"Chroniques transatlantiques"

"J'écris pour savoir ce que je pense" Frédéric Beigbeder

13 mai 2008

Un Mormon au Cap d'Agde

Telle est l'impression que je me faisais hier matin, lundi de Pentecôte, seul en costume cravate sur le quai de la gare. Seul, ou presque, alors que d'ordinaire les banlieusards, chair à canon des bureaux de la capitale, se bourrent les uns contre les autres dans les wagons.

Arrivés à destination, même impression de vide, de ville désertée, abandonnée, un peu à l'image de Manhattan dans Cloverfield ou dans I am Legend : couloirs résonnants, trottoirs dégagés, commerces fermés. Il n'y a pas à dire, le pas de deux gouvernemental au sujet de la suppression du lundi de Pentecôte chômé est un succès total...

Arrivé au cabinet, ce n'est pas mieux. Nous sommes, c'est selon, soit l'avant-garde (éclairée ?) de la réforme, soit les derniers des Mohicans du lundi de Pentecôte travaillé. En tout cas, nous sommes bien les seuls à avoir cru dans les engagements gouvernementaux : confrères aux abonnés absents, poste fermée, téléphone muet, client injoignables. Comment travailler lorsque la France entière se prélasse ?

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L'histoire de la vraie fausse suppression du lundi de Pentecôte constitue un bel exemple d'impuissance du pouvoir.

De prime abord, l'idée de supprimer un jour férié n'était pas absurde :

  1. Les Français, largement déchristianisés, ne savent plus à quoi correspond la Pentecôte. Faites un rapide sondage autour de vous, je serais surpris que vos interlocuteurs puissent vous en parler. De plus, nombre de pays catholiques (Italie, par exemple) n'ont pas fait de la Pentecôte un jour chômé.

  2. Le mois de mai est un gruyère destructurant toute l'économie française, surtout lorsque la répartition des jours de congé favorise la pratique très française des "ponts". En mai 2008, le nombre de jours travaillés est de 17 sur 31... Le monde, lui, ne s'arrête pas de tourner lorsque les Français découvrent les plaisirs des bains de mer.

  3. L'idée d'une solidarité avec les plus anciens est louable. Même si l'idée de travailler un jour supplémentaire pour financer les dépenses vieillesse de ceux qui nous ont laissé un système de retraite aussi calamiteux peut faire toussoter (faibles cotisations, départ à la retraite jeune, taux de remplacement élevé pour eux : cotisations plus élevées, départ à la retraite repoussé, taux de remplacement rogné pour nous : Le Point de la semaine dernière avait raison, la génération actuellement à la retraite a collectivement réalisé le "casse du siècle" au détriment de ses propres enfants).

La question n'est pas tant (elle fait débat ces jours-ci) de savoir si le bénéfice résultant de la journée de solidarité bénéficiera bien aux personnes âgées dépendantes. Ne nous faisons aucune illusion à ce sujet : nos responsables politiques ont monté une de ces belles usines à gaz dont ils ont le secret de façon à pouvoir transférer à leur guise les sommes perçues dans le tonneau des Danaïdes des dépenses de sécurité sociale.

L'essentiel est ailleurs. Il réside dans le fait qu'un jour férié en moins, c'est un jour travaillé en plus. Vous ne me contredirez sans doute pas...

Or tout ce qui va dans le sens de l'augmentation du nombre d'heures travaillées des Français va dans le bon sens : si nous voulons sauvegarder notre protection sociale et, plus singulièrement, sauver le système de retraite par répartition, le tout sans augmenter le montant des cotisations, ni trop réduire le niveau des retraites, il n'y a pas d'autre solution que de travailler davantage :

  • dans la semaine en mettant à bas les 35 heures/hebdomadaires et en supprimant à terme toute durée légale de travail (en ne conservant que le plafond communautaire de 48 heures / semaine)

  • dans l'année, en supprimant des jours fériés (pourquoi pas le 1er mai, le 1er novembre, le 11 novembre ?), ou à tout le moins en revenant sur la pratique des ponts

  • tout au long de la vie, en allongeant la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d'une retraite à taux plein, en passant à 41 ans de cotisation dans un premier temps comme le propose le Gouvernement actuellement, puis sans doute en allant plus loin ensuite.

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Le paradoxe de la situation actuelle est que la sauvegarde du système de retraite par répartition et de notre protection sociale passe par des réformes d'inspiration libérale susceptibles de stimuler la croissance et de favoriser la création de richesse, sans laquelle rien ne sera possible.

Le statu quo, au contraire, ne peut conduire qu'à des révisions déchirantes aboutissant à la remise en cause par étapes de pans entiers de notre protection sociale. Les partisans du statu quo, gauchistes intransigeants et syndicalistes à courte vue, sont les alliés objectifs des Libéraux les plus absolus qui rêvent d'une explosion du système.

Remettre les Français au travail n'est pas aisé, et c'est en cela que les atermoiements gouvernementaux autour de la suppression du lundi de Pentecôte sont le plus regrettables. Ils donnent l'impression qu'il existe encore des alternatives envisageables, que la France peut encore différer les efforts indispensables à la préservation de son modèle social. "C'est l'engourdissement qui précède la paix de la mort", a écrit Jacques Chirac dans d'autres circonstances (appel de Cochin,1978).

Allez les amis, j'espère ne pas être seul sur mon quai de gare l'an prochain !

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25 avril 2008

« L’acquittement de Lydie Debaine, une violence inouïe! »

Ci-après, un communiqué diffusé par Philippe de Lachapelle, Directeur de l’Office chrétien des personnes handicapées (OCH), à la suite de l'acquittement de Lydie Debaine pour le meurtre de sa fille.

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L’acquittement de Lydie Debaine, cette maman qui a tué sa fille Anne-Marie atteinte d’un grave handicap, est dramatique. Certes, chacun a pu être touché par la souffrance de cette maman, qui s’est peu à peu laissée enfermer dans une relation exclusive avec sa fille, ne trouvant aucun soutien ajusté, et craignant que sa fille soit mal traitée dans le seul établissement qu’elle ait pu trouver.

Sans doute est-ce cette émotion qui a conduit le public à applaudir le verdict au moment de son énoncé ? Les commentaires de nombreux médias ont manifesté une forte approbation, épousant la justification de la maman lorsqu’elle exprime le sentiment d’avoir posé un acte juste. « Acte de compassion », « une mort donnée par amour » …

Quelle que soit la compréhension dont on peut entourer cette maman, son acquittement, les applaudissements, les nombreux commentaires qui ont accompagné cette annonce, sont infiniment choquants. Cette décision renforce une idée qui chemine de plus en plus dans les esprits : « le permis de tuer par amour » la personne malade ou handicapée. Après le non lieu dont a bénéficié Marie Humbert, un pas dramatique vient d’être franchi par cette décision qui fera jurisprudence : le meurtre par amour devient un acte juste.

Après Nicolas Perruche, Vincent Humbert, Chantal Sébire, le message continue d’être martelé : la vie d’une personne gravement malade ou handicapée est un non sens. Il vaudrait mieux qu’elle ne soit pas née. Il vaudrait mieux qu’elle ne vive pas. L’aimer vraiment, c’est mettre fin à sa vie. Par compassion ! Quelle violence !

Violence de laisser entendre aussi explicitement à toutes les Anne-Marie que leur vie est sans valeur, et que leurs proches pourraient leur donner la mort par amour.

Violence de laisser entendre aux parents qui, jour après jour, accompagnent leur enfant handicapé que leur combat est sans issue, que le véritable amour, la vraie compassion, seraient de mettre fin aux jours de leur enfant.

Violence de laisser entendre à tous les aidants, médecins, éducateurs, qui agissent auprès de personnes gravement malades ou handicapées que leur élimination est aussi une alternative juste.

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Violence faite à tout un chacun, car au fond, ne sommes-nous pas, vous et moi, un jour ou l’autre en risque de devenir radicalement dépendants ? Devrons-nous nous méfier de l’amour de nos proches ? Et réciproquement, le cas échéant, nos proches devront-ils se méfier de notre amour ?

Oui, par cette décision de justice, la société a fait plus que justifier un acte coupable, indépendamment de la compréhension que l’on peut avoir de son auteur. Elle risque d’ouvrir la porte à toutes les dérives à venir, puisqu’elle a justifié que la personne gravement malade ou handicapée soit éliminée, alors que le seul devoir est de l’accompagner. C’est ce que souligne le procureur général de la Cour d’appel de Versailles en décidant d’interjeter appel de cette décision : « ce verdict d’acquittement pourrait en effet être compris comme un encouragement à l’atteinte volontaire à la vie des handicapés, qui méritent notre protection et notre soutien » a-t-il déclaré.

Il y a presque 50 ans, il y eut en Belgique ce qu’on a appelé « le procès de Liège ». Là aussi, l’acquittement de parents qui avaient tué leur fille gravement handicapée. Des scènes de liesse dans la rue avaient accompagné ce verdict. La violence de cet événement provoqua un grand sursaut des sociétés belge et française, manifestant un mouvement de solidarité à l’égard des personnes gravement atteintes et de leurs parents. Très concrètement alors, Marie-Hélène Mathieu fonda l’Office chrétien des personnes handicapées (OCH) pour soutenir les familles, susciter des réponses à leurs besoins, apporter un éclairage sur la valeur sacrée de la personne handicapée et sa place dans la société.

Aujourd’hui comme il y a 50 ans, d’un mal peut sortir un bien : le « oui » à la vie de toute personne, quelles que soient ses limites, l’appel à l’engagement de chacun et de toute la société pour son accompagnement, en particulier par la création de lieux de vie.

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27 février 2008

Mississipi en conserve

Tel est le nom d'un blog francophone constitué presqu'exclusivement de photographies du Mississipi, et plus largement du Sud des Etats-Unis (Mississipi en conserve ).

Un goût certain pour l'Amérique profonde du Sud profond, pour la pauvreté, pour les déclassés et les paumés. L'auteur a un véritable talent pour mettre en valeur la laideur américaine. C'est moche, souvent, l'Amérique : tous ces parkings, ces zones mal urbanisées, ces aires commerciales criardes, ces quartiers miséreux, cette vulgarité écoeurante.

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La société de consommation apparaît alors dans toute son horreur : il ne m'est jamais apparu avec autant d'évidence que nous étions tous, autant que nous sommes, et à des degrés divers, réduits à l'état de consommateurs.

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En France, on peut encore croire que ce sont les valeurs qui l'emportent : les Français ont tellement mal au capitalisme que le Big Business doit faire passer la pilule en parlant de commerce équitable, d'écologie, de respect de normes sociales. Et puis la beauté est encore omniprésente dans notre quotidien. Comme en Italie, nous vivons souvent au contact des chefs d'oeuvre des générations qui nous ont précédé. Nous faisons en sorte de préserver, de protéger, de respecter.

Aux Etats-Unis, point de tout cela : la consommation apparaît pour ce qu'elle est : une fin, un aboutissement. Point d'hypocrisie à la française, on se gave, on s'empiffre, on s'engraisse avec une parfaite bonne conscience. C'est "La Grande Bouffe" à l'échelle continentale !

De toute manière, demain, nous serons tous morts, alors, qui a raison ?

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Le post intitulé "La mort d'une ville" est à lire absolument : de l'arrivée d'un casino à Natchez, Mississipi, dans un style "fleuri" et puissant.

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05 février 2008

Mardi Gras à Vincennes

Je vous avais déjà parlé de cette petite ville du sud de l'Indiana, fondée par les Français en 1732. Elle reste fidèle à son héritage culturel et organise un festival qui a l'air bien sympathique : musique créole, dégustation de cidre dans l'ancienne maison de Michel Brouillet, ancien trappeur français, messe française dans l'ancienne cathédrale, concert de musique cajun honorant les quatre évêques français de Vincennes, ...

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Qui a dit que l'Amérique était francophobe ?

Le site du festival du Mardi Gras à Vincennes, dans l'Indiana (http://www.vincennesmardigras.com/vmg/) :

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18 décembre 2007

Le vieux bolchévisme à la française

Sous ce titre un brin provocateur, une internaute réagissait le 13 décembre dernier sur le site internet de Libération à l'article suivant ,(en version word ici : Paris_8) consacré aux errements que connaît actuellement l'Université Paris 8.

"Je suis etudiante lituanienne a Paris. A un moment je me suis renseignee pour etudier a Paris 8. En entrant dans la fac, un activiste de jette sur moi pour m'emmener a une conference sur le marxisme qui aura lieu...dans les locaux de la fac.

Avec degout je lui rend son papier en lui expliquant que je suis nee au paradis communiste ou 3 de mes 4 grands-parents furent extermine par Staline.

Il m'insulte en me traitant presque de fasciste.

Et puis cette fac tout d'un coup me donne la nausee; je tourne les talons et je m'en vais.

Le seul pays au monde ou l'on trouve encore des avenues Lenine et ce genre d'idee, ca ne peut etre que la France".

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Ca fait mal...

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13 septembre 2007

Série de vacances : Comment remplir son église

Post publié le 4 avril 2006 :

"Vu, sur à Indianapolis, sur la 116ème rue Est :

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Bon, c'est bien, le café, mais ils devraient aussi penser aux doughnuts, aux céréales, et à du bon jus d'orange de Floride : s'ils veulent vraiment remplir leur église, il ne faut pas hésiter à mettre le paquet ! D'ailleurs, j'ai toujours pensé que nos églises devraient "servir" au cours de la messe du vin de bien meilleure qualité : une solution à la baisse de fréquentation de l'office dominical ?"

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11 septembre 2007

Série de vacances : Le barreau de New York

Post publié le 28 février 2006 :

""Le barreau de New York, comment ça marche ?", dirait Michel Chevalet, le journaliste scientifique de TF1.

Précisions préalables : chaque Etat dispose de ses propres procédures d'accès à la profession d'avocat. Les matières testées, les épreuves, la durée, le niveau exigé diffèrent d'un Etat à l'autre. Et même si la majorité des Etats suit un modèle d'examen assez similaire, aucun n'est parfaitement identique à un autre. Ce sont donc plus de 50 examens différents qui existent dans l'ensemble du pays (50 Etats, plus Porto Rico, les Iles Vierges américaines, Guam).

D'autre part, les procédures de reconnaissance mutuelle des diplômes n'ont rien d'automatique.  Certains Etats accordent la réciprocité aux avocats autorisés à exercer la profession dans un autre Etat, mais généralement c'est seulement après plusieurs années d'exercice (5 ou 7 en général). Tout dépend des accords noués d'Etat à Etat. L'Indiana peut parfaitement accorder la réciprocité aux avocats venus du Minnesota, mais ne pas l'accorder à ceux du New Jersey, ou l'accorder dans des conditions différentes aux avocats du Connecticut et du Nouveau Mexique. Il n'y pas de règle.

Enfin, bien entendu, compte tenu de la nature fédérale des Etats Unis, le droit testé dans ces épreuves est lui aussi différent. Il y a bien des épreuves dans des matières fédérales, ou encore des matières dont seuls les principes communs à l'ensemble des 50 Etats sont testés, mais la majorité de l'examen porte sur des matières dont le contenu diffère d'Etat à Etat (droit pénal, procédure pénale, droit de la famille, droit des contrats, droit de la responsabilité, droit bancaire, droit des successions...). Aussi ce que j'avais appris l'an passé à la Faculté de droit d'Indianapolis devait-il être "désappris" dans la perspective du barreau de New York.

Pour être complet, ajoutons que lorsque l'on est autorisé à exercer la profession d'avocat dans un Etat, cela ne signifie pas que l'on est autorisé à représenter des clients devant toutes les juridictions ayant leur siège dans ledit Etat. Si cela est vrai des juridictions de l'Etat, il est en général nécessaire d'obtenir une autorisation spéciale, voire de passer des examens supplémentaires pour exercer devant les juridictions fédérales ou devant les juridictions spécialisées (en matière de taxes, de douane, juridictions militaires...).

Pour commencer, il faut avoir le droit de se présenter aux épreuves. Pour ce faire, deux voies principales sont ensageables. La première consiste à obtenir un Juris Doctorate (J.D.) dans une faculté de droit américaine reconnue par l'American Bar Association. C'est la solution choisie par la très grande majorité des candidats originaires des Etats-Unis. La seconde solution concerne plus spécifiquement les  candidats étrangers: elle permet à ces derniers de passer l'examen du barreau lorsqu'ils ont obtenu un master en droit (qui est suivi après un J.D. dans le cursus classique), résumé sous les initiales LL.M., lorsque le candidat a déjà dans son pays d'origine toutes les qualifications nécessaires pour passer le diplôme ouvrant l'accès à la profession d'avocat. Lorsque le candidat est déjà avocat dans son pays d'origine, comme c'était mon cas, le dossier doit encore être traduit en langue anglaise, et le cursus remplir des caractéristiques spécifiques s'agissant du nombre d'heures d'enseignements et de matières suivies.

Si le dossier est en ordre, une convocation à Albany vous est adressée.

Une fois arrivé au centre d'examen, on vous bague comme un pigeon voyageur, avec interdiction formelle d'enlever le bracelet pendant les deux jours que dure l'épreuve. Je n'ai évidemment pas suivi cette recommandation : je suis Francais, donc indiscipliné.

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Ensuite vous êtes orientés dans l'une des salles d'un immense complexe. Des hauts parleurs débitent en continu les instructions de l'examen (durant lequel tout est interdit sous peine de disqualification à vie des épreuves...Curieusement, la peine de mort a été écartée), de longues files d'attente se créent aux endroits stratégiques (vestiaire, salles d'examen, toilettes), le tout donnant un peu l'impression de se trouver dans le film "The Island". Quelques cinglés continuent de réviser dans les couloirs, n'abandonnant leurs volumineux ouvrages qu'à l'entrée des salles d'examen. A mon avis, il n'y a pas mieux pour créer une belle marmelade dans leur tête ! Je préfère essayer de plaisanter un peu avec des camarades éthiopien, grec, argentin, taïwanais.

L'une des caractéristiques du barreau de New York est son caractère international. Deux raisons à cela : la première, c'est que New York attire des gens du monde entier et concentre sans doute les plus gros et les plus beaux cabinets d'avocat au monde; la deuxième est que le barreau de New York est l'un de ceux à être ouvert aux juristes étrangers titulaires d'un Master (1 an d'études supérieures) et n'exigeant pas qu'ils recommencent tout leur cursus juridique aux Etats-Unis (comme c'est le cas dans l'Indiana ou dans l'Illinois). Seuls une dizaine d'Etats partagent cette caractéristique avec New York (dont la Californie, la Floride, la Louisane, le Michigan) et New York est sans doute l'Etat à attirer le plus les étudiants étrangers.

La première journée est consacrée spécifiquement au droit de l'Etat de New york et compte pour 60 % de l'examen. La matinée commence avec un questionnaire à choix multiple de 50 questions portant sur le droit de l'Etat de New York, en une heure. Chaque question présente une situation pratique en quelques lignes, puis propose quatre solutions possibles. Toutes les matières (26 au programme) sont mélangées. C'est infaisable dans le temps imparti. En tout cas, je n'y suis jamais arrivé, dépassant toujours de dix minutes. Ce n'est pas très grave car dans une demie journée, on peut s'organiser comme on l'entend. Mais passer davantage de temps sur une épreuve, cela signifie amputer d'autant le temps disponible pour les épreuves suivantes. Or le temps est extrêmement précieux. La capacité à bien le gérer constitue même sans doute la principale difficulté de cet examen. Bien des épreuves seraient parfaitement faisables si on disposait de deux fois plus de temps disponible. Mais il faut bien s'adapter aux règles.

La première matinée comporte ensuite trois essais, chacun de ces essais devant être rédigé normalement en 40-45 minutes. Ils présentent une situation factuelle sur une page présentant plusieurs problèmes juridiques (le plus souvent 4 ou 5 problèmes différents). Ensuite, il est le plus souvent demandé de se prononcer sur les décisions adoptées par le Tribunal. Il convient alors de répondre suivant les règles du bon vieux syllogisme juridique résumé ici sous l'acronyme IRAC : Issue (quel est le problème ?) - Rule (quel est le droit applicable ?) - Analysis (Application de la règle de droit aux faits) - Conclusion. Rien de bien révolutionnaire s'agissant de la méthode. La difficulté vient plutôt du temps imparti (on pourrait facilement consacrer deux heures à chaque essai, mais il fait se limiter à 45 minutes. Attention à ne pas se faire déborder en prenant trop de temps !) et de la détection du problème juridique. Une fois que l'on a un problème juridique et que l'on connaît la règle de droit applicable, tout va bien !

Après 3h15 d'épreuves dans la matinée, une sonnerie stridente retentit, signifiant qu'il faut absolument lâcher son stylo, se lever, et rester debout devant sa table d'examen en observant le silence. Les contrevenants font l'objet d'une exécution sommaire (non, ce n'est pas vrai, mais l'on était pas loin). Les pions (de gentils papy et mamy qui doivent faire cela pour compléter leur maigre retraite) récupèrent alors les copies, sur lesquelles ne figure que le numéro de matricule du candidat, donnent un récépissé, puis  laissent les candidats s'acheminer vers la sortie de la salle d'examen où un cerbère les attend pour récupérer le récépissé. Je n'ai pas compris le but de la manoeuvre : pourquoi nous donner un papier avec notre numéro de matricule pour nous le réclamer deux minutes après ? Bon, comme j'avais d'autres chats à fouetter, je n'ai pas vraiment approfondi le problème, mais cela me tracasse, maintenant que j'y pense.

Une heure de pause déjeuner. Je mange un sandwich trop sec acheté la veille dans un supermarché, boit un peu d'eau, tente de discuter avec mes camarades taïwanaises : l'humeur n'est pas à la fête, mais je ne vais pas me laisser contaminer par leur morosité, il reste encore un jour et demi d'épreuves.

Reprise des hostilités dans l'après-midi avec deux nouveaux essais, puis une note de synthèse en 90 minutes. On vous donne un ensemble de documents contenant des pièces comme dans un vrai dossiers d'avocat (contrats, accords, courriers échangés avec le client, notes prises lors de rendez-vous, ...), ainsi que quelques arrêts  et articles de loi. Le dossier comporte au tout début les recommandations d'un avocat associé à l'avocat en charge (le candidat). Reste alors à trouver une façon ordonnée de présenter le tout en suivant les consignes de l'avocat associé. Il faut compter une quarantaine de minutes pour lire les trente pages du petit dossier, les résumer, les annoter, trouver un plan, puis compter une quarantaine de minutes pour rédiger. Tout va très vite.

A la fin de la première journée, le sentiment que le plus dur a été fait prédomine. En effet, c'est le droit spécifique à l'Etat de New York qui est le plus craint : nombreuses matières, spécificités du droit new yorkais nombreuses et originales, large possibilité pour les organisateurs de "tirer dans les coins" en allant sur des terrains qu'ils savent méconnus des candidats, et questions sur des matières qui provoquent toujours des hécatombes (droit de la propriété immobilière, des successions, des instruments de paiement, procédure civile new yorkaise...).

La deuxième journée est consacrée à un grand questionnaire à choix multiple de 200 questions (100 le matin, 100 l'après-midi) en six heures. Six matières sont testées, à parité : droit constitutionnel, droit des contrats/droit de la vente, droit pénal/procédure pénale, droit de la preuve, droit de la propriété immobilière, droit de la responsabilité. La spécificité de ces matières, sur lesquelles les candidats sont déjà testés au cours de la première journée consacrée spécifiquement au droit de l'Etat de New York, c'est que leur contenu diffère ! En effet, il ne s'agit plus de droit de New York, mais soit de droit fédéral (droit constitutionnel), soit de solutions communes à l'ensemble des Etats. Il faut donc retenir deux corps de droit différents s'agissant de la même matière... Par exemple en droit des contrats, il faut connaître les solutions de common law et de l'Uniform Commercial Code testées le deuxième jours, mais aussi les distinctions et ajouts propres à New York, à utiliser cependant uniquement au cours de la première journée d'examen !

Au cours du QCM du deuxième jours, là encore, il faut aller très vite : 33-34 questions par heure, soit 1,8 minute par question. Vue la longueur des questions (une demie page à une page), il ne faut pas revenir au début de la question lorsque l'on arrive au point d'interrogation, car sinon on a tôt fait de mettre 3 minutes à trouver la réponse. Les questions sont rarement évidentes et font tout pour perdre le candidat. Le plus "vicieux" est qu'il faut choisir non pas "la" bonne réponse, mais la meilleure réponse. Il est très fréquent d'avoir deux réponses correctes, avec l'une d'entre elles supposément meilleure que l'autre. On peut aussi avoir à choisir le meilleur argument dans une liste de bons arguments, voire même une liste de mauvaises réponses avec pour mission de choisir la "moins pire"...Ce sont ces questions qui font perdre du temps, car l'on connaît la réponse (légal-illégal, constitutionnel-anticontitutionnel, contrat-pas contrat, ...) mais il est souvent nécessaire de passer un peu de temps pour trouver le meilleur fondement juridique disponible.

A la fin des opérations, je ne me livrerai à aucun pronostic. Je n'ai pas connu de "blanc", j'ai beaucoup écrit, j'ai fait des erreurs, mais j'ai aussi eu plus de facilité qu'aux examens blancs. Cet examen est trop aléatoire pour se livrer à des estimations, d'autant plus qu'une bonne partie de l'examen (toute la deuxième journée) fait l'objet d'une pondération au plan national, et que les résultats de chacun dépendent aussi de ce qu'ont pu faire les autres candidats. Il ne reste plu qu'à attendre le mois de mai !

En guise de consolation en cas d'échec : John John Kennedy avait échoué à trois reprises au barreau de New York, tandis que Kathleen Sullivan, doyen de Stanford Law School, vient d'échouer à l'examen du barreau de Californie, de difficulté comparable à celui de New York."

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09 septembre 2007

Série de vacances : Les jeux du cirque

Post publié le 11 novembre 2005 :

"Il fallait le prévoir, et d'ailleurs je m'en doutais bien un peu : la soirée de mardi fut réellement pathétique ! Mais partant du principe que lorsque l'on est dans un pays étranger, il ne faut pas hésiter à tenter de nouvelles expériences, et à découvrir les spécialités du lieu, je ne pouvais pas manquer d'assister au spectacle de catch qui était proposé hier soir au Conseco Field House, à Indianapolis.

Le Conseco Field House est un lieu mythique, car c'est le siège des Indiana Pacers, l'équipe de basket-ball locale.

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Le salle de sport, dont la réalisation est récente, est splendide.

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Régulièrement, le Conseco Field House, sorte de grande salle modulable type Bercy, accueille des manifestations n'ayant rien à voir avec le basket : championnats de natation, concert d'Elton John, Holiday On Ice. Mercredi soir, c'était au tour du catch.

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D'ailleurs, comment appeler cette discipline ? Pour les Américains, il s'agissait de World Wrestling Entertainment, de la lutte de divertissement en somme. Il me semble qu'en France, on appelle cela du catch. C'est d'ailleurs ainsi qu'est dénommé ce show sur le site extrêmement complet d'un grand passionné français : http://www.wwe-france.com/ Vous y apprendrez tout sur l'histoire de la discipline et notamment sur ce que l'on peut se hasarder à appeler Les "règles" et le vocabulaire du catch.

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En fait, ce n'est pas du tout du sport, pas même un sport de combat. Il ne s'agit que d'un spectacle à l'américaine : musique hard-rock, pétards et feux d'artifices, jeux de lumière, écrans géants, pépées siliconées court vêtues, ... Ami du bon goût, passe ton chemin !

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Les entrées des stars sont un moment fort : guitares saturées, tenues extravagantes (manteau de fourrure, tenue léopard, déguisement de travailleur, stetson et gros biscottos), arrivée en limousine, en cabriolet. Le nom des "stars" (ils sont tous stars, même les pires tocards, d'ailleurs, ce sont tous des tocards) est hurlé dans le micro tandis que leurs exploits passés défilent sur les écrans géants. Certains sont déjà connus du public et donc applaudis ou hués dès leur entrée sur scène puis sur le ring.

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Arrive l'heure des combats, lesquels s'enchaînent les uns à la suite des autres, assez rapidement. Je n'ai pas chronométré, mais j'ai l'impression que la durée moyenne devait tourner autour du quart d'heure.

Au début, nous avons eu droit à des combattants extrêmement moyens (tous les catcheurs de mardi soir sont ici).

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Les organisateurs s'amusent à provoquer des affrontements entre des lutteurs de gabarit différent. Le scénario récurrent est le suivant : un géant baraqué de plus de cent kgs affronte un petit musclé qui commence par se prendre la raclée de sa vie. Puis, par un retournement prétendûment imprévu mais en fait tellement prévisible, le "petit" arrive à prendre le dessus et par terrasser le gros balourd. Heureux les petits, heureux les sans-grades ! Le catch est pour vous ! C'est un spectacle socialiste où le gentil petit David triomphe malicieusement du méchant Goliath ! Vous aussi, un jour, vous aurez la peau de votre patron acariâtre...

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Si vous n'êtes pas tatoué sur tout le corps, vous ne serez jamais un joueur de catch, je suis désolé de vous le dire, mais je préfère être clair. Il vous faudra aussi faire des heures de gonflette, ingurgiter toutes sortes de pilules multicolores qui réduiront considérablement votre espérance de vie, et accepter de porter des tenues grotesques, et notamment ces espèces de slips géants très rembourrés pour éviter les mauvaises surprises.

Indispensable : il faudra aussi que vous appreniez à jouer la comédie. Eh oui, c'est un spectacle, le catch, ce n'est pas un sport. Cela signifie que tous les combats sont scénarisés, que tout est prévu, écrit d'avance, et que les cascades auxquelles vous assistez ont sans doute été répétées des dizaines de fois pour vous faire croire que vous assistez à un vrai combat. Pour ce qui est de la comédie, ne vous en faites pas, ce n'est pas la Comédie française, on atteint rarement le niveau d'une télénovela vénézuelienne. Tout se passe dans le regard : de poisson mort pour les uns, de bovidé en bordure de voie ferrée pour les autres.

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Et voilà, ils se roulent par terre comme des nénettes... On dirait des footballeurs italiens !

Je vous épargne le côté répétitif du spectacle : et je t'empoigne, et je grimace, et je te serre la tête entre les jambes, et je t'écrase la tête sur les piliers du ring, et je te saute à pieds joints sur le visage, et je t'écrase une chaise métallique sur le dos... Au bout de deux heures, je crois bien que La Loutre en avait assez. Je n'étais pas nécessairement exalté par le spectacle, mais je me disais toujours : "Le combat suivant sera peut-être meilleur, qui sait ?"

Nous sommes donc partis avant la fin. Et nous avons raté le champion du monde, qui se produisait à la toute fin du spectacle : l'ignoble Batista !

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Quel dommage ! Peut-être que le combat se serait terminé comme cela ?

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PS 1 : Pour les âmes sensibles, ce n'est que du faux. Les catcheurs se font de petites entailles au cutter pour se faire saigner, puis se barbouillent ensuite le corps pour faire "vrai".

PS 2 : Certaines de mes photos sont loin d'être aussi bonne que je l'aurais souhaité. J'ai encore du mal à faire de bonnes photos de nuit avec mon appareil numérique. Mille excuses, donc.

PS 3 : Le site de WWE Smackdown: http://www.wwe.com/

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07 septembre 2007

Série de vacances : Cela se passe près de chez nous

Post publié le 2 octobre 2005 :

"Les partisans de la décentralisation avancent généralement l’idée qu’une gestion au plus près des administrés est mieux à même de répondre à leurs attentes. Ce qu’ils omettent de signaler en général, c’est que plus le pouvoir est « proche » du citoyen, plus il a de chances d’être présent dans la vie quotidienne de chacun. En revanche, plus le pouvoir est « éloigné » du citoyen, plus il laisse celui-ci tranquille. Pour de multiples raisons : ignorant des aspirations locales, le pouvoir central n’imagine même pas devoir y répondre ; ayant trop de questions à régler, il n’est pas en mesure d’entrer dans le détail de la vie de chacun ; faisant en général appel à des agents nommés et non élus, on peut compter sur ces derniers pour en faire le moins possible et pour, finalement, laisser les citoyens tranquilles.

En résumé, on a le choix entre un pouvoir local très présent, mais aux tendances parfois exagérément interventionnistes, voire liberticides, et un pouvoir central moins interventionniste, mais intervenant souvent mal à propos.

La vie dans notre petite communauté (ensemble de ce que l’on appellerait des lotissements en France : vaste enchevêtrement de rues parsemées de maisons, le tout étant strictement privé, voies comprises), appelée « Spring Creek » (« le ruisseau du printemps », comme c’est joli…), illustrera mon propos.

Spring Creek est intégralement privée et est gérée pour tout ce qui concerne les parties communes (voies, lacs, parcs, jardin d’enfant, services d’eau, d’électricité, des eaux usées, …) par un Comité dont les membres sont élus par les propriétaires des différentes habitations se trouvant dans la Communauté. On a un Président, un 1er Vice Président, un 2ème Vice Président, un Trésorier, un Secrétaire. Ces gens-là se réunissent régulièrement et publient « Spring Creek News ». Le problème c’est qu’ils semblent prendre leurs fonctions très à cœur, et qu’ils sont américains, ce qui veut dire que : « la loi, c’est la loi ! »

Donc, que font-ils lorsqu’ils se réunissent ?

Ils pondent des réglementations, pardi ! C’est structurel, ils ne peuvent pas s’en empêcher, ils sont là pour cela. Vous les imaginez, vous, se réunir et dire : « non, vraiment, Spring Creek est une jolie communauté peuplée de gens formidables, et nous n’avons pas grand-chose à décider parce que la situation est excellente ». Impossible. Ce serait nier l’importance des belles fonctions pour lesquelles ils se sont fait élire ! Cela conduirait sans doute à des révisions existentielles majeures chez certains des membres du Comité qui trouvent en lui un sens à leur existence. Il leur faut donc débusquer des problèmes, et ensuite proposer des solutions pour résoudre ces problèmes. Eventuellement proposer des sanctions pour faire entrer les récalcitrants dans le rang, tant il est vrai que sommeille un petit chef fasciste en chaque membre du Comité (vous avez dû observer cela chez nos contractuelles, les « pervenches »).

La Loutre et moins avons été appréhendés dès les premières semaines suivant notre arrivée. Le délit : ne pas laisser la lumière éclairée à l’extérieur de la maison. Il n’y a pas d’éclairage public, de sorte que si les résidents n’éclairent pas à l’extérieur de leur maison, Spring Creek reste dans l’obscurité. Nous n’allumions que lorsque nous recevions des amis, ou lorsque l’un ou l’autre devait rentrer de nuit. En revanche, nous ne laissions pas l’éclairage durant toute la nuit, par souci d’économie d’énergie, et puis, par habitude en fait. Nous avons donc eu la visite d’un membre du Comité qui effectuait une ronde de nuit afin de vérifier si toutes les maisons étaient bien éclairées à l’extérieur. Il sonne à notre porte, se poste à trois mètre de la porte (au cas où je sortirais avec un fusil à pompe, sans doute), et m’éblouit le visage avec sa Maglite géante lorsque j’ouvre la porte. Il me fait savoir sur un ton n’appelant pas la contradiction que nous sommes en contravention avec le règlement intérieur de  Spring Creek, règlement dont je n’avais même pas eu copie. Raison de cet éclairage obligatoire ? Lutte contre la délinquance (les voleurs n’aiment pas la lumière), sécurité (les ambulances et pompiers ont plus de facilité pour se repérer ainsi), confort (c’est vrai, c’est plus joli quand c’est éclairé). Bon, j’admets que ces raisons sont valables. C’est seulement la façon dont le rappel à l’ordre a été effectué que j’ai moyennement apprécié.

Un deuxième point du règlement intérieur m’a un peu surpris, c’est celui consistant à interdire le stationnement des véhicules dans la rue. Ils doivent être garés dans les garages ou sur les rampes conduisant aux garages, mais pas dans la rue. Raison invoquée ? Sécurité (des enfants pourraient se blesser en égarant un ballon ou des jouets sous les véhicules stationnés et en voulant les récupérer…Ils se font un peu des films, quand même),  et … sécurité (les véhicules de police ou de pompiers qui viendraient ne doivent pas voir leur progression entravée par un quelconque obstacle. Vue la largeur de la rue, il n’y a pas trop de danger. A la limite, la police peut toujours faire appel à un hélicoptère Blackhawk tueur de char pour dégager le terrain, ils savent faire, je crois).

La Loutre et moi nous sommes signalés à l’attention du Soviet Suprême de Spring Creek à une autre occasion, dont je ne suis pas fier : il nous est arrivé, une fois au mois d’avril, de ne pas tondre la pelouse durant deux semaines consécutives. Je sais, vous hochez la tête, vous demandant ce qui a bien pu nous passer par la tête (je suis seul responsable, la tondeuse, c’est mon job). Il se trouve seulement que j’avais mes examens de fin d’année et que, dans la hiérarchie des priorités, tondre la pelouse ne se trouvait pas vraiment en pole position. Nous avons donc reçu un courrier de la part de la Kommandantur de Spring Creek nous avisant que si nous ne tondions pas notre gazon régulièrement, la Communauté ferait appel à une entreprise privée dont elle nous facturerait ensuite les services. Le gazon était tondu le jour suivant l’arrivée du courrier.

La dernière livraison de « Spring Creek News » prouve que les Big Brothers locaux ne se reposent jamais. Deux nouvelles décisions viennent d’être adoptées.

La première consiste à demander à la police municipale de se livrer désormais à des contrôles de la vitesse des automobiles dans les rues  de Spring Creek. Il leur est demandé de verbaliser les contrevenants. La vitesse est limitée à 25 miles/heure, et franchement, je n’ai jamais vu de Fangio rouler à tombeaux ouverts et mettre en péril la vie de quiconque.

La seconde interdit désormais de nourrir les oies et canards vivant aux abords de l’étang ailleurs qu’aux abords dudit étang. Les animaux se déplacent pourtant fréquemment dans les propriétés, marchent sur les pelouses, ce qui est plutôt sympathique. La Loutre se fait fort d’ailleurs de leur apporter du grain non pas au bord de l’étang, mais dans notre jardin même. C’est désormais interdit. Raison ? Les oies et canards sont bruyants, répandent leurs déjections partout (la nature est mal faite : « Geese poop up to eight pounds a day. Imagine having that in your yard and driveway if you didn’t choose to have it there »), et surtout, sont dangereux. « Spring Creek News » nous les décrit comme des animaux « agressifs » qui n’hésitent pas à s’attaquer aux être humains, et plus particulièrement aux enfants. On se demande ce qu’attend Spielberg pour tourner « Les becs de l’étang », juste pendant aux « Dents de la mer »…

Vous l’aurez compris, La Loutre et moi organisons la Résistance aux menées totalitaires du Comité de Spring Creek. Nous avons commencé dès le début de notre présence ici en mettant un drapeau français dans notre jardin. Nous allons donc mettre en place un programme de menées subversives visant à la désorganisation de l’adversaire (vos idées sont les bienvenues). Mais, chut ! Restez discrets sur nos intentions, car nous entrons dans la clandestinité. Nous ferons tout pour nous conformer en apparence aux réglementations iniques, afin de mieux couvrir notre combat libérateur. Mais, méfiez-vous de l’eau qui dort…

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05 septembre 2007

Série de vacances : Bilans

Post publié le 1er août 2005 :

"Un mois, une année, c’est l’heure des bilans.

Un mois, tout d’abord, pour faire, comme j’en ai pris l’habitude, le point sur l’audience de ce blog. Le mois dernier, je me gardais bien de fixer un quelconque objectif, craignant peut-être de ne pas l’atteindre. Le fait est que le nombre de connections a très fortement augmenté, de façon assez inattendue, je dois bien l’avouer. Il s’est établi à 2900, contre 1700 le mois auparavant. Le plus faible nombre de connections est 25 en une journée, le plus important, 208. Que nous réserve l’avenir ? Le mois d’août devrait être mauvais, je le crains, les internautes étant en vacances. Nous verrons bien.

***

Une année, ensuite, car cela fait maintenant un an que nous avons quitté Paris pour nous établir dans l’Indiana. L’heure de livrer des impressions générales sur la vie aux Etats-Unis, d’une façon parfaitement manicchéenne, en listant ce que nous avons détesté et ce que nous avons adoré. Le négatif, puis le positif, comme dans nos bonnes vieilles rédactions où il fallait mettre en seconde partie ce qui l’emportait. Eh oui, comme un autre l’a déjà dit avant moi dans un tout autre contexte, “le bilan est globalement positif”. Très largement, en vérité !

Toutes les observations qui suivent sont excessives, bien entendu…

Ce que j’ai détesté

        - l’absence de conscience écologique

        -        les verres de vin remplis à ras-bord

-        les Latinos qui ne parlent pas un mot d’anglais

-        le « snacking »

-        la lingerie féminine : on a l’impression qu’il n’existe pas de juste milieu entre les ignobles culottes de fermières et soutien gorge de la mère Denis et les accoutrements les plus vulgaires des professionnelles du sexe. Et le charme dans tout cela ?

-        Jessica Simpson

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-        l'absence de vrai remord suite au génocide des Indiens d’Amérique

-        les claquettes (ou tongs, appellées ici “flip flops”, ce qui est pas mal trouvé)

-        les enfants obèses

-        le base ball, hermétique à tout esprit français normalement constitué

-        une certaine facon d’éviter toute discussion un tant soit peu polémique

-        le Hummer limousine

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-        les animaux sauvages écrasés au bord des routes

-        le bourbon

-        la climatisation à 17 degré Celsius en plein été

-       les mangeurs de pop corn au cinéma : difficile de se concentrer sur le film lorsque les « scrontch scrontch » des voisins couvrent le fond sonore. Est-ce pour cela que les réalisateurs hollywoodiens prévoient autant d’explosions ?

-        le rock “chrétien”

-        la prolifération des armes à feu

-        le relachement vestimentaire : à force de privilégier “le confort”, les Américains sont habillés comme des sacs

-        la tranche de cornichon dans le hamburger

-        l’uniformisation des magasins dans l’ensemble du pays

-        les types qui descendent des packs de bière en riant grassement avec d’autres types comme eux

-        le "white zinfandel”, nom donné ici à quelque chose qui a la couleur du vin rosé, mais qui est sirupeux et dégoutant (ah, le rosé de Provence…)

-        la chemise blanche apparemment obligatoire pour toute personne qui exerce des responsabilités

-        les télévangelistes

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-        rouler à 100 km/h sur les autoroutes

-        la peine de mort

Ce que j’ai adoré

-       la gentillesse, l’amabilité de tout un chacun. “Happy face”, cela nous faisait bien rire dans la bouche de Mia Frye de la Star Academy. 200 millions d’Américains ont suivi les mêmes enseignements qu’elle

-        la neige, l’hiver

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-        les gaufres au petit-déjeuner, avec du sirop d’érable chaud, du bacon, des oeufs brouillés et les adorables petites saucisses au sirop d’érable

-       les bus scolaires jaunes

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-        la cuisine. Eh oui, amis Francais, on mange bien aux Etats-Unis, et pas seulement des hamburgers !

-        le civisme

-        les autoroutes gratuites

-        les supermarchés ouverts 24h/24, 7jours/7, 365 jours/an

-        le Coca light

- National Public Radio

-        l'été indien

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-        les motards qui partent en vadrouille le Dimanche, avec leur amoureuse sur la selle, cheveux aux vents, sacoche à franges, aigle sur le réservoir et drapeau flottant en liberté

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-        les camions de pompiers

-        la vie bon marché : alimentation, habillement, restaurant, logement, tout est moins cher qu’en France. A Indianapolis du moins !

-        les pelouses tondues au millimètre près

-        les énormes steaks

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-        la musique classique dans mon supermarché préféré

-        la fierté d’être américain

-        les filles qui parlent très très vite d’une façon complètement excitée

-        le respect des institutions

-        USA Today

-        la propreté des toilettes publiques

-        le jazz, le blues, les crooners, Gershwin

-        les énormes camions (trucks)

-        les juges élus au suffrage universel

-        la placidité des gars de la campagne pour qui Indianapolis est une grande ville et qui souhaitent avant tout retrouver le calme de leur vie campagnarde

-        la patience des gens dans les files d’attente

-        les Simpsons

-        les belles remises de prix en fin d’année, la méritocratie en somme

-        le cheesecake

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Cette liste n’est pas exhaustive !! Rendez-vous dans un an pour d’autres impressions !"

Posté par Marquette à 16:21 - Société - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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