22 avril 2008
Babylone au Louvre
On ne sait pas grand’chose de Babylone : ce n’est pas au programme d’histoire, puisque l’étude de l’Antiquité se focalise plutôt sur Rome, la Grèce antique, et sur l’Egypte. Pour ceux qui sont allés au catéchisme, Ninive ou Babylone évoqueront quelque chose d’un peu flou, tout comme la Tour de Babel. Les amateurs de bonne chère savent que Nabuchodonosor désigne une bouteille de 15 litres, et ceux intéressés par l’actualité se rappelleront que Saddam Hussein en faisait son modèle ; il reviendra sans doute aux juristes que le Code d’Hammurabi est la première codification juridique connue (« œil pour œil, dent pour dent », la loi du Talion étant alors un progrès considérable par rapport à la vengeance privée), les Parisiens passent fréquemment par Sèvres-Babylone sans relever l’incongruité de cette association, quant aux fans de Disco, ils se remémoreront un air célèbre de Boney M…
Bref, Babylone appartient à notre fond culturel, sans que l’on sache exactement situer cette civilisation ni l’identifier avec précision.
Autant dire que l’exposition du Louvre répond à un besoin collectif, que dis-je !, à un véritable service public !
L’objectif est raté, et il faudra attendre encore un peu avant que Babylone n’émerge des limbes antiques aux yeux du grand public.
Passons sur un tarif d’entrée fixé à 9 euros, sans même un audioguide, facturé, lui, 6 euros supplémentaires. Sans aller jusqu'à la gratuité, le prix d’entrée d’un musée public devrait tout de même rester raisonnable pour permettre aux familles de classe moyenne d’y aller. Surtout pour une exposition passant par Londres, Berlin et Paris et dont l’écrasante majorité des pièces provient d’institutions publiques de ces villes…
Passons aussi sur la queue de 50 minutes, un peu pénible, mais on ne peut que se réjouir de la popularité des musées. L’affluence est cependant plus gênante lorsque l’on visite l’exposition elle-même et qu’il faut jouer des coudes comme dans un hypermarché le samedi, patienter devant chaque pièce pour laisser le temps aux autres visiteurs de lire les notices, et avancer à la queue leu leu sans véritable marge de manœuvre. On pourrait imaginer que passé un certain nombre de personnes acceptées dans l’enceinte de l’exposition, plus aucune entrée ne soit autorisée. Ce serait sans doute la seule façon de préserver un peu de confort de visite.
Mais au-delà du coût du ticket d’entrée et de l’affluence, le principal problème réside dans l’exposition elle-même. Non pas dans les pièces exposées, je ne dispose pas de l’expertise suffisante pour juger si elles étaient les plus pertinentes ou les plus illustratives.
Mais la présentation, les notices explicatives, la mise en scène étaient gravement déficientes.
En effet, compte tenu de l’ignorance géneralisée concernant Babylone, un effort de pédagogie particulier devait être déployé. Or cette exposition donne l’impression de s’adresser à un public d’étudiants en troisième cycle en histoire mésopotamienne : aucune chronologie, aucune information sur les croyances des Babyloniens, rien sur leur organisation politique et sociale, rien sur les raisons de la chute de Babylone, pas davantage sur ses voisins.
L’exposition présente de nombreux morceaux de pierres, de poteries, de fresques accompagnées de notices rédigées en petits caractères, sans aucune mise en perspective.
Quant au texte, il faut s’accrocher : visiblement écrit initialement en langue anglaise puis mal traduit vers le français, il entre dans le détail des choses alors que les grandes lignes (« the big picture » écrirait-on en anglais) n’ont été exposées que succinctement et dans un jargon abscons.
On ne comprend rien, on ne retient rien.
Seule la fin de l’exposition consacrée à l’empreinte de Babylone sur les époques et civilisations ultérieures est accessible, quoique terriblement fragmentaire. Un petit mot sur la situation des vestiges babyloniens dans le contexte de guerre civile qui est celui de l’Irak actuellement aurait sans doute été intéressant, mais à ce stade de carence, on n’ose même l’envisager !
PS : en revanche, l’exposition de gravures de Goya au Petit Palais est captivante. Le Louvre pourrait s’en inspirer en matière de pédagogie, cela n’a pas l’air hors de portée.
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