L'omniprésence de la question raciale est l'un des aspects de la société américaine qui généralement  étonne, voire choque, l'observateur hexagonal.

Alors qu'en France l'universalisme républicain interdit toute allusion aux races et traite chacun comme un individu indifférencié, ici la moindre démarché administrative à la banque, à l'université, ou au supermarché conduit à remplir un formulaire dans lequel il est demandé d'indiquer la catégorie raciale à laquelle on appartient : Caucasian, African-American, Asian, Hispanics, Native American (qui intègre les Indiens d'Amérique, mais aussi les Alléoutes d'Alaska et les Polynésiens de Hawaï), Other Races (?). Je ne m'étais jamais senti aussi "blanc" qu'aux Etats-Unis, et "Caucasian", cela ne m'avait encore jamais traversé l'esprit.

L'explication avancée pour justifier cette catégorisation : la lutte contre la discrimination raciale !

En France, on lutte contre la discrimination raciale (ou à l'égard des étrangers, ou des musulmans, ou des allogènes visibles) en choisissant d'ignorer les caractéristiques propres, ce qui d'ailleurs est parfois hypocrite. La neutralité du comportement affiché cache bien des discriminations détournées.

Ici, les Américains considèrent que pour lutter contre la discrimination raciale, il faut bien admettre que les races existent. Sans doute pas sur les plans anthropologique ou scientifique, mais sur le plan social, dans le regard des autres. Les préjugés raciaux sont solidement ancrés. Lutte-t-on plus efficacament contre eux en les prenant comme une donnée à prendre en considération, ou en en fermant ostensiblement les yeux sur ce fait désagréable ?

Le revers de la médaille de l'attitude américaine, c'est la balkanisation de la société, la revendication permanente et, finalement, une certaine perpétuation de la ségrégation raciale. Lorsque chacun se définit avant tout par son appartenance à sa communauté raciale d'origine, parler de projet commun à l'échelle de la nation devient difficile.

L'Indiana est sans doute plutôt préservé des excès de la question raciale par rapport à d'autres Etats. C'était un Etat du nord pendant la Guerre de Sécession et l'esclavage n'y a jamais existé. De plus, une très large majorité de la population est caucasienne (terme politiquement correct signifiant "blanc", tout comme l'on ne parle plus de "Noirs" mais d' "Africains Américains", et plus d'Indiens mais d' "Américains d'origine"... Les Asiatiques s'appellent encore Asiatiques : pour combien de temps ?).

Répartition de la population à Indianapolis - dans l'Indiana - aux Etats Unis

Caucasian : 70,5 % - 87,5 % - 75,1 %

African-American : 24,2 % - 8,4 % - 12,3 %

Asian : 1,4 % - 1 % - 3,6 %

Hispanics : 3,9 % - 3,5 % - 12,5 %

Other races : 2 % - 1,6 % - 5,5 %

Native American : 0,3 % - 0,3 % - 1 %

La diversification raciale de l'Indiana est plutôt récente. Jusqu'à il y a peu, il n'y avait ni Hispaniques ni Asiatiques. Quant aux Noirs, ils sont concentrés à Indianapolis et dans le nord est de l'Etat, dans la banlieue de Chicago (à Gary notamment, berceau de la famille de Michaël Jackson). Enfin, l'Etat de l'Indiana porte le nom de gens qui ne sont plus là... Les Indiens d'Amérique qui vivaient dans la région ont soit été déportés soit été exterminés. Le nom de cet Etat est une farce macabre. J'y reviendrai un jour.

Choqué par la permanence de la question raciale, j'ai mieux compris la situation des Etats-Unis en cours de droit constitutionnel. J'y ai pris conscience du fait que ce pays vient de loin... L'apartheid américain a perduré jusqu'à il y a peu. Et il a fallu attendre une affaire au nom prédestinée (Loving contre l'Etat de Virginie) pour que la Cour suprême des Etats-Unis juge en 1967 juge anticonstitutionnelle la loi locale qui interdisait les mariages inter-raciaux ! Dans cette affaire, l'Etat de Virginie défendait crânement sa loi sur le fondement de la nécessaire préservation de la pureté raciale, arguant que le métissage n'était bon pour personne... 23 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, c'était plutôt culotté ! Oui, décidément, les Etats-Unis viennent de loin !