Dans sa chronique parue dans le Figaro du 5 mai dernier, Alain-Gérard Slama décrit parfaitement le rapport à l'égalité aux Etats-Unis et en France :

"Aux Etats-Unis, le très fort sentiment d'une dette, comprise comme une ardente obligation, contractée par chacun envers l'avenir collectif de la nation, incarné par les générations futures, a sublimé, envers et contre tout, la valeur du travail et les récompenses que l'on peut en attendre. Cet état d'esprit, répandu depuis le sommet jusqu'au bas de l'échelle, atténue les ressentiments et favorise le consentement aux très bas salaires qui, multipliés dans les services, aident l'immense machine à devenir l'atelier de la planète au prix de la dévaluation du dollar. Pour la même raison, les Américains attendent le remède au défi écologique de la poursuite du progrès technique, plutôt que de réviser leur mode de vie.

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En France, l'idée entretenue depuis la fin du XIXème siècle, avec notamment le solidarisme de Léon Bourgeois, est symétrique. Elle pose pour principe que chacun est obligé par une dette, conçue comme un rapport de réciprocité, envers le patrimoine transmis par le passé, comme envers la société qui le protège. Cette conception symétrique du lien social, sur le modèle "donnant-donnant", a développé un comportement créancier de chacun par rapport à l'autre, des jeunes par rapport à leurs aînés, et des adultes face à l'Etat. En sorte que loin d'inciter à des efforts accrus, l'extension illimitée de l'Etat-providence a exacerbé l'exigence d'égalité et rendu acharnée la défense des avantages acquis".