"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

22 mai 2008

"Pourquoi je vote Mc Cain", par Denis Tillinac

Bravo Denis Tillinac, et bravo Valeurs actuelles qui publie cette tribune dans son numéro du 16 mai dernier ! Défendre Mc Cain en France constitue un véritable acte de courage, et de lucidité.

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"L’arrogance vindicative de l’épouse de Clinton m’exaspère et l’immaturité d’Obama ­m’inquiète. Si j’étais américain, je voterais McCain, il me paraît plus sécurisant dans ce moment où les États-Unis ont du vague à l’âme et des doutes sur leur “mission”. En tant que français, européen, occidental,  je ne souhaite pas du tout que l’Amérique soit faible. Pour tout dire, ses velléités d’implanter des missiles en lisière de notre continent me rassurent ; depuis ma naissance, ils protègent ma liberté, et comme la défense européenne n’existe pas, on ne peut compter que sur eux.

C’est pourquoi je ne trouve ni absurde ni indigne que Sarkozy ait voulu re­nouer dans l’or­dre symbolique avec une certaine solidarité transatlantique. Elle avait incité de Gaulle à soutenir Kennedy dans l’affaire des fusées à Cuba, ce qui ne l’empêchait pas de défendre les intérêts de la France, ni de soutenir son rang. Rien de plus fallacieux que cet antiaméricanisme de cousin pauvre qui prétend honorer les mânes du Général en aboyant aux talons des Yankees. Le monde a changé depuis la fin de la guerre froide ; dans ce village planétaire où tout se tient, les Occidentaux que nous sommes ont des intérêts et des approches divergentes, mais nos soucis sont les mêmes : l’islamisme radical, la puissance de la Chine, la crise des États-nations, la prolifération des armes de destruction massive, la survie écologique de la planète, le désarroi consécutif à l’assomption de l’individualisme consumériste.

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L’activisme des Américains nous déroute ; il n’est pas prouvé qu’en Irak, en Afghanistan, voire dans les Balkans, ils aient trouvé le bon moyen d’arraisonner le terrorisme. Souvent, ils agissent sans concertation ­préalable avec leurs alliés, convaincus que la Vieille Europe n’est pas fiable et n’a plus de ressorts. Sur le plan de la fiabilité, ils ont un peu raison : nos médias, nos intellos, nos politiques se défaussent de nos inerties en leur tirant dans les pattes. Aucun des tyrans qui ensanglantent la planète n’est aussi vilipendé par les journalistes européens que Bush. No­tamment lorsqu’il se réclame de sa foi chrétienne. Certes notre culture n’a pas beaucoup d’accointances avec les protestantismes des Américains. Mais leur foi – en Dieu, en leur patrie –, c’est leur ressort, et je serais très inquiet pour l’avenir de la planète si le scepticisme à l’européenne des intellos de la côte est devenait prédominant. En ­d’autres termes, je pense qu’il serait fou de miser de l’espoir sur une Amérique “profane” qui nous ressemblerait : elle deviendrait vite impotente, se rétracterait comme un poulpe et alors, qui nous défendrait ?

En revanche, il serait opportun de rebâtir une alliance sur une base égalitaire. Ils ont la force et le ressort, nous avons la mémoire et le doigté. Dieu veuille que le prochain président des États-Unis s’emploie à définir la com­munauté de destin sans laquelle nous risquons tous le ­gouffre. Le passé, la pon­dération et le bon sens de McCain me semblent le qua­lifier pour cette tâche. Je peux me tromper
."

Posté par Marquette à 11:54 - Politique américaine - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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09 mai 2008

De l'égalité de part et d'autre de l'Atlantique

Dans sa chronique parue dans le Figaro du 5 mai dernier, Alain-Gérard Slama décrit parfaitement le rapport à l'égalité aux Etats-Unis et en France :

"Aux Etats-Unis, le très fort sentiment d'une dette, comprise comme une ardente obligation, contractée par chacun envers l'avenir collectif de la nation, incarné par les générations futures, a sublimé, envers et contre tout, la valeur du travail et les récompenses que l'on peut en attendre. Cet état d'esprit, répandu depuis le sommet jusqu'au bas de l'échelle, atténue les ressentiments et favorise le consentement aux très bas salaires qui, multipliés dans les services, aident l'immense machine à devenir l'atelier de la planète au prix de la dévaluation du dollar. Pour la même raison, les Américains attendent le remède au défi écologique de la poursuite du progrès technique, plutôt que de réviser leur mode de vie.

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En France, l'idée entretenue depuis la fin du XIXème siècle, avec notamment le solidarisme de Léon Bourgeois, est symétrique. Elle pose pour principe que chacun est obligé par une dette, conçue comme un rapport de réciprocité, envers le patrimoine transmis par le passé, comme envers la société qui le protège. Cette conception symétrique du lien social, sur le modèle "donnant-donnant", a développé un comportement créancier de chacun par rapport à l'autre, des jeunes par rapport à leurs aînés, et des adultes face à l'Etat. En sorte que loin d'inciter à des efforts accrus, l'extension illimitée de l'Etat-providence a exacerbé l'exigence d'égalité et rendu acharnée la défense des avantages acquis".

Posté par Marquette à 19:03 - Politique américaine - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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