser à publier ici le point de vue publié dans Le Figaro le 6 mars dernier. Qu'il en soit remercié !
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Les divergences d’opinion sont pleinement légitimes à condition d’être étayées par des faits réels. S’il est compréhensible que certaines initiatives du président de la République puissent susciter interrogations et perplexité, il en est d’autres où les accusations ou suspicions à son encontre sont manifestement infondées. Tel est le cas du procès qui lui est actuellement intenté pour lèse-laïcité.
Assumant ses déclarations de Rome, Riyad ou Paris, le Président Nicolas Sarkozy insiste et persiste, au grand dam de tous ceux qui jugent ses propos inconvenants de la part du président d’une République « laïque ». D’aucuns, estimant celle-ci « en danger », ont même lancé une pétition sur Internet, et le Parti socialiste, dont naguère l’oracle élyséen nous confessait pourtant croire « aux forces de l’esprit », a ressorti une proposition de loi, à ses yeux sûrement salvatrice, pour « promouvoir la laïcité dans la République » ! Tous accablent le chef de l’Etat carrément accusé de « violer la Constitution », bien que la plupart d’entre eux la vilipendent plus souvent qu’ils ne la défendent. Or, ces donneurs de leçons de droit constitutionnel feraient bien de s’instruire avant de parler et notamment de lire la Constitution avant de s’en réclamer. Car force est de constater qu’en l’espèce le Président Sarkozy est dans le droit fil tant de la lettre que de l’esprit de la loi fondamentale de la Ve République.
C’est ainsi que, lorsqu’il parle de Dieu (d’une manière certes inédite jusqu’à ce jour pour un homme d’Etat français), il ne prononce pas un mot interdit dans notre République puisqu’il figure dans la Constitution elle-même et à la place qui lui revient, c’est-à-dire la première. C’est en effet dès le début de son préambule que notre charte suprême fait sienne la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 dont on a peut-être oublié qu’elle a été proclamée « en présence et sous les auspices de l’Etre suprême », ce qui signifie que ces droits prennent leur origine et leur appui en Dieu, et sont placés sous sa protection que certains élus de l’époque voulaient même garantir par l’adjonction du Décalogue de la Bible ! Sans contestation possible, l’Etre suprême qui figure désormais en tête de notre régime constitutionnel est bien le Dieu des chrétiens car c’est sous cette appellation qu’il était très souvent désigné par les philosophes et théologiens des XVIIe et XVIIIe siècles, donc longtemps avant la divinité de pacotille de l’éphémère culte révolutionnaire que Robespierre inventa quelques années après la Déclaration. Certes, cette mention constitutionnelle n’a pas valeur normative en ce sens qu’elle ne contraint personne à adhérer à la divinité ni à se convertir ; mais elle n’indique pas moins un esprit de citoyenneté qui est tout le contraire de la marginalisation ou de l’exclusion.
C’est dire que, lorsqu’il évoque la présence de Dieu, le Président de la République ne s’écarte nullement de la Constitution. Au contraire, il y revient, après la ridicule obstination de son prédécesseur contre les timides références religieuses de la charte européenne de Nice et du traité avorté de Rome.
Les censeurs des discours présidentiels s’abritent en outre sous l’invocation quasi incantatoire de la loi de 1905. Or, une loi doit s’apprécier en conformité avec la Constitution en vigueur. C’est pourquoi ce texte de la IIIe République doit être réinterprété selon les principes de la Ve. Procédant du positivisme rationaliste et anti-religieux (principalement anti-catholique), la « loi de séparation » s’est finalement présentée comme un texte technique sous couvert d’une neutralité tactique mais dont l’incohérence ressort de l’art. 1 sur la garantie par l’Etat de la liberté de culte contredite par les articles suivants...Par la suite, l’idéologie l’emportera sur le droit. M. Sarkozy a eu raison de dénoncer les outrances de cette République par soustraction qui, après les savants sous la Révolution, prétendait ne pas avoir besoin des croyants…
A l’avènement de la IVe République, cette hostilité, toujours présente dans certains milieux influents, a été supplantée par une orientation de neutralité des pouvoirs publics, selon l’entente passée entre les constituants de gauche et de droite de la Libération qui l’ont explicitement inscrite dans le premier projet de préambule constitutionnel d’avril 1946. Omise des projets initiaux de 1958, la survivance de la qualification « laïque » de la République n’a été concédée par le général de Gaulle aux socialistes ralliés qu’assortie d’une précision capitale selon laquelle la République « respecte toutes les croyances », ce qui suscita autant de réserves dans le camp laïque que de sympathies dans l’électorat catholique… Or, par ces quelques mots, la Ve République a doublement innové : d’une part, pour la première fois, elle a donné une définition officielle de la laïcité de l’Etat qui, totalement absente de la loi de 1905, est désormais gravée dans le marbre de la Constitution pour la soustraire à toute manipulation idéologique ou appropriation partisane ; d’autre part, cette définition constitutionnelle a fait franchir un saut qualitatif à la notion de laïcité dorénavant conçue non plus dans un esprit d’hostilité ou de simple neutralité, mais comme une laïcité de respect, engageant de la sorte l’Etat républicain à une attitude d’ouverture envers la pensée et les institutions religieuses dont il est évident qu’elles concourent pas moins que les autres au bien commun national. C’est ainsi que la laïcité positiviste de jadis a fait place, dès 1958, à une laïcité positive…
Si bien que les émois et indignations qui ont ponctué les discours du Président Sarkozy sont en décalage avec la réalité juridique d’aujourd’hui. L’ancien Premier ministre J.P. Raffarin avait, lui aussi, très bien compris l’esprit de nos institutions en déclarant fort judicieusement que « la laïcité signifie qu’il n’y a pas de religion d’Etat ; elle ne signifie pas qu’il y a athéisme d’Etat » (Le Point, 21 mars 2003). C’est d’autant plus vrai et nécessaire qu’on rappellera que les citoyens français se déclarant croyants en Dieu sont tout de même plus nombreux que les incroyants. En oubliant ici que la démocratie est la loi de la majorité, la République en deviendrait presque schizophrénique…
Une fois ces fondements constitutionnels acquis et reconnus, chacun, selon ses craintes ou ses espoirs, demeure entièrement libre de se rattacher à telle ou telle école de pensée sur la place dévolue à la religion dans la vie publique, mais qu’on ne se retranche pas derrière la Constitution pour l’embarquer dans un combat qui n’est plus le sien. Notre République n’a pas excommunié Dieu ni ses fidèles dont la conscience et sa libre expression sont tout aussi respectables que celles des athées ou agnostiques. L’œuvre pacificatrice et réconciliatrice du général de Gaulle a sonné le glas d’une laïcité exclusiviste qui a trop souvent considéré les citoyens croyants comme des parias de la République, en contradiction avec notre devise nationale. Victimes de leur autisme laïciste, les adeptes pontifiants d’une idéologie d’un autre siècle se comportent en réalité comme les vierges rances de la laïcité.
07 mars 2008
Quand j'entends le mot "culture"...
Les dimanches pluvieux sont propices à la culture. Surtout lorsqu’il s’agit du premier dimanche du mois, jour de gratuité des musées nationaux. C’est le jour que j’ai choisi pour visiter en voisin l’établissement voulu par le sieur Jacques CHIRAC dans le souci de laisser tout de même une empreinte de son soporifique passage à l’Elysée. Je veux parler ici du Musée des Arts Premiers du quai Branly, sorte de grand Louvre des civilisations non occidentales.
Mon goût pour les a priori négatifs m’avait suggéré d’attendre un jour de ce genre pour arpenter cet ensemble, et j’ai été bien inspiré. Il ma paru en effet sage d’économiser 8,5 euros pour me frayer un chemin au travers d’une collection hétéroclite de bibelots, colifichets et autres totems grimaçants.
Notre ancien Président, que l’on savait convaincu de la supériorité des sociétés exotiques sur la nôtre, tente ici de nous convaincre à notre tour de l’infinie profondeur des us et coûtumes de ces peuples lointains.
Si le bâtiment conçu par Jean NOUVEL présente une indéniable élégance et un agréable agencement de ces collections, son contenu peut laisser perplexe le quidam. Il faut d’abord savoir que le rôle principal de ce musée est de rassembler des collections déjà existantes mais alors dispersées. Par ailleurs, seule une petite partie des biens est exposée, le reste étant confiné dans une sorte de silo de verre transparent et obscur afin d’en pérenniser le contenu.
Après un long chemin sinusoïdal, le visiteur approche le fameux silo et entreprend de parcourir une sorte de tranchée bordée de carton-pâte qui rappelle furieusement un parc d’attraction américain de l’est parisien.
Dans une semi pénombre se succèdent les témoignages plus ou moins aboutis de sociétés aujourd’hui disparues, d’Océanie, d’Afrique, d’Asie et d’Amérique.
La méconnaissance de l’écriture par ces peuples oblige les spécialistes du genre à se contenter de suppositions sur l’usage réel ou supposé de différents morceaux de bois plus ou moins anthropomorphes.
Cela sert de prétexte à devoir nous rendre béat de respect pour des représentations du monde qui étaient déjà celle de nos ancêtres celtes il y plus de 3 000 ans, mais qui étaient toujours en usage dans ces pays il y a encore un siècle (rôle des éléments naturels, cycles de l’eau, place des défunts…).
Si toute culture est bien sûr respectable, il est juste dommage que l’on ne profite pas de l’occasion pour se demander pourquoi ces peuples ont disparus, le plus souvent d’ailleurs sans intervention de l’homme occidental, alors que la nôtre s’est imposée partout.
Dommage également que cette intention qui est bonne au second degré, celle de préserver des savoirs et la diversité face à la standardisation actuelle, se transforme en simple bocal de formol, sans prolonger le débat.
Il est d’ailleurs stupéfiant de constater que c’est une capitale occidentale qui a choisi de devenir le conservatoire des civilisations lointaines, alors même que les pays concernés ne jurent désormais que par les USA ou l’Europe. La preuve peut-être que notre passage sur ces terres n’a pas été si cataclysmique que notre figure mythique du bon sauvage semble nous le dire.
N’oublions pas enfin que ce sont des explorateurs et des scientifiques occidentaux, qui sur les traces de La Pérouse, ont été les premiers et irremplaçables sauveteurs de ces témoignages du passé.
PORTALINUS
05 mars 2008
Go Mc Cain !
Qui est John McCain ?
Vidéo envoyée par iPolTV
Cette présentation un peu tendencieuse est assez intéressante néanmoins. Obama ou Clinton ? Mc Cain !
04 mars 2008
La France, selon Alan Greenspan
"La spécificité des Français réside dans le fait que leur sens du civisme et de l'histoire guide très consciemment leur économie. La plupart des Françis rejettent la base même sur laquelle fonctionnent les économies capitalistes : la concurrence sur les marchés y est considérée comme contraire au civisme ou semblable à la "loi de la jungle", selon les mots d'Edouard Balladur. Néanmoins, ils protègent les institutions du capitalisme, le respect des droits de propriété, comme tous les pays développés.
Le conflit intellectuel est présent dans la vie quotidienne de l'économie française. Les Francais rejettent le libéralisme économique des marchés ouverts et la mondialisation. En 2005, le président Jacques Chirac avait audacieusement déclaré que "l'ultra-libéralisme est une menace aussi grande que l'était le communisme en son temps". Et cependant la France possède une légion d'entreprises d'envergure mondiale, très efficaces sur la scène internationale (et qui tirent de l'étranger les quatre cinquièmes de leurs bénéfices (...)
Il est difficile de ne pas être morose sur les perspectives de l'économie française. Sur l'échelle mondiale des revenus par personne, la France est tombée du 11eme rang en 1980 au 18eme en 2005, selon les données du FMI. Le taux de chômage au début des années 1970 était d'environ 2,5 % ; depuis la fin des années 1980, il a oscillé entre 8 et 12 %. Mais le goût de la liberté et le nationalisme des Français sont tellement communicatifs que, lorsque ceux-ci se sont retrouvés au pied du mur, par le passé, ils se sont regroupés et ont entraîné toute leur communauté dans un sursaut créateur."
Alam Greenspan, Temps des turbulences, JC Lattès, 2007.












