02 avril 2008
Pour un boycott des JO de Pékin
Dans quelques semaines, le monde a peine remis des joies et des déceptions de l’Euro de football 2008 va s’enflammer pour les JO de Pékin et oublier ce faisant les problèmes de pouvoir d’achat, de tenue vestimentaire de Carla Bruni ou d’inquiétude quant au sort d’Ingrid BETANCOURT.
Cette grand-messe du sport international va captiver l’attention des peuples pendant 3 semaines, diffuser 24h/24 des images de performances cynégétiques et faire la fierté des petits pays dans le seul domaine où ils peuvent tenir la dragée haute aux grandes nations, la course aux lauriers.
Au-delà de l’exaltation de la fierté nationale des vainqueurs et de la beauté du geste du discobole, les JO servent aussi de vitrine au pays hôte et génèrent des milliards d’euros de chiffres d’affaires dans une mécanique bien rodée.
Et le problème est bien là.
La République Populaire de Chine, organisatrice de l’évènement compte bien profiter de ce fabuleux coup de projecteur, comme tous ses prédécesseurs l’ont fait, pour affirmer sa puissance politique et confirmer son adhésion aux valeurs humaines de l’olympisme. L’objectif premier, le plus immaculé, est de ravir aux USA la première place en terme de médailles d’or pour illustrer la supériorité de son régime sur ses concurrents.
Au-délà de cette recherche de gloriole, certes préférable à une confrontation armée entre les peuples, c’est bien une rivalité géopolitique qui apparaît en toile de fond. Car aujourd’hui, les stades ont remplacé les champs de bataille. Ils sont le dernier refuge du nationalisme. C’est en leur sein que se joue une lutte qui débouche toujours sur un rapport vainqueur/vaincu comme les tournois de jadis.
Lorsque l’on est convaincu du caractère éminemment politique des JO, qui était déjà perçu comme tels dans l’Antiquité grecque, il est difficile de ne pas s’interroger sur le bien-fondé d’un boycott de cette prochaine démonstration de force de la dernière grande dictature communiste.
La répression sanglante menée au Tibet, territoire non chinois, occupé militairement depuis plus de 50 ans, doublée d’une colonisation rampante est tout de même fortement éloignée de l’esprit voulu par le baron Pierre de COUBERTIN.
Alors oui, il faut boycotter les JO de Pékin, ne pas cautionner cette farce politico-mercantile, comme les USA ont su boycotter les JO de Moscou en 1980, année de l’agression contre l’Afghanistan.
Défiler devant les dignitaires du PC chinois l’été prochain, c’est revoir les athlètes français défiler le bras tendu devant HITLER à Berlin en 1936.
Oui, le contexte est identique.
La Chine est une grande puissance industrielle et militaire, donc belliqueuse et expansionniste. Elle occupe militairement le Tibet, la Mongolie intérieure (arrachée à la Mongolie), et le Xinjiang, procédant à une sinisation forcée de peuples qui ne le sont pas. Elle menace TAÏWAN, une île qui n’a plus rien avoir le continent, même la langue y est différente. Elle a entrepris une reconquête coloniale de l’Afrique abandonnée par les Européens pour exploiter ses matières premières (lisez le dernier numéro de GEO, vous comprendrez). Plus grave encore, elle parque dans des camps de travail 10 millions de dissidents, inaugurant ainsi les goulags du 3ème millénaire.
Soucieuse de prendre sa revanche sur les traités inégaux du XIXème siècle qui ont meurtri sa fierté nationale, la Chine souhaite faire de cette manifestation l’apothéose de son retour dans le grand concert des nations.
Je trouve regrettable la timidité non seulement des sportifs qui vont se rendre complices de ce forfait, mais surtout des dirigeants politiques occidentaux qui, par peur de perdre de juteux marché, ne veulent pas froisser l’ogre rouge asiatique.
Participer aux JO sans savoir pourquoi, c’est comme fêter Noël quand on n’est pas Chrétien, cela devient un rituel sans fondement, un simple évènement de calendrier comme le changement d’heure 2 fois par an.
Ce calcul est à courte à vue, comme l’était celui de Daladier à Munich en 1938. L’ogre nous dévorera tout de même. Par son gigantisme, par sa soif de revanche, par sa course effrénée à la domination de l’Asie, la Chine s’est engagée dans un processus qui débouchera soit sur une confrontation avec les USA et la Russie (ses voisins directs), soit sur une guerre civile du type de celle qui ponctue l’histoire de ce pays féodal depuis 15 siècles.
C’est inévitable. Nous Européens, nous serons touchés par la raréfaction des matières premières que cela va entraîner dans les deux cas, à commencer par le pétrole d’ici une dizaine d’année.
La Chine aujourd’hui, c’est l’Allemagne il y a un siècle.
PORTALINUS
06 décembre 2007
La lettre d'Ingrid Betancourt, citoyenne de France
Vous en avez peut-être déjà connaissance, mais cette lettre mérite d'être lue. Il y passe une émotion réelle, qui m'a fait penser à certaines lettres de Vaclav Havel quand il était en détention. J'ai souligné certains passages forts. Il faut avoir un sacré cran pour écrire une telle lettre au milieu de la jungle, sous la garde de guérilleros communistes cyniques.
"C'est un moment très dur pour moi. Ils demandent des preuves de vie brusquement et je t'écris mon âme tendue sur ce papier. Je vais mal physiquement. Je ne me suis pas réalimentée, j'ai l'appétit bloqué, les cheveux me tombent en grande quantité. Je n'ai envie de rien. Je crois que c'est la seule chose de bien, je n'ai envie de rien, car ici, dans cette jungle, l'unique réponse à tout est "non". Il vaut mieux, donc, n'avoir envie de rien pour demeurer au moins libre de désirs. Cela fait trois ans que je demande un dictionnaire encyclopédique pour lire quelque chose, apprendre quelque chose, maintenir vive la curiosité intellectuelle. Je continue à espérer qu'au moins par compassion ils m'en procureront un, mais il vaut mieux ne pas y penser. Chaque chose est un miracle, même t'entendre chaque matin, car la radio que j'ai est très vieille et abîmée.
Je veux te demander, Mamita Linda, que tu dises aux enfants qu'ils m'envoient trois messages hebdomadaires (...). Rien de transcendant, si ce n'est ce qui leur viendra à l'esprit et ce qu'ils auront envie d'écrire (...). Je n'ai besoin de rien de plus, mais j'ai besoin d'être en contact avec eux. C'est l'unique information vitale, transcendante, indispensable, le reste ne m'importe plus (...).
Comme je te disais, la vie ici n'est pas la vie, c'est un gaspillage lugubre de temps. Je vis ou survis dans un hamac tendu entre deux piquets, recouvert d'une moustiquaire et avec une tente au-dessus, qui fait office de toit et me permet de penser que j'ai une maison. J'ai une tablette où je mets mes affaires, c'est-à-dire mon sac à dos avec mes vêtements et la Bible qui est mon unique luxe. Tout est prêt pour que je parte en courant. Ici rien n'est à soi, rien ne dure, l'incertitude et la précarité sont l'unique constante. A chaque instant, ils peuvent donner l'ordre de tout ranger (pour partir) et chacun doit dormir dans n'importe quel renfoncement, étendu n'importe où, comme n'importe quel animal (...).
Mes mains suent et j'ai l'esprit embrumé, je finis par faire les choses deux fois plus doucement qu'à la normale. Les marches sont un calvaire car mon équipement est très lourd et je ne le supporte pas. Mais tout est stressant, je perds mes affaires ou ils me les prennent, comme le jean que Mélanie m'avait offert pour Noël, que je portais quand ils m'ont pris. L'unique chose que j'ai pu garder est la veste, cela a été une bénédiction, car les nuits sont glaciales, et je n'ai eu rien de plus pour me couvrir.
Avant, je profitais de chaque bain dans le fleuve. Comme je suis la seule femme du groupe, je dois y aller presque totalement vêtue : short, chemise, bottes. Avant j'aimais nager dans le fleuve, mais maintenant je n'ai même plus le souffle pour. Je suis faible, je ressemble à un chat face à l'eau. Moi qui aimais tant l'eau, je ne me reconnais pas. (...) Mais depuis qu'ils ont séparé les groupes, je n'ai pas eu l'intérêt ni l'énergie de faire quoi que ce soit. Je fais un peu d'étirements car le stress me bloque le cou et cela me fait très mal.
Avec les exercices d'étirement, je parviens à détendre un peu mon cou. (...) Je fais en sorte de rester silencieuse, je parle le moins possible pour éviter les problèmes. La présence d'une femme au milieu de tant de prisonniers masculins qui sont dans cette situation depuis huit à dix ans est un problème (...). Lors des inspections, ils nous privent de ce que nous chérissons le plus. Une lettre de toi qui m'était arrivée m'a été prise après la dernière preuve de survie, en 2003. Les dessins d'Anastasia et Stanislas (neveux d'Ingrid), les photos de Mélanie et Lorenzo, le scapulaire de mon papa, un programme de gouvernement en 190 points, ils m'ont tout pris. Chaque jour, il me reste moins de moi-même. Certains détails t'ont été racontés par Pinchao. Tout est dur.
Il est important que je dédie ces lignes à ces êtres qui sont mon oxygène, ma vie. A ceux qui me maintiennent la tête hors de l'eau, qui ne me laissent pas couler dans l'oubli, le néant et le désespoir. Ce sont toi, mes enfants, Astrid et mes petits garçons, Fab (Fabrice Delloye, son ex-mari et le père de ses enfants), Tata Nancy et Juanqui (Juan Carlos, son mari).
Chaque jour, je suis en communication avec Dieu, Jésus et la Vierge (...). Ici, tout a deux visages, la joie vient puis la douleur. La joie est triste. L'amour apaise et ouvre de nouvelles blessures... C'est vivre et mourir à nouveau.
Pendant des années, je n'ai pas pu penser aux enfants, et la douleur de la mort de mon papa accaparait toute ma capacité de résistance. Je pleurais en pensant à eux, je me sentais asphyxiée, sans pouvoir respirer. En moi, je me disais : "Fab est là, il veille à tout, il ne faut pas y penser ni même penser." Je suis presque devenue folle avec la mort de mon papa. Je n'ai jamais su comment cela s'est passé, qui était là, s'il m'a laissé un message, une lettre, une bénédiction. Mais ce qui a soulagé mon tourment a été de penser qu'il est parti confiant en Dieu et que là-bas je le retrouverai pour le prendre dans mes bras. Je suis certaine de cela. Te sentir a été ma force. Je n'ai pas vu de messages jusqu'à ce qu'il me mette dans le groupe de (l'otage) Lucho, Luis Eladio Pérez, le 22 août 2003. Nous avons été de très bons amis, nous avons été séparés en août. Mais durant ce temps il a été mon soutien, mon écuyer, mon frère (...).
J'ai en mémoire l'âge de chacun de mes enfants. A chaque anniversaire, je leur chante le Happy Birthday. Je demande à ce qu'ils me laissent faire un gâteau. Mais depuis trois ans, à chaque fois que je le demande, la réponse est non. Ça m'est égal s'ils amènent un biscuit ou une soupe de riz et de haricot, ce qui est habituel, je me figure que c'est un gâteau et je leur célèbre dans mon coeur leur anniversaire.
A ma Melelinga (Mélanie), mon soleil de printemps, ma princesse de la constellation du Cygne, à elle que j'aime tant, je veux te dire que je suis la maman la plus fière de cette terre (...). Et si je devais mourir aujourd'hui, je partirais satisfaite de la vie, en remerciant Dieu pour mes enfants. Je suis heureuse pour ton master à New York. C'est exactement ce que je t'aurais conseillé. Mais attention, il est très important que tu fasses ton DOCTORAT. Dans le monde actuel, même pour respirer, il faut des lettres de soutien (...). Je ne vais pas même me fatiguer à insister auprès de Loli (Lorenzo) et Méla qu'ils n'abandonnent pas avant d'avoir leur doctorat. J'aimerais que Méla me le promette.
(...) Mélanie, je t'ai toujours dit que tu étais la meilleure, bien meilleure que moi, une sorte de meilleure version de ce que j'aurais voulu être. C'est pourquoi, avec l'expérience que j'ai accumulée dans ma vie et dans la perspective que donne le monde vu à distance, je te demande, mon amour, que tu te prépares à arriver au sommet.
A mon Lorenzo, mon Loli Pop, mon ange de lumière, mon roi des eaux bleues, mon chef musicien qui me chante et m'enchante, au maître de mon coeur, je veux dire que depuis qu'il est né jusqu'à aujourd'hui, il a été ma source de joies. Tout ce qui vient de lui est du baume pour mon coeur, tout me réconforte, tout m'apaise, tout me donne plaisir et placidité (...). J'ai enfin pu entendre sa voix, plusieurs fois cette année. J'en ai tremblé d'émotion. C'est mon Loli, la voix de mon enfant, mais il y a déjà un autre homme sur cette voix d'enfant. Un enrouement d'homme-homme, comme celle de mon papa (...). L'autre jour, j'ai découpé une photo dans un journal arrivé par hasard. C'est une publicité pour un parfum de Carolina Herrera, "212 Sexy men". On y voit un jeune homme et je me suis dit : mon Lorenzo doit être comme ça. Et je l'ai gardée.
La vie est devant eux, qu'ils cherchent à arriver le plus haut. Etudier est grandir : non seulement par ce qu'on apprend intellectuellement, mais aussi par l'expérience humaine, les proches qui alimentent émotionnellement pour avoir chaque jour un plus grand contrôle sur soi, et spirituellement pour modeler un plus grand caractère au service d'autrui, où l'ego se réduit à sa plus minime expression et où on grandit en humilité et force morale. L'un va avec l'autre. C'est cela vivre (...).
A mon Sébastien (fils du premier mariage de Fabrice Delloye), mon petit prince des voyages astraux et ancestraux. J'ai tant à te dire ! Premièrement, que je ne veux pas partir de ce monde sans qu'il n'ait la connaissance, la certitude et la confirmation que ce ne sont pas deux, mais trois enfants d'âme que j'ai (...). Mais avec lui, je devrais dénouer des années de silence qui me pèsent trop depuis la prise d'otage. J'ai décidé que ma couleur favorite était le bleu de ses yeux (...). Si je venais à ne pas sortir d'ici, je te l'écris pour que tu le gardes dans ton âme, mon Babon adoré, et pour que tu comprennes ce que j'ai compris quand ton frère et ta soeur sont nés : je t'ai toujours aimé comme le fils que tu es et que Dieu m'a donné. Le reste n'est que des formalités.
(...) Je sais que Fab a beaucoup souffert à cause de moi. Mais que sa souffrance soit soulagée en sachant qu'il a été la source de paix pour moi. (...) Dis à Fab que sur lui je m'appuie, sur ses épaules je pleure, qu'il est mon soutien pour continuer à sourire de tristesse, que son amour me rend forte. Parce qu'il fait face aux nécessités de mes enfants, je peux cesser de respirer sans que la vie ne me fasse tant mal. (...)
A mon Astrica, tant de choses que je ne sais par où commencer. Tout d'abord, lui dire que "sa feuille de vie" m'a sauvée pendant la première année de prise d'otage, pendant l'année de deuil de mon papa (...). J'ai besoin de parler avec elle de tous ces moments, de la prendre dans mes bras et de pleurer jusqu'à ce que se tarisse le puits de larmes que j'ai dans mon coeur. Dans tout ce que je fais dans la journée, elle est en référence. Je pense toujours : "Ça, je le faisais avec Astrid quand nous étions enfants" ou : "Ça, Astrid le faisait mieux que moi". (...) Je l'ai entendu plusieurs fois à la radio. Je ressens beaucoup d'admiration pour son expression impeccable, pour la qualité de sa réflexion, pour la domination de ses émotions, pour l'élégance de ses sentiments. Je l'entends et je pense : "Je veux être comme ça" (...). Je m'imagine comment vont Anastasia et Stanis. Combien cela m'a fait mal qu'ils me prennent leurs dessins. Le poème d'Anastasia disait : "Par un tour du sort, par un tour de magie ou par un tour de Dieu, en trois années ou trois jours, tu seras de retour parmi nous." Le dessin de Stanis était un sauvetage en hélicoptère, moi endormie et lui en sauveur.
Mamita, il y a tant de personnes que je veux remercier de se souvenir de nous, de ne pas nous avoir abandonnés. Pendant longtemps, nous avons été comme les lépreux qui enlaidissaient le bal. Nous, les séquestrés, ne sommes pas un thème "politiquement correct", cela sonne mieux de dire qu'il faut être fort face à la guérilla même s'il faut sacrifier des vies humaines. Face à cela, le silence. Seul le temps peut ouvrir les consciences et élever les esprits. Je pense à la grandeur des Etats-Unis, par exemple. Cette grandeur n'est pas le fruit de la richesse en terres, matières premières, etc., mais plutôt le fruit de la grandeur d'âme des leaders qui ont modelé la Nation. Quand Lincoln a défendu le droit à la vie et à la liberté des esclaves noirs en Amérique, il a aussi affronté beaucoup de Floridas et Praderas (municipalités demandées par les FARC pour la zone démilitarisée). Beaucoup d'intérêts économiques et politiques qui considéraient être supérieurs à la vie et à la liberté d'une poignée de Noirs. Mais Lincoln a gagné, et il reste imprimé sur le collectif de cette nation la priorité de la vie de l'être humain sur quelque autre type d'intérêt.
En Colombie, nous devons encore penser à notre origine, à qui nous sommes et où nous voulons aller. Moi, j'aspire à ce qu'un jour nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil. Quand nous serons inconditionnels face à la défense de la vie et de la liberté des nôtres, c'est-à-dire quand nous serons moins individualistes et plus solidaires, moins indifférents et plus engagés, moins intolérants et plus compatissants. Alors, ce jour-là, nous serons la grande nation que nous voulons tous être. Cette grandeur est là endormie dans les coeurs. Mais les coeurs se sont endurcis et pèsent tant qu'ils ne nous permettent pas des sentiments élevés.
Mais il y a beaucoup de personnes que je voudrais remercier car elles ont contribué à réveiller les esprits et à faire grandir la Colombie. Je ne peux pas tous les mentionner (elle cite alors l'ex-président Lopez et "en général tous les ex-présidents libéraux", Hernan Echavarria, les familles des députés du Valle, Mgr Castro et le Père Echeverri).
Mamita, hélas, ils viennent demander les lettres. Je ne vais pas pouvoir écrire tout ce que je veux. A Piedad et à Chavez, toute, toute mon affection et mon admiration. Nos vies sont là, dans leur coeur, que je sais grand et valeureux. (Elle dédie alors un paragraphe de remerciements à Chavez, Alvaro Leyva, Lucho Garzon, l'ancien maire de Bogota, et Gustavo Petro, puis mentionne des journalistes).
Mon coeur appartient aussi à la France (...). Quand la nuit était la plus obscure, la France a été le phare. Quand il était mal vu de demander notre liberté, la France ne s'est pas tue. Quand ils ont accusé nos familles de faire du mal à la Colombie, la France les a soutenues et consolées.
Je ne pourrais pas croire qu'il est possible de se libérer un jour d'ici si je ne connaissais pas l'histoire de la France et de son peuple. J'ai demandé à Dieu qu'il me recouvre de la même force que celle avec laquelle la France a su supporter l'adversité, pour me sentir plus digne d'être comptée parmi ses enfants. J'aime la France de toute mon âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composantes de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. J'aime la France avec mon coeur, car j'admire la capacité de mobilisation d'un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c'est s'engager. (...) Toutes ces années ont été terribles, mais je ne crois pas que je pourrais être encore vivante sans l'engagement qu'ils nous ont apporté à nous tous qui, ici, vivons comme des morts.
(...) Je sais que ce que nous vivons est plein d'inconnues, mais l'histoire a ses temps propres de maturation, et le président Sarkozy est sur le méridien de l'Histoire. Avec le président Chavez, le président Bush et la solidarité de tout le continent, nous pourrions assister à un miracle. Durant plusieurs années, j'ai pensé que tant que j'étais vivante, tant que je continuerai à respirer, je dois continuer à héberger l'espoir. Je n'ai plus les mêmes forces, cela m'est très difficile de continuer à croire, mais je voudrais qu'ils ressentent que ce qu'ils ont fait pour nous fait la différence. Nous nous sommes sentis des êtres humains (...).
Mamita, j'aurais plus de choses à dire. T'expliquer que cela fait longtemps que je n'ai pas de nouvelles de Clara et de son bébé (...). Mamita, que Dieu nous vienne en aide, nous guide, nous donne la patience et nous recouvre. Pour toujours et à jamais."
15 novembre 2007
Les sept erreurs de Kill Bill 2
J’avais commencé à rédiger une réponse à Kill Bill 2 (excellent film au demeurant...) qui a pris la peine de commenter l’article consacré au discours de Nicolas Sarkozy devant le Congrès des Etats-Unis du 10 novembre dernier.
Puis, devant la taille que prenait ma réponse (on se laisse emporter, parfois !), je me suis aperçu que les objections de Kill Bill 2 reflétaient assez fidèlement des critiques qui ont largement cours.
Il fallait saisir cette opportunité de leur régler leur compte.
1) Le voyage de Nicolas Sarkozy aurait été programmé au mauvais moment car la politique de l'actuel président américain est contestée
L'amitié entre les Etats-Unis et la France n'est pas une question de régime politique ou de président en place : elle n'est pas conjoncturelle.
Les Etats-Unis et la France partagent un même fonds de valeurs, une riche histoire commune, et des intérêts convergents. Cela me paraît suffisant pour surmonter les désagréments liés aux différences de personnalité.
2) Le voyage serait programmé au mauvais moment car Bush serait en fin de mandat et il aurait mieux vallu attendre le prochain président
Le calendrier diplomatique de la France ne se calque pas sur les élections américaines. C'était le bon moment car Nicolas Sarkozy est au début de son mandat, et que c'est le bon moment pour lui pour réorienter la politique étrangère de la France. S'il ne donne pas maintenant l'impulsion en matière de rééquilibrage de l'Alliance atlantique, de défense européenne, de diplomatie morale, rien ne se passera dans les cinq années qui viennent. La rupture, c'est aussi en diplomatie qu'il faut l'engager, il n'y a pas de raison d'attendre. Sinon, quoi ? Il faudra attendre le dénouement de la crise politique allemande, les élections en Russie, les JO de Pékin ou encore l'éclatement de la Belgique ? Rappelons-nous que Bonaparte a mis en place les institutions de l'Empire en moins de cinq ans : on peut beaucoup faire en un quinquennat. Encore faut-il éviter d'attendre les six derniers mois pour agir. Nicolas Sarkozy agit, et c'est pour cela que les Français l'ont choisi.
3) Nicolas Sarkozy se serait rapproché de George Bush
Sarkozy n'est pas venu faire ami ami avec George Bush, mais s'est adressé au peuple américain par l'intermédiaire de ses représentants. J'observe d'ailleurs qu'il s'est adressé à un Congrès à majorité démocrate, qui l'a d'ailleurs chaleureusement ovationné. Sans doute parce que les Démocrates ont trouvé dans le discours du président français un écho aux propres critiques qu'eux mêmes formulent à l'encontre de l'administration actuelle.
4) Le Président incarne à lui seul la politique étrangère des Etats-Unis
Sur le plan constitutionnel, il faut prendre garde à ne pas pécher par gallo-centrisme : les institutions américaines sont très différentes des institutions politiques françaises et le pouvoir politique est véritablement partagé entre le Congrès et le Président, même en politique étrangère. L'Amérique, ce n'est pas seulement son Président, mais le Président + le Congrès.
5) George Bush serait affaibli et impopulaire aux Etats-Unis même
Les peuples sont versatiles : Bush a été elu (mal) et réélu (très bien). Sa politique irakienne a été soutenue par une très large majorité d'Américains et par une grande partie du parti démocrate. Encore maintenant, malgré les difficultés, une forte proportion d'Américains soutiennent la politique américaine en Irak. Les Etats-Unis sont une grande démocratie et il est bien naturel que des interrogations surgissent face aux nombreuses erreurs commises et aux difficultés qui se font jour. Mais dans l'ensemble, le pays fait face aux événements d'une maniere plutôt courageuse.
6) L'anti américanisme français serait lié en garnde partie à la personnalité de son président actuel
La détestation de l'Amérique en France ne vient pas de George Bush. Je veux bien admettre qu'il n'est pas populaire en Europe et qu'il n'a pas contribué à faire aimer l'Amérique de ce côté-ci de l'Océan atlantique.
Il demeure : l'anti americanisme français a des racines bien plus profondes, qui préexistaient à l'élection de George Bush. Il rassemble l'extrême gauche anti mondialisation qui voit en l'Amérique le champion du capitalisme et du libre echange, l'extrême droite qui ne digère pas le statut de puissance de second rang de la France, les Antisionistes (et antisémites) de tous poils qui reprochent à Washington son soutien à Israël, les Européens sécularisés et déchristianisés qui ont oubliés les racines religieuses de l'Occident et observent avec curiosité ces Occidentaux d'un autre genre qui n'ont pas rompu avec la Bible.
7) La visite de Nicolas Sarkozy à George Bush exposerait la France à des représailles d'Al Qaida
Renoncer à soutenir une politique que l'on croit juste parce que l'on craint des représailles ennemies, c'est se préparer à la capitulation face à ceux qui utilisent des moyens abjects pour faire avancer leur cause, et leur donner du même coup raison lorsqu'ils voient en l'Europe un continent veule et aboulique, jouisseur et raisonneur.
La politique de la France n'a pas vocation à plaire à Al Qaida, et il me contrarierait plutôt qu'elle le satisfasse.
10 novembre 2007
Le Président Sarkozy reçu au Congrès des Etats-Unis le 7 novembre
DISCOURS DE SARKO AU PEUPLE AMERICAIN !
Vidéo envoyée par ouapouap
Ce discours n'a rien de bien original, mais il est des vérités d'évidence qu'il convient de toujours rappeler, de marteler : la France et les Etats-Unis sont alliés depuis plus de 200 ans !
Avec quel autre pays pouvons-nous nous vanter d'avoir noué une relation aussi ancienne, aussi pacifique ? Quel autre pays nous a aidé de façon aussi décisive à recouvrer la liberté ? Quel autre pays serait à coup sûr à nos côtés si nous devions courir de grands périls ?
Le discours de Nicolas Sarkozy au Congrès est novateur, non par les paroles prononcées, mais par le seul fait qu'il ait eu lieu.
Ce discours est également courageux, car nombreux sont ceux en France qui stigmatiseront "Sarko l'Américain", et entretiendront leur haine recuite des Etats-Unis.
Qu'importe, Nicolas Sarkozy a fait le bon choix, et a su trouver les mots justes : "chaque fois que dans le monde tombe un soldat américain, je pense à ce que l'armée d'Amérique a fait pour la France".
Si les Ricains n'étaient pas là...
19 août 2007
Des harkis irakiens ?
Lorsque, dernièrement, le contingent danois en Irak a plié bagage, le Danemark a automatiquement accordé l'asile aux 60 irakiens qu'il employait sur place (200 personnes avec les familles).
A l'inverse, les Britanniques, dont le retrait d'Irak est quasi certain au cours de l'année à venir, se refusent pour l'heure à suivre l'exemple danois, et ont d'ores et deja refusé d'accorder le statut de demandeur d'asile aux traducteurs les assistant dans leur mission.
L'attitude à observer à l'égard des auxiliaires des troupes de la Coalition en Irak n'est pas simple, et se posera avec une acuité toute particulière lorsque les Américains eux-mêmes quitteront le pays.
Lorsque j'étais en Virginie, dans la banlieue de Washington, dans ces zones peuplées presque exclusivement de familles de soldats (principalement d'officiers) de l'armée du Sud Vietnam, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'un jour peut-être, à Arlington ou Alexandria, il y aurait une banlieue irakienne, constituée de tous ceux qui ont cru aux promesses, finalement non tenues, des Etats-Unis.
Les Etats-Unis sont le havre des combattants de la liberté de par le monde. "France, patrie des droits de l'homme", certes, mais il en va de même, à une toute autre échelle, des Etats-Unis. Lors de mon séjour américain, j'ai rencontre des Hmongs travaillant pour Radio Free Asia (et financés par le Département d'Etat), des Tibétains, des Chinois démocrates, des Taïwanais en grand nombre, des Musulmans chinois du Xin Jiang, des Iraniens anti mollah, des Libanais, des Coptes persécutés, des Cambodgiens rescapés du génocide, des Vénézueliens anti Chavez, des Cubains anti castristes, des Marocains occidendalisés, et combien de Juifs ayant fui l'Europe...
Quelle ligne suivront les Américains, et quelle position doivent adopter les Britanniques ?
Certes, l'Irak connait une situation instable, de grande violence, et ceux qui ont aidé la Coalition sont perçus, par certains, comme des traitres. Les auxiliaires et leurs familles vivront sous une menace de mort permanente.
Mais il n'est pas certain que la solution réside dans l'exode de tous les alliés de la Coalition.
Si les effectifs étaient réduits s'agissant du Danemark, on parle de 20 000 personnes pour le Royaume Uni, et de plus de 60 000 avec les familles. Les proportions sont sans doute de l'ordre du décuple pour les Etats-Unis.
Au total, près d'un million de personnes. Un million de personnes qui pourraient contribuer à l'émergence du nouvel Irak qui a motivé l'intervention de la Coalition. Un million de personnes qui peuvent se battre, travailler, influer, voter, ont des relations, des réseaux d'amis, de fidélites, qui peuvent contribuer à faire de l'Irak un pays plus stable et plus démocratique.
La Coalition n'a pas perdu la guerre en Irak. Il est à peu près certain qu'elle ne la gagnera jamais. La situation la plus positive envisageable actuellement est celle d'un retrait progressif de la Coalition avec, en parallèle, le renforcement progressif des institutions irakiennes, et singulièrement de l'armée irakienne.
Le niveau de violence atteint un niveau élevé, mais il est exclu que la Résistance irakienne remporte la mise : elle est bien trop divisée. Et s'agissant d'Al Qaida, sa force de nuisance est considérable, mais l'organisation terroriste ne peut pas envisager autre chose que des attentats aveugles et extrêmement brutaux (qui lui aliènent d'ailleurs de larges portions de la population et de la Résistance irakienne). En bref, les Khmers Rouges ne sont pas aux portes de Phnom Penh, et le Vietminh n'est pas sur le point de prendre Saïgon.
Dans ces conditions, le devoir des Auxiliaires irakiens est de rester dans leur pays et de se battre contre ceux qui le vouent à sa perte. Cependant, à la différence des Partisans indigènes de l'armée française en Indochine ou des Harkis en Algérie, les armées de la Coalition ne doivent pas les désarmer avant de quitter le pays. Ce serait alors, pour sûr, les vouer à une mort certaine. Non, il faut les armer, les former, et les soutenir.
Ce n'est que si la situation devait être irrémédiablement compromise que l'exigence humanitaire imposerait de rapatrier les Auxiliaires de la Coalition. Partir maintenant, ce serait admettre que tous les efforts déployés depuis cinq ans, tous les moyens engagés, l'ont été en vain. Que les morts ont été sacrifiés pour rien. Mais la guerre n'est pas perdue, et il n'est point encore temps pour les Auxiliares de partir à la cueillette aux champignons dans le Surrey.
Nul n'a jamais prétendu que le chemin de la Liberté était le plus facile à emprunter.
25 juillet 2007
Histoires belges
Gaffe Yves Leterme sur l'hymne national belge
Vidéo envoyée par gumaes
Le futur premier ministre belge, Yves Leterme (chef du parti chrétien-démocrate flamand), confond la brabançonne (hymne belge) avec la Marseillaise et ne connait pas l'origine de la fête nationale du pays qu'il aspire à diriger.
Il faut ajouter que, dans ce reportage de la RTBF, le président de la région Wallonie et l'actuel premier ministre belge, Guy Verhofstadt, sont eux aussi incapables de dire (tout comme 80 % de leurs concitoyens), à quoi correspond le 20 juillet, fête nationale belge. Pour mémoire, la bonne réponse est la prestation de serment de Léopold 1er comme roi des Belges, le 21 juillet 1831.
Morale de l'histoire : au mieux, il semblerait que les Belges souhaitent donner du crédit aux blagues belges. Au pire, on peut se demander quel est l'avenir d'un pays dans lequel l'affectio societatis est aussi faible.
04 juillet 2007
Changement de régime
Dans le prolongement du post sur le précédent sur le néoconservatisme, voici une citation intéressante de William Kristol et Robert Kagan, tirée de leur ouvrage Present Dangers (p. 16-17), et piochée dans "D'où viennent les néo-conservateurs ?" de Francis Fukuyama :
"Pour beaucoup, l'idée de l'Amérique utilisant sa puissance pour promouvoir des changements de régime relève de l'utopie. Pourtant, elle est de fait éminemment réaliste. Il y a quelque chose de pervers à proclamer l'impossibilité de promouvoir des changements démocratiques à l'étranger, à la lumière de ce qui s'est passé au cours des trois dernières décennies. Après avoir vu les dictatures renversées par les forces démocratiques dans des pays aussi problématiques que les Philippines, l'Indonésie, le Chili, le Nicaragua, le Paraguay, Taïwan et la Corée du Sud, est-il vraiment utopique d'imaginer un changement de régime en Irak ? Est-il vraiment utopique de travailler à la chute de l'oligarchie communiste en Chine, alors qu'une oligarchie beaucoup plus puissante et - apparemment - plus stable s'est effondrée en Union soviétique ? Avec les changements démocratiques qui ont parcouru le monde à cadence accélérée pendant ces trente dernières années, est-il vraiment "réaliste" de proclamer qu'aucune autre victoire ne peut être gagnée".
29 juin 2007
Un modèle tunisien ?
Face au chaos politique et à la détresse économique qui frappent le monde arabo-musulman, le Maghreb tire honorablement son épingle du jeu, avançant cahin-caha vers davantage de démocratie et de respect des droits fondamentaux et connaissant une croissance économique vigoureuse.
Des trois nations nord africaines, la Tunisie apparaît comme un ilôt de prospérité et de stabilité : elle est sans doute celle qui connaît les plus grands succès, et ce alors qu'elle est quasi dépourvue de richesses naturelles.
Qu'on en juge, entre 1997 et 2006, le taux de croissance moyen s'est élevé à 4,5 %, la misère a quasiment disparu (4 % de la population en dessous du seuil de pauvreté), 80 % de la population appartient à la classe moyenne, la Tunisie est désormais la nation africaine la plus compétitive (devant l'Afrique du Sud), le taux de couverture sociale atteint 89 %, le taux de scolarisation dans l'enseignement supérieur est passé de 5,7 % à 35,5 % de 1985 à 2005, et l'espérance de vie de 67 ans à 73,5 ans sur la même période.
La Tunisie est clairement sur le chemin du développement économique.
Ajoutons que le pays reste à l'écart de l'embrasement islamiste, que les femmes tunisiennes bénéficient de droits uniques dans le monde musulman, que la laïcité est fermement appliquée, et que la Tunisie est stable et sûre.
Certes, les libertés politiques sont restreintes : les élections, notamment celle du président Ben Ali, sont une mascarade, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (parti unique) monopolise toutes les fonctions politiques, les avocats rencontrent de grandes difficultés à remplir les fonctions, les partis islamistes sont interdits (mais le slogan révolutionnaire ne nous enseignait-il pas déjà qu'il ne saurait y avoir de liberté pour les ennemis de la liberté ?) des détenus politiques (en petit nombre cependant) sont à déplorer, la liberté d'expression est bridée (notamment sur Internet).
Mais vaut-il mieux la croissance économique associée au respect de droits de l'homme fondamentaux (la Tunisie reste un pays de libertés et de tolérance, notamment pour les femmes et les minorités religieuses) ou une démocratie faciale avec la stagnation économique ? Il serait préférable, c'est entendu, associer libertés politiques et économiques dans la croissance et le bonheur, mais force est de constater que cela n'existe pas actuellement sur la planète arabo-musulmane et que le mix tunisien reste très positif par rapport aux nations comparables.
Notons d'ailleurs, qu'il n'existe pas une seule véritable démocratie musulmane dans le monde (à part la Turquie et l'Indonésie, qui ne sont pas des pays arabes, et restent encore loin du modèle d'une démocratie idéale).
Le modèle tunisien reste sans doute le mieux à même de permettre l'avènement d'une véritable démocratie, sur le modèle européen : la croissance économique, l'élévation du niveau de vie, l'alphabétisation, l'émergence d'une classe moyenne, l'apprentissage de l'altérité par l'éducation, la lutte contre l'obscurantisme religieux, l'émancipation féminine, l'acceptation de l'interdépendance internationale sont des conditions nécessaires à la mise en place d'une démocratie tunisienne solide et pérenne.
Espérons seulement que les autorités tunisiennes sauront assouplir, en temps utile, les contraintes enserrant la vie politique tunisienne lorsque le pays aura atteint la maturité démocratique nécessaire.
*
En naviguant sur le site Internet du RCD, je suis tombé sur cet exemple édifiant de langue de bois propre aux pays connaissant un régime de parti unique. Cette déclaration a été publiée par le Bureau Politique du RCD à l'occasion du dépôt par le Président Ben Ali de sa candidature à l'élection présidentielle du 24 octobre 2004 :
"En ce jour glorieux où le Président Zine El Abidine Ben Ali, candidat du Rassemblement constitutionnel démocratique procède au dépôt de sa candidature à l'élection présidentielle du 24 octobre 2004 conformément aux dispositions de la constitution,Le Bureau politique du RCD exprime, au nom de ses militants et militantes à l'intérieur et à l'extérieur, ses profonds sentiments de fierté et de satisfaction soulignant l'importance de ce grand évènement historique où l'engagement est renouvelé entre le guide et son peuple pour la dignité et la gloire de la Tunisie .
En cette heureuse occasion, le Bureau politique exprime au fils valeureux de la Tunisie, le Président Zine El Abidine Ben Ali, ses plus profondes expressions de considération, d'estime et de reconnaissance pour ce qu'il a réalisé à la Tunisie en stabilité et paix et pour le bien-être, la prospérité et la dignité auxquels il a hissé le peuple tunisien grâce à ses choix avant-gardistes et à sa politique intégrale de développement qui a fait de la Tunisie un exemple de progrès et de réussite.
Le Bureau politique exprime sa grande fierté pour le soutien populaire spontané et total des citoyens, citoyennes, des organisations nationales et de toutes les composantes de la société civile à la candidature du Président Ben Ali, ce qui concrétise, de la meilleure illustration, la cohésion des Tunisiens et des Tunisiennes, à l'intérieur, et à l'extérieur, autour de l'artisan du Changement et leur attachement à l'héros du 7 Novembre, le sauveur du pays, le réalisateur des acquis et le bâtisseur de la République de demain.
A l'heure où la Tunisie avance à pas sûrs sur la voie de la réforme, de la modernité et de l'édification démocratique et civilisationnelle dans un monde marqué par les changements profonds et des défis majeurs, le Bureau politique exprime sa conviction que la conduite de notre pays par le Président Ben Ali constitue la meilleure garantie pour gagner les paris nationaux, réaliser les ambitions du peuple et renforcer la place de la Tunisie parmi les nations.
Le Bureau politique renouvelle, à cette occasion historique majeure, la fidélité permanente des militants et militantes du RCD au Président Zine El Abidine Ben Ali et leur engagement constant à demeurer fidèles et loyaux à la Tunisie afin de préserver son invulnérabilité et sa souveraineté.
Le Bureau politique souligne également l'engagement des constitutionnels et des constitutionnelles à œuvrer pour faire réussir la prochaine échéance électorale de manière à refléter le degré de progrès et de maturité qu'a atteints le peuple tunisien dans le cadre de l'Etat de droit et des institutions et son sentiment de responsabilité sous la conduite clairvoyante du Président Zine El Abidine Ben Ali, bâtisseur de la gloire de la Tunisie, symbole de sa souveraineté et notre choix pour le présent et l'avenir".
07 juin 2007
La vie dure des clichés sur l'Allemagne
Je suis un peu débordé en ce moment, mais je vous renvoie vers le post très intéressant de Caroline sur son blog "Berlin Berlin" : http://berlin.blog.20minutes.fr/archive/2007/05/01/des-clichés.html.
Le dernier point sur l'origine de l'absence de décallage horaire entre Paris et Berlin est surprenant, et j'aimerais bien d'ailleurs que quelqu'un me confirme ce fait historique.
22 mai 2007
Réchauffement franco-américain
La French-American Foundation se donne pour ambition de renforcer les relations entre les Etats-Unis et la France, mission ô combien importante tant l'incompréhension est parfois grande entre les deux nations amies.
Il aura fallu du temps pour combler le sentiment de trahison qu'ont éprouvé les Américains lorsqu'ils se sont rendus compte que, dans une épreuve difficile, la France s'affichait formellement solidaire, mais faisait son possible pour entraver l'action américaine, voire s'efforcait de tirer profit de la situation délicate de son alliée, allant même jusqu'à coaliser des nations disparates pour tenter de lui couper les ailes.
Certains ont cru voire dans la gesticulation chiraquienne une réitération de la geste gaullienne, mais ceux-là oublient sans doute que le général, pour indépendant qu'il se soit affiché face aux Etats-Unis, n'a jamais mégoté son soutien lorsque les circonstances se sont tendues, comme lors de la crise des missiles de Cuba.
Bref, il faut espérer qu'à l'avenir des relations plus chaleureuses s'établiront avec les Etats-Unis, et plus singulièrement avec leurs dirigeants, quels qu'ils soient.
Il semblerait que les Américains, bonne pâte tout de même, se souviennent que la France est leur plus vieille alliée. Ainsi, dans un sondage effectué du 11 au 13 mai 2007 aux Etats-Unis, 80 % des Américains ont répondu qu'il était important pour les Etats-Unis de maintenir de bonne relations avec la France dans l'avenir. Les réponses les plus élevées concernent les jeunes entre 18 et 24 ans (84,5 %), les classes moyennes (87 %), les réponses ne connaissant pas vraiment de variations géographiques entre les nord, el sud, l'est et l'ouest (20070517_Survey).
Plus des deux tiers des Américains ignorent quel impact la présidence de Nicolas Sarkozy aura sur les relations franco-américaines, preuve manifeste qu'ils ne le connaissent pas, pour la plupart d'entre eux. Il m'étonnerait fort qu'ils trouvent à s'en plaindre.


















