Jusqu'à tout récemment, Jane Fonda ne signifiait pas grand-chose pour moi. Je savais qu'elle était la fille du grand Henry Fonda, qu'elle avait vécu récemment avec Ted Turner (fondateur de CNN), qu'elle avait tourné des films de seconde zone mettant principalement en avant sa plastique, et qu'elle vendait des bouquins de stretching du genre Raquel Welch "Comment rester belle à 50 ans".

Bref, c'était une image de cette terrible période : fin des années 60, années 70.

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Ah Barbarella ! Par Roger Vadim, avec Ugo Tognazzi : cela doit valoir son pesant de cacahuètes !

Bon, ce que j'ignorais, c'était que Jane Fonda était une icône libertaire et pacifiste de cette époque là. Vous me direz, c'était pas la seule, et des millions de personnes (vos parents peut-être, ou vous-même ?), profitant pourtant à fond de la société de consommation et des garanties de la démocratie bourgeoise, aimaient à se rouler nus dans la boue en écoutant de la musique psychédélique, fumaient de l'herbe (où ce qu'ils trouvaient à portée de main), se prêtaient leurs copines, jetaient des pavés sur les CRS, faisaient l'apologie du maoïsme, et traitaient les Gaullistes de SS. Certains n'adhérait qu'à une partie de cet alléchant programme. Ceux qui l'acceptaient en bloc sont maintenant Inspecteurs de l'Education nationale, notaires ou éleveurs de chèvres syndicalistes antimondialistes (ce qui a le mérite de la cohérence, concédons le). Jane Fonda, quant à elle, a vécu avec un millardaire empereur des médias. C'est pas mal aussi sur le plan révolutionnaire.

Jane Fonda était donc militante et engagée à une époque où tout le monde l'était. C'était bien son droit.

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Mais Jane Fonda a parfois un peu perdu les pédales, et franchi la limite qui sépare le sympathique monôme révolutionnaire, du vrai mauvais goût dont on peut vous parler 30 ans plus tard (dont acte...).

Elle a commencé par faire l'apologie du communisme. C'est ainsi que le 21 novembre 1970 elle déclarait devant 2000 étudiants de l'Université du Michigan : "If you understood what communism was, you would hope, you would pray on your knees that we could some day become communist". A Duke University, en Caroline du Nord, elle rajoutait : "I, a socialist, think that we should strive toward a socialist society, all the way to communism".

Dans le contexte de la guerre du Vietnam, elle n'est pas restée inactive. Elle a ainsi créé une organisation appellée F.T.A. (soit "Fuck The Army") qui soutenait notamment l'organisation des anciens combattants du Vietnam contre la guerre. Evidemment, toutes ces activités n'étaient pas de tout repos et Jane Fonda a même été arrêtée (pour consommation de drogue, les charges ont ensuite été abandonnées).

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Jusque là, pas de problème, il faut bien que jeunesse passe. Jacques Chirac a vendu l'Humanité, Bernard Pons était trostkyste, on fait tous des erreurs, n'est-ce pas ?

Là où cela devient plus corsé tout de même, c'est lorsque Jane Fonda, en 1972, a entrepris un voyage au Nord Vietnam pour soutenir les révolutionnaires communistes contre les soldats de son propre pays !

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Voici le discours qu'elle a prononcé sur les ondes du Nord Vietnam :

"This is Jane Fonda. During my two week visit in the Democratic Republic of Vietnam, I've had the opportunity to visit a great many places and speak to a large number of people from all walks of life- workers, peasants, students, artists and dancers, historians, journalists, film actresses, soldiers, militia girls, members of the women's union, writers. 

I visited the (Dam Xuac) agricultural coop, where the silk worms are also raised and thread is made. I visited a textile factory, a kindergarten in Hanoi. The beautiful Temple of Literature was where I saw traditional dances and heard songs of resistance. I also saw unforgettable ballet about the guerrillas training bees in the south to attack enemy soldiers. The bees were danced by women, and they did their job well.

In the shadow of the Temple of Literature I saw Vietnamese actors and actresses perform the second act of Arthur Miller's play All My Sons, and this was very moving to me- the fact that artists here are translating and performing American plays while US imperialists are bombing their country.

I cherish the memory of the blushing militia girls on the roof of their factory, encouraging one of their sisters as she sang a song praising the blue sky of Vietnam- these women, who are so gentle and poetic, whose voices are so beautiful, but who, when American planes are bombing their city, become such good fighters.

I cherish the way a farmer evacuated from Hanoi, without hesitation, offered me, an American, their best individual bomb shelter while US bombs fell near by. The daughter and I, in fact, shared the shelter wrapped in each others arms, cheek against cheek. It was on the road back from Nam Dinh, where I had witnessed the systematic destruction of civilian targets- schools, hospitals, pagodas, the factories, houses, and the dike system.

As I left the United States two weeks ago, Nixon was again telling the American people that he was winding down the war, but in the rubble- strewn streets of Nam Dinh, his words echoed with sinister (words indistinct) of a true killer. And like the young Vietnamese woman I held in my arms clinging to me tightly- and I pressed my cheek against hers- I thought, this is a war against Vietnam perhaps, but the tragedy is America's.

One thing that I have learned beyond a shadow of a doubt since I've been in this country is that Nixon will never be able to break the spirit of these people; he'll never be able to turn Vietnam, north and south, into a neo- colony of the United States by bombing, by invading, by attacking in any way. One has only to go into the countryside and listen to the peasants describe the lives they led before the revolution to understand why every bomb that is dropped only strengthens their determination to resist. I've spoken to many peasants who talked about the days when their parents had to sell themselves to landlords as virtually slaves, when there were very few schools and much illiteracy, inadequate medical care, when they were not masters of their own lives.

But now, despite the bombs, despite the crimes being created- being committed against them by Richard Nixon, these people own their own land, build their own schools- the children learning, literacy- illiteracy is being wiped out, there is no more prostitution as there was during the time when this was a French colony. In other words, the people have taken power into their own hands, and they are controlling their own lives.

And after 4,000 years of struggling against nature and foreign invaders- and the last 25 years, prior to the revolution, of struggling against French colonialism- I don't think that the people of Vietnam are about to compromise in any way, shape or form about the freedom and independence of their country, and I think Richard Nixon would do well to read Vietnamese history, particularly their poetry, and particularly the poetry written by Ho Chi Minh".

Edifiant, n'est-ce pas ? Et ce n'est pas tout : rentrée aux Etats-Unis, Jane Fonda a fait la tournée des médias, et dit que les prisonniers de guerre américains qu'elle avait rencontrés étaient bien traités et qu'aucun n'avait été torturé... Evidemment, c'était faux. Les prisonniers américains qu'elle a rencontrés avaient été préalablement torturés car ils refusaient cette entrevue médiatisée (ainsi que l'a raconté, notamment, le sénateur McCain, alors en détention). Jane Fonda n'a alors rien trouvé de mieux que de traiter ces prisonniers de guerre d'hypocrites et de menteurs ! Quand on sait à quel régime disciplinaire, constitué de lavage de cerveau et de torture systématiques, ont été soumis les prisonniers français de la guerre d'Indochine et américains de la guerre du Vietnam, on peut déceler une inconscience criminelle dans les propos de Jane Fonda.

Alors évidemment, les anciens combattants du Vietnam vouent une rancune tenace à Jane Fonda :

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Pour vous donner une idée des réactions passionnées que l'attitude de Jane Fonda a entrainée : http://www.snopes.com/military/fonda.asp

Finissons ce message par un peu de clémence : dans ses mémoires, publiées récemment, Jane Fonda, formule ses excuses pour son attitude passée. Dans l'émission "60 minutes", elle a concédé que sa visite du Nord Vietnam était une trahison des forces américaines et l'une des plus formidables erreurs de jugement que l'on puisse concevoir.

Faute avouée à demi pardonnée ?

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Oui, bien sûr, 30 ans après. Et il serait bon que nos révolutionnaires de la rive gauche de la Seine suivent l'exemple de Jane Fonda.

Pour mémoire, le Vietnam Memorial Wall contient les noms de 25,493 soldats américains morts au Vietnam et âgés de moins de 21 ans (quasiment des mineurs aux Etats-Unis).