22 juin 2006
L'esprit de Vincennes
Si nous étions à Vincennes, ce n'était pas seulement pour nous recueillir sur les tombes des combattants français de l'indépendance américaine, mais plutôt pour assister à l'une de ces reconstitutions historiques qu'affectionnent les Américains.
"Spirit of Vincennes" commémore tous les ans la bataille de 1779 ayant opposé les troupes britanniques aux soldats franco-américains favorables à l'indépendance de la colonie : le temps d'un week end, près de 500 particuliers vivent comme au XVIIIème siècle, sous les yeux de près de 35.000 spectateurs.
Chacun campe sous des tentes.
On se restaure.
On joue de la musique.
On organise des compétitions un peu désuètes, comme le lancer de poële à frire dans un champ... Pas très compliqué, il suffit de bien prendre son élan pour envoyer ladite poële le plus loin possible (très beau mouvement de Madame Marquette Mère, comme vous pouvez le voir).
On conte des histoires.
Et on vend toutes sortes de breloques qui permettront de faire du commerce équitable avec les tribus indiennes des environs (à moins qu'elles ne soient davantage intéressées par votre scalp).
Mais le clou du week end reste la reconstitution de la bataille : du sang, de la sueur, de la poudre, voilà un spectacle !
Cesar, Morituri te salutant !
C'est triste à dire, mais ces bloody Britons sont de vraies têtes de mules, et pour leur faire entendre raison, il n'y a bien souvent qu'à faire parler la poudre.
Ils ne manquent pas de courage, d'ailleurs, les rosbeefs. Personne ne peut leur enlever ça.
Mais que peut-on faire contre des gens déterminés à défendre leur terre et prétendant se battre pour la Liberté ?
La bataille fait rage.
Et c'est la retraite !
Voilà qui leur apprendra à nous avoir subtilisé la Nouvelle-France !
12 juin 2006
Retour à Key West
Après un week end de pluie ininterrompue, revenir à Key West, le temps d'un post, est une bonne façon de commencer la semaine.
Petit retour donc sur la dernière île des Florida Keys qui, en 1982, faillit prendre son indépendance pour une histoire de barrage routier. La "Conch Republic" a été repoussée à des jours meilleurs.
Le charme de Key West vient en partie de son relatif isolement géographique, doublé du fait d'être dans les Caraïbes tout en restant aux Etats-Unis, ainsi qu'en témoigne l'architecture locale.
Le point culminant de l'île est sans conteste le joli phare qui domine la localité et ses environs. Les fonds marins étant très sablonneux et peu profonds, les phares étaient indispensables pour éviter de trop nombreux naufrages. Il demeure que les épaves sont en quantité dans les eaux claires des Keys, pour le plus grand bonheur des plongeurs.
Allez, montons !
Et voici le point de vue :
Ouh là !
Après le plus élevé, le point le plus au sud, non seulement de l'île, mais de l'Amérique du nord continentale (Hawaï est plus au sud que Key West) : le Southernmost Point. Tout le monde se fait photographier devant, et nous avons fait comme tout le monde...
Enfin, je terminerai ce post tout en images par un petit conseil si vous envisagez de vous rendre à Key West : profitez des très nombreuses maisons d'hôte et B&B que l'on trouve en centre ville (tous les déplacements peuvent se faire à pied ou à vélo). Ce sont en fait de petits hôtels de 4-8 chambres tenus par des particuliers et situés dans d'anciennes maisons coloniales. Ces endroits sont souvent joliment décorés, assez luxueux, et plus agréables que les hôtels des grandes chaînes qui sont tous identiques où que l'on se trouve aux Etats-Unis, ou même que les resorts qui, il est vrai présentent d'autres avantages (activités incluses, piscines, "standardisation").
Pour notre part, nous avons logé dans un endroit charmant, appelé "L'Habitation" car la maison d'hôte est tenue par une française et par son mari américain : nous avons fait une razzia sur les croissants et pains au chocolat du petit déjeuner ! Il y avait franchement carence en la matière !
06 juin 2006
Mon ami Flipper
Curieusement, Key West n'est pas une destination idéale pour la plage. On imaginerait, de par son positionnement dans les Caraïbes, plages de sable blanc, cocotiers et autres clichés. Il n'en est rien. Le rivage est le plus souvent occupé par des rochers et est parfois urbanisé.
Il y a bien deux plages. La première, à proximité du centre-ville, est assez jolie mais est cernée de terrains militaires, les cocotiers étant remplacés par de bien disgracieux radars orientés vers l'ennemi cubain, tapi à quelques dizaines de kilomètres au large (plus prosaïquement, l'armée américaine exerce une surveillance serrée en vue de lutter contre le trafic de stupéfiants, très actif dans cette partie du monde). Lors de mon premier voyage aux Etats-Unis, il y a neuf ans (j'avais donc 21 ans), j'avais même pu découvrir que cette plage est interdite à la baignade, la nuit : avec quelques camarades suédois et allemands (es), un peu alcoolisés, nous avions résolu de nous faire un petit bain de minuit. Avec leur réserve habituelle, les Suédois avaient rapidement fini avec leur maillot de bain en guise de couvre-chef (ils ne tiennent pas bien la Margarita, les Suédois...). Tout cela avait été parfaitement du goût des soldats qui ont débarqué sur la plage à bord d'un Humvee, braquant le projecteur se trouvant sur le toit de leur blindés légers sur les contrevenants que nous étions. D'un naturel pudique, je n'avais pas regretté d'avoir gardé mon caleçon de bain lorsque je suis sorti de la mer, les mains sur la tête, pour aller récupérer mon passeport resté dans mon sac à dos sur la plage... Voilà pour la première plage.
Quant à la seconde, elle est pas mal, mais comme c'est la seule à peu près valable, elle est bondée. Selon l'hôtelier, c'est l'endroit où il faut être vu et où l'on regarde les autres. Intérêt limité, donc. D'autant plus que si la plage est d'un beau blanc de carte postale ou de papier peint de salle d'attente de dentiste, ce n'est pas l'endroit idéal pour la baignade : il faut marcher sur plusieurs centaines de mètres pour avoir de l'eau jusqu'à la taille. Voir et être vu, donc : si c'est pour barboter dans trente centimètres d'eau, j'ai une baignoire à la maison, cela m'épargnera le ridicule.
La situation semble désespérée, n'est-ce pas ?
Pas tant que cela, je vous rassure, car la meilleure façon de profiter des sports nautiques et de la baignade à Key West reste, tout simplement de prendre le bateau. Les Keys constituent l'un des meilleurs endroits aux Etats-Unis pour faire de la plongée (masque-tuba-palmes - snorkeling - sont le plus souvent suffisants vu la profondeur de l'eau) : la troisième barrière de corail la plus longue dans le monde longe l'ensemble des Keys, de Miami à Key West. La température de l'eau s'élève à 25 °, la visibilité sous-marine est parfaite, les coraux sont nombreux, tout comme les espèces de poisson, et les langoustes tapissent littéralement les fonds marins (interdiction d'y toucher). Il faut donc naviguer jusqu'à la barrière de corail, située à quelques kilomètres des côtes.
Pour notre part, nous avons embarqué sur le Danger, joli deux mâts en bois accueillant à son bord une dizaine de personnes en plus des trois membres de l'équipage. Allez voir le site, il vous donnera une bonne idée de ce type de sortie. En plus du buffet de fruits frais et des boissons à volonté (alcool compris : excellent pour la plongée !), les activités proposées sont :
la plongée
le kayak de mer
la sieste au soleil ou à l'ombre, suivant les goûts
Et puis, parfois, on peut avoir droit à une surprise...
Allez, imaginez le rythme saccadé de la musique des "Dents de la mer"... Mais vous n'y êtes pas du tout ! Ce ne sont que de gentils dauphins qui sont venus batifoler autour de nous ! Quel sympathique animal.
Après cette journée bien fatigante (c'est fatiguant, les vacances !), il ne reste plus qu'à se mettre vent arrière, à se laisser porter par la brise du soir, et, naturellement, à profiter d'un coucher de soleil de cinéma.
Jusqu'au retour à bon port.
23 mai 2006
Key West Attitude
A Key West, on est au bout du bout de l'Amérique, entre Floride et Caraïbes, et forcément on se sent plus libre qu'ailleurs, on commence déjà à s'affranchir des règles de vie étatsuniennes. Pas trop tout de même, les églises gardent leur importance...
Mais sinon, Key West, c'est plutôt l'occasion de révéler sa vraie nature.
Il y en a vraiment pour tous les goûts, comme ces véhicules électriques de location munis d'un moteur de mobylette (appelées "moped" ici, et le seul endroit aux Etats-Unis où j'en ai vues, c'est dans les Keys) : je préfère ne pas imaginer une collision avec un SUV.
Quant aux taxis, ils ont opté pour la couleur rose : faut-il y voir un lien avec la très importante communauté homosexuelle de l'île ?
Les conventions restent néanmoins de rigueur pour le dernier voyage.
10 mai 2006
Savannah
Sur la route de la Floride, j'avais envie de faire étape dans une de ces villes du vieux Sud qui fait tant rêver. Après quelques tergiversations, je me suis fixé sur Savannah, en Géorgie. Sans doute à cause de Sébastien, de Windal, qui a publié de splendides photos de la belle géorgienne au mois de mars et au mois d'avril. Sans doute aussi à cause de ce film de Clint Eastwood, "Minuit dans la jardin du Bien et du Mal", dont l'héroïne est sans Savannah, en vérité.
J'ai été bien inspiré. La ville ne ressemble à rien de ce j'ai pu voir jusqu'à présent aux Etats-Unis.
A deux pas de l'Atlantique, Savannah est située à l'embouchure de la rivière Savannah, qui coule au nord de la ville le long de la frontière avec la Caroline du Sud.
Savannah a été créée en 1733, lorsque le Général James Oglethorpe et une troupe de 120 colons fondèrent l'Etat de Géorgie, treizième et dernière colonie, désignée ainsi en l'honneur du Roi d'Angleterre George II. La création de cette nouvelle colonie répondait à une nécessité stratégique consistant, d'une part, à occuper les terres situées au sud de la Caroline du Sud, et, d'autre part, à créer un Etat "tampon" avec la Floride alors sous domination espagnole, et de religion - doux Jésus ! - catholique.
La colonie était dotée d'une Charte qui prévoyait la liberté de culte (sauf pour les Catholiques !), interdisait le rhum, les avocats (d'inutiles querelleurs dans la société idéale qui était ambitionnée), et... l'esclavage ! Cet idéalisme des origines n'allait évidemment pas faire long feu devant la puissance des intérêts financiers.
Savannah fut sans doute la première ville à faire l'objet d'une planification de A à Z : le plan fut établi, puis réalisé suivant les plans. Cette ville ayant été totalement préservée, notamment des destructions de la Guerre de Sécession, la visite de Savannah constitue une plongée dans le passé, tout le centre ville étant protégé et (bien entretenu).
Voici le plan de la cité :
Tout était prévu dans ce plan initial : hôtels particuliers, églises, parcs (24), places (au nombre de 21), cimetière, bâtiments publics, demeures bourgeoises ou plus populaires, le tout suivant un ordonnancement qui faisait que chacun, suivant son milieu social, avait vocation à vivre dans telle ou telle partie de la cité. Comme chez nous donc...le tout suivant une structure où les rues se croisent à angles droits, avec pour objectif (déjà) de faciliter la fluidité de la circulation des calèches. Résultat : Savannah est une ville verdoyante, calme, raisonnée, dotée de bâtiments splendides le plus souvent convertis en hôtels, en maisons d'hôtes, ou parfois encore habités par de bienheureux citoyens de la localité.
La ville a connu son heure de gloire historique pendant la Guerre d'Indépendance, mais j'y reviendrai au cours d'un prochain post.
Savannah a surtout bénéficié d'un essor économique extraordinaire avec l'explosion de la culture du coton (et du riz) : les terres avoisinantes sont riches, l'esclavage fournissait une main d'oeuvre abondante et bon marché indispensable à la culture du coton, le port de Savannah était bien situé, au point de concurrencer la grande rivale du nord, en Caroline du Sud, Charleston (ci-dessous, la bourse du Coton, qui fixait le prix dans tout le pays).
La Guerre de Sécession signe la fin de son apogée. Même si Savannah se rend sans combat aux troupes de l'Union, la fin de l'esclavage, les dommages de guerre à payer à la suite de la guerre, et la chute d'une économie fondée sur le coton font entrer la ville dans une période moins prospère, jusqu'à l'avénement du tourisme de masse, qui investit la ville et lui assure une nouvelle richesse.
On peut en tout cas se féliciter que Savannah se soit rendue sans combattre, se préservant ainsi pour la postérité. En effet, les troupes de l'Union dirigées par le Général Sherman ne faisaient pas dans la dentelle, brûlant la ville d'Atlanta, détruisant nombre de cités, pillant les récoltes dans une tactique de terre brûlée d'une extrême violence. En arrivant dans la cité, il est raconté que Sherman tomba sous la charme de Savannah. Il y établit son quartier général pour la suite des opérations et l'offrit en cadeau de Noël au Président Abraham Lincoln.
Tiens, ce ne doit pas être mal que d'être avocat à Savannah...
PS : Ouverture d'un nouvel album photo consacré à Savannah.
04 mai 2006
Pompiers à Savannah
Vous vous en souvenez peut-être, j'éprouve une affection particulière pour les camions de pompiers américains...
Celui-ci est pas mal, je trouve. L'intervention était justifiée par l'explosion d'une canalisation d'eau, et les "soldats du feu" remballaient leur (très lourd) matériel.
03 mai 2006
3128 miles
3128 miles, soit 5032 kilomètres et des poussières, voilà la distance parcourue ces dix derniers jours !
Les grandes étapes de ce périple :
1/ Indianapolis-Savannah (Géorgie) : 1252 km
2/ Savannah/Daytona Beach : 378 km
3/ Daytona Beach-Key West : 675 km
4/ Key West-Florida City (porte d'entrée du Parc des Everglades) : 203 km
5/ Florida City-Miami : 54 km
6/ Miami-St Augustine : 505 km
7/ St Augustine-Macon (Géorgie) : 497 km
8/ Macon-Indianapolis : 987 km
Autant vous dire que je suis content d'être arrivé !
Et ce d'autant plus que rouler sur les autoroutes aux Etats-Unis est terriblement monotone, la vitesse maximale étant, au mieux, fixée à 70 miles/heure (112 km/h)... La seule solution consiste à se bloquer en cruise control à 75 miles/heure, un tout petit peu au-dessus de la limite de vitesse, et à essayer de rester concentré sur la route ! Pas toujours évident lorsque certaines lignes droites en rase campagne s'étendent sur 200 kilomètres.
La limite de vitesse, il faut essayer de s'y tenir car les forces de police sont omniprésentes. Je ne comptais plus les véhicules postés aux abords des highways, tant ils étaient nombreux, à chaque fois arborant des couleurs différentes (police des différents Etats, des comtés, ou même des villes traversées, parfois). Seule constante : toutes les forces de police sont équipées de Ford Crown Victoria.
Pour la police, il existe deux façons de "coincer" les dangereux automobilistes qui se hasarderaient au-delà des limites autorisées, à des vitesses de fous avoisinant les 130 km/h, par exemple.
Première solution : un policier, posté à côté de son véhicule, au bout d'une longue ligne droite, dirige vers les automobilistes un radar portatif qui ressemble drôlement à un revolver, avec lequel il met en joue les voitures circulant en sens contraire. L'avantage est que l'on peut voir le policier de très loin car il faut au policier une certaine distance pour faire fonctionner son engin. Le problème, c'est que la vigilance finit par s'émousser et que l'on peut facilement être pris si l'on roule depuis quelques heures. Cela m'est arrivé.
La seconde technique consiste pour le policier à bord de son véhicule à se couler dans le traffic, comme n'importe quel automobiliste. Il se fixe à la vitesse limite, et lorsqu'il est dépassé par un automobiliste, il le suit, puis sort tout le tralala : sirènes hurlantes particulièrement stressantes, girophares multicolores... Vous connaissez le topo si vous êtes équipé d'une télévision. Il vous reste alors à décélérer et à vous arrêter sans tarder sur la bande d'arrêt d'urgence. Cela m'est aussi arrivé... Ne surtout pas sortir de la voiture mais arrêter le contact et attendre que l'agent s'approche de votre vitre en restant bien sagement les deux mains sur le volant. Ne surtout pas chercher vos papiers dans la boîte à gant : le policier croirait que vous allez dégainer une arme (et oui, les gens sont armés, dans ce pays...). Si vous ne décélérez pas et continuez sur votre lancée, vous avez toutes les chances de finir sur "Court TV" (qui diffuse de nombreuses courses poursuites, réelles) ou dans la rubrique nécrologique.
En résumé : primo, respecter la limite de vitesse; deuzio, si vous êtes arrêté, ne donnez pas au policier de raison de raison de croire que vous pourriez être armé, ou non coopératif. Là, je viens peut-être de vous sauver la vie.
12 avril 2006
Tortuguero National Park
J'ai un peu négligé le Costa Rica ces temps derniers...Pas un post depuis le 24 mars !
Donc récapitulons, nous sommes à Tortuguero, sur la côte Caraïbe du Costa Rica, au coeur d'un parc national immense. Le lodge n'est accessible que par pirogue à moteur ou avion. Il se trouve sur une bande de terre entre lagune et océan.
Il est strictement impossible de se baigner, quoique la température nous y incite fortement : du côté de la lagune, crocodiles, serpents d'eau, et animaux variés sont à craindre; du côté de l'océan, il faut se méfier des très forts courants marins (responsables de nombreuses victimes tous les ans), et des requins. Ces derniers sont particulièrement nombreux car ils sont attirés par les tortues qui viennent pondre leurs oeufs à Tortuguero. Hostile, la nature !
La journée a commencé à 5h15 du matin, heure de notre réveil (vous parlez de vacances !) afin de pouvoir admirer le lever du soleil sur l'océan. Cela valait le coup, nous aurons l'éternité pour dormir !
Rendez-vous compte...
Et dire que c'est à quelques kilomètres de cette plage qu'en 1541 les premiers Européens sont arrivés en Amérique centrale...
En parallèle à la plage, se trouve un petit aérodrome qui achemine quelques voyageurs. Il est 6h30 du matin, on entend le ressac de l'océan, la forêt s'éveille et nous attendons un avion qui n'est pas le nôtre.
Et l'avion arrive.
La principale activité à Tortuguero consiste bien sûr à explorer le parc à bord de barques à moteur. Un véritable labyrinthe de canaux, certains naturels, d'autres artificiels (permettant notamment de relier la ville de Puerto Limon à la frontière nicaraguayenne) permet d'entrer au plus profond de la forêt équatoriale en toute facilité. Les oiseaux nous émerveillent :
La petite localité de Tortuguero est des plus modestes, constituée d'une simple rue bordée de petites maisons.
Tout est très propret et coloré :
Le magasin d'alimentation.
La police.
L'église.
Et même un Internet café !
10 avril 2006
Cherry Blossom Festival
Le Cherry Blossom Festival se tient du 25 mars au 9 avril à Washington. Comme son nom l'indique, il célèbre la floraison des cerisiers de la capitale fédérale ainsi que l'arrivée du printemps.
Rose pâle ou blancs, ces cerisiers sont répartis dans toute la ville, même si la plus forte concentration peut être observée autour du Tidal Basin. Cet immense bassin date de 1897 et recueille les eaux du Potomac, de façon à prevenir les inondations.
La présence de cerisiers à Washington remonte à la fin du XIXème siècle (histoire de leur arrivée), lorsque certains citoyens se sont mis en tête d'embellir la ville capitale, notamment en l'arborant de façon adéquate. En 1909, des cerisiers furent plantés sur les rives du Potomac, à la suite d'initiatives privées. sans doute soucieux d'entretenir de bonnes relations avec les Etats-Unis, le consul japonais à Washington proposa que son pays envoie 2000 cerisiers à Washington pour que ceux-ci soient plantés sur les bords du Potomac. Le premier arrivage étant composé d'arbres affectés de maladies qui furent brûlés, le Japon expédia 3200 arbres, qui furent plantés en 1912. Certains d'entre eux peuvent encore être observés de nos jours.
Des millions de personnes affluent durant la durée du Festival pour se ballader sur les bords du Bassin, profiter des premières journées de beau temps. Les monuments sont pris d'assaut (ici, le Jefferson Memorial).
Pour notre part, nous avons organisé un pique-nique à l'ombre des cerisiers en fleurs .
Comme vous pouvez le constater, c'était une journée cambodgienne ! Mon amie Reasmy, chez laquelle je logeais à Washington est, en effet, cambodgienne-américaine, réfugiée aux Etats-Unis avec sa famille (son père était général lors du régime pro-américain du général Lon Nol) peu avant la chute de Prom-Penh et le cauchemar Khmer Rouge. Reasmy est maintenant fonctionnaire fédérale, tout en restant ultra pro-française, comme tous les Cambodgiens que j'ai pu rencontrer. La plupart parlent un français parfait, connaissent très bien la France (ils y ont souvent de la famille), ont étudié au lycée français, et sont pétris de culture française...Nous sommes loin des controverses sur le rôle positif de la colonisation ! Le grand-père de mon amie Reasmy s'est battu en France pendant la guerre de 14-18, et son père a été formé par l'armée française. Elle en tire une grande fierté et entretient un "culte" pour notre pays qui peut parfois paraître excessif : à l'entendre la France est le plus beau pays du monde, la mode française est la meilleure, la cuisine française sans comparaisons, et elle rêve de finir ses jours dans un mas provençal !
Reasmy ayant croisé des moines bouddhistes dans la foule (venus de Californie, les Beach Boys !), leur a offert de partager notre repas.
Après le déjeuner, de jeunes danceurs traditionnels khmers ont entrepris de nous donner une petite démonstration (en chansons), sous le regard un peu ébahi des promeneurs américains.
La résurrection de ces danses ancestrales, après des années de barbarie communiste est un beau symbole d'espoir. Un nouveau printemps ?
PS : de nouvelles photos sont exposées dans l'album photo consacré à Washington.
26 février 2006
Albany-Indianapolis
Me voici de retour à Indianapolis, après deux mois d'absence, content de rentrer "à la maison". Si quelqu'un m'avait dit, il y a quelques années que "la maison", ce serait Indianapolis, U.S.A, je ne l'aurais sans doute pas cru...
La route a été particulièrement éprouvante, et le trajet m'a pris davantage de temps qu'escompté : en tout 14 heures, quatre Etats traversés (New York, Pennsylvanie, Ohio, Indiana), ciel gris au départ, neige dans les Adirondacks, pluie le long du lac Erié, temps dégagé, enfin, à Indianapolis.
Voici le trajet emprunté :
J'étais content d'arriver à Indianapolis, hier soir, surtout après avoir quitté Albany, capitale de l'Etat de New York. Si ce blog doit servir à quelque chose, qu'il serve avant tout à vous éviter d'avoir l'idée vraiment saugrenue de visiter un jour la ville d'Albany... Au cours de ces deux derniers mois de cours, je ne saisissais pas toujours très bien les remarques des enseignants au sujet d'Upstate New York (nord de l'Etat de New York), présenté généralement en des termes peu flatteurs, sans parler des habitants de ces contrées, assimilés le plus souvent à d'irrécupérables red-necks. Je mettais ces observations sur le compte du snobisme des habitants de la ville de New York, volontiers méprisants de tout ce qui s'éloigne de la presqu'ile de Manhattan. Pourtant, il s'avère pourtant que ces remarques étaient fondées, ainsi que j'ai pu le vérifier au cours des quatre jours passés à Albany.
Cette ville n'a strictement aucun intérêt. Il me semble même que les organisateurs des épreuves du barreau de New York ont choisi de les situer à Albany dans le seul objectif de dresser un obstacle supplémentaire sur la route des candidats. C'est un argument à double tranchant, car une fois que l'on y a mis les pieds une fois, surtout dans le froid glacial du mois de février (- 10 °, neige la nuit, vent tourbillonnant), on est prêt à tout pour ne pas y revenir passer les épreuves une seconde fois...
Mais tout d'abord un petit peu d'histoire : Comme souvent dans cette partie des Etats-Unis, les premiers arrivés étaient français. Dès le milieu du XVIème siècle, des trappeurs français vivaient dans la région, sans pour autant établir de base fixe. En 1624, le premier établissement permanent est créé, avec l'arrivée de 18 familles wallones protestantes ayant fui les persécutions religieuses des Pays-Bas alors sous domination espagnole, et donc catholique. Les nouveaux venus s'adonnaient au commerce des fourrures.
Le nom de la ville a été choisi en l'honneur du Duc de New York et d'Albany, qui deviendra Roi d'Angleterre sous le nom de James II, et roi d'Ecosse sous le nom de James VII. Le titre de Duc d'Albany était un titre de noblesse écossaise dérivant directement d'Alba, nom gaelique de l'Ecosse.
C'est en 1797 qu'Albany est devenue la capitale de l'Etat de New York. La ville s'est ensuite développée comme centre de commerce en raison de sa position géographique légèrement au sud des rivières Hudson et Mohawk. En 1807, Albany est relié à la ville de New York par des bateaux à vapeur qui empruntent l'Hudson. En 1825, la construction du canal Erié entre Buffalo (cf. carte routière ci-dessus) et Albany achève de transformer cette ville en carrefour des échanges entre la ville de New York et les Grands Lacs, et donc le Canada.
A la fin du XIXème siècle, la route de la France et d'Albany se croisent de nouveau : en effet l'architecture du State Capitol de l'Etat de New York (accueillant le pouvoir législatif), construit de 1867 à 1899, s'inspire directement de l'Hôtel de ville de Paris !
Voici l'édifice à l'origine :
Le voici de nos jours (la photo a été prise en été ou au printemps, mais au mois de février, c'est beaucoup moins pimpant).
Voici l'Hôtel de ville de Paris :
Bon, il y a indéniablement un air de famille, c'est vrai.
Mais à Albany, en matière architecturale, il y a mieux, (ou pire !) : l'Empire State Plaza (ou "Centre de torture n° 1" pour tous les candidats au barreau : c'est là que se déroulent les épreuves).
Construit à l'initiative du Gouverneur Nelson Rockefeller, et baptisé en son honneur, cet ensemble comprend la Erastus Corning Tower, haute de 180 mètres (immeuble le plus haut de l'Etat de New York hors de la ville éponyme, à gauche sur la photo), et quatre tours plus petites : le Legislative Office Building (services des assemblées législatives de l'Etat), la State Library (la bibliothèque de l'Etat), le musée de l'Etat de New York, et le Justice Building (Cour suprême de l'Etat de New York et services administratifs de l'administration judiciaire. Pour la petite histoire, la Cour suprême s'appelle la "Court of Appeals", soit littéralement la "Cour d'appel", tandis que les juridictions de première instance sont appelées Supreme Court, soit "Cour suprême". Logique, n'est-ce pas ?).
Les petites tours :
La Bibliothèque de l'Etat :
Enfin, au coeur de ce vaste complexe, se trouve un étonnant OVNI appelé "The Egg" (l'oeuf) abritant un centre artistique et des salles de spectacle.
L'ensemble de ces constructions, construites à la fin des années 1960 et s'inspirant directement de Brazilia, est disposé au coeur d'une ville de 95 000 habitants, dont les rues sont désertes, où les terrains vagues le disputent aux immeubles désaffectés dont les fenêtres ont été murées, et où la seule animation vient de fast foods graisseux dispersés le long des deux seules artères que l'on pourrait se hasarder à qualifier de "commerçantes". Le désespoir urbain, la pauvreté, la laideur, associés à la mégalomanie batisseuse de quelques politiciens dont la seule ambition parait être de dépenser l'argent du contribuable de la façon la plus outrancière possible (je ne parle pas de Georges Frêche à Montpellier, mais de Nelson Rockefeller) : telle est Albany.
J'aime beaucoup la note finale de l'article de Wikipédia sur Albany, pleine d'humour, je le crains à son insu...
"Some cities, like wrapped boxes under Christmas trees, conceal unexpected gifts, secret delights. Some cities will always remain wrapped boxes, containers of riddles never to be solved, nor even to be seen by vacationing visitors." So wrote author Truman Capote to describe the cloistered allure of his native New Orleans, as well as other cities that possess such mysterious charm.
While an oft-discussed (and lamented) "Smallbany" mentality may lead locals and visitors alike to conclude that Albany's culture is somehow lacking when judged on a regional, national or international scale, the city does indeed possess an artistic world that, while active and fruitful, may not be well known outside its inner core. Under the moniker of the Hidden City, a group of area musicians, writers and visual artists have formed a collective to bring to light some of the unexpected riches of the local arts scene.
The Lark street area has many hole-in-the-wall shops such as a bookseller, a tequila and burrito bar, a wine bar, head shops, body piercing and tattoo parlors, and live music-oriented restaurants. Albany also has two independent film theatres."
Yes, indeed...Je crains d'avoir cruellement sous-estimé l'envergure culturelle de la cité, sans doute en raison de son caractère sous-terrain et dissimulé... Enfin, c'est vrai, un libraire, un tequila et burrito bar, un magasin de tatouage et de piercing, cela mérite considération !
Pour un article passionnant sur l'architecture d'Albany, où j'ai trouvé une bonne part de mes informations, cliquez ici : http://www.lofaber.com/albany/essaymaking.html L'auteur est sans pitié pour Rockefeller et démonte très bien les ressorts qui ont conduits le Gouverneur milliardaire à restructurer ainsi la capitale de l'Etat de New York.
Il compare certains édifices à des projets futuristes des années 1960, à des travaux de Le Corbusier, ainsi qu'aux constructions de l'Italie fasciste en établissant un parallèle entre architecture monumentale et oppression politique. S'agissant des sources d'inspiration, j'ai pour ma part cru reconnaître certaines influences architecturales de l'Union soviétique stalinienne, de la Roumanie socialiste, ou encore du Havre sous domination communiste.









































































