"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

23 avril 2008

Parcours croisés

Excellent documentaire proposé sur France 2 hier soir 22 avril, retraçant le parcours du jeune François Mitterrand à Vichy en 1941-1942.

12 ans après la mort de l’intéressé, le service public nous a proposé de revenir sur ce qui fut le grand émoi de la fin du second septennat, à savoir le livre de Pierre Péan paru en 1994 « Une jeunesse française ».

Le citoyen avisé, conscient de la dimension historique des choses (comme nous nous efforçons de l’être avec l’ami Marquette !), ne peut rester insensible à cette affaire.

Sur la forme d’abord, le principe du docu-fiction aujourd’hui très en vogue, qui mêle images d’archives, interviews, témoignages et mises en scène est finalement assez plaisant.

Ce décor a servi à mettre en lumière la principale zone d’ombre de l’ancien Président, sa période vichyste (et non vichyssoise) du milieu de la guerre, dévoilée au grand jour dans les derniers mois de sa présidence.

Ce passé reconnu, et qui plus est assumé, fut perçu à l’époque comme un gigantesque coup de bambou par les partisans (voire les courtisans !) de ce triste personnage. On retiendra l’émotion des « Mitterrand boys » comme Laurent Fabius ou Pierre Moscovici pour qui quelque chose s’est fissuré ce jour là, inaugurant le fameux droit d’inventaire cher à Lionel Jospin.

Passons sur l’aura définitivement ternie du personnage auprès de la gauche (qui n’en finit d’ailleurs pas depuis de remonter la pente). Loin du triomphe de mai 1981, François Mitterrand risque bien de rester, surtout pour les dernières générations, comme un vieux Monsieur au passé douteux, qui aura feint d’ignorer les persécutions antisémites de Vichy, ami indéfectible de René Bousquet et qui aura toujours refusé de reconnaître la responsabilité de la France pour les faits de collaboration.

Comme quoi, parfois, c’est la dernière impression qu’on laisse qui est la bonne.

L’aspect le plus captivant du sujet, et de la reconstitution qui en est proposée, c’est bien l’analyse des témoins et des historiens, comme Edwy Plenel, Serge Moati, Pierre Azéma et Edgar Morin. L’exercice permet à chacun d’exercer son esprit critique.

Oui, François Mitterrand fut un chaud partisan du Maréchal Pétain dont il partageait le programme idéologique, afin (déjà !) de changer la vie.

doc13

Il eut ensuite une activité de résistance courageuse après 1942, quand il devint évident que l’Occupation allemande était insupportable et surtout, que les Alliés allaient gagner la guerre.

A ce stade, il est déjà intéressant de constater comment le parcours des individus évolue, au gré de leur vécu, du contexte dans lequel ils évoluent, des situations auxquelles ils sont confrontés.

Après tout, en 1940, Philippe Pétain n’avait jamais exprimé la moindre sympathie pour l’extrême-droite, ce qui lui avait permis d’ailleurs de devenir Maréchal de France en 1918 contrairement au Général Castelnau qui était aussi méritant que lui, puis d’entrer à l’Académie Française. Au contraire, celui qui fut son Pygmalion, le véritable idéologue de Vichy, Pierre Laval, était un notable radical-socialiste ! Le fondateur de la Milice, de sinistre mémoire, Joseph Darnand, ou le créateur du principal parti collaborationniste, le Parti Social Français de Jacques Doriot étaient bien connus avant-guerre pour leurs convictions socialistes.

Les plus grands résistants, contrairement aux idées reçues étaient des catholiques ou des monarchistes comme Henri Frenay ou Honoré d’Estienne d’Orves, alors que le PCF a ouvert les bras aux soldats allemands en 1940, suivant la consigne de l’allié soviétique d’alors.

Après 1945, il a été bâti une histoire officielle où finalement, les seuls bons français de la guerre étaient soit communistes, soit gaullistes.

Au nom de la réconciliation nationale, les serviteurs de Vichy ont été chassés et éliminés, en bloc, puis dès 1947, on a clos le dossier, sans d’ailleurs le moindre mot pour la Shoah (terme alors inconnu !), les juifs survivants préférant tourner eux aussi la page.

C’est ainsi que l’on comprend mieux la rancune tenace de Mitterrand à l’égard de De Gaulle, coupable selon lui d’avoir confisqué le monopole de la Résistance non communiste. 

Seul point commun entre les deux hommes, le refus de lier l’implication de l’Etat français dans les atrocités commises pendant cette période. Les deux ont considéré que le régime de Vichy était une imposture, une autorité de fait comme on dit en droit, à distinguer clairement de la République des services de l’Etat et que donc les régimes suivants n’avaient pas à s’excuser de ce fait d’autrui.

La seule différence est que De Gaulle a pris ce parti dès le 18 juin 1940. Mitterrand, lui, n’a adopté cette théorie qu’en 1945 lors de son entrée au gouvernement provisoire.

PORTALINUS

Posté par Marquette à 14:36 - Histoire - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1