09 mai 2008
De l'égalité de part et d'autre de l'Atlantique
Dans sa chronique parue dans le Figaro du 5 mai dernier, Alain-Gérard Slama décrit parfaitement le rapport à l'égalité aux Etats-Unis et en France :
"Aux Etats-Unis, le très fort sentiment d'une dette, comprise comme une ardente obligation, contractée par chacun envers l'avenir collectif de la nation, incarné par les générations futures, a sublimé, envers et contre tout, la valeur du travail et les récompenses que l'on peut en attendre. Cet état d'esprit, répandu depuis le sommet jusqu'au bas de l'échelle, atténue les ressentiments et favorise le consentement aux très bas salaires qui, multipliés dans les services, aident l'immense machine à devenir l'atelier de la planète au prix de la dévaluation du dollar. Pour la même raison, les Américains attendent le remède au défi écologique de la poursuite du progrès technique, plutôt que de réviser leur mode de vie.
En France, l'idée entretenue depuis la fin du XIXème siècle, avec notamment le solidarisme de Léon Bourgeois, est symétrique. Elle pose pour principe que chacun est obligé par une dette, conçue comme un rapport de réciprocité, envers le patrimoine transmis par le passé, comme envers la société qui le protège. Cette conception symétrique du lien social, sur le modèle "donnant-donnant", a développé un comportement créancier de chacun par rapport à l'autre, des jeunes par rapport à leurs aînés, et des adultes face à l'Etat. En sorte que loin d'inciter à des efforts accrus, l'extension illimitée de l'Etat-providence a exacerbé l'exigence d'égalité et rendu acharnée la défense des avantages acquis".
30 janvier 2008
Obamania
Mardi 5 février est jour de super-Tuesday aux U.S.A
A cette occasion, des millions de sympathisant démocrates américains vont désigner leur favori dans la course à la Maison-Blanche.
Dans ce système très intéressant de primaires, les militants vont donc sélectionner leur poulain, les perdants étant appelés à se rallier au panache blanc du vainqueur. Dans un système majoritaire, ce mécanisme pousse à la constitution de 2 blocs idéologiques, et donc à une alternance épisodique, c'est-à-dire à la démocratie.
A l’heure où j’écris ces lignes, les médias français institutionnels, seul écho de l’actualité américaine pour le citoyen lambda dont je fais partie, ont pris fait et cause pour Barack Obama, de la façon la plus évidente.
Candidat jeune, noir et plutôt de gauche (du moins selon notre perception européenne), Barack Obama se voit paré de toutes les vertus pour faire oublier les horribles années Bush junior.
Issu de la méritocratie universitaire, tenant d’un discours modéré et donc qui ne risque de fâcher personne, notre JFK noir correspond donc parfaitement aux attentes des milieux proches de la rive gauche de Paris (vous noterez le jeu de mots).
Car, si en fin de compte, tous les jeunes de banlieues qu’il est si dur d’intégrer prenaient exemple sur lui au lieu de brûler des voitures, Voltaire et Rousseau connaîtraient une actualité prophétique.
La campagne de Barack Obama me fait penser au flot de sentimentalisme, étrange mélange d’idéalisme béat et de romantisme qui a accompagné le débuts d’une candidate nommée Ségolène…
Ségolène, femme, plutôt jeune, de gauche, diplômée, extraite de son lugubre milieu bourgeois d’origine par les Lumières de l’école de Jules Ferry présentait bien sûr dès lors toutes les qualités requises pour être une bonne Présidente.
La seule évocation de la nature de son être ne pouvait qu’être synonyme de réussite ! Il fallait être bien rétrograde ou forcément misogyne pour s’interroger sur la réalité du programme de la dame.
Il semble en aller de même pour notre ami Barack. Qu’importe qu’on ne sache rien de la méthode qu’il compte employer pour sortir son pays du bourbier irakien ou comment il compte prendre à bras le corps la question des engagements environnementaux des USA, sans parler de la poudrière proche-orientale.
Il est jeune, noir et de gauche, donc il sera forcément l’homme de la situation. Sans doute même plus qu’une femme de gauche issue du baby-boom nommée Hillary. Elle appartient déjà au passé des années 90 semble-t-il.
Si l’on se penche un peu plus attentivement sur la campagne de notre ami Barack, on y trouve en fait toujours les mêmes vieilles lunes des politiciens américains : l’éducation, la sécurité sociale, les libertés locales, le port des armes à feu… L’ensemble des sujets auxquels aucun Président n’a eu le courage de s’attaquer depuis 60 ans, car la société américaine reste basée sur le mérite individuel, la croyance biblique en une destinée manifeste et le culte de la réussite financière.
Barack ou pas Barack, la politique américaine restera la même, dictée par des intérêts pétroliers à court terme, soumise aux lobbies divers et variés et insensible aux lignes de fractures qui traversent le monde.
Même s’il casse la Barack, notre JFK américano-kenyan n’est pas près d’ébranler l’isolationnisme de ses compatriotes. D’autant que c’est John Mac Cain qui sera élu.
PORTALINUS
24 janvier 2008
When a real conservative is on the ballot...
09 janvier 2008
Motivation pré électorale
06 janvier 2008
C'est reparti !
Nous y sommes, le grand barnum de l’élection présidentielle américaine recommence, comme tous les quatre ans. L’année à venir va être captivante : 1 – La dramaturgie est unique : entre les mois durant lesquels se déroulent les primaires et caucus en vue de sélectionner les candidats des deux principaux partis, les conventions, l’élection elle-même (parfois départagée par le système judiciaire, comme en 2000), la complexité du système électoral, les moyens engagés, le poids des médias, tout concourt à ce qu’un formidable show ait lieu. L’originalité et la qualité des candidats concourent également à l’intensité du débat. Où peut-on trouver une telle diversité de profils ? Récapitulons, du côté démocrate : - une ancienne épouse de président, marquée à gauche, mais faisant campagne au centre, sénateur de l’état de New York – Hillary Clinton – - un candidat métis, non pas afro-américain mais d’un père kenyan et d’une mère américaine, sénateur de l’Illinois –Barack Obama – - un ancien avocat spécialiste de class actions, précédemment co-listier de John Kerry, ancien sénateur de Caroline du – John Edwards – - un gouverneur du Nouveau-Mexique d’origine latino, ancien ambassadeur des Etats-Unis aux Nations-Unis – Bill Richardson - Du côté républicain : - un ancien gouverneur, richissime homme d’affaires, de religion mormone –Mitt Romney – - un ancien pasteur baptiste, ancien gouverneur de l’Arkansas – Mick Huckabee – un ancien acteur de la série « Law and Order », ancien gouverneur du Tennessee – Fred Thompson – - un vétéran du Vietnam, détenu plusieurs années par Hanoï, sénateur de l’Arizona - John Mc Cain – - l’ancien procureur de l’Etat de New York, puis maire de New York – Rudolph Giuliani - 2 – Les enjeux sont considérables : Bien davantage que les élections municipales française à venir, la désignation du président de la première puissance mondiale impactera notre avenir, bien au-delà des Etats-Unis. Quelle sera sa position face à la crise des subprimes, à l’endettement des Etats-Unis, au réchauffement climatique, à la puissance chinoise, à la situation au Proche et au Moyen-Orient, en Europe et en France ? 3 – Le renouvellement de l’offre politique : L’élection est particulièrement ouverte. Avec un président qui ne peut pas se représenter après deux mandats (système dont la France ferait bien de s’inspirer), un vice-président qui a choisi de ne pas concourir, et aucun candidat l’ayant déjà été (à l’exception d’Edwards, mais il était seulement candidat à la vice présidence en 2004), les candidats en 2008 sont tous des bleus. Certes, Hillary Clinton et Rudy Giuliani disposent d’une notoriété qui devrait les aider, mais ils n’ont jamais été candidat à la présidence des Etats-Unis. La présence de Madame Clinton illustre également une particularité unique dans les démocraties occidentales : le partage du pouvoir, depuis deux décennies, entre deux familles. Ainsi, George Walker Bush aura été président huit ans, Bill Clinton a été le locataire de la Maison Blanche pendant huit ans, George Herbert Bush pendant quatre ans (mais huit ans auparavant en qualité de vice président de Ronald Reagan). L’année prochaine, un électeur devra avoir au moins 46 ans pour ne pas avoir déjà voté en faveur d’un candidat portant le nom de Clinton ou de Bush…
14 décembre 2007
Chuck Norris Approuve Mike Huckabee
On ne peut voir cela qu'aux Etats-Unis, je crois...
Chuck Norris Approuve Mike Huckabee
Vidéo envoyée par yom_
17 mars 2007
Encouragements
Je vous renvoie vers un bon post de Guillemette sur la culture de l'encouragement aux Etats-Unis. Obtient-on de meilleurs résultats en sélectionnant par l'échec et (parfois) par l'humiliation, ou par l'encouragement, l'émulation, et l'exemplarité ?
La société américaine est souvent présentée comme celle de la compétition à l'état pur, de tous contre tous, ce qui n'est pas complétement faux, bien entendu. Il demeure que la société française est sans doute plus cruelle, plus blessante, plus dure en un mot.
Notre passion pour l'égalité nous a conduit à négliger de mettre en avant les meilleurs. Les récompenser, ce qui est bon pour l'ensemble de la société, ne passe pas nécessairement par des mesures financières et fiscales (même si cela apparaît nécessaire), mais par un autre regard que chacun porte sur les autres, une autre manière de valoriser les talents. Chacun de nous est bon dans un domaine ou un autre, n'est-ce pas ?
27 février 2007
Hillary : la forme de Ségolène, le fond de Sarkozy
Hillary for America?
Vidéo envoyée par NEW_FRONTIER
Traduction libre
I announced today that I am forming a presidential exploratory committee.
J’ai annoncé aujourd’hui que je créais un comité exploratoire pour l'élection présidentielle.
I'm not just starting a campaign, though, I'm beginning a conversation - with you, with America. Because we all need to be part of the discussion if we're all goint to be part of the solution. And all of us have to be part of the solution.
Je ne me contente pas de commencer une campagne électorale, mais je commence une conversation, avec vous, avec l’Amérique. Parce que nous avons tous besoin de participer au débat si nous devons tous être une partie de la solution. Et nous tous devons faire partie de la solution.
Let's talk about how to bring the right end to the war in Iraq and to restore respect for America around the world.
Parlons de la meilleure façon de mettre fin à la guerre en Irak et pour faire en sorte que l’Amérique soit de nouveau respectée dans le monde.
How to make us energy independent and free of foreign oil.
Comment nous rendre indépendants et libres face au pétrole étranger.
How to end the deficits that threaten Social Security and Medicare.
Comment mettre un terme au déficit qui menace la sécurite sociale et Medicare.
And let's definitely talk about how every American can have quality affordable health care.
Et parlons aussi de la meilleure façon de permettre à chaque Américain de disposer d’une protection santé de qualite à un prix abordable.
You know, after six years of George Bush, it is time to renew the promise of America. Our basic bargain that no matter who you are or where you live, if you work hard and play by the rules, you can build a good life for yourself and your family.
Vous savez, après six années de George Bush, il est temps de renouveler la promesse de l’Amérique. L’idée simple suivant laquelle qui que vous soyez ou où que vous viviez, si vous travaillez dur et respectez les regles, vous pouvez vous construire une bonne vie pour vous et pour votre famille.
I grew up in a middle-class family in the middle of America, and we believed in that promise.
J’ai grandi dans une famille de la classe moyenne au milieu de l’Amérique, et nous croyions en cette promesse.
I still do. I've spent my entire life trying to make good on it.
Je continue d’y croire. J’ai passé ma vie entière à essayer de m’y tenir.
Whether it was fighting for women's basic rights or childrens' basic health care. Protecting our Social Security, or protecting our soldiers. It's a kind of basic bargain, and we've got to keep up our end.
Que ce soit pour defendre les droits de la femme les plus élémentaires, ou la santé des enfants. Protéger notre sécurite sociale, ou protéger nos soldats. C’était une idée simple, et nous devons la concrétiser.
So let's talk. Let's chat. Let's start a dialogue about your ideas and mine.
Alors parlons. Echangeons. Commençons un dialogue au sujet de vos idées et des miennes.
Because the conversation in Washington has been just a little one-sided lately, don't you think? And we can all see how well that works.
Parce que le débat à Washington a été un petit trop unilatéral ces derniers temps, ne pensez vous pas ? Et nous pouvons tous constater comment cela marche.
And while I can't visit everyone's living room, I can try. And with a little help from modern technology, I'll be holding live online video chats this week, starting Monday.
Et même si je ne peux pas visiter chacun d’entre vous dans son salon, je vais essayer. Et avec un petit peu d’aide de la technologie moderne, je vais tenir un débat sur Internet en direct dès cette semaine, dès lundi.
So let the conversation begin. I have a feeling it's going to be very interesting.
Alors laissons le débat s’engager. J’ai l’impression que cela va être très intéressant.
*
Tout d’abord la forme : tout cela est formaté, pensé par des publicitaires, des conseillers en image. Je ne peux cependant m’empecher de trouver Hillary Clinton excellente.
Il émane d’elle une puissance et une force peu communes. Je n’ai pas vraiment d’idées sur Barack Obama, si ce n’est qu’il a l’air bien sympathique, mais pour moi, pour l’instant, c’est Hillary !
Vous serez peut-être étonnés, parce que je trouve de la cohérence à l'action de George Bush, et que je suis favorable à Nicolas Sarkozy : mais je ne vois pas bien ce qui pourrait choquer l’électeur UMP dans le discours de Madame Clinton.
A part peut-être le discours compassionnel que nous a abondamment servi Ségolène Royal à base de « citoyens experts », de « vérites qui viennent du terrain », de « vous avez raison, je vous comprends »… "Je suis vous, votez pour moi, vous voterez pour vous", en somme. Une démagogie et un populisme un peu navrants.
Hillary a bien compris la leçon : on la disait hautaine, intellectuelle, rigide, plus à gauche que son époux. Alors elle a rajeuni sa silhouette (elle est de ces femmes plus jolies à 50 ans qu’à 25), elle s’est ancrée dans la vie concrète de sa circonscription d’Upstate New York (où se trouve Albany, notamment), a modifié sa ligne sur de nombreuses questions, et a rassuré l’électorat de l’Amérique profonde en affichant sa foi religieuse, son origine sociale (classe moyenne, Amérique profonde et non milieux cosmopolites des côtes Est et de Californie), en adoptant une position raisonnable sur l’avortement et en se montrant intraitable avec la sécurite nationale.
En résumé, Hillary fait du Ségolène, en mieux. Cette vidéo, et celles visibles sur son site de campagne (à voir ici) montrent le grand professionalisme de cette femme hors du commun. Là où Ségolène est sèche comme un coup de trique, ou elle annone un discours mal assimilé, où elle n'arrive pas à masquer un sectarisme plutôt effrayant, Hillary se fait enjoleuse, entraînante, inspirante, convaincante. Le problème de ségolène n'est pas d'être une femme, comme elle essaye de le faire accroire face aux attaques dont elle fait l'objet, c'est qu'elle est incompétente.
Par ailleurs, au-dela de la forme, on peut aussi constater une vraie différence entre les Etats-Unis et la France : les promesses de l’Amérique, le respect du travail, de la famille, le respect de la loi, le patriotisme, et aussi la justice envers ceux qui ont trimé sans compter, la justice envers les faibles.
Hillary Clinton a sa place à l’UMP !!
Cruel contraste avec l’archaïsme de la gauche française…
15 janvier 2007
Discrimination positive
Interview de Ward Connerly, dans "Le Monde" du 9 janvier 2007 : "un Noir contre la "discrimination positive".
ous êtes l'auteur de la première mesure qui, en 1995, a mis fin à l'affirmative action ("discrimination positive") pour l'inscription des étudiants à l'Université de Californie, puis avez été le porte-parole de la Proposition 209, votée en 1996. La sous-représentation des minorités au cours de cette année universitaire vous donne-t-elle des regrets ?
Non, absolument pas. C'est un chiffre qu'on peut considérer sous un angle positif. Ma réaction, c'est que la communauté noire a encore beaucoup à faire pour être dans la compétition des admissions à une institution comme l'UCLA. Pour les Noirs, c'est un appel à se réveiller. Les portes sont ouvertes, mais vous devez être prêts et étudier au lieu de faire du sport, de vous amuser ou de faire du rap. 40 % des Noirs abandonnent leur scolarité au niveau de la classe de troisième ! Et puis, méfions-nous des chiffres : si vous aviez 140 étudiants au lieu de 96, auriez-vous pour autant résolu le déficit d'éducation dans la population noire ?
Le système universitaire ne doit-il pas corriger les inégalités inhérentes à la société ?
Le critère d'admission dans une université, c'est le résultat scolaire et non pas les désavantages que vous avez connus dans la vie. C'est valable en Californie, comme partout en Amérique. Pour faire partie de l'équipe de basket, vous devez savoir jouer au basket. L'appartenance raciale ne peut pas servir de justification. Selon la Cour suprême, la fonction d'un collège ne consiste par à "remédier aux maux de la société". La seule solution, c'est d'améliorer les résultats scolaires des Noirs. Les élèves n'ont pas le niveau parce que les familles n'assument pas leurs responsabilités et n'incitent pas leurs enfants, dès le plus jeune âge, à poursuivre leurs études. Et puis, il y a la criminalité, la drogue et le fait que, pour beaucoup de jeunes Noirs, étudier, ce n'est pas "cool".
Vous-même, comment avez-vous fait ?
Je suis né dans le Sud profond, dans une famille pauvre ; mes parents ont divorcé quand j'avais 2 ans, ma mère est morte quand j'en avais 4. Ma grand-mère m'a poussé à travailler, à faire mes devoirs avant d'aller jouer au base-ball. A l'époque, je lui en voulais. Maintenant, je lui en suis reconnaissant.
Que diriez-vous aux hommes politiques français qui envisagent la "discrimination positive" ?
Ne modifiez pas les règles du jeu, ne prenez pas de raccourcis. Appliquez les mêmes critères à tout le monde.
Propos recueillis par Claudine Mulard
21 juin 2006
Gérontocratie américaine
A voir George Bush, qui va fêter ses 60 ans le 6 juillet prochain, on pourrait croire que les Etats-Unis sont gouvernés par des hommes relativement jeunes. W, en effet, a été élu à seulement 54 ans et sera retraité de la Maison Blanche à 62 ans. Pas si vieux en ces temps où l'on repousse l'âge de la retraite) à 65 ans, voire 68 ans (Royaume-Uni).
La réalité est pourtant assez différente. En fait, le pouvoir fédéral appartient à des hommes de plus en plus âgés. Ainsi, la moyenne d'âge des Sénateurs et des membres de la Chambre des Représentants ne cesse de croître depuis 1978 : 60,4 ans pour les Sénateurs, et 55 ans pour les Représentants. Pour les deux chambres, il s'agit d'un maximum historique. Les juges de la Cour Suprême, désignés à vie, affichent une moyenne de 66,1 ans, et encore, cette moyenne vient d'être abaissée par les dernières nominations des Juges Roberts et Alito.
Le plus ancien sénateur est le sénateur Robert Byrd (démocrate, Virginie Occidentale), élu pour la première fois en 1946, alors que le président actuel n'avait que quelques mois ! Agé de 88 ans, Byrd reste très actif et se représentera à l'occasion des élections organisées l'automne prochain. Sa carrière politique a encore un bel avenir s'il envisage de marcher sur les traces de Strom Thurmond, qui a pris sa retraite sénatoriale en 2003 à l'âge de 100 ans. Il résidait de façon permanente à l'hôpital militaire de Washington !
Des 29 sénateurs soumis à renouvellement cette année (un tiers renouvelable tous les deux ans, pour un mandat de 6 ans), deux sont octogénaires, sept septuagénaires, sept sexagénaires, 10 quinquagénaires, et trois quadragénaires.
Comment expliquer ce phénomène de vieillissement ?
Il tient en partie au Sénat, me semble-t-il : seulement deux sénateurs représentent chaque Etat, de sorte que, compte tenu de la sociologie électorale, la plupart, une fois élus, sont réélus sans difficulté. Pour prendre l'exemple de l'Indiana, nous avons ici un sénateur républicain (Richard Lugar) et un sénateur démocrate (Evan Bayh). Lugar est sénateur depuis 1976 et sa réélection cette année ne devrait poser aucun problème. Bayh, quant à lui, a repris en 1998 le siège détenu par son père pendant des décennies, et a été réélu triomphalement en 2004. Le plus probable est que l'Indiana conserve encore longtemps un sénateur démocrate et un sénateur républicain, car cet équilibre reflète la sociologie profonde de l'Etat, démocrate à Indianapolis et dans le nord industriel, républicain dans les banlieues et dans les campagnes. Et il en va de même dans presque tous les Etats, où la sociologie électorale prend des années à se modifier. En somme, lorsque l'on est élu sénateur, on a toutes les chances d'être réélu, et comme il est humain, et caractéristique des hommes politiques de ne jamais vouloir quitter le pouvoir, la tentation est de continuer tant que la santé suit.
Ce phénomène de vieillissement ne fait aussi que traduire dans le champ politique une réalité sociale américaine : la retraite est prise plus tardivement qu'en Europe, les seniors sont nombreux à travailler, la valeur "travail" signifie encore quelque chose, et la société vieillissant a tendance à élire des représentants lui ressemblant.
Pour ce qui est de la France, être gouverné par des vieillards est plus courant : De Gaulle avait 80 ans à la fin de son mandat, Mitterrand 79 ans, et Jacques Chirac est âgé de 74 ans...
Source : USA Today, 9 juin 2006 : Congress_is_getting_grayer_but_not_ready_to_retire.doc.

















