"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

23 avril 2008

Parcours croisés

Excellent documentaire proposé sur France 2 hier soir 22 avril, retraçant le parcours du jeune François Mitterrand à Vichy en 1941-1942.

12 ans après la mort de l’intéressé, le service public nous a proposé de revenir sur ce qui fut le grand émoi de la fin du second septennat, à savoir le livre de Pierre Péan paru en 1994 « Une jeunesse française ».

Le citoyen avisé, conscient de la dimension historique des choses (comme nous nous efforçons de l’être avec l’ami Marquette !), ne peut rester insensible à cette affaire.

Sur la forme d’abord, le principe du docu-fiction aujourd’hui très en vogue, qui mêle images d’archives, interviews, témoignages et mises en scène est finalement assez plaisant.

Ce décor a servi à mettre en lumière la principale zone d’ombre de l’ancien Président, sa période vichyste (et non vichyssoise) du milieu de la guerre, dévoilée au grand jour dans les derniers mois de sa présidence.

Ce passé reconnu, et qui plus est assumé, fut perçu à l’époque comme un gigantesque coup de bambou par les partisans (voire les courtisans !) de ce triste personnage. On retiendra l’émotion des « Mitterrand boys » comme Laurent Fabius ou Pierre Moscovici pour qui quelque chose s’est fissuré ce jour là, inaugurant le fameux droit d’inventaire cher à Lionel Jospin.

Passons sur l’aura définitivement ternie du personnage auprès de la gauche (qui n’en finit d’ailleurs pas depuis de remonter la pente). Loin du triomphe de mai 1981, François Mitterrand risque bien de rester, surtout pour les dernières générations, comme un vieux Monsieur au passé douteux, qui aura feint d’ignorer les persécutions antisémites de Vichy, ami indéfectible de René Bousquet et qui aura toujours refusé de reconnaître la responsabilité de la France pour les faits de collaboration.

Comme quoi, parfois, c’est la dernière impression qu’on laisse qui est la bonne.

L’aspect le plus captivant du sujet, et de la reconstitution qui en est proposée, c’est bien l’analyse des témoins et des historiens, comme Edwy Plenel, Serge Moati, Pierre Azéma et Edgar Morin. L’exercice permet à chacun d’exercer son esprit critique.

Oui, François Mitterrand fut un chaud partisan du Maréchal Pétain dont il partageait le programme idéologique, afin (déjà !) de changer la vie.

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Il eut ensuite une activité de résistance courageuse après 1942, quand il devint évident que l’Occupation allemande était insupportable et surtout, que les Alliés allaient gagner la guerre.

A ce stade, il est déjà intéressant de constater comment le parcours des individus évolue, au gré de leur vécu, du contexte dans lequel ils évoluent, des situations auxquelles ils sont confrontés.

Après tout, en 1940, Philippe Pétain n’avait jamais exprimé la moindre sympathie pour l’extrême-droite, ce qui lui avait permis d’ailleurs de devenir Maréchal de France en 1918 contrairement au Général Castelnau qui était aussi méritant que lui, puis d’entrer à l’Académie Française. Au contraire, celui qui fut son Pygmalion, le véritable idéologue de Vichy, Pierre Laval, était un notable radical-socialiste ! Le fondateur de la Milice, de sinistre mémoire, Joseph Darnand, ou le créateur du principal parti collaborationniste, le Parti Social Français de Jacques Doriot étaient bien connus avant-guerre pour leurs convictions socialistes.

Les plus grands résistants, contrairement aux idées reçues étaient des catholiques ou des monarchistes comme Henri Frenay ou Honoré d’Estienne d’Orves, alors que le PCF a ouvert les bras aux soldats allemands en 1940, suivant la consigne de l’allié soviétique d’alors.

Après 1945, il a été bâti une histoire officielle où finalement, les seuls bons français de la guerre étaient soit communistes, soit gaullistes.

Au nom de la réconciliation nationale, les serviteurs de Vichy ont été chassés et éliminés, en bloc, puis dès 1947, on a clos le dossier, sans d’ailleurs le moindre mot pour la Shoah (terme alors inconnu !), les juifs survivants préférant tourner eux aussi la page.

C’est ainsi que l’on comprend mieux la rancune tenace de Mitterrand à l’égard de De Gaulle, coupable selon lui d’avoir confisqué le monopole de la Résistance non communiste. 

Seul point commun entre les deux hommes, le refus de lier l’implication de l’Etat français dans les atrocités commises pendant cette période. Les deux ont considéré que le régime de Vichy était une imposture, une autorité de fait comme on dit en droit, à distinguer clairement de la République des services de l’Etat et que donc les régimes suivants n’avaient pas à s’excuser de ce fait d’autrui.

La seule différence est que De Gaulle a pris ce parti dès le 18 juin 1940. Mitterrand, lui, n’a adopté cette théorie qu’en 1945 lors de son entrée au gouvernement provisoire.

PORTALINUS

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14 avril 2008

Mai 68 par Denis Tillinac

Denis Tillinac livre son expérience de Mai 68 dans Valeurs actuelles, le 4 avril dernier :

"Des kyrielles de livres et d'émissions commémorent Mai 68 et j'ai le sentiment qu'on me décrit des événements qui n'ont pas existé.

Pourtant, j'avais 20 ans en Mai 68.

Comme il se doit à ces âges, j'étais aussi anar que Cohn-Bendit, et ennemi juré de la société de consommation.

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J'ai écouté les palabres dans les amphis ; j'ai même pointé mon nez devant le barricades, pour voir de près, pour tâcher de comprendre.

J'ai trouvé le lyrisme des gauchos niais et inesthétique. Rien n'était à même de séduire mon côté rimbaldien, l'utopie n'avait pas de sève, elle ne prenait aucune altitude ; sous le déguisement du guévarisme d'opérette, je voyais poindre le bobo sexagénaire qui nous bassine aujourd'hui avec sa nostalgie d'une "révolution" bidon.

Elle n'a pas changé la vacuité de son âme. La preuve : quarante ans après avoir lâché quelques pavés au Quartier latin, il sèche sur pied dans un scepticisme nauséeux.

Quand une espérance authentique vous fend le coeur à 20 ans, elle résiste au temps. Aucune espérance n'a hissé les acteurs de Mai 68 au-dessus de l'étiage défini par leur slogan : "Jouir sans entraves".

Jouisseurs (laborieux), ils l'ont été dans les années soixante-dix, et Mitterrand avait pris leur mesure : en vénalisant les meneurs qui l'ont propulsé à l'Elysée, il a montré combien il les méprisait.

Les requiems en rouge et noir tristounets qu'on nous inflige l'auraient fait sourire".

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23 janvier 2008

La panoplie du transformiste

Le 29 janvier aura lieu une vente aux enchères d’un style un petit particulier, les effets personnels de François Mitterrand, à l’hôtel Drouot.

12 ans après sa disparition, ses derniers thuriféraires vont pouvoir se disputer un ensemble hétéroclite de bibelots, souvenirs, accessoires, fétiches et autres instruments du culte dont le célèbre couvre-chef de feutre noir. Plus triste, hélas, la mise aux enchères des insignes de grand-croix de la Légion d’honneur figurant au revers de divers manteaux.

Une telle iconographie pourrait prêter à sourire lorsqu’on se rappelle le véritable culte de la personnalité qui entoura l’homme au faite de son pouvoir.

Homme de droite travesti en homme de gauche, à l’inverse de son successeur direct, pétainiste sous Pétain, gaulliste sous de Gaulle, radical sous la IVème République, adversaire acharné de la Constitution de 1958 avant de se l’approprier, François Mitterrand fût un illusionniste de haut vol, un transformiste de la politique contemporaine.

S’il a, qu’on le veuille ou non, fait le vide au Parti socialiste au point que son successeur se fait toujours attendre, il est également, ne l’oublions pas le responsable de beaucoup de nos difficultés actuelles. La dérive monarchique du régime, c’est lui, la situation explosive des banlieues, c’est encore lui, les affaires politico-financières qui ont fait prospérer le Front national, c’est encore lui…

Personnage florentin par excellence, hanté par le souci de la trace historique qu’il devait laisser, aussi ténébreux que mystique, François Mitterrand croyait bel et bien aux forces de l’esprit. Bourgeois rural de naissance, catholique d’éducation, façonné par ses jeunes années dans le terroir charentais, « Mitt’rand » en a gardé toute sa vie durant une idée certaine de la France, finalement bien éloignée des canons de ses futurs apôtres.

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Auteur lui aussi d’un coup d’État permanent, il a réussi son O.P.A sur la gauche française dans les années 70, profitant de la glaciation communiste généralisée et de la faible envergure de son dirigeant d’alors, Georges Marchais. Réussissant à se faire passer pour un socialiste, notre homme s’est vite rendu le leader naturel de divers courants marxisants fondus en un Parti socialiste guesdiste, transformé en tremplin pour l’Élysée.

Fin lettré, redoutable analyste comme tous les avocats, rompu à la dialectique, Mitterrand a vite compris qu’un discours basé sur des promesses simples et exploitant les items traditionnels de la gauche suffiraient à la propulser au pouvoir (emploi, pouvoir d’achat, justice sociale, références nombreuses aux luttes sociales passées…).

Une fois au pouvoir, notre Jaurès de Solutré oublia en quelques mois sa rhétorique subversive pour se forger une mythologie, faite de secrets d’alcôve, d’intrigues de palais, de silences assourdissants et de mimiques inimitables.

« François Mitterrand a passé son temps à mentir à tout le monde » nous confie Simone Veil dans sa récente autobiographie. Il fut le roi de l’illusion aurait-elle pu ajouter en guise de conclusion. Désormais âgé, malade, se sachant condamné, Mitterrand accentua le caractère cabalistique de sa fin de règne par des décisions qui surprirent comme ses confessions intimes sur son rôle pendant la guerre, son amitié indéfectible avec René Bousquet ou sa fille cachée, Mazarine.

Pratiquant mais non croyant (!), l’homme nourrit un déisme dans la plus pure tradition des Lumières qui guida les notables de sa génération. Hanté par le spectre de la mort, c’est parmi les jeunes de la communauté de Taizé et de frère Roger qu’il trouva, les derniers temps la paix de l’esprit et la quiétude de l’âme.

C’est à son feutre noir et à son écharpe rouge qu’on pouvait reconnaître sa silhouette au fond de la basilique.

Portalinus

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03 janvier 2008

Lettre à Monsieur Bouteflika, Président de la république algérienne

La lettre reproduite ci-dessous a été rédigée par Monsieur André Savelli,  Professeur agrégé du Val de Grâce.

L'interprétation historique étant au coeur de la relation qu'entretient la France et l'Algérie, le rappel de certaines vérités historiques apparaît bien nécessaire.

Nous autres Français avons la fâcheuse tendance, ces dernières années, à n'envisager la France algérienne que sous l'angle de la torture. Celle-ci a existé, c'est un fait, odieux, inacceptable. Bien peu ont été à la hauteur d'un général Pâris de Bollardière, c'est regrettable.

Celui-ci a écrit : "la torture, ce dialogue dans l'horreur, n'est que l'envers affreux de la communication fraternelle. Elle dégrade celui qui l'inflige plus encore que celui qui la subit".

Comment être en désaccord ? La torture est tout simplement contraire à l'idéal français.

Seulement, résumer la relation complexe existant entre la France et l'Algérie à la question de la torture, c'est travestir les faits en amputant la réalité.

Les quelques rappels qui suivent n'ont d'autre finalité que de rééquilibrer le fléau d'une mémoire défaillante et par trop unilatérale.

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"Monsieur le Président,

En brandissant l’injure du génocide de l’identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n’a jamais existé avant 1830. Mr Ferrat Abbas et les premiers nationalistes avouaient l’avoir cherchée en vain. Vous demandez maintenant repentance pour barbarie : vous inversez les rôles ! C’était le Maghreb ou l’Ifriqiya, de la Libye au Maroc. Les populations, d’origine phénicienne (punique), berbère (numide) et romaine, étaient, avant le VIIIème siècle, en grande partie chrétiennes (500 évêchés dont celui d’Hippone/ Annaba, avec Saint Augustin). Ces régions agricoles étaient prospères.

Faut-il oublier que les Arabes, nomades venant du Moyen Orient, récemment islamisés, ont envahi le Maghreb et converti de force, « béçif » (par l’épée), toutes ces populations. « Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion….Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez » (Coran, sourate II, 186-7). Ce motif religieux était élargi par celui de faire du butin, argent, pierreries, trésor, bétail, et aussi bétail humain, ramenant par troupeaux des centaines de milliers d’esclaves berbères; ceci légitimé par le Coran comme récompense aux combattants de la guerre sainte (XLVIII, 19, 20) . Et après quelques siècles de domination arabe islamique, il ne restait plus rien de l’ère punico romano berbère si riche, que des ruines (Abder-Rahman ibn Khaldoun el Hadrami, Histoire des Berbères,T I, p.36-37,40,45-46. 1382) .   

Faut-il oublier aussi que les Turcs Ottomans ont envahi le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en semi esclavage, malgré la même religion, les laissant se battre entre elles et prélevant la dîme, sans rien construire en contre partie.                  

Faut-il oublier que ces Turcs ont développé la piraterie maritime, en utilisant leurs esclaves. Ces pirates barbaresques arraisonnaient tous les navires de commerce en Méditerranée, permettant, outre le butin, un trafic d’esclaves chrétiens, hommes, femmes et enfants. Dans l’Alger des corsaires du XVI ème siècle, il y avait plus de 30.000 esclaves enchaînés. D’où les tentatives de destruction de ces bases depuis Charles Quint, puis les bombardements anglais, hollandais et même américain…Les beys d’Alger et des autres villes se maintenaient par la ruse et la force, ainsi celui de Constantine, destitué à notre venue, ayant avoué avoir fait trancher 12.000 têtes pendant son règne.

Faut-il oublier que l’esclavage existait en Afrique depuis des lustres et existe toujours. Les familles aisées musulmanes avaient toutes leurs esclaves africains. Les premiers esclavagistes,

Monsieur le Président, étaient les négriers noirs eux-mêmes qui vendaient leurs frères aux Musulmans du Moyen Orient, aux Indes et en Afrique (du Nord surtout), des siècles avant l’apparition de la triangulaire avec les Amériques et les Antilles, ce qui n’excuse en rien cette dernière, même si les esclaves domestiques étaient souvent bien traités.

Faut-il oublier qu’en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et, finalement, affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées.

Faut-il oublier qu’en 1830, il y avait à peu près 5.000 Turcs, 100.000 Koulouglis, 350.000 Arabes et 400.000 Berbères dans cette région du Maghreb où n’avait jamais existé de pays organisé depuis les Romains. Chaque tribu faisait sa loi et combattait les autres, ce que l’Empire Ottoman favorisait, divisant pour régner.

Faut-il oublier qu’en 1830 les populations étaient sous développées, soumises aux épidémies et au paludisme. Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (les hakems), suivaient les recettes du grand savant « Bou Krat » (ou plutôt Hippocrate), vieilles de plus de 2.000 ans. La médecine avait quand même sérieusement évolué depuis !

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Faut-il oublier qu’à l’inverse du génocide, ou plutôt du massacre arménien par les Turcs, du massacre amérindien par les Américains, du massacre aborigène par les Anglais et du massacre romano-berbère par les Arabes entre l’an 700 et 1500, la France a soigné, grâce à ses médecins (militaires au début puis civils) toutes les populations du Maghreb les amenant de moins d’un million en 1830 en Algérie, à dix millions en 1962.

Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe, l’imposant même au détriment du berbère, du tamashek et des autres dialectes, et a respecté la religion (ce que n’avaient pas fait les Arabes, forçant les berbères chrétiens à s’islamiser pour ne pas être tués, d’où le nom de «kabyle » - j’accepte).

Faut-il oublier qu’en 1962 la France a laissé en Algérie, malgré des fautes graves et des injustices, une population à la démographie galopante, souvent encore trop pauvre, - il manquait du temps pour passer du moyen âge au XX ème siècle - mais en bonne santé, une agriculture redevenue riche grâce aux travaux des Jardins d’Essais, des usines, des barrages, des mines, du pétrole, du gaz, des ports, des aéroports, un réseau routier et ferré, des écoles, un Institut Pasteur, des hôpitaux et une université, la poste… Il n’existait rien avant 1830. Cette mise en place d’une infrastructure durable, et le désarmement des tribus, a été capital pour l’Etat naissant de l’Algérie .

Faut-il oublier que les colons français ont asséché, entre autres, les marécages palustres de la Mitidja, y laissant de nombreux morts, pour en faire la plaine la plus fertile d’Algérie, un grenier à fruits et légumes, transformée, depuis leur départ, en zone de friche industrielle.

Faut-il oublier que la France a permis aux institutions de passer, progressivement, de l’état tribal à un Etat nation, et aux hommes de la sujétion à la citoyenneté en construction, de façon, il est vrai, insuffisamment rapide. Le colonialisme, ou plutôt la colonisation a projeté le Maghreb, à travers l’Algérie, dans l’ère de la mondialisation.

Faut-il oublier qu’en 1962, un million d’européens ont dû quitter l’Algérie, abandonnant leurs biens pour ne pas être assassinés ou, au mieux, de devenir des habitants de seconde zone, des dhimmis, méprisés et brimés, comme dans beaucoup de pays islamisés. Il en est de même de quelques cent mille israélites dont nombre d’ancêtres s’étaient pourtant installés, là, 1000 ans avant que le premier arabe musulman ne s’y établisse. Etait-ce une guerre d’indépendance ou encore de religion ?

Faut-il oublier qu’à notre départ en 1962, outre au moins 75.000 Harkis, sauvagement assassinés, véritable crime contre l’humanité, et des milliers d’européens tués ou disparus, après ou avant, il est vrai, les excès de l’O.A.S., il y a eu plus de 200.000 tués dans le peuple algérien qui refusait un parti unique, beaucoup plus que pendant la guerre d’Algérie. C’est cette guerre d’indépendance, avec ses cruautés et ses horreurs de part et d’autre, qui a fondé l’identité algérienne. Les hommes sont ainsi faits !

Monsieur le Président, vous savez que la France forme de bons médecins, comme de bons enseignants. Vous avez choisi, avec votre premier ministre, de vous faire soigner par mes confrères du Val de Grâce. L’un d’eux, Lucien Baudens, créa la première Ecole de médecine d’Alger en 1832, insistant pour y recevoir des élèves autochtones. Ces rappels historiques vous inciteront, peut-être, Monsieur le Président, à reconnaître que la France vous a laissé un pays riche, qu’elle a su et pu forger, grâce au travail de toutes les populations, des plus pauvres aux plus aisées - ces dernières ayant souvent connu des débuts très précaires -. La France a aussi créé son nom qui a remplacé celui de Barbarie. Personne ne vous demandera de faire acte de repentance pour l’avoir laissé péricliter, mais comment expliquer que tant de vos sujets, tous les jours, quittent l’Algérie pour la France ?

En fait, le passé, diabolisé, désinformé, n’est-il pas utilisé pour permettre la mainmise d’un groupe sur le territoire algérien ?

Je présente mes respects au Président de la République, car j’honore cette fonction.

Un citoyen français, André Savelli,  Professeur agrégé du Val de Grâce".

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25 novembre 2007

Le bréviaire de Margaret Thatcher

Il s'agit d'une citation d'Abraham Lincoln :

AbrahamLincoln

"On ne peut obtenir la prospérité en décourageant l'épargne.

On ne peut donner la force aux faibles en affaiblissant les forts.

On ne peut aider l'employé en terrassant son employeur.

On ne peut développer la fraternité humaine en encourageant la haine des classes.

On ne peut aider les pauvres en détruisant les riches..."

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11 octobre 2007

Che Guevara, le Cruel

Quarante ans après la mort du révolutionnaire argentin, les célébrations du Che Guevara frappent par leur caractère irrationnel. Il semble incarner la partie pure de l'idéal communiste, une sorte de dédouanement par rapport aux réalisations concrètes du communisme : la souffrance, la violence, la misère.

Transformé en icône christique, Che Guevara, et l'image que l'on retient généralement de lui symbolise l'intransigeance de la jeunesse, la pureté désinteressée de celui qui combat pour l'avénement d'un monde meilleur. C'est un saint vénéré par les dictateurs caribéens et latino américains, les postiers trotskystes, et les permanents de la place du colonel Fabien.

Sans oublier, bien entendu, les révolutionnaires petits bourgeois qui trouvent malin de se baguenauder avec des tee shirts à son effigie, alors qu'ils exhibent leur portable dernier cri et prennent un soin particulier à arborer les marques du moment. La transgression est devenue le meilleur des arguments marketing, elle est devenue mainstream, elle s'est faite dévorer par le système. Frédéric Beigbeder a écrit des choses très justes sur le sujet.

Et d'ailleurs, qui veulent choquer nos révolutionnaires en peau de lapin ? Leurs parents ? Laissez moi rire, ces derniers se réclamaient de Mao ou du Che, faisaient l'amour dans la boue et cédaient aux paradis artificiels ! Ils étaient bien plus révolutionnaires, même s'il se sont rangés en vieillissant. Les profs ? Lobotomisés par le discours syndical et par la défense acharnée de leurs intérêts corporatistes, ces derniers ne risquent pas de s'attaquer aux figures révolutionnaires, qu'ils vénèrent le plus souvent.

Non, nos jeunes amis font seulement insulte aux victimes du communisme sud américain et caribéen.

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François Hauter, dans Le Figaro du 9 octobre, rappelle des vérités que l'on ne lit pas si fréquemment :

"Voici pourtant l'heure de vérité pour le Che. Non, l'homme n'était pas un idéaliste mort assassiné. Il avait été à Cuba le chien de garde de Fidel Castro. L'exécuteur de ses basses oeuvres. Il avait des centaines de morts sur la conscience. Il avait été "le boucher de Cabana", la prison de La Havana, avant d'être métamorphosé en martyr désarmé.L'homme fumait ses havanes en assistant aux exécutions de ses victimes, en compagnie de ses invités.

"N'utilisez pas les méthodes bourgeoises légales. Les preuves sont secondaires", ordonne-t-il.

Plusieurs ouvrages sont publiés en cet anniversaire. Le plus accablant est celui de Jacobo Machover. L'auteur, qui a lu "l'oeuvre" du Che, constate : "Rien de plus dogmatique que ces textes où la plus grande orthodoxie politique le dispute à une pulsion effrenée de la mort."

Au-delà du personnage de poudre et de sang, c'est peut-être cette mystique de la mort, ce goût morbide pour un retour au chaos originel qui facsine tant de jeunes dans le personnage du Che. L'ange était un démon, et sa pulsion la destruction".

* * *

Le journal gratuit 20 minutes a publié le 20 septembre dernier un entretien intéressant avec Jacobo Machover :

"Dans votre livre, vous détruisez le mythe de Che Guevera, décrit comme un «bourreau implacable», qui fume le cigare en regardant les exécutions. D'où vient son statut d'icône?
C'est une construction post-mortem. Deux types de personnes y ont contribué. Castro lui-même, qui en a fait un héros presque surhumain, un grand penseur et un humaniste, et les intellectuels du monde entier, en particulier français, qui le considèrent, comme l'a affirmé Sartre, comme «l'homme le plus complet de notre temps».

Il a été assassiné jeune. Cela y a-t-il aussi contribué?
Oui. Et c'était le moyen, pour Castro, de donner une image éternellement jeune à la révolution cubaine, alors que Castro vieillissait, et que la révolution elle-même devenait obsolète.

Comment expliquer l'engouement des intellectuels français pour le Che à l'époque?
C'était comme un souvenir des premières années de l'internationale communiste. Le Che incarnait l'internationaliste mort au combat, avec des réminiscences de la guerre d'Espagne. Les intellectuels français avaient besoin de croire à un demi-dieu, et le Che convenait tout à fait pour trois raisons. Parce qu'il a fait des études de médecine -sans être médecin -, parce qu'il avait une certaine culture, et parce qu'il parlait un peu français - très mal, mais cela donnait d'illusion qu'il était polyglotte. Le tout donnait l'image d'un humaniste prenant les armes malgré lui, ce qui est faux. Sa légende est une entreprise de mystification collective.

Cette image a-t-elle évolué aujourd'hui dans ces milieux?

Quand j'ai parlé du projet de mon livre, certains intellectuels m'ont dit «il ne fait pas casser tous nos rêves». Regis Debray, qui a frayé avec lui, est revenu sur ses positions et a décrit le Che comme un fanatique extrémiste. Mais Régine Deforges, par exemple, vient d'écrire un article dans l'Humanité où elle parle du «poète de la Cabana», la prison où il participait aux exécutions des anti-révolutionnaires... Dans le registre politique, Olivier Besancenot se réclame de lui.


Comment l'expliquez-vous?
J'hésite entre l'ignorance et la complicité. On a du mal à comprendre, surtout pour les familles des victimes. Mais je penche plutôt pour la complicité.

Que vous inspire le marketing autour de la figure du Che?

J'espère faire faire faillite à toutes les boîtes qui la reproduisent à la chaîne sur des posters, drapeaux, sacs, ou sur des maillot de bains, comme j'ai pu le voir dans un article du Sunday Times ce week-end.

Vous dites au début du livre que vous étiez vous-même un «admirateur de Che Guevara». Quand et comment en êtes-vous revenu?
Mon père travaillait avec lui comme interprète. Puis on a dû s'exiler en 1963, et nous n’avons pas pu revenir. De mon côté, je me suis documenté, puis j'ai profité d'une période d'ouverture de Cuba pour m'y rendre, à la fin des années 1970, et là j'ai tout de suite compris. La surveillance constante, la délation... Sur place, j'ai vu la panique sur le visage d'une amie quand je lui ai dit que, comme tous les étrangers, j'étais surveillé. Parler à un étranger est un délit, même si bien sûr ce n'est écrit nulle part, mais on peut toujours vous accuser d'intelligence avec l'ennemi. Ce voyage coïncidait avec la fuite massive des Cubains. 125.000 d'entre eux ont fui en Floride à ce moment-là. On est bien obligé de se poser des questions: Pourquoi autant de monde fuit-il le «paradis socialiste»? A mon retour, j'ai commencé à écrire.

Comment les Cubains le perçoivent-ils aujourd'hui?
Ils ont toujours eu de lui une image imposée. Les enfants sont élevés dans le culte du Che, dont l'image trône toujours à La Havane. Mais en même temps, les gens se souviennent de ce que le Che a fait, il y a la mémoire des exécutions, qui faisaient la Une des journaux, et des prisonniers. Il n'y a personne sur l'île qui n'ait été victime ou ne connaisse une victime du Che. Ces aspects sont occultés. Mais aujourd'hui, les langues se délient.

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Vous dites que Castro a instrumentalisé Guevara, qui s'est révélé lui-même assez naïf...
Oui, il était naïf de croire qu'il pouvait travailler en dehors du contrôle absolu de Fidel et de son frère Raul. Le Che n'avait pas l'intelligence de Fidel, qui l'a utilisé comme instrument au service de sa politique extérieure, et s'en est débarrassé en temps voulu. Le Che se croyait plus utile vivant que mort, ce qui n'était pas l'avis de Castro. Che Guevara a fini par déranger tout le monde pour trois raisons. D'abord parce qu'il a revendiqué, en 1964, les exécutions à la tribune de l'ONU alors que Castro n’en parlait plus à ce moment-là. Ensuite parce qu'il a rencontré le chinois Mao sans l'accord de Fidel. Enfin parce qu'il a critiqué l'Union soviétique dans son discours d'Alger. C'était insupportable pour l'URSS et Castro, qui l'a alors envoyé au Congo pour se faire tuer. Finalement, il sera assassiné des années plus tard en Bolivie. Le régime cubain aurait pu le faire exfiltrer, mais Raul, qui ne l'aimait pas, a dit: «qu'il aille se faire foutre, l'Argentin». Personnellement, c'est dans sa mort, à Santa Clara, que je le trouve le plus humain, quand il cesse d'être un «héros», un fanatique imperméable à tout sentiment.

Qui seraient ses héritiers, aujourd'hui?
J'espère qu'il n'y en a pas! Sur le plan de «l'humanisme révolutionnaire» et des doctrines économiques, c'est le régime en place à Cuba. Si l'on prend en compte sa conception de la lutte armée, ce sont les mouvements fanatiques, comme les Farc en Colombie. Et si c'est sur le plan de la cruauté, ce sont les mouvements terroristes actuels.

Et sur l'image du «héros romantique»?
Je ne vois pas où est son romantisme. Il prononce le mot «amour» mais dit en même temps qu'il «doit prendre des décisions douloureuses». Drôle d'amour... Il revendique celui pour l'humanité, mais à ses yeux quiconque qui n'est pas capable de cet amour là doit être éliminé...

Ce type de déclarations ou d'écrits du Che sont-elles la source de l'immense «malentendu» que vous décrivez dans le livre?

La plupart des gens ne l'ont pas lu. Et puis il y a des phrases inventées, qu'il n'a jamais prononcées, mais qui donnent l'illusion d'un guérillero au grand coeur. Quand la démocratie sera rétablie à Cuba, je souhaite que le premier geste soit de décrocher son effigie et de débaptiser la «place de la révolution» pour redevenir la «place civique», son nom d’avant. Car pour nous, une bonne partie des Cubains, Che Guevara est le symbole et la réalité de l'oppression à Cuba. J'espère une démocratie qui ne soit ni romantique, ni héroïque. Juste une démocratie banale, mais qui permette de rétablir la vérité sur les victimes du régime castriste et sur le Che.

*ed. Buchet Chastel, 14 euros.

Recueilli par Faustine Vincent

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07 août 2007

Respecter Henri Amouroux

Henri Amouroux, journaliste, essayiste, écrivain passionné d'histoire, est décédé le 5 août, à l'âge de 87 ans.

France Inter, en annonçant la nouvelle ce matin, insiste (tout comme Libération) sur le fait qu'il avait accepté de témoigner en faveur de Maurice Papon lors du procès de ce dernier à l'automne 1997.

De la rédaction d'innombrables ouvrages - dont notamment une monumentale histoire des français sous l'Occupation en dix volumes, et  une excellente biographie de Raymond Barre - les journalistes de la Gauche bien-pensante ne retiennent que celà : il a accepté de témoigner au procès de Papon !

Compte tenu du bourrage de crâne médiatique relatif au procès de l'ancien secrétaire général de la Gironde, l'on sait bien qu'effectuer ce rapprochement dégrade l'image d'Amouroux aux yeux des auditeurs/lecteurs.

Non pas que les Français soient stupides. Non.

Mais les média, et plus spécifiquement les médias audiovisuels, ont donné à voir une version tellement unilatérale du procès Papon que la population ne voit sans doute guère la différence entre Bousquet, Touvier, Papon, et même Klaus Barbie !

Alors dire qu'Amouroux a accepté de témoigner en faveur d'un si triste sire, c'est l'assimiler à ce dernier.

Et pourtant, Amouroux n'avait rien à se reprocher le jour où il a répondu à la requête de Jean-Marc Varaut, sous les quolibets du public, scruté par le regard narquois de journalistes incultes, en butte à la morgue inquisitrice des avocats des parties civiles, dont l'un des plus proéminents, Gérard Boulanger, sera d'ailleurs condamné, à la demande d'Amouroux, pour avoir tenu des propos diffamatoires à son égard.

amouroux

Amouroux n'était pas le moins bien placé pour apporter son éclairage à la justice.

Dans un procès où, comme l'a expliqué Jean-Marc Varaut, Maurice Papon n'était jugé par aucun de ses contemporains, il n'était pas inutile qu'un historien de l'Occupation apporte son éclairage sur l'état d'esprit des Français à cette époque, sur les rivalités existant dans la Résistance, sur son organisation progressive, sur le comportement des autorités à l'égard de l'occupant, sur la marge de manoeuvre disponible, sur la demande faite par le général de Gaulle aux fonctionnaires de rester en poste...

Il n'était pas inutile non plus qu'un homme qui avait 20 ans en 1940 à Bordeaux décrive l'ambiance dans la capitale girondine à cette époque.

Amouroux ne fut pas le seul historien à se prononcer lors de ce procès : René Rémond, Robert Paxton et Jean-Pierre Azéma (dont les amitiés à gauche ne sont un mystère pour personne) ont eux aussi témoigné, et leur son de cloche n'a pas été différent de celui d'Amouroux.

Rappelera-t-on que Pierre Messmer, Claude Bouchinet-Serreules (qui a pris la suite de Jean Moulin après son arrestation, a eu en charge la direction de la Résistance pour toute la zone Sud, puis est retourné dans l'anonymat à la Libération), Maurice Druon (co-auteur du chant des Partisans) ont aussi témoigné en faveur de Maurice Papon ?

Tous des collabos parce qu'ils n'ont pas eu le goût d'être des résistants communistes ?

Non, il fallait un certain courage pour, en 1997, venir témoigner en faveur de Maurice Papon, alors que la France entière voulait en faire la victime expiatoire de ses mauvais cauchemars.

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22 juillet 2007

Brevet 1990

Effectuant quelques rangements, je suis tombé sur le sujet d'un devoir sur table, que j'ai du effectuer en 1990, en classe de 3ème, en préparation à l'épreuve d'histoire du brevet des collèges.

Question 1 - Quelles sont les causes de la Révolution anglaise de 1688-1689. Racontez brièvement cette révolution et montrez comment l'Angleterre n'est plus une monarchie absolue au début du XVIIIème siècle et qu'elle jouit de nombreuses libertés (10 points).

dec_of_rights

J'avoue que j'aurais quelques difficultés aujourd'hui à indiquer les causes de la Révolution anglaise de 1688-1689...

Question 2 - Expliquez la critique du mercantilisme et des corporations de métiers faite par les économistes au XVIIIème siècle. Que proposaient-ils dans le domaine de la production ? (5 points) Ci-après, Colbert.

colbert

Question 3 - Le C.A.E.M. : citez les pays membres du CAEM. Quels sont les produits vendus et achetés par le CAEM aux pays européens capitalistes ? Quel est le premier partenaire commercial de chaque pays membre du CAEM ? Quelle est la place du CAEM dans le commerce mondial ?

TN_comecon

Voilà une question qui ne risquerait pas d'être posée de nos jours, le CAEM ayant disparu en 1991... Cela ne nous rajeunit pas !

Il me semble que l'on n'avait pas à rougir du niveau des questions, n'est-ce pas ?

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31 mai 2007

Un portrait raté

Franchement, j'ai beau l'avoir étudiée sous toutes ses coutures, je n'arrive pas à me faire au portrait officiel de Nicolas Sarkozy. Ce n'est pas que la photo soit mauvaise : non, Philippe Warrin, son auteur, connaît son métier (comme le démontre son book). Mais s'il est parfaitement qualifié pour rendre sexy les starlettes du petit écran, il me semble avoir manqué son sujet dans un genre, le portrait officiel, qui répond à une finalité bien différente que de faire fantasmer le beauf moyen devant des girl next door aux poses lascives.

Le portrait officiel de Nicolas Sarkozy présente une apparente facture classique : il est debout, dans la bibliothèque du Palais de l'Elysée, avec à ses côtés des drapeaux. Mais plusieurs choses me chiffonnent :

  • L'apparence générale tout d'abord : cette photo ne fait pas "vraie", elle a tout de l'image retouchée (grain, éclairage jaunissant). La bibliothèque en arrière-plan a tout de la bibliothèque des gens qui ne lisent pas : elle est trop bien rangée, avec ses belles reliures sagement alignées. Cela sent un peu la naphtaline. Le choix de Jacques Chirac, dans le jardin de l'Elysée était bien plus judicieux.

  • La posture de Nicolas Sarkozy, ensuite : il est campé d'une façon assez martiale, faisant face de trois quart, regardant en devant lui. Prendre une photo en pied ne me paraît pas très judicieux s'agissant d'un homme qui n'est pas très grand. Il aurait été possible de le prendre en photo assis (comme Mitterrand), ou en gros plan (comme Giscard ou Mitterrand) alors que là, il apparaît un peu écrasé par la taille des drapeaux. Par ailleurs, fallait-il vraiment porter une chemise à rayures ? C'est un détail, je sais, mais sans porter l'habit, une chemise blanche aurait été mieux appropriée.

  • Les drapeaux, enfin : Dieu sait que je suis pro-européen, mais enfin, était-il bien nécessaire de disposer un drapeau européen à côté du drapeau tricolore ? Nicolas Sarkozy est président de la République française, pas de la Commission européenne ! Il y a là une confusion des genres qui, je l'espère, ne traduit pas une confusion mentale.

sarkozy

Bref, on aurait pu faire mieux. Mais comment traduire la rupture promise par Nicolas Sarkozy, tout en s'inscrivant dans la tradition républicaine ? That is the question.

L'époque ayant changé, il semble difficile de revenir à la période de Gaulle-Pompidou.

charlesdegaulle

GP

Grand cordon de la Légion d'honneur, bibliothèque, regard lointain et pose martiale : les temps ont changé et les échotiers auraient pris plaisir à moquer Nicolas Sarkozy s'il avait voulu se couler dans le costume des deux premiers présidents de la Vème République.

Le plus révolutionnaire a sans doute été VGE, dont le portrait officiel était en rupture claire par rapport à ses prédecesseurs : c'est l'image un président jeune, dynamique, le drapeau en mouvement figurant une sorte d'orléanisme optimiste. Tout à fait le Giscard des débuts.

giscard_officiel

Avec Mitterrand, le style est réactionnaire dans le sens le plus neutre du terme : il s'agit d'un retour au modèle de Gaulle-Pompidou, mais des différences de taille sont perceptibles :il regarde les Français dans les yeux, comme ce grand menteur savait si bien le faire. Il a un livre ouvert devant lui, ce qui, là aussi évoque son goût pour la culture et singulièrement pour la littérature. Ce portrait semble dire : "Soyez rassurés, Mes Chers Compatriotes : je suis socialiste, mais je lis des livres et respecte nos institutions !"

francoismitterrand

Chirac a eu un très beau portrait : simple, naturel, décontracté, "mangez des pommes !" Cette photo est rassurante, sereine, et prolonge d'une certaine manière le slogan de campagne que Jacques Chirac avait choisi : "La France pour tous". S'il fallait garder quelque chose de Chirac, ce serait sans doute ce portrait.

chi

Alors que veut nous dire Nicolas Sarkozy avec son portrait officiel ? Difficile de conjecturer. L'image a quelque chose de faux, avec un effet un peu clinquant (c'est la droite "bling bling" qu'évoquait récemment Le Canard enchaîné ?), la bibliothèque est là pour le décor (rôle de la culture dans la société ?), le photographe est un habitué des people (une présidence dans le "coup d'éclat permanent", toujours pour reprendre Le Canard ?), la posture est celle du défi (pas de la morgue ou de la provocation, souhaitons le), les drapeaux français et européen sont mêlés (perte du sens des hiérarchies ?).

Sans doute ai-je accordé trop d'importance à ce portrait, mais l'expérience démontre qu'un portrait officiel donne une assez juste idée de la tonalité générale d'une présidence.

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16 mai 2007

Le Président Sarkozy remonte les Champs-Elysées

C'était il y a moins d'une heure...et ces photos méritent déjà d'être intégrées dans la rubrique "Histoire" de ce blog.

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Et pendant ce temps-là, sur les toits :

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Mais en bas, tout se passe comme prévu.

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Et le voilà ! Le temps d'un rayon de soleil (je ne dirai pas pour autant, comme certains en d'autres temps, que la France passe de l'ombre à la lumière, cependant), et dans une superbe 607 découvrable, le Président Sarkozy. Cela sonne encore bizarrement à l'oreille, mais vous allez voir : on va très vite s'y habituer !

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NS

Merci à James le Républicain pour ces belles photos.

Posté par Marquette à 15:17 - Histoire - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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