23 juin 2006
L'eugénisme aux Etats-Unis
Lors de ma visite du Musée de l'Holocauste de Washington en mars dernier, j'avais eu l'occasion d'arpenter une exposition temporaire consacrée à la politique nazie de "purification" de la race allemande au moyen de la stérilisation, de l'euthanasie, de l'interdiction des mariages interraciaux, et même de l'exécution pure et simple des races réputées inférieures et des êtres "dégénérés".
Dans ce panorama horrible, mon attention avait été attirée par la mention d'un arrêt rendu par la Cour suprême des Etats-Unis en 1927, soit peu avant l'arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne : en effet, lors des procès de Nuremberg, l'un des avocats des dignitaires nazis alors jugés invoqua la décision Buck v. Bell comme précédent à la stérilisation de deux millions de personnes dans le cadre de la politique d'hygiène raciale du régime. Stupeur. J'ai voulu en savoir davantage.
Dans cette décision, la Cour suprême des Etats-Unis a considéré comme constitutionnelle une loi adoptée par l'Etat de Virginie en 1924 permettant la stérilisation forcée des jeunes femmes considérées comme "inaptes à se reproduire" ("unfit to continue their kind"), "faibles d'esprit", ou "inadaptées à la vie en société" ("socially inadequate persons"). L'inspiration de cette loi doit être trouvée dans les travaux du médecin hygiéniste américain Harry H. Laughlin, qui considérait la stérilisation obligatoire comme étant "l'application pratique des principes biologiques et sociaux fondamentaux qui déterminent l'amélioration raciale ainsi que la santé raciale - physique, mentale, et spirituelle - des futures générations".
Les faits
Emma Buck, veuve ayant à sa charge trois enfants en bas âge, survit en se prostituant et en bénéficiant de la charité publique. En 1910, ses enfants lui sont retirés et sont placés dans des familles d'accueil. Emma est transférée dans un établissement psychiatrique réservé aux épileptiques et aux faibles d'esprit. Sa fille de trois ans, Carrie, est recueillie par la famille Dobbs, qui lui fait quitter l'école à son dixième anniversaire pour la faire participer aux tâches ménagères. Jusque là, son cursus scolaire ne distingue pas Carrie des autres enfants de son âge (ci-dessous, Carrie Buck).
A l'âge de 17 ans, Carrie est violée par l'un des fils de la famille Dobbs et se retrouve enceinte. Les Dobbs demandent alors l'internement de Carrie en institution psychiatrique, la prétendant débile, comme sa mère. Dès la naissance de l'enfant porté par Carrie, celle-ci est internée tandis que les Dobbs recueillent sa fille et l'élèvent comme leur enfant.
Lorsque Carrie arrive au sein de la colonie psychiatrique de Lynchburg (Virginie), le médecin principal de l'établissement, le Dr. Priddy, entend procéder à la stérilisation de Carrie afin d'améliorer l'espèce humaine. Au cours des sept années précédentes, il a déjà stérilisé une centaine de jeunes femmes, sans leur consentement. Mais comme on est aux Etats-Unis, on commet des horreurs, mais en suivant des procédures très strictes. La décision de stériliser Carrie Buck est donc prise par une cour de l'Etat de Virginie, après une procédure contradictoire.
En première instance
Les témoignages "à charge" (ceux favorables à la stérilisation) sont édifiants.
Ainsi Anne Harris, infirmière de Charlottesville, ville de résidence passée d'Emma et Carrie Buck, indique : "Emma Buck, la mère de Carrie, vivait dans l'un des pires quartiers, et n'était pas capable, ou du moins ne voulait pas, travailler et soutenir l'éducation de ses enfants. Ils vivaient plus ou moins dans la rue". Questionnée sur les enfants d'Emma : "Je ne sais pas grand-chose des enfants, mais ils ne me semblent pas capable de faire mieux que leur mère". Elle avoua ensuite n'avoir plus vu Carrie passé l'âge de trois ans...
Vient ensuite Caroline Wilhelm, bénévole de la Croix Rouge contactée par les Dobbs lors de la grossesse de Carrie : "Si Carrie était autorisée à avoir des enfants, il est probable que ces derniers seraient également déficients mentalement. Je pense qu'une fille avec sa mentalité est plus ou moins à la merci des autres personnes...Sa mère avait trois enfants illégitimes et il est très probable aussi que Carrie aurait également des enfants illégitimes [=conçus hors mariage]". Et le représentant de la colonie psychiatrique de conclure : "Donc la seule façon d'éviter qu'elle ne se reproduise est soit de la séparer du reste de la société soit de faire quelque chose qui lui interdirait d'infanter".
Enfin, un "expert" est convoqué, Arthur Estabrook, de l'Institut Carnegie de Washington, qui a consacré 14 années à des recherches génétiques consacrées aux débiles mentaux. Pour lui, cela ne fait pas de doute, la conclusion de ces années d'études est que la "faiblesse d'esprit est héréditaire et constitue le fondement des conduites antisociales, se traduisant notamment par la criminalité et la pauvreté" (ci-dessous, le Dr. Bell, Directeur de la colonie pénitentiaire de Viriginie).
Après de tels témoignages, et comme vous vous en doutez, décision est prise de stériliser Carrie Buck. Celle-ci fait appel, mais la Cour d'appel de Virginie confirme la décision rendue en première instance. L'affaire est alors portée devant la Cour suprême des Etats-Unis.
La décision de la Cour suprême
L'avocat de Carrie Buck fonde son action sur le 14ème amendement de la Constitution américaine qui reconnaît la protection des individus à l'encontre des atteintes à leur intégrité corporelle. Il prédit l'émergence de la "pire des tyrannies" s'il ne devait exister "aucune limite au pouvoir de l'Etat de se débarasser des citoyens considérés comme indésirables". Prédiction effrayante et vérifiée, malheureusement.
A l'opposé, l'avocat de la colonie psychiatrique minore l'impact de la stérilisation et la rapproche de la vaccination obligatoire, considérée par la Cour suprême comme une atteinte acceptable à l'intégrité corporelle.
Le Juge Holmes rend la décision qui a recueilli les suffrages de huit juges sur neuf :
"We have seen more than once that the public welfare may call upon the best citizens for their lives. It would be strange if it could not call upon those who already sap the strength of the State for these lesser sacrifices, often not felt to be such by those concerned, in order to prevent our being swamped with incompetence. It is better for all the world, if instead of waiting to execute degenerate offspring for crime, or to let them starve for their imbecility, society can prevent those who are manifestly unfit from continuing their kind. The principle that sustains compulsory vaccination is broad enough to cover cutting the Fallopian tubes. Jacobson v. Massachusetts, 197 U.S. 11. Three generations of imbeciles are enough."
" Nous avons constaté plus d'une fois que le bien être public appelait parfois les meilleurs citoyens à faire don de leur vie. Il serait étrange que nous ne puissions pas demander à ceux qui d'ores et déjà sapent la force de l'Etat de consentir à des sacrifices moindres, souvent non ressentis par ceux qui sont concernés, de manière à nous éviter d'être submergés par l'incompétence. Il vaut mieux pour tout le monde que, au lieu d'attendre d'exécuter les enfants dégénérés pour avoir commis des crimes, ou de les laisser mourir de faim en raison de leur imbécilité, la société puisse empêcher de se reproduire ceux qui sont manifestement inadaptés. Le principe qui soutient la vaccination obligatoire est assez large pour couvrir la section des trompes de Fallope. Trois générations d'imbéciles sont suffisantes".
Des lois identiques à celle adoptée en Virginie seront reprises dans 30 autres Etats américains, conduisant à la stérilisation forcée de plus de 50 000 personnes. Harry L. Laughlin, auteur du modèle de stérilisation utilisé en Virginie, mis ses travaux à disposition des gouvernements étrangers et son modèle fut pris comme base de la loi allemande sur la Santé Héréditaire adoptée en 1933, dès l'arrivée des Nazis au pouvoir. Laughlin sera d'ailleurs récompensé d'un prix décerné par l'Université de Heidelberg en 1936.
Décision de la Cour suprême : Buck_v_Bell.doc
20 juin 2006
Français de la Révolution américaine
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Vincennes, Indiana, bien entendu ! Située au sud ouest de l'Indiana, à la frontière avec l'Illinois, Vincennes est la plus ancienne ville de l'Etat de l'Indiana : elle a été fondée en 1732 par les Français. Du reste, Vincennes revendique aussi la plus ancienne église catholique de l'Indiana, le premier Comté, le premier quotidien, la première église presbytérienne, la première loge maçonnique, la première banque... Poste avancé utilisé pour le commerce des fourrures, Vincennes doit son nom à François-Marie Bissot, Sieur de Vincennes, explorateur français né à Montréal en 1700 qui établit nombres de forts militaires dans le Middle West, français, alors partie intégrante de la Louisiane. En 1763, toute une partie de la Louisiane devient britannique lorsque la France perd le Canada français. Tel est le cas des Etats actuels de l'Illinois, du Michigan, et de l'Indiana. La ville est bien renommée Fort Sackville par ces bloody Britons, mais la population ne se plie pas de bonne grâce au nouveau maître des lieux. Il faut dire que si, d'un trait de plume, la France a perdu des centaines de milliers de kilomètres carrés au profit des Britanniques en 1763, seuls les soldats et les (rares) administrateurs (des officiers en général) sont soit rentrés en France, soit se sont rapatriés dans la partie de la Louisiane restant sous domination française. Mais tel ne fut pas le cas des Français qui s'étaient établis sur ces terres alors vierges : trappeurs, cultivateurs, tisserands, prêtres. Comme à chaque fois que la France a ramené le drapeau d'une terre qu'elle avait conquise, bien des individus sont restés alors que la France les abandonnait. Des épisodes identiques se répéteront à l'identique au cours des siècles suivants, sur tous les continents... Ces Français devenus sujets britanniques se révoltent en 1778, mais la rébellion est matée par des troupes britanniques envoyées de Détroit. L'instigateur de ce soulèvement est le Père Gibault, Vicaire Général de l'Illinois, qui rallie à la cause de l'indépendance les Français de l'Indiana. En février 1779, cependant, la garnison britannique est encerclée par les troupes des insurgés américains, auxquels se sont associés les Français de Vincennes et de l'Indiana (d'autres implantations existaient, notamment à Terre-Haute, et dans la ville qui s'appelle désormais Lafayette. Ci-dessous : le colonel Clark, l'officier américain vainqueur des soldats britanniques). Les Britanniques se rendent ! Pour les troupes franco-américaines (à ne pas confondre avec le corps expéditionnaire de Lafayette, lui constitué de Français de France), ce n'est que le début de plusieurs années de campagnes militaires qui les verront guerroyer jusqu'à l'indépendance de leur pays : les Etats-Unis ! Les hommages à l'apport français sont légion à Vincennes, que l'apport soit financier et politique comme celui apporté par Francis Vigo, riche négociant, ici statufié sur les bords de la rivière Wabash : Ou qu'il consiste en l'ultime sacrifice : le cimetière entourant la vieille église catholique est touchant à cet égard, ne comportant que des tombes de soldats tués pour la cause de l'indépendance américaine (ou de la guerre de 1812). Des noms bien de chez nous... Hommage leur est rendu jusque dans l'imposant monument célébrant la victoire. Avec une sacrée erreur, les peintres de la fresque montrant les Français brandissant un drapeau tricolore, ce qui est évidemment anachronique en 1779 ! Et au milieu coule la Wabash river... | |
14 juin 2006
Lumières de l'Indiana
Cela fait plus d'un an maintenant que le drapeau de l'Indiana préside à ce blog, en haut à gauche de la page de garde. Il est temps d'en dire un petit mot.
Si, de loin, on pourrait presque le prendre pour le drapeau européen, il est en fait plus ancien, puisqu'il date de 1916. Il a été réalisé par un certain Paul Hadley, vainqueur d'un concours organisé à l'occasion du centième anniversaire de l'admission de l'Indiana comme 19ème Etat de l'Union. De l'indépendance à 1816, l'Indiana n'était qu'un territoire dépendant des Etats-Unis, administré par des fonctionnaires, sortes de gouverneurs (le plus souvent militaires) désignés par Washington.
Nul n'était besoin d'ériger ce qui était alors connu sous le nom de Territoire de l'Indiana (Indiana Territory) en Etat, tant était réduite la population y résidant, composée d'Indiens, de descendants des Français (dans les localités de Vincennes, de Terre Haute, notamment), et de quelques aventuriers courant les bois et faisant commerce des fourrures.
La torche au centre du drapeau symbolise la liberté et Les Lumières. Les rayons partant de la torche signifient que la liberté et la connaissance doivent bénéficier à tous.
La plus grosse étoile, juste au-dessus de la torche représente l'Indiana, et les 18 autres étoiles plus petites représentent les 18 Etats (les 13 Etats d'origine, plus les cinq Etats admis par la suite) qui étaient déjà membres de l'Union lorsque l'intégration de l'Indiana a été décidée.
Aux termes de l'article 1-2-3-1 du Code de l'Indiana, section 1, un drapeau neuf doit être déployé tous les jours au sommet du Capitol de l'Etat !
15 mai 2006
La bataille de Savannah
J'aime bien relever les (rares) traces de présence française aux Amériques, comme on disait alors. A cet égard, je peux difficilement passer sous silence le rôle primordial qu'ont joué les troupes françaises au cours d'un moment fort de l'histoire de la ville de Savannah (Géorgie) et de l'histoire de la guerre d'indépendance américaine.
En effet, c'est à Savannah que la France a pour la première fois engagé ses troupes dans le combat aux côtés des indépendantistes américains.
Le 16 septembre 1779, le Comte Charles-Henri d'Estaing, tout juste arrivé des Antilles à la tête d'un corps expéditionnaire composé de près de 4000 hommes, vient soutenir les troupes continentales (c'est-à-dire américaines) qui souhaitent faire tomber la ville de Savannah, port stratégique et porte vers le Sud de la colonie britannique. D'estaing prend la tête de toutes les troupes, intégrant les 1500 soldats américains, conduits par le Major Général Benjamin Lincoln, sous son commandement (ci-dessous, soldat des troupes continentales).
Sûr de son fait, et escomptant une faible résistance côté britannique, Estaing demande au Général Augustine Prevost, général suisse (!) dirigeant les forces britanniques, de se rendre. Mais les Anglais, c'est leur défaut mais aussi leur plus grande qualité, sont des teigneux : évidemment, les Britanniques refusent de se rendre (ci-dessous soldats britanniques).
Ils n'ont pas tout à fait tort : ils sont en position défensive, et Savannah constitue une place forte idéale. La topographie rend impossible une attaque de trois des quatre côtés, de telle sorte qu'il suffit de concentrer toutes ses forces sur le flanc sud de la ville pour assurer une défense optimale. En 22 jours de siège, les Britanniques ont tout le loisir de consolider leurs lignes de défense. Certains experts considèrent d'ailleurs qu'Estaing aurait sans doute remporté la place s'il avait lancé un assaut dès son arrivée devant Savannah, alors que la ville était encore mal protégée. Au lieu de quoi il a préféré attendre les troupes continentales, venues du nord, puis lancer son imbécile ultimatum, pour enfin s'enferrer dans un siège. Evidemment, les Britanniques ont mis ce temps à profit pour se renforcer, mobiliser toutes les énergies, et s'oganiser.
Au bout de 22 jours de siège, les Britanniques n'ont toujours pas cédé. Des renforts britanniques risquant de prendre à revers les troupes franco-américaines, il devient urgent pour Estaing de tenter quelque chose.
Le 9 octobre 1779, les Franco-Américains lancent l'assaut contre les lignes britanniques. Trois charges successives sont menées, chacune d'entre elle se fracassant sur les défenses de Savannah. En une heure, près de 1000 Français et Américains (sur 5500) sont tués au combat. C'est une boucherie. Estaing est sérieusement blessé, Pierre L'Enfant, futur architecte de Washington D.C., est laissé pour mort, un général polonais des troupes continentales est tué... Les assaillants ont leur héros en la personne du Sergent William Jaspers qui, malgré ses blessures mortelles, a sauvé les couleurs de son régiment durant l'assaut... On a tous déjà lu cette histoire des dizaines de fois, ou comment masquer une défaite militaire en acte glorieux grâce à l'héroïsme (réel ou inventé, peu importe) de quelques uns.
Face à ce désastre, Estaing renonce : les troupes franco-américaines repartent vers le nord (Charleston) et Savannah reste britannique jusqu'en 1782. Il est probable que si la ville était tombée, la Campagne du Sud, qui a duré deux années, aurait tourné court. Cette première passe d'armes, très coûteuse en hommes, a sans doute rallongé la guerre de deux années.
Notons une caractéristique des armées de l'époque : leur très grande diversité.
Ainsi, les Britanniques étaient dirigés par un général suisse, et leurs troupes étaient constituées d'Anglais, d'esclaves africains, de colons américains fidèles à la Couronne, d'Indiens Cherokee, d'Ecossais, et d'Allemands.
Les troupes continentales comportaient des colons américains de diverses origines, ainsi que des régiments allemand, autrichien, polonais, écossais, et suisse.
Enfin, les troupes françaises étaient sans doute les plus diversifiées, car si elles intégraient des Français, elles comportaient aussi un apport colonial significatif (Guadeloupe, Martinique, et surtout de très nombreux soldats venus de St Domingue, soit des Haïtiens et des Dominicains actuels), sans oublier des régiments suédois, irlandais et gallois.
S'agissant du Comte Charles-Henri d'Estaing, il est rentré en France après cette bataille perdue. Il sera guillotiné en 1794. Savannah ne l'a pas oublié, et rend hommage en divers endroits de la ville à ces Français venus de si loin soutenir la jeune Amérique dans sa lutte pour l'indépendance, jusqu'à parfois sacrifier leur vie à cette cause (ci-dessous, Estaing au musée d'histoire de Savannah).
"Si les Français n'étaient pas là, on vivrait tous en Terre d'Albion..." : peut-être faudra-il que quelqu'un l'écrive, cette chanson...
01 avril 2006
Lafayette, le voila
Le grand homme francais des Etats-Unis, c'est sans conteste le marquis de Lafayette. Il n'est pas de ville sans son square, sa rue ou son avenue Lafayette; on ne compte plus les localites portant le nom du grand homme. Washington DC ne fait bien entendu pas exception, et rend meme hommage a Lafayette en divers endroits.
Il en va ainsi de l'Universite George Washington, dont l'un des batiments est ainsi intitule :
Une plaque rappelle au passant les raisons de cette mise a l'honneur.
"Dedie en l'honneur du marquis de Lafayette (1757-1834), heros de la Revolution americaine, amoureux de la liberte, homme d'Etat, et ami de George Washington.
En 1777, a l'age de vingt ans, Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, fit l'acquisition d'un navire et navigua avec un groupe de soldats-aventuriers de France vers l'Amerique pour rejoindre l'armee de George Washington. Le jeune marquis fit si forte impression qu'il fut fait general par le Congres continental et rejoignit l'etat major de Washington.
Il fut blesse a la bataille de Brandiwyne, s'est battu a Valley Forge, et a joue un role vital dans la campagne de Yorktown. Revenu chez lui en heros, a l'age de 24 ans, il fut eleve par le roi Louis XVI au rang de marechal de camp de l'armee francaise. Un heros dans les deux pays, il possedait influence tant en France qu'aux Etats-Unis, et continua de servir les interets americains.
En 1784, Lafayette visita l'Amerique a nouveau et sejourna chez George Washington a Mount Vernon. Lors de sa visite d'adieu en 1824, il fut magnifiquement accueilli comme invite de la ville de Washington, au cours d'un triomphal tour des Etats-Unis (1824-1825). Lafayette et sa elegation assiterent a le premiere remise des prix du Columbian College, qui devint ulterieurement l'Universite George Washington. Cette remise des prix s'est deroulee en presence du president James Monroe, du secretaire d'Etat John Quincy Adams, du secretaire a la guerre John Calhoun, du speaker [president] de la Chambre des representants, Henry Clay, et de nombreux membres des deux chambres du Congres. Apres la ceremonie, le general Lafayette fut invite a une reception organisee par le premier president du Columbian College, le Reverend Docteur William Staughton, puis a un diner au domicile du President des Etats-Unis.
Cette premiere remise des prix du tout jeune Columbian College fut une journee memorable, depassant toutes les attentes, et aurait fait la fierte des universites les mieux etablies de la nation. La presse etait enthousiaste. La meteo exceptionnellemet clemente. "De toutes parts emanaient un talent et une culture de tout premier ordre". Un auditoire intelligent et averti composait l'assemblee presente. La musique etait fournie par l'orchestre du corps des Marines des Etats-Unis. Lafayette exprima sa gratitude pour l'honneur qui lui etait fait et le plaisir qu'il avait eu a assister a la ceremonie, et formula des voeux de prosperite pour la nouvelle universite. Les etudiants lui furent presentes un a un. Le general leur serra la main, et parla a chacun d'eux avec une paternelle affection.
Ainsi se deroula la premiere remise des prix."
29 mars 2006
The United States Holocaust Memorial Museum a Washington
Depuis hier a Washington, pour une semaine, je suis bien decide a visiter maintenant ce que je n'ai pas eu le temps de decouvrir au cours des mois de janvier et fevrier, trop occupe alors a etudier.
J'ai commence aujourd'hui avec le United States Holocaust Memorial Museum, musee consacre aux exactions du regime nazi a l'encontre des Juifs, mais aussi des Roms et Tsiganes, des homosexuels, ou encore des Temoins de Jehovah.
Si je me suis decide a visiter un tel endroit par une belle journee de printemps, c'est en raison d'un entretien accorde par le President syrien Bachar Al Assad a PBS, la chaine de television publique americaine, que j'ai regarde hier soir. Ce dernier, dans une discussion passionnante au cours de laquelle les problemes du monde arabe etaient abordes, a fait preuve de "revisionnisme rampant".
L'homme est intelligent, et il s'exprimait d'une voix calme et posee, dans un anglais parfait. Pas vraiment l'image d'un excite. Et pourtant, ce qu'il disait au sujet de la Shoah m'a fait froid dans le dos : l'extermination de 6 millions de juifs par le regime nazi ? Il ne peut ni confirmer ni infirmer, il n'a pas vu de ses yeux et donc il lui est difficile d'avoir une opinion. Les chambres a gaz et les fours crematoires ? Selon lui, il y aurait une controverse entre les historiens et la verite est difficile a connaitre...Oh certes, Assad admet bien l'existence de "massacres", mais disait-il, il faut bien se rendre compte que la Seconde Guerre Mondiale a tue plus de quarante millions d'individus et que les six millions de Juifs ne sauraient avoir davantage d'importance que les autres. Il n'a pas parle de "detail' a la maniere de Jean-Marie Le Pen, mais l'idee etait la meme. Enfin, il a dit que, pour sa part, il etait contre tous les massacres, ceux des juifs comme ceux perpetres par l'Etat hebreux, les mettant sur un pied d'egalite. Et la on etait enfin au coeur du sujet, Assad avait ote son masque : contester la Shoah ou en minimiser l'existence n'est qu'un moyen de propagande destine a denier a Israel le droit d'exister.
La these est connue : les Juifs, utilisant leur fameux lobby et une presse acquise a leur cause auraient utilise tous les ressorts de la victimisation afin de tirer tout le benefice possible du malheur circonstanciel de certains d'entre eux au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Si le genocide des Juifs n'est pas si terrible, alors il n'y a pas de necessite de "compenser" cette tragedie en creant un foyer national juif et l'existence d'Israel est illegitime. CQFD.
Parce que ces theses continuent d'etre largement diffusees, notamment dans le monde arabo-musulman, il reste toujours necessaire de se soumettre a echeance reguliere a des "piqures de rappel" de ce que peut etre la barbarie humaine. Et du caractere unique et tout a fait exceptionnel de la Shoah.
Le Musee est extremement didactique, fort en emotion, et suscite la reflexion a chaque instant. Difficile de ne pas etre profondement ebranle a differents moments.
J'ai visite plus particulierement une exposition sur le role specifique de la medecine dans la politique nazie : "purification" de la race allemande par une politique massive de sterilisation, euthanasie des malades mentaux et des handicapes, interdiction des mariages interraciaux, et finalement elimination pure et simple des races dites inferieures : "Deadly Medicine: Creating the master race". Je vous conseille de cliquer sur le lien, cela vaut mieux que tout ce que je pourrais ecrire sur les developpements de la politique abjecte de l'Allemagne de l'epoque.
Enfin, le musee est aussi ouvert sur d'autres tragedies qui se deroulent sous nos yeux ou qui se sont deroulees a une epoque recente. En sens-la, c'est aussi un musee d'histoire contemporaine et un centre de lutte contre tous les genocides. Le message des survivants des camps des concentrations est toujours le meme : "plus jamais ca !" L'avons-nous bien entendu ? Depuis, nous avons connu le Cambodge, le Rwanda, et actuellement le Darfour...
La liste n'est pas exhaustive.
28 février 2006
Marseillaise texane...et autres
Connaissez-vous la "Marseillaise" texane ? Les versions sudistes datant du XIXème siècle ? La "Southern Marseillaise" ? La "Marseillaise Noire" ? Si tel n'est pas le cas, je vous invite à visiter le site de E. ("Une Française au Texas" dans la colonne de droite sous la rubrique "A voir") qui évoque ces différentes versions américaines de l'hymne rédigé par Rouget de Lisle.
Je vous renvoie aussi au post que l'avais rédigé le 14 juillet 2005 sur "The Marseillaise".
26 novembre 2005
Aux origines de Thanksgiving
Jeudi dernier, c’était Thanksgiving, l’une des fêtes les plus typiquement américaine qui soit. Une fois n’est pas coutume, la journée est chômée, ainsi que le vendredi qui suit (pour nombre de salariés), l’une des meilleures de l’année pour les grands magasins. Quatre jours chômés successifs, c’est tellement inhabituel dans ce pays où nombre de salariés n’ont droit qu’à deux semaines de vacances par an qu’une grande excitation prévaut dans la préparation de la fête, la question sempiternelle étant : « Que fais-tu pendant les vacances ? ». Quatre jours, c’est déjà des vacances, et l’occasion pour des millions d’Américains de prendre leur voiture, un avion, et de traverser si besoin le pays entier pour se retrouver en famille autour de la traditionnelle dinde.
Que fête-t-on à l’occasion de Thanksgiving ?
Cette fête constitue l’occasion de remercier Dieu de la qualité providentielle du Nouveau Monde et d’une bonne entente avec les populations indigènes.
L’origine historique de Thanksgiving remonte aux premiers temps de la colonisation par les pèlerins britanniques du Mayflower, en 1620-1621.
Cependant, les mythes et la réalité historique s’enchevêtrent en la matière. Ainsi, Thanksgiving était originellement une fête religieuse pour les premiers colons arrivés en Nouvelle-Angleterre, mais a aussi un fondement païen qui est à rechercher dans les traditionnelles fêtes célébrées à l’occasion des moissons en Europe. Par ailleurs, si le premier Thanksgiving a été fêté en 1621, les années suivantes ont vu la célébration renouvelée de façon extrêmement irrégulière, sans connaître la dimension qu’elle a eu par la suite. Thanksgiving a été ressuscitée dans les années suivants la Guerre de Sécession, semble-t-il afin de renforcer l’unité nationale durement mise à l’épreuve par la guerre et afin de constituer un creuset commun aux vagues de millions d’immigrants arrivants à la fin du XIXème siècle. De nombreux mythes sont alors apparus, un peu comme ceux créés par la France républicaine de la même époque (Vercingétorix, Jeanne d’Arc, Clovis, …).
Pour en rester à ce qui s’est réellement passé, la réalité est moins belle que les mythes.
Les pèlerins qui sont arrivés à Plymouth, dans le nord est des Etats-Unis actuels, en 1620 appartenaient à une église séparatiste, la secte des Puritains. Soumis à des persécutions à raison de leur confession, ils s’enfuirent d’abord aux Pays-Bas, puis armèrent un navire, le Mayflower, pour rallier le continent américain, où ils espéraient pouvoir vivre leur foi librement.
Leur implantation fut difficile : ils ne connaissaient pas ce nouveau continent, n’étaient pas forcément des agriculteurs, et sont arrivés en plein hiver, au mois de décembre 1620. Au printemps 1621, 46 des 102 pèlerins étaient morts. Heureusement, la récolte de 1621 fut excellente, raison pour laquelle les pèlerins voulurent célébrer cette réussite par une fête à laquelle furent conviés 91 Amérindiens. Bref moment d’harmonie.
En fait, les pèlerins n’auraient rien pu faire, et seraient sans doute tous morts si les Amérindiens ne les avaient pas aidés. La Providence prit le nom de Squanto, un Amérindien qui, à la surprise des pèlerins, parlait anglais pour avoir été capturé par des marins anglais en 1614. Ils l’avaient ramené en Angleterre où il avait vécu durant neuf ans.
Pas rancunier, Squanto a aidé les pèlerins à vivre sur leur nouvelle terre, à traverser leur premier hiver, et ensuite leur apprit comment planter le maïs, comment chasser, comment pêcher.
Sans lui, et sans la tribu des Wampanoag à laquelle il appartenait, les pèlerins auraient sans doute tous péris, comme ce fut le cas de bien d’autres tentatives d’implantation de l’époque.
Il aurait peut-être mieux valu qu’il en soit ainsi.
En effet, tant que Massasoit, chef des Wampanoag, fut vivant, les relations entre les colons et les Amérindiens furent harmonieuses, ces derniers partageant avec les nouveaux arrivants leurs connaissances ancestrales.
Cependant, à la mort de Massasoit, la situation se dégrada. En 1676, les pèlerins voulurent désarmer les Wampanoags. Ces derniers ne se laissant pas faire, les colons les poursuivirent et leur firent la guerre de façon atroce et barbare. Le roi Metacomet, successeur de Massasoit fut massacré (noyé puis écartelé), sa femme et ses enfants furent réduits en esclavage aux Antilles. Pendant 25 années, le crâne de Metacomet fut exposé sur une pique à l’entrée du village des pèlerins. Ce n’était que le début de l’un des plus grands génocides de l’humanité.
Voilà sans doute la raison pour laquelle les Native Americans ne sont pas vraiment à la fête, à l’occasion de Thanksgiving.
20 juillet 2005
William C. Westmoreland (1914-2005)
L’homme qui personnifia en grande partie la guerre du Vietnam est mort le 18 juillet dernier. Officier extrêmement brillant, très tôt remarqué de ses supérieurs, Westmoreland a eu un comportement exceptionnel pendant la Seconde Guerre mondiale, d’Afrique du Nord en Italie, de Normandie en Allemagne.
Il reste cependant célèbre pour avoir commandé les troupes américaines au Sud Vietnam de 1964 à 1968. C’est durant cette période que la présence militaire US est passée de 20.000 conseillers militaires à 500.000 soldats. Faisant face à un ennemi insaisissable, à une opinion publique inquiète rapidement devenue hostile, et à un gouvernement sud vietnamien peu fiable, Westmoreland a fini par personnifier l’établissement militaire contre lequel toute une génération s’est révoltée. Certains le qualifiaient de criminel de guerre, son effigie était brûlée sur les campus.
Dans un entretien accordé en 1982, Westmoreland déclarait: "It was my fate to serve for over four years as senior American commander in the most unpopular war this country ever fought." (“C’était mon destin que de remplir les fonctions de commandant en chef pendant quatre années de la guerre la plus impopulaire que le pays n’ait jamais menée”). Selon lui, l’armée américaine n’avait pas perdu la guerre du Vietnam. "We won the war after we left, in effect," (“Nous avons gagné la guerre après que nous soyons parti, en fait”) dit-il en 1991. "One of our great strategic aims was to stop the Communist advance in Southeast Asia, and when you look at Southeast Asia today, the Communists have made no gains. Today, Vietnam is a basket case run by a bunch of old men and is a threat to no one but itself." (« L’un de nos grands objectifs stratégiques était de stopper l’avancée des Communistes en Asie du sud est, et quand on regarde l’Asie du sud-est maintenant, on se rend compte que les Communistes n’ont pas progressé. Aujourd’hui, le Vietnam est une sorte de panier géré par une bande de vieux types et n’est une menace pour personne, si ce n’est pour lui-même. »
La strategie militaire de Westmoreland consistait à conduire une guerre d’usure, en essayant de détruire les forces ennemies plus rapidement qu’elles ne pouvaient se reconstituer. Les soldats américains, répartis dans des unités d’au moins 750 hommes, étaient engagés dans des missions de “recherche et de destruction” afin d’infliger les pertes les plus importantes possibles aux forces nord vietnamiennes. Comme il n’y avait pas de ligne de front, Westmoreland et ses officiers mesuraient leur réussite en comptant le nombre de soldats ennemis tués.
Westmoreland a aussi été critiqué pour ses declarations optimistes qui donnaient une idée fausse du réel déroulement des opérations. Il a multiplié les déclarations sur le mode “la lumière au bout du tunnel”, “la fin est proche”, “l’ennemi est désespéré”…
Il s’est justifié de la défaite après coup, en declarant qu’il avait été empêché d’engager une guerre totale par les manifestants gauchistes dans les campus et les polémiqueurs de tous poils, et plus specialement les journalistes. Le Président Johnson, soucieux d’éviter que le conflit ne dégénère en une confrontation globale avec la Chine, a rejeté les demandes de Westmoreland consistant à élargir le champ de bataille à l’ensemble du sud est asiatique. Après l’offensive du Têt, tournant majeur de la guerre, Westmoreland a demandé au pouvoir politique l'envoi de plus de 200.000 soldats supplémentaires, ce qui aurait impliqué un rappel de tous les réservistes. Johnson ne l’a pas suivi dans son maximalisme, et l’a rappelé à Washington, le nommant Chef d’état major de l’armée américaine.
"C’était un soldat cultivé qui avait lu de nombreux ouvrages militaire," dit de lui le Général Giap, chef de l’armée vietnamienne. "Mais il a commis une erreur en demandant des troupes supplémentaires après l’offensive du Têt. Il aurait bien pu envoyer 300.000, ou meme 400.000 hommes supplémentaires. Cela n’aurait fait aucune différence."
Toute analogie avec des faits contemporains serait évidemment fortuite…

























