Bravo Denis Tillinac, et bravo Valeurs actuelles qui publie cette tribune dans son numéro du 16 mai dernier ! Défendre Mc Cain en France constitue un véritable acte de courage, et de lucidité.

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"L’arrogance vindicative de l’épouse de Clinton m’exaspère et l’immaturité d’Obama ­m’inquiète. Si j’étais américain, je voterais McCain, il me paraît plus sécurisant dans ce moment où les États-Unis ont du vague à l’âme et des doutes sur leur “mission”. En tant que français, européen, occidental,  je ne souhaite pas du tout que l’Amérique soit faible. Pour tout dire, ses velléités d’implanter des missiles en lisière de notre continent me rassurent ; depuis ma naissance, ils protègent ma liberté, et comme la défense européenne n’existe pas, on ne peut compter que sur eux.

C’est pourquoi je ne trouve ni absurde ni indigne que Sarkozy ait voulu re­nouer dans l’or­dre symbolique avec une certaine solidarité transatlantique. Elle avait incité de Gaulle à soutenir Kennedy dans l’affaire des fusées à Cuba, ce qui ne l’empêchait pas de défendre les intérêts de la France, ni de soutenir son rang. Rien de plus fallacieux que cet antiaméricanisme de cousin pauvre qui prétend honorer les mânes du Général en aboyant aux talons des Yankees. Le monde a changé depuis la fin de la guerre froide ; dans ce village planétaire où tout se tient, les Occidentaux que nous sommes ont des intérêts et des approches divergentes, mais nos soucis sont les mêmes : l’islamisme radical, la puissance de la Chine, la crise des États-nations, la prolifération des armes de destruction massive, la survie écologique de la planète, le désarroi consécutif à l’assomption de l’individualisme consumériste.

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L’activisme des Américains nous déroute ; il n’est pas prouvé qu’en Irak, en Afghanistan, voire dans les Balkans, ils aient trouvé le bon moyen d’arraisonner le terrorisme. Souvent, ils agissent sans concertation ­préalable avec leurs alliés, convaincus que la Vieille Europe n’est pas fiable et n’a plus de ressorts. Sur le plan de la fiabilité, ils ont un peu raison : nos médias, nos intellos, nos politiques se défaussent de nos inerties en leur tirant dans les pattes. Aucun des tyrans qui ensanglantent la planète n’est aussi vilipendé par les journalistes européens que Bush. No­tamment lorsqu’il se réclame de sa foi chrétienne. Certes notre culture n’a pas beaucoup d’accointances avec les protestantismes des Américains. Mais leur foi – en Dieu, en leur patrie –, c’est leur ressort, et je serais très inquiet pour l’avenir de la planète si le scepticisme à l’européenne des intellos de la côte est devenait prédominant. En ­d’autres termes, je pense qu’il serait fou de miser de l’espoir sur une Amérique “profane” qui nous ressemblerait : elle deviendrait vite impotente, se rétracterait comme un poulpe et alors, qui nous défendrait ?

En revanche, il serait opportun de rebâtir une alliance sur une base égalitaire. Ils ont la force et le ressort, nous avons la mémoire et le doigté. Dieu veuille que le prochain président des États-Unis s’emploie à définir la com­munauté de destin sans laquelle nous risquons tous le ­gouffre. Le passé, la pon­dération et le bon sens de McCain me semblent le qua­lifier pour cette tâche. Je peux me tromper
."