"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

15 novembre 2007

Les sept erreurs de Kill Bill 2

J’avais commencé à rédiger une réponse à Kill Bill 2 (excellent film au demeurant...) qui a pris la peine de commenter l’article consacré au discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès des Etats-Unis du 10 novembre dernier.

Puis, devant la taille que prenait ma réponse (on se laisse emporter, parfois !), je me suis aperçu que les objections de Kill Bill 2 reflétaient assez fidèlement des critiques qui ont largement cours.

Il fallait saisir cette opportunité de leur régler leur compte.

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1) Le voyage de Nicolas Sarkozy aurait été programmé au mauvais moment car la politique de l'actuel président américain est contestée

L'amitié entre les Etats-Unis et la France n'est pas une question de régime politique ou de président en place : elle n'est pas conjoncturelle.

Les Etats-Unis et la France partagent un même fonds de valeurs, une riche histoire commune, et des intérêts convergents. Cela me paraît suffisant pour surmonter les désagréments liés aux différences de personnalité.

2) Le voyage serait programmé au mauvais moment car Bush serait en fin de mandat et il aurait mieux vallu attendre le prochain président

3) Nicolas Sarkozy se serait rapproché de George Bush

Sarkozy n'est pas venu faire ami ami avec George Bush, mais s'est adressé au peuple américain par l'intermédiaire de ses représentants. J'observe d'ailleurs qu'il s'est adressé à un Congrès à majorité démocrate, qui l'a d'ailleurs chaleureusement ovationné. Sans doute parce que les Démocrates ont trouvé dans le discours du président français un écho aux propres critiques qu'eux mêmes formulent à l'encontre de l'administration actuelle.

4) Le Président incarne à lui seul la politique étrangère des Etats-Unis

Sur le plan constitutionnel, il faut prendre garde à ne pas pécher par gallo-centrisme : les institutions américaines sont très différentes des institutions politiques françaises et le pouvoir politique est véritablement partagé entre le Congrès et le Président, même en politique étrangère. L'Amérique, ce n'est pas seulement son Président, mais le Président + le Congrès.

5) George Bush serait affaibli et impopulaire aux Etats-Unis même

Les peuples sont versatiles : Bush a été elu (mal) et réélu (très bien). Sa politique irakienne a été soutenue par une très large majorité d'Américains et par une grande partie du parti démocrate. Encore maintenant, malgré les difficultés, une forte proportion d'Américains soutiennent la politique américaine en Irak. Les Etats-Unis sont une grande démocratie et il est bien naturel que des interrogations surgissent face aux nombreuses erreurs commises et aux difficultés qui se font jour. Mais dans l'ensemble, le pays fait face aux événements d'une maniere plutôt courageuse.

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6) L'anti américanisme français serait lié en grande partie à la personnalité de son président actuel

La détestation de l'Amérique en France ne vient pas de George Bush. Je veux bien admettre qu'il n'est pas populaire en Europe et qu'il n'a pas contribué à faire aimer l'Amérique de ce côté-ci de l'Océan atlantique.

Il demeure : l'anti américanisme français a des racines bien plus profondes, qui préexistaient à l'élection de George Bush. Il rassemble l'extrême gauche anti mondialisation qui voit en l'Amérique le champion du capitalisme et du libre échange, l'extrême droite qui ne digère pas le statut de puissance de second rang de la France, les Antisionistes (et antisémites) de tous poils qui reprochent à Washington son soutien à Israël, les Européens sécularisés et déchristianisés qui ont oubliés les racines religieuses de l'Occident et observent avec curiosité ces Occidentaux d'un autre genre qui n'ont pas rompu avec la Bible.

7) La visite de Nicolas Sarkozy à George Bush exposerait la France à des représailles d'Al Qaida

Renoncer à soutenir une politique que l'on croit juste parce que l'on craint des représailles ennemies, c'est se préparer à la capitulation face à ceux qui utilisent des moyens abjects pour faire avancer leur cause, et leur donner du même coup raison lorsqu'ils voient en l'Europe un continent veule et aboulique, jouisseur et raisonneur.

La politique de la France n'a pas vocation à plaire à Al Qaida, et il me contrarierait plutôt qu'elle le satisfasse.

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Le calendrier diplomatique de la France ne se calque pas sur les élections américaines. C'était le bon moment car Nicolas Sarkozy est au début de son mandat, et que c'est le bon moment pour lui pour réorienter la politique étrangère de la France. S'il ne donne pas maintenant l'impulsion en matière de rééquilibrage de l'Alliance atlantique, de défense européenne, de diplomatie morale, rien ne se passera dans les cinq années qui viennent. La rupture, c'est aussi en diplomatie qu'il faut l'engager, il n'y a pas de raison d'attendre.

Sinon, quoi ? Il faudra attendre le dénouement de la crise politique allemande, les élections en Russie, les JO de Pékin ou encore l'éclatement de la Belgique ? Rappelons-nous que Bonaparte a mis en place les institutions de l'Empire en moins de cinq ans : on peut beaucoup faire en un quinquennat. Encore faut-il éviter d'attendre les six derniers mois pour agir.

Nicolas Sarkozy agit, et c'est pour cela que les Français l'ont choisi.

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13 mai 2006

Régime démocratique

Bien vu, ce commentaire de Bernard-Henri Lévy, dans le Paris Match du 13 avril dernier :

"La démocratie, ce n'est pas seulement une institution, ce sont des manières de vivre. C'est un régime au sens ancien du terme. C'est la civilité autant que le gouvernement. C'est un rapport de la société civile à elle-même, autant que de l'Etat à la société. Telle est la leçon que je lis dans la société américaine et que je ne suis pas mécontent de rappeler à ce vieux pays jacobin et roberspierriste, qui a un peu tendance à croire que "démocratique" se dit des seules institutions, et que, quand on a fait de bonnes institutions, on est tranquille. Les Américains nous enseignent que quand on a fait de bonnes institutions, on n'a fait que la moitié du chemin."

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03 février 2006

Execution sommaire

Le dernier ouvrage de Bernard-Henri Levy (“American Vertigo”, paru aux Etats-Unis en anglais avant d’etre diffuse dans l’hexagone) provoque des reactions contrastees aux Etats-Unis.

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L’article ci-joint, paru dans la New York Times du 29 janvier dernier sous la plume de Garrison Keillor, en est un bon exemple. Il est intitule : “In the Road Avec M.Levy” (A lire ici : In_the_Road1.doc). Comme je suis paresseux, je n’ai pas traduit l’article, que les non-anglophones veuillent bien me pardonner. 

En vrac, quelques observations sur ce cruel article :

1 – L’intellectuel francais ne semble pas etre un tres bon produit d’exportation. Il ne faudra pas compter sur lui pour reequilibrer une balance commerciale deficitaire. Tant pis, il continuera d’errer dans les cafes du 6eme arrondissement.

2 – Keillor ne se retrouve apparemment pas dans le portrait que BHL dresse des Etats-Unis, et s’irrite – sans doute a juste titre – des generalisations excessives et simplistes de BHL. Pourtant, il tombe dans le travers qu’il denonce en parlant des “Francais” ou des “ecrivains francais” (“French writers”, “the French”) pour critiquer BHL : pas tres coherent tout cela…

3 – Soyons clair BHL ne represente que lui-meme, et c’est deja beaucoup vu son ego surdimensionne. Qu’il soit critiqué, soit, mais que l’on n'elargisse pas le spectre de la critique a l’ensemble de la nation, si possible.

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4 – Keillor a probablement raison: ce livre (que je n’ai pas encore lu) est sans doute autant au sujet de la France qu’au sujet des Etats-Unis. Aucun commentateur etranger n’echappe a cette critique, et je suis bien conscient que ce blog lui-meme est autant a propos de la France qu’a propos des Etats-Unis : ce qui nous etonne paraitra naturel a d’autres, l’ “exotisme americain” n’est pas forcement perceptible par les Americains eux-memes, et la comparaison n’est jamais bien loin de la description. Il en va d’autant plus ainsi pour des Francais nostalgiques de leur grandeur passee et qui cherchent a comprendre les ressorts de la reussite de la nation americaine.

5 – Il demeure que, pour caricaturales que paraissent les differentes etapes de BHL, il s’agit aussi de l’Amerique ! Cliches ? Poncifs ? Il vient pourtant un moment ou l’on est responsable de l’image que l’on projette de soi. Reprenons les etapes denounces par Keillor: Las Vegas, La Nouvelle Orleans, Beverly Hills, Graceland a Memphis, le salon des armes a feu a Fort Worth, San Francisco la debridee, l’Iowa State Fair, une course de stock car, the Mall of America (je crois que c’est le plus grand mall au monde, dans le Wisconsin ou dans le Minnesotta), le Mont Rushmore, les eglises geantes, les Mormons, les Amish, …Qui peut dire que ce ne sont pas differents visages de l’Amerique ? Ce sont differents aspects d’une realite americaine extremement diverse. Ce n’est pas toute l’Amerique, mais c’est aussi l’Amerique.

6 – En conclusion, je conseillerais volontiers au journaliste du New York Times de sortir de la presqu’ile de Manhattan de temps a autre, et de partir a la decouverte d’un pays que visiblement il ne connait pas tres bien : le sien. Ou peut etre le connait-il, mais il le meprise, ce qui encore plus grave.

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BHL a accorde un entretien radiophonique a “All things considered,” excellente emission de NPR (National Public Radio), le 10 avril 2005, a propos de son dernier ouvrage. C’est ici, si vous voulez entendre son anglais, a l’accent francais assez prononce.

Enfin, pour un article plus aimable, mais non denue d’ironie, je vous conseille la lecture de l’article de Tunku Varadarajan, publie dans le Wall Street Journal du 21 janvier 2006 (French_Kiss.doc).

21 juin 2005

Brouille ou divorce ?

L’une des questions que l’on m’a posée le plus souvent, lorsque je suis dernièrement rentré en France, était : “Alors, pas trop difficile d’être Français aux États-Unis ?” Et je sais bien que je ne les convainquais qu’a moitié lorsque je leur indiquais que non, que nous n’avions rencontre aucun problème, que les Américains étaient particulièrement gentils et accueillants. Certes, ils peuvent être très ignorants de ce qui se passe ailleurs que dans leur pays, mais de l’hostilité, non, nous n’en avons jamais perçue en onze mois de présence dans l’Indiana (État pourtant largement acquis aux Républicains).

Aussi ai-je été surpris, et pour tout dire un peu déçu de constater que “Français et Américains gardent une vision négative les uns des autres”. Tel est le titre d’un article rédigé par Laurent Zecchini et publié dans Le Monde du 18 juin.

Il fait état d’une vaste enquête d’opinion effectuée aux États-Unis et en France visant à comparer la vision que chacun a de l’autre. Les réponses m’attristent. De part et d’autre, il faut bien le dire.

Ainsi, seuls 31 % des Français ont de la "sympathie" pour les Américains (54 % en 1988). A l’inverse, 35 % des Américains éprouvent de la sympathie pour la France (45 % en 2000), et 25 % ont de l'antipathie (7 % en 2000). Les sommets d’antipathie sont obtenus sans surprise à gauche en France, et chez les Républicains aux États-Unis.

Plus surprenant, les Français sont cependant plus réticents à l'idée de vivre aux États-Unis que l'inverse. Selon leur âge, 68 % à 87 % des Français répondent qu'ils n'aimeraient pas s'établir outre-Atlantique. Mais que savent les Français des États-Unis, à part l’infime proportion qui a déjà traversé l’Atlantique ? Si leur source d’information est le bourrage de crâne auto satisfait des médias et le discours mystificateur de nombre d’hommes politiques, les résultats ne sont pas étonnants… Le plus grave dans cette réponse n’est pas que les gens ne souhaitent pas vivre aux États-Unis (après tout la France est le plus beau pays du monde !), mais c’est le rejet viscéral que l’on perçoit dans la réponse massive à la question posée, ainsi que l’absence totale de curiosité. Pourtant, un petit voyage d’étude ferait du bien au plus grand nombre, et remettrait en compte un certain nombre d’idées reçues.

Enfin, dans le domaine des relations bilatérales, seuls 39 % des Français et 44 % des Américains considèrent l'autre pays comme un "partenaire", les Américains étant 45 % à parler d'"adversaire" à propos de la France (ils étaient 14 % à penser la même chose en 2000), alors que les Français ne sont que 24 % (15 % en 2000) à choisir un tel qualificatif à propos de l'Amérique. Pour 24 % des Américains (43 % il y a cinq ans), la France est un "allié fidèle", et pour 56 % d'entre eux un allié "pas toujours fidèle". La même question, posée aux Français, est encore moins positive : 70 % jugent que les États-Unis ne sont pas un allié toujours fidèle, 17 % seulement parlant d'un allié fidèle.

Là, je serais plus indulgent avec les Américains qu’avec les Français… La France de Jacques Chirac se pose comme un adversaire des États-Unis, organise des coalitions pour faire pièce à l’Oncle Sam, vise à la contestation de l’hégémonie culturelle, stratégique, politique des États-Unis. C’est la politique officielle, soutenue par une proportion écrasante des Français. On ne peut tout de même pas demander aux Américains de nous remercier…

Les Français, en revanche, sont un peu inconséquents. Certes, la France doit pas avoir une politique étrangère indépendante et n'est pas tenue de systématiquement adhérer a la politique américaine, mais n'oublions pas l'essentiel : qui seraient nos alliés en cas de réel coup dur, avec qui partageons-nous les valeurs de démocratie, de respect des droits de l’homme, de l’économie de marché ? Avec la Russie ? Avec la Chine ?  

J’espère que cette enquête sera lue par les responsables politiques aux États-Unis et en France, et qu’ils s’efforceront de combler des abîmes d’incompréhension qui, à long terme, ne sont pas tenables. Des brouilles passagères sont inévitables, mais il faut agir vite si l’on ne veut passer de la brouille au divorce.

Posté par Marquette à 21:47 - France - Amérique - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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